ACTIVITÉ IMPUISSANTE DI GOUVERNEMENT
choquent leurs armes pendant les éciipses de soleil pour mettre en fuite les ténèbres, l’on espérait par ee bruit de paroles, de serments et de malédictions arrêter la marche de Napoléon. Les actes du gouvernement, se succédant avec une précipitation fébrile , remplissaient en outre les colonnes du journal officiel. C’étaient, dans le Moniteur du 17 mars, les lois de récompenses nationales pour les garnisons de La Fère, Lille, Cambrai, Antibes, et les maréchaux ducs de Tarente et de Trévise; la loi concernant le payement des arrérages de la Légion d’honneur, l’ordonnance royale suspendant l’article 8 de l’ordonnance du 17 février, portant fixation des grades dans cetqpdre. Puis venaient de nombreuses promotions, récompenses données à la fidélité de quelques-uns, et plus souvent provocations adressées à la fidélité des autres. Des ordonnances individuelles accordaient de l’avancement et quelques titres de noblesse aux officiers qui s’étaient distingués dans les garnisons de La Fère et de Cambrai. Le Moniteur des 18 et 19 mars renfermait cent cinquante-trois nominations d’officiers de la Légion d’honneur et neuf cent cinquante-quatre nominations de chevaliers , prodigalité qui dénonçait le péril en voulant y porter remède, et ne faisait que multiplier sur les poitrines les insignes de cet honneur militaire qu’il aurait fallu placer dans les coeurs.
Au milieu de ces mesures extrêmes , les Chambres présentèrent au Roi, le 17 mars, des adresses pour le remercier d’être venu dans leur sein. Celle de la Chambre des pairs restait dans les généralités du dévouement au Roi et à la Constitution. Dans l’adresse delà Chambre des députés, on sentait transpirer, à travers l’expression du dévouement, le projet et l’espoir du parti constitutionnel de pousser au pouvoir un cabinet de sa nuance , et le désir de presser le succès de la négociation entamée.
«Nos larmes ont coulé, disait-elle, lorsque Votre Majesté,
détour de l’ile d’elbe.
s’exprimant en père et en roi , a parlé de couronner sa carrière en mourant pour son peuple. Dans ce moment terrible et doux, il n'est aucun de nous qui n’eùt désiré vous consacrer sa vie, pour répondre à vos généreux sentiments. Organe de la nation, la Chambre répond au noble appel de son Roi : plus les peuples ont la garantie de leurs droits, plus ils sont pénétrés de la sainteté de leurs devoirs. Pour sauver la France des mains qui la menacent. Votre Majesté demande que le concours des deux Chambres donne à l’autorité toute la force qui lui est nécessaire. Déjà Votre Majesté a pris contre l’oppresseur des mesures de sûreté publique, et quel Français pourrait reconnaître les titres et les droits d’un souverain dans Napoléon Don aparté, cet ennemi de la France et du monde? Oui, Sire, les deux Chambres viendront vous entourer Décou-
vrons la trahison partout où elle se cache, frappons-la partout où elle existe. Comblons d’honneurs et de reconnaissance l’armée généreuse qui, défendant son chef et notre liberté qui
est aussi la sienne, va combattre ces soldats égarés Sire,
ces protestations du cœur ne suffiraient pas, et nous supplions Votre Majesté de proposer à son intime confiance des moyens que nous croyons propres à ranimer de plus en plus l’espérance publique. Tandis que les Chambres prêteront ainsi au gouvernement la force de la nation tout entière, vos fidèles sujets sont convaincus que le gouvernement concourra au salut public, eu se confiant à des hommes à la fois énergiques et modérés dont les noms mêmes seront une garantie pour tous les intérêts, une réponse à toutes les inquiétudes, à des hommes qui , ayant été à diverses époques les défenseurs des principes de justice et de liberté qui sont dans le cœur de Votre Majesté et forment le patrimoine de la nation, sont tous également solidaires de la stabilité du trône et des principes que l'ennemi public veut anéantir. »
Le Roi répondit d'une manière générale et avec dignité :
M. DK MOSTKSyl 101 ET LES CONSTITLTION.VELS. 125
« Je reçois avec une vive satisfaction l’expression des sentiments de la Chambre des députés et du concours qu elle me promet dans ces circonstances difliciles. De mou côté, elle peut être sûre que les instruments que j’emploierai seront toujours digues de lu patrie et de moi. «.Mais des discussions s’élevèrent dans le sein du conseil , qui trahirent le secret des négociations entamées par l’abbé de Montesquiou avec les chefs du -parti constitutionnel , et les espérances qu'il leur avait données. Le soir même de la séance royale, le 10 mars, il dit aux ministres réunis en conseil : « Nous avons suivi le Roi avec dévouement malgré la diversité de nos vues. 11 nous reste un service à lui rendre, c’est de déclarer que nous ne pouvons le sersir, parce que la popularité nous manque, et de laisser la place à des hommes qui peuvent lui concilier les opinions populaires, comme MM. Laiué, Lally-Tollendal, d’Argenson, qui peuvent lui apporter la force incalculable delà popularité. « Tout le monde se taisait, quand l’antagoniste habituel de l’abbé de Montesquiou, le baron de Vitrolles prit la parole pour faire remarquer que « l’ennemi était à cinq jours de Paris. Le ministère nouveau proposé parM. de Montesquiou l’ arréterait-il? Alors il fallait le constituera l’instant. Sinon, un homme raisonnable ne pouvait proposer de former une administration nouvelle quand il n’y avait plus à gouverner qu'un naufrage. »
Ainsi tomba la proposition de M. de Montesquiou, qui n’avait trouvé dans le reste du conseil ni objection ni assentiment, chacun s’étant contenté d’exprimer la disposition où il était de faire abnégation de tout intérêt personnel. Elle tomba à titre d’inutile. Dès le IG mars au soir, on croyait donc dans le conseil que le naufrage de la monarchie était commencé. Cette conviction tenait à un événement grave, qui