LIVRE XIX. -- LA RÉVOLUTION DE
niser le refus de Timpôt, et de convoquer l'ancienne garde^nationale, qui, incomplètement désarmée, conservait encore trente mille fusils.
Avant la nuit, Marmont ordonna d'enlever une barricade formée dans la rue Saint-Honoré. Les soldais firent feu. Les insurgés, ayant perdu quelques hommes, se retirèrent et promenèrent leurs morts et leurs blessés en criant : Vengeance ! La foule cassa les réverbères ; l'agitation gagna de rue en rue, de quartier en quartier. On alla incendier les barrières. Une bande s'empara de rimprimerie royale.
Les ministres venaient de se décider à mettre Paris en état de siège, décision que Polignac avait repoussée la veille. Mais duns leurs communications avec Saint- Cloud, ils dissimulèrent la gravité des événements. Charles X, toujours calme, ne voulait croire qu'à une émeute. Polignac, de son côté, gardait une sérénité imperturbable.
La nuit venue, Marmont fit rentrer les troupes dans les casernes. Mais l'insurrection s'organisa pour le lendemain avec un ensemble qui surprit les journalistes les plus au courant des agissements révolutionnaires. D'anciens gardes nationaux, de vieux soldats de l'Empire, des bandes de jeunes gens et d'ouvriers se préparèrent à soutenir une guerre de rues. Toutes les passions accumulées contre les Bourbons se déchaînèrent, croyant le moment venu de renverser un gouverment ramené par les étrangers, et qui nous avait ôté la gloire. On vit s'éveiller aussi les passions révolutionnaires qui fermentent toujours dans les bas-fonds de la société ; aux hommes des anciens parlis, repu-
blicains ou bonapartistes, se joignirent les conspirateurs enrôlés dans les sociétés secrètes. L'insufBsance avérée des moyens de répression enflammait toutes les espérances.
Le 28, dès cinq heures du matin, on dépavait les rues, on formait rapidement des barricades avec des pavés, des voitures, et sur les boulevards avec des arbres renversés. En peu de temps, les corps de garde furent forcés, le drapeau blanc arraché. Les insurgés s'emparèrent de Farseual, des poudrières, de la manutention, de THôtel de ville qui nWait que seize hommes pour le garder. Bientôt le tocsin fiit sonné à Notre-Dame, et le drapeau tricolore hissé au haut dés tours. L'insurrection éclata sur plusieurs points et par épisodes isolés, mais avec un ensemble qui révélait un plan bien conçu. Ses chefs n'étaient pas connus, mais des cartes de reconnaissance avaient été distribuées dans plusieurs bandes. Les élèves de l'École polytechnique ouvrirent de force les portes de l'École et se jetèrent dans la mêlée. La masse de la population laissait faire. La bourgeoisie, hésitant entre ses sentiments d'opposition déclarée et la crainte de trop grands désordres, favorisait le mouvement, quoiqu'elle le redoutât, et nulle digue n'arrêtait le torrent.
Marmont écrivit * de bonne heure au Roi que les groupes se reformaient plus nombreux et plus menaçants. « Ce n'est plus, disait-il, une émeute, c'est une révolution. Il est urgent que Votre Majesté prenne des mesures de pacification. L'honneur de la couronne peut encore être sauvé ; demain peut-être il ne serait plus temps. »