LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNÂC
nistère Yillèle, se montrait décidément hostile au cabinet Martignac.
La droite, connaissant les dispositions du Roi, attendait la formation d'un cabinet nouveau qu'elle désirait plus fort et plus résolu. Elle déclarait que la gauche était ingouvernabre, que Timpuissance d'un ministère de transaction était prouvée, et elle se feisait Tillusion de croire qu'un ministère de pure droite était encore le plus capable de se former une majorité. Ravez, devenu l'un des adversaires les plus ardents de Martignac, répondait au Roi du succès.
Les événements ont prouvé que ce calcul était faux. La droite, qui s'était condamnée, au moins dans les derniers mois, à une sorte d'abstention systématique, avait joué dans les Chambres un rôle eflacé et montré peu d'esprit de gouvernement. Le Roi eût pu, il eût même dû soutenir son ministère, le renforcer en y faisant entrer quelques membres éminents de la Ciiambre des pairs. Il eût pu encore y appeler quelques constitutionnels comme Humann, ou donner des gages au centre gauche. Il eût pu enfin dominer les Chambres, chercher son principal appui dans la Pairie, dont la composition était incomparablement supérieure à celle de la Chambre des députés, et imposer silence à l'extrême gauche, plus bruyante que vraiment redoutable. Si les difficultés étaient grandes, elles n'étaient pas encore invincibles. Mais Charles X avait ses arrièrepensées. On eût dit qu'il cherchait uniquement l'occasion de satisfaire ses préférences ou ses antipathies personnelles. Il crut enfin le moment venu d'appeler Polignac aux afEeiires.
Polignac arriva de Londres le 27 juillet et reprit immédiatement ses négociations ministérielles. Il avait rintention sincère de gouverner constitutionnellement; il se croyait libéral, et il était si peu exclusif qu^ii prétendait former un ministère de fusion entre les opinions diverses et leur donner des garanties. Il eût voulu avoir pour collègues Decazes et Laine. Il ne paraissait pas se douter que les anciens membres du cabinet Richelieu, autrefois combattus par le comte d* Artois et ses amis, exigeraient au moins un programme et ne se livreraient pas. D'ailleurs, le Roi lui laissait tout pouvoir, et ne lui imposait qu'une condition, celle d'un portefeuille pour Labourdonnaye. Ce dernier avait conquis toute la confiance de Charles X depuis dixhuit mois, c'est-à-dire depuis qu'il avait pris une attitude gouvernementale ; mais il exigeait à son tour que le ministère fût formé d'accord avec lui, et qu'il n'y eût pas de président du conseil.
Charles X mit donc en présence Polignac, destiné aux affaires étrangères, et Labourdonnaye, destiné à l'intérieur. Il se proposait de garder Roy aux finances, et de rappeler Chabrol à la marine. Labourdonnaye fit donner le portefeuille de la guerre à Bourmont, Bellune étant exclu à cause du duc d'Angouléme. Montbel reçut celui de l'instruction publique et des affaires ecclésiastiques, pour que les amis de Yillèle fussent représentés dans le cabinet. La justice fut offerte à Ravez, et sur son refus (il était premier président à la cour de Bordeaux), Polignac y appela Courvoisier, procureur général à Lyon et membre du centre gauche doctrinaire, mais affilié, disait-on, depuis peu