‹ Histoire de la RestaurationChapitre 123 sur 256 · LIVRE XV. — LA SESSION DE 18Î · texte numérisé non relu

LIVRE XV. — LA SESSION DE 18Î

par un des royalistes les plus convaincus, éveillèrent les colères et donnèrent aux débats un tour extrêmement orageux.

D'autres membres de la droite, Bacot de Romand, Charencey, Lézardière, Beaumont, reprochèrent encore aux ministres de perdre la monarchie, de dénaturer les institutions, de gouverner par la corruption, de bire du gouvernement une machine à impôts, de laisser amoindrir notre influence en Europe, de ne présenter aucune des lois attendues d'une Chambre septennale, en particulier la loi de décentralisation, si souvent promise. Toutes les idées plus ou moins incohérentes que la droite présentait annuellement lors de la discussion du budget furent ressassées, sous une forme plus agressive. Ces différents orateurs étaient fort loin de s'entendre. L'un tonnait contre la liberté de la presse; un autre l'exaltait. A côté de Bacot de Romand, ennemi des libertés politiques, Lézardière s'en faisait le défenseur, réclamait la rigoureuse observation de la Charte, déclarait que la religion catholique devait fleurir avec et par les institutions libres, et que le clergé devait se convaincre de cette nécessité. Mais tous s'accordèrent à conclure que les ministres manquaient de franchise, qu'ils n'avaient pour système que l'équivoque et l'intrigue ; il fallait les mettre en demeure de tirer la France de Tabime où ils l'entrafnaient.

Yillèle avait le don de ne pas s'émouvoir. Il eût pu reprocher à la droite d'être ingrate envers le cabinet, et d'avoir contribuée déchafner elle-même quelquesuns des périls qu'elle dénonçait. II répondit sans se

départir de ce calme un peu hautain qui irritait ses contradicteurs, et il parla en ministre à des hommes de parti.

Après les avoir sommés de préciser les prétendues atteintes portées à la Charte, il dit que jamais la prospérité n'avait été plus évidente ; que si ragpriculture souffrait, ses souffrances ne pouvaient être imputées au gouvernement ; puis il détermina le rôle de la Bourse, et repoussa le reproche immérité de livrer la fortune publique à Tagiotage. Après avoir loué Tattitude de la majorité du clergé et défendu celle du ministère dans les affaires religieuses, il se justifia éloquemment, et non sans amertume, de ne pas assez faire sentir le poids de la France dans la balance politique de TEorope. Quant à la loi d'administration communale, après en avoir exposé les difficultés, surtout au point de vue financier, il s'étonna que les députés qui la voulaient n'en eussent pas cherché la formule -et n'eussent pris à cet égard aucune initiative. Leurs plaintes arrivaient au moment où la France avait plus |le libertés que jamais. Il finit en déclarant froidement que le dégoût était plus à craindre pour les ministres que l'enivrement. La gauche s'écria qu'on était menacé de la censure. Remontant à la tribune, il répondit que la liberté de la presse était si complète qu'on pouvait prétendre qu'elle dégénérait en licence. Puis il ajouta, aux applaudissements du centre : « On nous parle de craintes sur le rétablissement de la censure. Je n'hésiterai pas à exprimer ma pensée tout entière sur ce point. Si la censure n'est pas nécessaire au repos du pays, elle n'aura pas lieu. Si elle est nécessaire, nous

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