‹ Histoire de la RestaurationChapitre 3 sur 193 · LIVRE VINGT-HUITIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT-HUITIÈME

réinstallation de Napoléon lui-même an trône et à la tête de l'armée, si la Chambre refusait de proclamer son fils, et le danger plus éloigné de rompre les négociations avec les puissances et de retarder la rentrée de Louis XVIII , si la Chambre proclamait la souveraineté préalable de Napoléon II. Il se tint prêt à l'une ou l'autre de ces éventualités, selon que la Chambre indécise paraîtrait pencher, sous la parole des orateurs , pour ou contre la dynastie de Napoléon.

Manuel avait les confidences de Fouché , et se préparait à servir de sa parole exercée, patriotique et puissante, la pensée politique de l'homme qui manœuvrait au dehors dans ce conflit de tant d'opinions. Jeune, neuf, d'une renommée naissante et pure, d'un grand courage, d'une froide résolution, d'un coup d'œil profond, d'un patriotisme presque républicain, qui ne le rendait pas suspect de connivence avec les Bourbons , Manuel était plus qu'un orateur dans la Chambre ; c'était déjà l'ombre d'un homme d'État. Son crédit, quoique à son aurore, était grand sur ses collègues, plus grand au dehors. La Fayette, Sébastian i le cultivaient. Ennemi de Napoléon par l'instinct d'une âme élevée et libre, le désir de faire sortir ou la république, ou le gouvernement constitutionnel de ces ruines du despotisme militaire, l'avait non asservi, mais lié à Fouché et aux libéraux lassés du joug. Telle était la situation de l'Assemblée le 25 juin à midi.

M. Dupin, pressé d'aplanir la route à des accommodements avec les Bourbons, et à des négociations avec

les alliés, que son sens exquis des circonstances lui montrait comme la nécessité et le salut commun , ayant insisté pour que le gouvernement nouveau prêtât serment de fidélité à la nation seule, cette motion devint le signal d'une lutte dont l'issue, quelle qu'elle fût, pouvait rendre à Napoléon le sceptre ou l'épée pour quelques jours. Defermon demanda impérieusement qui avait donc caractère pour recevoir un tel serment , et s'il n'y avait pas un empereur ? — « Oui, lui répond le parti des bo- » napartistes , nous avons un empereur, nous voulons » Napoléon II ! — Il est notre souverain par les lois fon- » damentales ; à ce nom seul , l'armée et la garde natio- » nale se grouperont autour de la patrie ! — Oui, oui ! » reprennent les mêmes voix, plus nombreuses par cet écho dont le patriotisme grossit toujours les motions qui paraissent un courageux défi à l'étranger. Cet écho se prolonge, et fait éclater enfin la salle aux cris de Vive r empereur! Béranger tremble qu'une acclamation de courage ne soit prise pour une proclamation réfléchie d'un nouvel empire. Il demande une nuit de réflexion. La Chambre, déjà refroidie, l'applaudit. Boulay de la Meurthe s'indigne de ce retour à l'indifférence : « La » France est perdue, si nous semblons seulement douter » de l'hérédité du pouvoir dans le fils de l'empereur, » s'écrie-t-il en objurguant la mollesse de ses collègues. «Nous sommes entourés de beaucoup d'intrigants, de » beaucoup de factieux hors de cette enceinte, » poursuit l'orateur de Napoléon en faisant allusion à Fouché, aux royalistes, aux républicains, à La Fayette; ce ils vou- » draient faire déclarer le trône vacant pour y replacer » les Bourbons ! La France aurait le sort de la Pologne !

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