LE ROI RE DÉCIDE A QUITTER PARIS
lieu de la retraite. Il fallait se hâter, car Bonaparte, déjà à Fontainebleau , pouvait être le lendemain à Paris. M. de Vitrolles proposa de nouveau La Rochelle. Le 19 mars au matin, il représentait au Roi que cette position où il se trouverait placé, entre les départements de l’Ouest et ceux du Midi, aurait l’avantage de mettre la royauté au centre des forces vives de l’opinion royaliste. On pourrait de là donner la main au duc d’Angoulême opérant dans le Midi, et au duc de Bourbon opérant dans la Vendée. Si, malgré de légitimes espérances, les chances tournaient mal, on aurait la ressource suprême de s’embarquer pour l’Espagne ou l’Angleterre.
« Vous êtes seul de votre avis, » lui dit le Roi. — « Qu’importe, répliqua M. de Vitrolles, si le Iloi l’adopte et si l’honneur le commande ? » Louis XVIII, se rangeant à l’opinion de la majorité du conseil, avait adopté le parti proposé par le duc de Feltre et soutenu par MM. de Blacas et de Montesquiou : il était résolu à se rendre à Lille. Il n’aimait pas qu’on ébranlât dans son esprit une résolution arrêtée. Il parla du bon esprit de la population, de la fidélité de la garnison qu’on lui garantissait. Son séjour à Lille serait une station momentanée pendant une tourmente qui ne pouvait pas être longue.
On cherchait évidemment pour le Roi une situation où il fût en communication avec l’Europe par la frontière. « Je vais à la frontière, disait Louis XVIII au comte Dessolle, pour trouver un point d’appui où je puisse réunir mes amis et les troupes qui me resteront fidèles. Si cela se peut, c’est là qu’il faut se rendre. » On avait donné au Roi cet espoir pour le décider à partir ; mais le comte Dessolle prévoyait que l’on ne s’arrêterait point à Lille et que l’on dépasserait la frontière *. f.’était donc un nouvel exil.
I. Il disait au général üourmont dans la matinée du 19 mars: •. Il y a Heu de croire que le ltoi ne s'arrêtera pas même en Flandre. Je suivrai le Roi jusqu'à
HKTOliR DK L'H.E D'Et.»K.
Après avoir pris cette détermination, le Kui rédigea la pmclamatio» adressée aux paire et aux députés, et qui parut le lendemain dans le Moniteur du 20 mars :
« La divine Providence qui nous a rappelé au trône de nos pères permet que ce trône soit ébranlé par la défection d'une partie de la force année qui avait juré de le défendre. Nous pourrions profiter des dispositions fidèles et partiotiques de l'immense majorité des habitants de Paris pour en disputer l'entrée aux rebelles, mais nous frémissons des calamités de tout genre qu’un combat sous ses murs attirerait sur lu capitale! Nous nous relirons avec quelques braves que l'intrigue et la perfidie ne parviendront point à détacher de leurs devoirs ; et puisque nous ne pouvons point défendre notre capitale, nous irons plus loiu rassembler des forces et chercher sur un autre point du royaume, non pas des sujets plus aimants et plus fidèles que nos bons Parisiens , mais des Français plus avantageusement placés pour se déclarer pour la bonne cause. La crise actuelle s'apaisera; nous avons le doux pressentiment que les soldats égarés, dont la défection livre nos sujets à tant de dangers, ne tarderont pas à reconnaître leurs torts, et trouveront dans notre indulgence et dans nos bontés la récompense de leur retour. Nous reviendrons bientôt an milieu de ce bon peuple à qui nous ramènerons encore une fois la paix et le bonheur.
- A ces causes nous avons déclaré et déclarons, ordonné et ordonnons ce qui suit :
Article premier. La session de la Chambre des pairs et celle de la Chambre des députés des départements pour l'année 1 8 1 4 sont déclarées closes. Les pairs et les députés qui les composent se sépareront à l’instant.
» Art. 2. Nous convoquerons une nouvelle session de la Chambre des pairs et la session de 1815 de la Chambre des députés.
• Les pairs et losdéputés des départements se réuniront le plus tôt possible au lieu que nous indiquerons pour le siège provisoire de notre gouvernement.
u Toute assemblée de l'une et l'autre Chambre qui aurait lieu ailleurs sans notre autorisation est, dès à présent, déclarée nulle cl illicite.
«. Donné à Paris le 19 mars de l’an de grâce 1815 et de notre règne le vingtième. •
la frontière, parre que je suis ministre ü'Klal ; mais la partie est perdue, on lie »c battra pas. ■ {.Voficc déjà citée, page !)‘J )