LIVRE XVI. — LA SESSION DE
les résistances espagnoles, et que Ferdinand YII fût mis en demeure de reconnattre la régente Isabelle.
Le cabinet français, quoique mal satisfait de de Moustier, n'était pas disposé a rappeler un ambassadeur cher aux ultras. D'ailleurs, l'opposition royaliste, mal informée et ne voulant pas Tétre mieux, cria trèshaut que les intérêts français étaienttrahis en Portugal et en Amérique. Elle voyait de mauvais œil la nouvelle charte portugaise, et elle accusa Villèle de servilité à l'égard de Canning et de la politique anglaise.
Canning, profitant d'une session extraordinaire du Parlement au mois de novembre, y déclara que l'Angleterre avait un allié dont l'état appelait son assistance, que son devoir était d'empêcher une armée ennemie de passer la frontière du Portugal ; que d'ailleurs il n'entendait se mêler en rien des affaires intérieures de ce pays.
Quelques jours après, le 26, une bande de réfugiés, commandée par le marquis de Chaves, rentra dans le Portugal avec l'appui avéré de l'Espagne. Dès que Villèle en eut la première nouvelle, il rappela de Moustier. Canning reçut le 8 décembre, de la régente Isabelle, la demande de protéger son gouvernement en vertu des traités. Le casus fœ devis était réalisé. Mais avant d'agir, il s'adressa encore à Villèle. Il s'efforça de lui persuader qu'il devait obliger Ferdinand VII à reconnaître la régente et rappeler d'Espagne les troupes françaises; il offrait, à ces conditions, de ne pas envoyer en Portugal des troupes anglaises, et pour mieux embarrasser le ministère français, il lui communiqua le message projeté de Georges IV au Parle-
ment, marque de confiance aussi insidieuse qu'inusitée.
Le ministère français, uniquement occupé de garder ses positions, évita encore le piège et ne se prononça pas. Charles X lut le 12 décembre à la rentrée des Chambres un discours qui ne contenait sur la politique étrangère que des phrases d'une vague généralité. Il se contentait d'exprimer Tespérance d'un arrangement pour les affaires d'Orient, de se féliciter de l'augmentation des revenus publics qui permettrait de soulager les contribuables, puis d'annoncer deux projets de loi, l'un sur le jury dont il fallait assurer l'intégrité et l'indépendance, l'autre sur la presse, qui commettait d'affligeants scandales et devait être préservée de ses propres excès. Ce discours n'était pas de nature à arrêter les inquiétudes publiques ; aussi la baisse qui avait eu lieu à la Bourse de Londres eut-elle un contre-coup naturel à la Bourse de Paris.
Deux jours auparavant, Canning avait fait connaître au Parlement le message de Geor^^jes I Y. Le 13, il fit un discours qui eut le plus grand retentissement. Il annonça que l'Angleterre allait intervenir en Portugal, et que les troupes étaient en marche pour s'embarquer. Les traités et l'honneur britannique obligeaient à protéger ce pays contre une agression évidemment préparée par le gouvernement espagnol; on ne se mêlerait d^ailleurs en rien de ses afiaires intérieures. Le ministre anglais reconnaissait les efforts tentés par les ministres français pour détourner Ferdinand VII de la conduite qu'il avait tenue. Il ne voulait pas la guerre et n'estimait pas qu'elle fût à craindre; mais si elle avait lieu, elle n'offrait à l'An-