‹ Histoire de la RestaurationChapitre 105 sur 256 · LIVRE XIV. — LA SESSION DE 18Ï5. US · texte numérisé non relu

LIVRE XIV. — LA SESSION DE 18Ï5. US

tains, dont Lamennais était Torgane, devenaient un parti militant et élevaient des prétentions absolues., Quelques évéques publiaient des mandements peu mesurés, pour ne pas dire plus. L'archevêque de Rouen, Bfgr dé Groy, en fit un qu'il dut interpréter pour en atténuer le mauvais effet. Les missions, de plus en plus multipliées, les processions publiques auxquelles Charles X assistait, étaient loin de produire Fimpresdon favorable que le parti religieux poursuivait.

Les journaux libéraux faisaient un épouvantail de la Congrégation et des Jésuites, désignations qui étaient devenues des mots de passe. Le Courrier et plus encore le Constitutionnel, organes d'un voltairianisme impudent, attaquaient le parti prêtre avec une perfidie et une habileté machiavéliques, représentaient les démonstrations religieuses comme autant d'actes d'hypocrisie, et dénonçaient journellement une grande conspiration des Jésuites, ennemis cachés qui armaient la contre-révolution contre les libertés modernes. Ce spectre, agité sans cesse, servait à exciter la défiance publique, à rendre Charles X impopulaire et à ébranler le ministère.

Yillèle se décida à poursuivre les deux journaux. Le procureur général prononça contre eux, lé 26 juillet, un réquisitoire sévère autant que mérité. Bellart, dont le talent s'élevait tous les jours, dit avec beaucoup de vérité et de force tout ce qu'on pouvait dire contre les abus de la presse antireligieuse, comme il avait dit, en 1823, tout ce qu'on pouvait dire contre « les excès de la presse politique. Mais la loi n'ayant pas toute la netteté nécessaire, le rôle du ministère public

était ingrat. La cour royale ajourna Tafiaire à trois mois.

Villèle semblait d'ailleurs agir à regret, moins par conviction que par obligation de défendre le Roi, et par le désir de donner une satisfaction au parti religieux et à Textréme droite, dont Tappui lui était indispensable. On eût dit qu'il cédait à des amis importuns, uniquement pour se mettre en règle avec eux. Tout récemment, lorsque son collègue de la guerre avait pris la mesure impolitique d'assurer aux aumôniers militaires des honneurs inaccoutumés (le 12 mai), il y avait consenti, mais en la déplorant.

Les royalistes eux-mêmes étaient loin de s'entendre sur les questions religieuses. Beaucoup désapprouvaient des tendances dont ils comprenaient le diainger. Kératry et Montlosier les combattirent avec une fougue qui ne servit qu'à jeter le désarroi au sein du parti. Les politiques sensés exprimaient de justes alarmes. « Le clergé , écrivait Royer-Collard , a encore de grandes fautes à commettre, et il les commettra s'il le peut'. »

Le procès du Courrier et du Constitutionnel revint au mois de novembre devant la cour royale de Paris. L'avocat général de Broé soutint l'accusation avec un grand talent ; mais les avocats des deux journaux, Dupin et Mérilhou, avaient un rôle facile quand ils se plaçaient sur le terrain de la Charte et des libertés publiques, méconnues ou même menacées par les écri*

I Lettie du mois d'octobre 1825, citée par Karante. Vie é^ Royer-'CoUard.

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