‹ Histoire de la RestaurationChapitre 58 sur 325 · REVUE DE LA GARDE NATIONALE. H · texte numérisé non relu

REVUE DE LA GARDE NATIONALE. H

On interrogeait le même jour les dernières espérances de la monarchie. Le comte Dessoles, dans un ordre du jour du lo mars, inséré au Moniteur du jeudi 16, annonçait que ce jour-là même Monsieur « désirait voir la garde nationale parisienne et connaître dans cette masse de citoyens s’il en était à qui leurs affaires et leurs convenances personnelles permissent de marcher avec le colonel général contre l’ennemi de la France et de l’Europe. » Le reste de cet ordre du jour, froidement et maladroitement rédigé, nuisit au succès de la démarche du comte d’Artois, en mettant à l’avance ce succès en doute. « Le prince sait, disait-on, que l’ûge, l’état et les intérêts de famille ne permettent à la plus grande masse de la garde nationale que le service sédentaire. Mais s’il se trouvait dans les légions de la garde nationale des citoyens à qui leur âge et leur situation permettent de se livrer à l’impulsion de leur patriotisme, Son Altesse Royale les invite à sortir des rangs et à se présenter à elle pour former sous ses ordres la légion du colonel général. Le prince désire que cette déclaration soit libre et raisonnée et ne soit pas l’effet d’une impression passagère. » Ce n’est pas avec des paroles qui semblent mettre les hommes en garde contre l’entrainement de leur enthousiasme qu’on les remue et qu’on les enlève. On eût dit que l’on craignait de réussir.

Les légions furent réunies, non sur un seul point et dans une revue générale qui aurait contribué à augmenter l’élan de la garde nationale, en lui donnant une grande idée de sa force et eu provoquant le dévouement de chacun par la contagion de l’exemple général, mais sur quatre points différents. Les trois premières légions et la légion de cavalerie furent passées en revue à onze heures sur la place Vendôme ; les i°, 5* et 6* à midi sur le boulevard du Château-d’Eau ; les 7", 8e et 9e sur la place Royale ; les 1 0% 1 1* et 12* à deux heures au Luxembourg. Cet appel, mal combiné et tardivement adressé à la garde ua-

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tionale, à une époque où sou premier élan était ralenti par la gravité toujours croissante de la situation, et où la préoccupation d’un avenir prochain refroidissait l’ardeur du moment, réussit peu. Il y eut de nombreuses acclamations, quelques dévouements isolés, dont le comte Henri de Itrévaunes, chef de la 1" légion, le major baron de Quélen et le chef de bataillon Buequet donnèrent l’exemple1, mais le nombre de ceux qui sortirent des rangs fut si petit qu’on ne put en former que quelques compagnies2. Après la revue, le comte Dessoles consulté s’expliqua de manière à ne laisser d’autre idée que celle d’amalgamer avec les troupes de ligne le petit nombre de volontaires qui s’étaient présentés pour contenir celles-ci dans le devoir 3.

La séance royale avait été lixée à trois heures, pour donner au comte d’Artois, qui devait y assister, le temps de passer les légions en revue. La Chambre des pairs avait été invitée à assister en corps à la séance royale ; elle occupait la moitié de l’enceinte circulaire de la salle, l’autre moitié était remplie par les députés. A trois heures, le canon annonça que le Roi sortait des Tuileries. 11 entra bientôt dans la salle, entouré des princes de sa maison, des maréchaux et des grands officiers de la couronne ; la troupe de ligne et la garde nationale faisaient le service intérieur.

Quand le Roi entra dans la salle, une acclamation unanime s’éleva parmi les membres des deux Chambres et les spectateurs des tribunes. Ces cris se prolongèrent pendant quelques minutes. Louis XYI1I, dont le visage était triste, mais calme, monta lentement les degrés du trône, au bas duquel se rangèrent les princes, les maréchaux et les capitaines des gardes.

1. Moniteur du 17 mars. — Ordre du jour (lu duc de Fellre, daté du IG.

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