LIVRE XV. — LA SESSION DE 1826. J5i
aurait voulu, pour sa propre justification, que les torts de Bellune fussent rendus manifestes.
Plus tard, au mois de juillet, la cour des pairs, après arroir entendu tous les intéresses, y compris Bellune, mit hors de cause les généraux Guilleminot et Bordesoulle, et renvoya Ouvrard et consorts devant les tribunaux ordinaires pour tentative de corruption non suivie d'effet. Le 18 novembre, Ouvrard fut acquitté par le tribunal de police correctionnelle, qui condamna seulement deux de ses coaccusés à six mois de prison et à une amende légère. Tel fut Tunique résultat de cette affaire incontestablement fôcheuse, mais dont les préventions politiques avaient grossi Tiniportance outre mesure.
y. La discussion du budget exposa le ministère à une série d'attaques convergentes venant de tous les points de la Chambre. Les ministres furent déclarés responsables du cours fâcheux des choses. On les trouvait faibles^ imprévoyants, incapables ; leurs amis mêmes les défendirent mollement. Les royalistes de l^extréme droite donnèrent cours à leurs inquiétudes et à leur irritation; les embarras religieux les effrayaient; les excès de la presse leur semblaient insupportables. Ce n'était pas qu'ils fussent d'accord sur ce dernier sujet. Quelques-uns persistaient à croire qu'il fallait s'accommoder de la liberté de la presse, et s'imaginaient naïvement qu'avec d'autres ministres elle aurait d'autres effets; mais le plus grand nombre lui était résolument hostile. On s'occupa beaucoup d'un écrit ou plutôt d'un manifeste que Bonald publia contre
elle : élucubration incohérente, mêlée d'observations justes et d'arguments bizarres, où il s'attachait à démontrer que les écrivains, étant des hommes publics, devaient être soumis à une loi, c'est-à-dire à la censure.
Le 15 mai, le député Agier, connu pour Tardeur de sou royalisme et pour Tindépendance de ses opinions, déclara qu'il se croirait obligé de voter contre le budget, tant que les libertés de la France seraient compromises. II accusa les ministres de n'avoir tiré parti de la septennalité que pour garder leurs portefeuilles, sans faire aucune des lois essentielles qu'ils avaient promises, celle du droit d'atnesse étant mal conçue et uniquement propre à inquiéter le pays. Il représenta la propriété écrasée d'impôts, l'industrie en souffrance, les spéculations de la Bourse développées au point de faire de la France un peuple de joueurs. Il accusa Yillèle de renouveler en les exagérant les fautes de l'abbé Terray. Puis il attaqua « la puissance occulte déjà dénoncée par un vétéran de la monarchie » , le danger des « Jésuites de robe courte » qui troublaient les consciences, espionnaient en les asservissant l'administration et le ministère » , et aliénaient les cœurs au Roi. La France, qui avait supporté le despotisme militaire, ne subirait pas le despotisme de l'hypocrisie. Il rappela que les Jésuites avaient perdu les Stuarts. Il alla jusqu'à soutenir que l'armée se désaffectionnait, et que les démissions d'officiers devenaient nombreuses, assertions que le ministre de la guerre releva avec vivacité et dont il démontra la fausseté pièces en main.
Ces attaques, exprimées avec une sorte de brutalité