‹ Histoire de la RestaurationChapitre 106 sur 256 · LIVRE XIV. — LA SESSION DE i8î5. 2J · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LA SESSION DE i8î5. 2J

Tains du parti religieux. Dupin, vif, spirituel et caustique, soutint que la question était entre le pouvoir civil et le pouvoir sacerdotal, entre les libertés gallicanes et les doctrines ultramontaines, et il tira un parti habile des folies de Lamennais. Mérilhou accusa les ministres de vouloir sacrifier la liberté de la presse aux ultramon tains.

Le résultat de ce procès n'était pas attendu avec moins d'impatience que celui d'un des grands débats des Chambres. La cour prononça, le 3 et le 5 décembre, deux arrêts dont les considérants identiques méritent d'être cités. « La cour, était-il dit, consi. dérant que si plusieurs des articles incriminés con^ tiennent des expressions et même des phrases incon* Tenantes, l'esprit de l'ensemble n'est pas de nature à porter atteinte au respect dû à la religion de l'État; que ce n'est ni manquer à ce respect, ni abuser de la liberté de la presse que de discuter ou combattre l'introduction ou l'établissement dans le royaume de toutes associations non autorisées par les lois ; que de signaler soit des actes notoirement constants qui offensent la religion et même les mœurs, soit les dangers et les excès non moins certains d'une doctrine qui menace tout à la fois l'indépendance de la monarchie, la souveraineté du Roi et les libertés publiques garanties par la Charte constitutionnelle et par la déclaration du clergé de France en 1682, déclaration toujours reconnue et proclamée loi de l'État; dit qu'il n*y a lieu de prononcer la suspension requise, et néanmoins enjoint aux éditeurs et rédacteurs des journaux accusés d'être plus circonspects à l'avenir. »

Cet arrêt fut accueilli avec enthousiasme par les libéraux. Le parti religieux se récria. Ses écrivains, Lamennais en tête, s'indignèrent de quelques-uns des considérants, entre autres de celui qui visait la déclaration de 1682, et y virent une hostilité mal déguisée sous un masque déplacé de gallicanisme, qui rappelait le souvenir des anciens parlements. Le Roi, qui avait voulu qu'on poursuivit les journaux coupables, se montra personnellement blessé. Il le témoigna au premier président et à la cour aux visites du 1*' janvier, en répondant à Tallocution de Séguier ces deux mots prononcés sèchement : a Passez, messieurs. » Le ministère aussi se sentit frappé ; Yillèle constate avec tristesse dans ses notes que les hérédités et les inanuh vibilités (il entendait par là la pairie et la magistrature) détruisaient la force politique du gouvernement.

L'arrêt prêtait à plus d'une critique. Mais il est A peu près inévitable que la magistrature, qui est irresponsable et inamovible, juge les choses en soi et non au point de vue des circonstances ou des besoins du gouvernement. C'est son honneur, et c'est aussi en quoi consiste le vice de son action politique. Quand ses arrêts ne servent pas un ministère, ils l'afiBûbliS' sent.

Les libéraux cherchaient d'ailleurs à se dédommager, par des manifestations publiques, de ce qu'ils étaient peu représentés à la Chambre. Casimir Périer et Montlosier avaient reçu à Grenoble et à Clermont des ovations enthousiastes. Celles dont la Fayette ftit l'objet au Havre et à Rouen, lorsqu'il revint d'un voyage en Amérique, au mois d'octobre 1825,

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