‹ Histoire de la RestaurationChapitre 122 sur 256 · LIVRE XV. — LA SESSION DE 18Î · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — LA SESSION DE 18Î

par un des royalistes les plus convaincus, éveillèrent les colères et donnèrent aux débats un tour extrêmement orageux.

D'autres membres de la droite, Bacot de Romand, Cbarencey, Lézardière, Beaumont, reprochèrent encore aux ministres de perdre la monarchie, de dénaturer les institutions, de gouverner par la corruption, de &ire du gouvernement une machine à impôts, de laisser amoindrir notre influence en Europe, de ne présenter aucune des lois attendues d'une Chambre septennale, en particulier la loi de décentralisation, si souvent proniise. Toutes les idées plus ou moins incohérentes que la droite présentait annuellement lors de la discussion du budget furent ressassées, sous une forme plus agressive. Ces différents orateurs étaient fort loin de s'entendre. L'un tonnait contre la liberté de la presse ; un autre l'exaltait. Â côté de Bacot de Romand, ennemi des libertés politiques, Lézardière s'en faisait le défenseur, réclamait la rigoureuse observation de la Charte, déclarait que la religion catholique devait fleurir avec et par les institutions libres, et que le clergé devait se convaincre de cette nécessité. Mais tous s'accordèrent à conclure que les ministres manquaient de franchise, qu'ils n'avaient pour système que l'équivoque et l'intrigue; il fallait les mettre en demeure de tirer la France de l'abfme où ils l'entrafnaient.

Yillèle avait le don de ne pas s'émouvoir. Il eût pu reprocher à la droite d'être ingrate envers le cabinet, et d'avoir contribué à déchafner elle-même quelquesuns des périls qu'elle dénonçait. Il répondit sans se

elle : élucubration incohérente, mêlée d'observalions justes et d'arguments bizarres , où il s'attachait à démontrer que les écrivains, étant des hommes publics, devaient être soumis à une loi, c'est-à-dire à la censure.

Le 15 mai, le député Agier, connu pour Tardeur de son royalisme et pour Tindépendance de ses opinions, déclara qu'il se croirait obligé de voter contre le budget, tant que les libertés de la France seraient compromises. 11 accusa les ministres de n'avoir tiré parti de la septennalité que pour garder leurs portefeuilles, sans faire aucune des lois essentielles qu'ils avaient promises, celle du droit d'atnesse étant mal conçue et uniquement propre à inquiéter le pays. 11 représenta la propriété écrasée d'impôts, l'industrie en souffrance, les spéculations de la Bourse développées au point de faire de la France un peuple de joueurs. 11 accusa Yillèle de renouveler en les exagérant les fautes de l'abbé Terray. Puis il attaqua « la puissance occulte déjà dénoncée par un vétéran de la monarchie » , le danger des « Jésuites de robe courte » qui troublaient les consciences, espionnaient en les asservissant l'administration et le ministère » , et aliénaient les cœurs au Roi. La France, qui avait supporté le despotisme militaire, ne subirait pas le despotisme de l'hypocrisie. Il rappela que les Jésuites avaient perdu les Stuarts. 11 alla jusqu'à soutenir que l'armée se désaffectionnait, et que les démissions d'officiers devenaient nombreuses, assertions que le ministre de la guerre releva avec vivacité et dont il démontra la fausseté pièces en main.

Ces attaques, exprimées avec une sorte de brutalité

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