LIVRE VINGT-HUITIÈME
gloire militaire intacte relevait le nom, reçut le commandement général de la garde nationale.
Le reste de la nuit fut employé par la commission de gouvernement et par les ministres à concerter la plus grande concentration possible des débris de l'armée autour de Paris, afin de donner du temps et une base militaire aux négociations qui allaient s'ouvrir. Ces négociations, pour un esprit aussi pénétrant et aussi généralisateur que celui de Fouché, n'étaient, en réalité, qu'une apparence qu'il voulait sauver et une satisfaction qu'il voulait donner aux susceptibilités du pays. 11 savait bien qu'on ne négocie qu'à forces égales, Où étaient les forces? Elles étaient anéanties d'un seul coup à Waterloo. Les agents confidentiels de Fouché remplissaient déjà la cour de Louis XVIII et le quartier général de Wellington. Faire signe au roi que le moment du retour allait sonner pour lui ; convaincre Wellington que lui seul pouvait ouvrir les portes de Paris, sans nouvelle effusion de sang, au roi et aux alliés; persuader à M. de ïalleyrand, et par lui au cabinet du roi , que lui seul aussi pouvait pacifier la France ; endormir les Chambres , fasciner, tromper, ou dompter la commission de gouvernement ; congédier l'empereur, et enfin présenter par sa propre main, main régicide, le peuple au roi et le roi au peuple : telle fut, dès ce premier jour, toute l'action secrète ou publique de Fouché. Rarement un ministre en entreprit une plus complexe et plus périlleuse , et y réussit avec plus d'audace unie à plus d'habileté. Fouché comptait sur la médiocrité des intelligences et sur la malléabilité des caractères autour de lui. Il comptait aussi sur l'impatience de l'ambition de régner qui assouplissait G and
à ses volontés. Il ne présuma pas trop de la nullité des uns, de la servilité des autres, de l'appétit du trône d'une cour exilée. Tous les vices et toutes les ambitions le servirent, parce qu'il avait eu l'expérience de leur ascendant sur les âmes et l'humiliant courage de compter sur eux.
Une première difficulté s'offrait à lui. L'empereur, obstiné à l'Elysée, apprenant à son réveil que Grouchy s'avançait intact sur Paris , et que des corps importants se recomposaient sous Excelmans et sous d'autres généraux énergiques, entre Paris et Wellington, se repentait déjà d'une abdication trop précipitée, et fomentait, par ses derniers adhérents, une nouvelle discussion sur la régence dans la Chambre des représentants. Si la régence était proclamée, il ressaisissait le pouvoir au nom de son fils ; si elle était rejetée, il reprenait l'empire au nom de la condition trompée, qu'il avait mise, disait-il, à son abdication.
La proposition de proclamer Napoléon II allait donc être reproduite à l'ouverture de la séance avec des efforts mieux concertés dans la Chambre. Regnault de Saint- Jean-d'Angély, Boulay de la Meurthe, Defermon, conseiller d'État, émules de Fontanes et de Cambacérès, étaient sûrs d'entraîner l'irrésolution de leurs collègues. Fouché, instruit de cette tentative, qui pouvait déconcerter ses desseins, hésita un moment s'il la combattrait à visage découvert , ou s'il la tournerait par une apparente indifférence. Il fallait choisir entre le danger d'une