‹ Histoire de la RestaurationChapitre 75 sur 325 · DISCORDES INTESTINES DANS LE CONSEIL. U · texte numérisé non relu

DISCORDES INTESTINES DANS LE CONSEIL. U

Le baron de Yitrollos aurait voulu qu’on fit conduire, à tout événement, 20 millions à la frontière belge; mais le baron Louis, qui commençait sans doute à craindre pour sa responsabilité, objecta que le transport était impossible. La pensée fixe du baron de Vitrolles , l’objet de ses observations incessantes dans le conseil , c’était la nécessité d'organiser la défense royaliste dans les provinces de l’Ouest, c’est-àdire dans l’Anjou, le Poitou, la Vendée, la Bretagne et une partie de la Normandie. II fallait, disait-il, faire transporter au delà de la Loire, toute l’artillerie disponible et 40 ou 50 millions que le trésor royal et la liste civile pourraient facilement réaliser. On donnerait rendez-vous aux volontaires à Orléans, Blois, Tours, Saumur et Angers, de manière à défendre le cours de la Loire. Si les événements démontraient l’impossibilité de se défendre à Paris, le Roi se retirerait à La Rochelle dont les fortifications étaient faciles à relever. Les pairs et les députés y seraient convoqués. Cette position était inattaquable, l’armée qui voudrait s’en emparer serait obligée de s’avancer au milieu de populations ennemies. Il y avait toute raison de croire que l’on relierait à ce système de défense le Limousin, le Périgord, la Gascogne, la Flandre, le Languedoc, la Provence. En cas de revers, la personne du Roi ne courrait aucun risque; il pourrait, en effet, toujours s’embarquer à La Rochelle.

Le Roi avait écouté plusieurs fois avec intérêt le développement de ce plan, avant que les circonstances fussent devenues aussi critiques, mais il avait gardé un silence sans approbation

instruction rte s'embarquer s'il apprenait que le Iloi a\ ail été oblige1 rtc quitter Paris. Celle version est diflU'ilc à concilier avec une note rte M. Hue, que bout trouvons dans ieg papiers rte M. rte (llacas. Dan* cette note, datée du I *' avril 1815 et écrite à Garni. M. Hue rcconnail avoir reçu à Gund, n rette date du I" avril 1815, tous les Tonds appartenant à la maison militaire du Roi, lesquel* Tonds M. Hue avait apportés à M. rtc Rlacas , suivant ses ordres, le 1 9 mort précédent. Au moment du départ du Roi. M. Hue était donc encore A Paris.

U8 RETOUR DE L II.E d'f.IUF..

exprimée comme sans objection. Louis XVIII comprenait la royauté comme un principe et non comme une action. Dans sa pensée, je l’ai déjà dit, c'était à ses ministres à arrêter un plan ; quand ils seraient d’accord, il l’adopterait. Or les ministres ne pouvaient se mettre d’accord. L’abbé de Montesquieu combattait avec une vivacité voisine de la violence le plan de son antagoniste habituel. « On perdrait le Hoi, répétait-il, en lui donnant une couleur vendéenne; c’était le meilleur moyen de lui aliéner l’esprit de la France entière ; le roi de la Vendée ne serait jamais le roi de la France ; l’erreur de M. de Yitrolles était de croire qu’il y avait encore des royalistes en France: sauf quelques esprits incorrigibles, comme l’abbé de Montesquieu et le baron de Yitrolles, il n’y en avait plus *. » Il proposait que le l\oi se retirât à Lille , dont on disait la garnison sûre. Enfermé dans cette place forte, il pourrait en toute sécurité attendre la lin de la tourmente. Pour achever de décréditer l’opinion du baron de Yitrolles, l’abbé de Montesquieu ne l’appelait dans le conseil que le ministre-chouan. Celui-ci prenait sa revanche en annonçant que la garnison de Lille ne demeurerait pas plus fidèle au Roi que le reste de l’armée ; il ajoutait que le départ du Roi pour Lille ne serait qu’une première étape vers l’exil, et que la seconde le conduirait hors de France. Il terminait en faisant observer qu’il fallait mieux donner au Roi une couleur vendéenne qu’une couleur étrangère.

Le temps se perdait ainsi eu discussions stériles dans lesquelles chaque membre s’attachait à démontrer l’impossibilité de l’avis présenté par ses collègues. C’était chose facile, parce que la situation devenait inextricable, de sorte que le Roi, de quelque côté qu’il se tournât, ne rencontrait plus que l’impossible.

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