‹ Histoire de la RestaurationChapitre 232 sur 256 · LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — MINISTÈRE POLIGNAC

rétablissait la nécessité de Tautorisatioa préalable pour tous les écrits de plus de vingt feuilles.

La seconde déclarait la Cbambre des députés dissoute et annonçait de nouvelles élections pour le mois de septembre.

La troisième était une loi électorale nouvelle, rétablissant les article 36 et 37 de la Charte de 1814, articles qui fixaient le nombre des députés à 258, avec un renouvellement annuel par cinquième. L'ordonnance, après avoir rétabli sur ces deux points le texte altéré de la Charte, remaniait la constitution des collèges électoraux. Elle réduisait les collèges de département au quart des électeurs d'arrondissement; ce quart devait se composer des plus imposés. Elle ne laissait aux collèges d'arrondissement que le droit de dresser une liste d'èligibles, égale au nombre des députés du département, et n'obligeait les gi*ands collèges à élire sur cette liste préparatoire que la moitié de ces députés. Elle changeait toutes les conditions de la loi de 1828 sur la confection des listes. Elle ôtait à la Chambre des députés le droit d'amendement, en statuant que tout amendement devrait être proposé ou consenti par le Roi.

Une quatrième ordonnance faisait rentrer au conseil d'État la plupart des membres qui en avaient été éloignés depuis deux ans.

Malgré les dispositions où se trouvaient les ministres^ quelques-uns d'eux se récrièrent à la lecture de ces ordonnances. D'Hausscz soutint que la loi de presse ne pourrait s'exécuter. Il critiqua aussi la loi électorale, et Guemon s'unit à lui pour la combattre avec

force. ¥Ale n'était pas d'une exécution plus fecile; ses bases étaient contestables ; ses efFets nullement certains. Mais le temps pressait. Polignac insista; les ministres signèrent tous par point d'honneur . D'Haussez promenait avec inquiétude ses regards autour de lui. « Que cherchez-vous? » lui demanda le président du conseil. Il répondit : « Le portrait de StrafFord. »

Polignac et Peyronnet n'étaient guère préoccupés que de tenir les ordonnances secrètes. Ils croyaient que la surprise qu'elles causeraient suffirait pour en assurer le succès. Polignac répondait de tout à ceux de ses collègues qui ne partageaient pas sa confiance. Le préfet de police Mangin assurait que Paris ne bougerait pas. Le Dauphin, habitué à respecter aveuglément les ordres de son père, disait : « Il faut périr où se sauver. » Le lendemain 25,1e Boi réfléchit quelques instants avant de signer, puis il dit : « Plus j'y pense, et plus je suis convaincu qu'il est impossible de faire autrement. » C'était, assurait-on, le seul moyen de sauver le trône menacé et de restituer à la Charte son esprit, ses conséquences monarchiques et son action.

Polignac demeura dans une sécurité inaltérable. 11 disposait en toutde 14,000 hommes à Paris et dans les environs. Il ne voulut pas en appeler davantage, de peur d'éveiller l'attention, quoiqu'il reçût des avis inquiétants ; car des tentatives étaient feites dans les casernes pour ébranler la fidélité des soldats : 25,000 hommes réunis au camp de Saint-Omer et de Lunéville pour surveiller la frontière belge, à cause des démêlés survenus entre les Belges et les Hollandais, étaient trop loin pour arriver à Paris à temps. Incapable

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