LIVRE XVII. — MINISTÈRE MARTIGNAG
fond, il semblait se préparer à devenir homme de gouvernement.
A la Chambre des pairs, la loi sur les crédits éventuels fut à peine débattue. Pasquier, chargé du rapport, démontra, pour répondre aux critiques des députés, le droit qu'avait la couronne d'engager le pays en faisant la paix ou la guerre et en concluant des traités, celui des Chambres se bornant à accorder ou à retirer leur conKance aux ministres responsables. Roy déclara de son côté que si le devoir des ministres était de ne pas attendre le vote des Chambres en cas d^urgence ou quand les crédits avaient un but secret, ils n^en devaient pas moins s'adresser à elles dans les autres cas.
Dans la discussion des budgets, plusieurs pairs combattirent la manie de réclamer des économies souvent mal justifiées, qui tendaient à déranger les services et nuisaient à la considération des fonctionnaires. Quelques membres de la droite, sortant d'une réserve plus ou moins convenue, se plaignirent de la faiblesse des ministres pour les libéraux, dont les chefs étaient débordés par leur parti. Martignac n'avait-il pas dit : « Nous marchons à l'anarchie »? Le marquis de Yillefiranche, un des pairs nommés par Yillèle, parcourut la série des lois présentées par le cabinet, et n'y vit qu'autant de concessions fatales aux doctrines révolutionnaires. II jeta le cri d'alarme, et il somma les ministres de s'unir aux royalistes pour déployer leur énergie contre une faction audacieuse qui cherchait à détruire la monarchie légitime.
Martignac répondit par une dernière apologie de ses
actes. Ce fut peut-être la plus éloquente ; ses adversaires subjugués la qualifièrent de chant d'adieu* Il rappela, non sans tristesse, que tous les maux dont on se plaignait existaient avant lui ; qu'il ne les avait pas créés ; que les dernières lois avaient eu de salutaires effets, et que les anciennes lois et les anciens remèdesn'avaient pas eu plus d'efficacité. L'ordre était maintenu, la prospérité constante; le cabinet combattait et flétrissait les doctrines dangereuses. Ce qui lui avait manqué, et ce qui serait nécessaire à tout ministère nouveau, c'était l'appui et la confiance des Chambres. Ses intentions avaient été méconnues ; il prévoyait de grands dangers, et il défendait son honneur devant l'avenir.
La session se ferma le 30 juillet, sur l'effet produit par ce discours découragé et peu rassurant, car il équivalait à un aveu d'impuissance.
La session, stérile au point de vue politique, l'avait été à peu prés également pour tout ce qui touchait à l'administration. La plupart des lois présentées n'avaient pas été votées ou ne l'avaient été que par une des deux Chambres.
XVIL Charles X, sans se départir à l'égard des ministres de son affabilité ordinaire, leur montrait chaque jour plus de réserve. Il savait même peu de gré à Martignac de ses apologies. Il trouva mauvais qu'il eût défendu les ordonnances du 16 juin dans sa réponse à Villefranche. C'est qu'alors le conseil de conscience avait changé d'avis sur la question des petits séminaires. Le clergé, qui s'était désintéressé du mi-