DERNIERS MOMENTS DE LA CRISE
du golfe Juan et aux décrets de Grenoble et de Lyon. Les esprits, surtout parmi la jeunesse qui croit aux nobles choses, s’exaltaient encore à ces fiers accents qui augmentaient l’enthousiasme public dont ils étaient l'écho. On eût dit l’effet de la trompette sur une armée au moment d’une charge décisi\e. L’énergie et la fermeté de ce langage finissaient par produire une illusion d’optique dans les intelligences, et la distance morale des sentiments et des idées s’ajoutant à la distance matérielle des lieux, Napoléon qui se rapprochait d’heure en heure, paraissait encore éloigné, et le dénomment qui était déjà presque inévitable semblait impossible. On se disait que la scissiun du parti constitutionnel avec l’Empire devenait irrévocable après un pareil manifeste, et que le publiciste qui l’avait écrit devait avoir eu la certitude qu’il y avait d’autres barrières en‘re le despote et Paris que les phrases d’un journal. En un nuit, on se serrait les uns contre les autres, on s’animait mutuellement, et à force de désirer on finissait par espérer.
Cependant le gouvernement, obligé de calculer non les bruyantes manifestations de l’opinion, mais les ressources réelles, pesait ses dernières chances. Depuis l’événement de Lons-le-Saulnier, le ministère avait cessé d’étre exactement informé par les moyens réguliers; la machine administrative détraquée ne fonctionnait plus. Dans cette pénurie de nouvelles, on fut obligé d’adopter le moyen proposé par le comte de Semallé : des royalistes dévoués, choisis parmi les gardes du corps, formèrent une longue ligne de vedettes qui, s’étendant de Paris jusqu’au point le plus voisin de celui où se trouvait l’Empereur, et sc repliant les unes sur les autres à inesuic qu’il avançait, se communiquaient de proche eu proche ce qu’elles avaient appris sur sa marche. Cette chaîne d’un nouveau genre n’ arrêtait pas l’incendie, mais elle avertissait au moins de ses progrès. A partir de ce moment, le conseil des ministres fut exactement informé. Il était plus facile encore de
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RETOUR l)E l’ile d’elbe.
connaître l'étendue du mal que de trouver le moyen d’y pourvoir. Comme il arrive dans les maladies désespérées pour lesquelles il n’y a pas de remède efficace, chacun arrivait avec sa recette particulière, et la diversité des expédients aurait seule suffi à révéler l’absence d’une bonne solution.
Les deux systèmes contraires qui n’avaient cessé de s’entrechoquer dans le conseil, celui de l’abbé de Montesquieu et celui du baron de Vitrolles, venaient se heurter encore dans ces derniers moments. Dans la soirée du 1 8 mars, les membres du ministère avaient été contraints de s’avouer entre eux qu’on pourrait être contraint de quitter Paris. Le duc de Berry avait visité le jour précédent les casernes; dans plusieurs il avait été reçu au cri de : Vive le Roi! mais dans d’autres le cri de : Vi ve r Empereur! avait retenti. 11 n’y avait donc plus à compter sur les troupes.
Ce que l’on commençait à reconnaître alors tout haut , on l’avouait déjà tout bas quelques jours avant. Nous trouvons, en effet, dans les documents du temps la trace des lettres de change fournies par MM. Laffitte et Perregaux sur l’Angleterre, sur Hambourg et sur Vienne, contre les fonds de la liste civile, et ces lettres de change, qui, pour l’Angleterre seule, s’élèvent à 2,575,509 francs, sont des 10, 17 et 18 mars 1815. Dès le 10 mars donç, on prévoyait la possibilité du départ.
Le baron de Vitrolles n’avait cessé d’insister pour que, le cas d’une retraite nécessaire échéant, le Roi se rendit dans les provinces de l’Ouest. 11 était un de ceux qui avaient demandé qu’on se ménageât d’avance des ressources d’argent. Il fut décidé qu’outre les fonds de la liste civile en lettres de change ou eu espèces, on emporterait les diamants de la couronne *.
I . l.e Baron de Vitrolles dit dans scs Mémoires que M. Hue partit pour Calais «»«« iea diatnanls de la cojroune, et que le roi Louis XYill lui donna pour