‹ Histoire de la RestaurationChapitre 61 sur 325 · SEANCE DU 16 MA HS : DISCOURS DE M. LAINE. H · texte numérisé non relu

SEANCE DU 16 MA HS : DISCOURS DE M. LAINE. H

tueusemeat. Alors Louis XVIII attira son frère dans ses bras, et les deux frères restèrent quelque temps unis dans cette mutuelle étreinte, au bruit des applaudissements réitérés de l’assemblée

A peine la famille royale était-elle sortie de la salle , au milieu des acclamations de l’assemblée, que M. Lalné, renouvelant par les accents de son ardente parole l’émotion générale, l’adjura de répondre h l’appel du Roi. « De même, s’écria-t-il, que le Roi attendait que les représentants et les pairs fussent réunis autour de lui pour faire la déclaration qui vient de rassurer le peuple français, nous attendions que la plupart des députés de la France fussent arrivés pour faire entendre le cri de la nation sur les événements qui la troublent. Il faut tourner tous nos efforts contre celui qui veut tenter de renverser jusqu’à l’espoir de l’homrpe civilisé. Ce n’est plus de la cour que peuvent venir les inquiétudes sur la liberté et les droits méconnus. Il s’est avancé sur quelques villes françaises, celui qui veut nous ravir non-seulement la liberté , mais qui nous apporte tous les maux qui dégradent l’homme et désoleraient à jamais notre patrie... La plupart des familles pleurent encore, et le murmure des malédictions qu’il avait provoquées en France et en Europe n’a pas encore achevé de retentir. Mais ce n’est pas la douleur des maux passés, c’est la perspective des désastres qu’il traîne à sa suite qui doit nous exciter. Le despotisme est l’impérieux besoin de son caractère, et quand il aurait appris que le despote lui-même y trouve sa ruine, il serait encore maîtrisé par sa position. Notre patrie ressemblerait dans peu à ces gouvernements qui, sur

I. C’est par erreur que M. de Chateaubriand dit dans les Mémoires d'outrelomlte que les princes de la maison de Condé assistèrent à cette séance; le duc de llourhon au moins ne pouvait y être le 16 mars, car le Moniteur annonce que, dès le 14, il passait une revue de gardes nationaux et de volontaires à Angers.

RETOI H DE L’iLE d’ELBE.

les côtes d’Afrique, excitaient naguère le courroux des peuples civilisés. Au contraire, dès que la France en sera délivrée, nous aurons toutes les garanties qui assurent à jamais la liberté des peuples. Non-seulement le Roi, mais les princes qui sont assis sur les marches du trône, ont fait des promesses solennelles; ils n’auront jamais ni la volonté ni le pouvoir de les violer.

« Il ne s’agit pas seulement de ces libertés dont les peuples sont si jaloux; il s’agit d’écarter de nos tètes un opprobre que les siècles n’effaceraient jamais. De quels traits nous peindrait l’histoire si nous laissions enlever du milieu de nous ou périr sur cette terre un Roi que le ciel semblait nous avoir envoyé pour nous reposer de nos sanglantes fatigues et nous relever à la suite d’une longue oppression !

« Le monde s'étonne de la profonde paix qui a suivi la Restauration. Il serait impossible d’indiquer aucune époque de la monarchie où la liberté du sujet ait été plus respectée, où les tribunaux aient joui de plus d’indépendance. La bouté du monarque nous préparait de longs jours de bonheur, lorsque tout à coup une incroyable apparition a étonné les esprits. Parmi les calamités dont notre pays se voit menacé, celle dont son coeur tout français est le plus vivement ému, c’est la crainte que les armées étrangères se préparent à venger des infractions inattendues et à porter le fer et la flamme au milieu de nous pour en préserver leurs peuples encore mal rassurés. Dieu ! à quelles calamités notre pays ne serait-il pas en proie! L’ûme la plus stoïque s’en effraye, car les imaginations sont encore éclairées par l'incendie de Moscou, et j'en vois la fatale lumière réfléchie sur les colonnes du Louvre! Mais non, nous ne subirons ni devant la postérité, ni devant le Dieu des nations une accusation si terrible. Non , la France ne laissera périr ni son Roi, ni sa liberté! »

Enfin la grandeur de la situation trouvant de dignes inter-

MANIFESTATIONS IlOYA I.ISTF.S DANS PARIS.

prêtes , les âmes semblaient s’élever avec ce noble langage du Roi qui avait puisé tout son discours dans son cœur royal, et de M. Laine qui lui répondait avec l’accent d’un grand citoyen d’un pays libre. Quand il cessa de parler, en proposant à la Chambre de voter une respectueuse, adresse pour exprimer au Roi les sentiments de ses fidèles sujets et les vœux de la France, l’assemblée, se levant tout entière, adhéra à cette proposition avec enthousiasme. Un long cri de vive le Roi éclata dans la salle et dans les tribunes. Les femmes, si favorables à la Restauration, se mêlaient à ces démonstrations.

Ces scènes pathétiques remuaient profondément les âmes. Au dehors, la séance royale du 16 mars eut un grand retentissement. On vit dans la démarche du Roi l’union étroite de la maison de Bourbon avec la liberté politique, dont l’attrait nouveau enivrait la jeunesse et une partie de la nation. Paris, du 14 au 17 mars, fut chaque jour le théâtre de manifestations royalistes, et l’esprit public se prononçait hautement en faveur des Bourbons. Les élèves des l-xoles de droit et de médecine, M. Odilon Barrot en tète, s’étaient enrôlés en foule parmi les volontaires royaux, ainsi que de jeunes hommes sortis des maisons du haut commerce, et on les voyait se montrer en bon nombre dans les promenades publiques sous un uniforme improvisé '. À leur vue, les fenêtres se garnissaient de spectateurs et surtout de spectatrices qui les saluaient de leurs acclamations. Ces processions politiques se multiplièrent après la séance du 16 mars. On voyait de longues files d’hommes de toutes les classes parcourir les rues avec le drapeau blanc en criant : Vive le Roi! A bas le tyran ! agitations désordonnées et presque révolutionnaires qui remplaçaient l’action, comme il arrive quand le ressort d’une horloge venant à se détendre, l’aiguille parcourt en quelques minutes, avant de s’arrêter,

I. tes Cent-Jours, souvenirs contemporains, par M. Villemaiii, pagfl 4.

RETOUR DE l’1I.E d'kI.RE.

tout le tour du cadran. En même temps on pressait convulsivement l’organisation des volontaires, négligée et différée dans les premiers jours, et les généraux de Vioménil et de Latour- Maubourg les passaient en revue à Vincennes, lieu marqué pour devenir leur quartier général. Mais leur nombre était moins grand dans ces circonstances extrêmes qu’il no l’eût été si l’on eût profité de leur premier élan, avant que la situation eût été aussi désespérée. Le dernier espoir du gouvernement était de raffermir la fidélité chancelante des troupes, en mêlant à leurs rangs le petit nombre des volontaires royaux qu’on avait réunis, et les corps de cavalerie de la maison du Roi Le Moniteur continuait à publier chaque jour les adresses des villes, des départements, des régiments, de la gendarmerie, des tribunaux, des officiers à demi-solde, des fonctionnaires de tous ordres, sans compter les proclamations du Roi, les ordres du jour à l’armée, à la garde nationale, les proclamations aux Parisiens rédigées par les généraux et par le conseil municipal. Toutes ces pièces respiraient la haine de Bonaparte et l’amour des Bourbons5. On eût dit qu’à la manière de ces peuples qui poussent de grands cris et entre-

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