‹ Histoire de la RestaurationChapitre 73 sur 193 · LIVRE TRENTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TRENTIÈME

par ressentiment contre les calamités nationales, — suites de cet attentat, — l'opinion des masses, indifférentes et indécises jusque-là. Le roi, qui n'avait été que subi ou accepté en 1814, était imploré et acclamé aujourd'hui par la presque unanimité de la nation. Lui seul pouvait se jeter utilement cette fois entre la France vaincue et l'Europe provoquée. Les services que seul il pouvait rendre le sacraient aux yeux de la nation. Il était innocent de ses malheurs ; il n'avait pas appelé Bonaparte, il n'avait pas appelé l'étranger. L'Europe s'était armée d'elle-même pour sa propre sûreté et non pour la cause de ce roi qui lui était indifférent. Il n'avait pas excité en France la guerre civile ; il ne s'était pas retiré dans la Vendée, soulevant derrière lui la moitié de son royaume contre l'autre. Il s'était abrité en Belgique, il était resté à la disposition des événements et de son peuple , spectateur affligé et impuissant , mais spectateur désarmé de la lutte de Bonaparte avec l'Europe. Bonaparte était retombé de lui-même sous le poids de sa propre faute et de sa propre impuissance. Un cri national de détresse avait rappelé Louis XVIII à Paris pour réparer les ruines accumulées par son antagoniste. L'armée avait renoncé à défendre la nation que son abandon avait livrée à l'étranger ; les Chambres fermées ne représentaient plus rien qu'une faction vaincue et discréditée par sa défaite ; le pays se donnait au roi de sa pleine et libre volonté. C'était moins un règne qu'une dictature de salut public que cette situation faisait au roi. Il y trouvait le droit de retirer sa confiance aux hommes qui venaient de la tromper avec tant de déloyauté et tant d'éclat. Il pouvait être l'ami de ses amis?

le roi de ses ennemis , l'arbitre absolu des partis et non plus le négociateur embarrassé entre les deux causes. En un mot, il avait transigé en 1814 ; en 1815 il allait régner. Trois mois de douleur et d'exil lui rendaient la plénitude du gouvernement dont il n'avait eu que l'ombre.

Seuls, deux dangers le menaçaient : l'exigence, affranchie de toute pudeur, de l'Europe victorieuse , qui , en couvrant ses sévices et ses spoliations du nom du roi , associerait ainsi ce nom dans l'esprit du pays au ressentiment d'une nation conquise contre l'étranger ; et l'exigence, affranchie de toute mesure, du parti royaliste, impolitique et rétrograde de l'émigration , représenté dans sa cour par le comte d'Artois, son frère, et servi dans les Chambres et dans les provinces par la noblesse et le clergé , dont l'influence exclusive était redoutée du pays. Mais il espérait se tirer de la première de ces difficultés par le patronage de l'Angleterre, par l'amitié refroidie, mais facile à reconquérir, de l'empereur Alexandre, et par l'habileté consommée de M. de Talleyrancl; et il espérait prévenir la seconde par l'éloignement de M. de Blacas, par la confiance témoignée à Fouehé, sacrifice dont la nation lui était témoin , et enfin par cette diplomatie personnelle et par cette sagesse proverbiale dont les années l'avaient doué. Il croyait fortement à sa propre habileté ; il avait l'instinct du gouvernement des temps difficiles, comme il en avait l'ambition naturelle dans un si haut rang. Spectateur et victime des révolu-

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