LIVRE XVI. — LA SESSION DE
primant le vœu de la fiancer à son frère don Miguel, alors retiré à Vienne. Il promulgua en même temps pour ce royaume une charte constitutionnelle avec deux Chambres. Le 13 juillet, la régente Isabelle proclama cette charte à Lisbonne. Elle reçut le 31 le serment des corps constitués et de Tarmée, puis nomma un ministère constitutionnel.
La charte portugaise fiit considérée comme rœuvre de la politique anglaise. Ce fiit Charles Stuart, représentant de TAngleterre au Brésil, qui la porta à Lisbonne. II passa pour l'avoir rédigée ou inspirée. On crut en France que le cabinet de Londres avait voulu se créer un moyen d'intervenir en Portugal pour foire la contre-partie de notre intervention en Espagne. Nous avions détruit le régime constitutionnel à Madrid ; il le relevait à Lisbonne.
Mais il existait en Portugal un parti absolutiste ardent et actif, disposé à proclamer don Miguel, qui partageait ses vues. D'un autre côté, les ministres de Ferdinand VII virent dans l'établissement de deux chambres à Lisbonne une menace pour eux-mêmes et un encouragement pour le parti libéral espagnol, qui était loin d'avoir désarmé. Ils firent appel aux volontaires royalistes, et se préparèrent à la lutte.
Canning vint à Paris le 17 septembre s'entendre directement avec la France sur le règlement des affoires d'Orient et la conversion du protocole de Saint-Pétersbourg en traité définitif. A cette occasion il se plaignit à Yillèle du gouvernement espagnol, de l'appui que l'ambassadeur français à Madrid, de Moustier, prêtait aux passions de Ferdinand VII, des grie& du Portugal
contre TEspagne qui accueillait ses déserteurs, qui soutenait ses réfugiés , qui refusait enfin de reconnaître la régente et de recevoir son envoyé Yillareal. Yillèle se défendit comme si un piège lui était tendu. II voulait que la France restât sur son terrain, libre de tout engagement et gardant sa pleine indépendance ; il repoussa l'idée de retirer nos troupes de la Péninsule, sans se dissimuler que Févacuation se trouverait retardée indéfiniment. Il sut inspirer un certain respect à Canning qui ne Faimait pas, mais qui dit de lui en le quittant et en faisant allusion h sa simplicité et à sa réserve : « C'est une grande lumière, qui brille à peu de frais. »
Don Miguel fiança le 23 octobre sa nièce dona Maria et prêta serment à la charte constitutionnelle portugaise ; toutefois il tint ses fiançailles secrètes. Pendant ce temps les absolutistes portugais prenaient les armes en son nom dans deux provinces et le proclamaient roi absolu. Ils furent repoussés et obligés de se réfugier sur le territoire espagnol, où ils reçurent un accueil empressé.
Canning adressa aussitôt une note à Paris, qu'il venait de quitter; il représenta que l'Espagne, en se prononçant pour les réfugiés portugais, commençait la guerre ; que le Portugal était en droit de réclamer en vertu des traités la protection de l'Angleterre; que les troupes anglaises avaient donc le droit d'y entrer. Afin d'éviter des complications ultérieures, il demanda que le serment de don Miguel fût rendu public ; que de Moustier fût rappelé de Madrid, où il s'était uni aux ministres d'Autriche et de Prusse pour encourager