IV
On applaudit Boulay ; d'autres orateurs de la même opinion le secondent. Mouton Duvernet, un des généraux les plus compromis dans la défection du 20 mars, ose dire qu'il n'y aura pas de Français qui ne vole aux armes pour le service du jeune empereur. Cette parole de cour révolte la fierté endormie de la représentation. « Vous et nous, généraux et empereur, » s'écrie Flaugergues, indigné de la servilité des termes, « vous êtes » au service de la nation ! » Regnault de Saint- Jean d'Angély répète et délaye Defermon. Dupin lui succède.
« Si Napoléon lui-même , » dit-il avec une rudesse de raisonnement qui ne laissait rien à la réplique, « avait » cru pouvoir être utile à la nation , aurait-il laissé à un » autre l'honneur de la sauver en abdiquant ? Comment » espérer d'un enfant ce qu'un héros n'espère plus pour » nous de lui-même? » — La faction de l'Elysée veut couvrir sa voix. « Je demande, reprend-il avec sang- » froid, si un enfant captif pourra ce que son père libre
» et souverain reconnaît par son abdication ne pouvoir » faire lui-même? On demande qui nous aurons à oppo- » ser à l'ennemi ? Je réponds , la nation ! C'est elle qui » précède ses gouvernants et qui leur survit ! »
Dupin, dont la pensée flottait, dit-on, sur le duc d'Orléans , avait entraîné la Chambre trop loin , au gré de Fouché. Ce ministre , qui aurait été favorable quelques semaines plus tôt à cet expédient, avait le bon sens de le reconnaître impossible après Waterloo. Cette bataille rendait inévitablement le sceptre au prince et au principe de la légitimité. La couronne offerte au duc d'Orléans n'aurait été qu'un obstacle de plus à la pacification de la patrie, un défi sans force à l'Europe, une prolongation des calamités publiques. La vaine proclamation de Napoléon II n'offrait aucun de ces inconvénients. Elle n'avait que la valeur d'une protestation sans puissance, elle désarmait momentanément les bonapartistes et l'armée, elle permettait de s'affranchir, par l'éloignement de l'empereur, des menaces et des alarmes de sa présence à Paris. Fouché pressa ce dénoument avec autant d'ardeur qu'il en aurait mis la veille à l'écarter. Manuel , son organe, parut à la tribune.
Son discours fut long, raisonné, balancé entre toutes les opinions diverses, avec cette justice apparente qui concède à chaque parti son honneur, pour obtenir en retour attention et raison. Il les analysa sans les décourager. Il écarta surtout le parti des orléanistes, que venait de