LIVRE XIX. — LA RÉVOLUTION DE
Quelques réunions de députés eurent lieu également ce jour-là, mais ne décidèrent rien. Casimir Périer et Sébastian^ y exprimèrent Tavis formel qu'il allait rester dans la légalité.
Dans la soirée, l'agitation populaire commença. Les ordonnances étaient trop attendues pour causer la surprise espérée parPolignac. Des groupes se formèrent au Palais-Royal et au Carrousel. Des bandes se promenèrent en criant: Vive la Charte! A bas les ministres! On cassa des vitres au ministère des finances. Au moment où Polignac sortait en compagnie de d'Haussez de rhôtel delà présidence, sa voiture fut poursuivie et n'échappa qu'avec une certaine peine. Aucune des plus simples précautions de police n'avait été prise.
Le 27, de grand matin, une foule malveillante encombra les rues. Nombre d'ateliers s'étaient fermés ; les ouvriers inoccupés, et plus particulièrement les ouvriers imprimeurs, lisaient tout haut les ordonnances en préchant l'insurrection. Des jeunes gens, des étudiants, même des enfants se mêlaient aux groupes.
Deux journaux parurent, le National et le Temps. L^autorité essaya d'en empêcher la distribution. Elle voulut faire saisir et briser leurs presses. Les journalistes déclarèrent la mesure illégale et protestèrent; l'hésitation avec laquelle elle fut exécutée encouragea la résistance. Les presses brisées furent remontées aussitôt, et la foule courut briser par représailles celles de journaux royalistes.
Quelques imprimeurs qui refusaient d'imprimer des
journaux y furent obligés à la demande des propriétaires, par deux ordonnances du tribunal de première instance et du tribunal de commerce. Ces décisions furent exploitées contre l'autorité.
Le préfet de police avait déjà fait évacuer le Palais- Royal, lorsqu'à midi arriva le duc de Baguse, nommé la veille gouverneur de la première division militaire. Ce choix n'était pas heureux, carMarmont était impopulaire; sa trahison prétendue de 1814 pesait sur lui. Il avait blâmé les ordonnances et accepté à regret la mission de les faire exécuter. A son arrivée il trouva en tout huit mille hommes à sa disposition avec huit pièces de canon; encore trois régiments étaient-ils d'un esprit douteux. Il resta plusieurs heures en observation devant les rassemblements qui pillaient les boutiques d'armuriers.
Pendant ce temps une vingtaine de députés, la plupart de la gauche avancée, se réunirent chez Casimir Périer. Bérard proposa de rédiger une protestation, analogue à celle des journalistes. L'idée fut repoussée. On se contenta de déclarer les ordonnances inconstitutionnelles et de décider que les ministres seraient mis en accusation. Un groupe d'électeurs de Paris s'était rassemblé de son côté. Deux délégués de ce groupe arrivèrent chez Casimir Périer et demandèrent que les députés se missent ài la tète de la résistance. On se sépara sans conclure, en s'ajoumant au lendemain dans la maison de roulage d'Audry de Pnyraveau.
Une autre réunion, nombreuse et très-mélée, se tint le soir chez Cadet-Gassicourt. Elle s'occupa d'orga-