‹ Histoire de la RestaurationChapitre 75 sur 256 · LIVRE XIII.— LA SESSION DE 18Î4. i · texte numérisé non relu

LIVRE XIII.— LA SESSION DE 18Î4. i

phique. II insista sur le danger d'immobiliser pendant sept ans la représentation du pays, ce qui pouvait donner à la Chambre trop de prépondérance et déranger réquilibre établi par la Charte. Si la Chambre élective devenait trop forte, la royauté, qui devait conserver la primauté entre les pouvoirs, deviendrait trop fiaiible et cesserait d'être le pouvoir régulateur. Le gouvernement inclinerait vers la république, et le pays pencherait vers la révolution. Le renouvellement intégral pouvait être favorable au repos des ministres ; il Tétait beaucoup moins à la sûfeté du Roi et à la sécurité de la nation. Royer-Gollard ajouta encore que si les élections étaient vraies, c'est-à-dire libres, l'omnipotence de la Chambre serait complète ; que le gouvernement le sentait, puisqu'il dictait des choix aux électeurs. Il énuméra à ce sujet tous les moyens d'action que la centralisation impériale avait mis dans ses mains et dont il pouvait disposer. Jamais les difficultés inhérentes au système représentatif ne furent exposées avec une force pareille de logique et de vérité. Mais ce beau discours manquait de conclusion. Déclarer la France privée de ses institutions et de ses mœurs d'autrefois n'était pas dire comment ces institutions et ces mœurs pouvaient renaître. Déclarer que la eeniralité administrative peî^er tissait le système représentatif n'était pas dire quels contre-poids on devait ou Ton pouvait lui opposer.

La Chambre, sur laquelle ce langage abstrait et philosophique n'avait pas beaucoup de prise, fiit plus émue quand le général Foy accusa les ministres de n'avoir qu'une pensée, celle de prolonger la durée de

affiaiblissait jusqu'à le rendre dérisoire le concours de la Chambre à la formation de Tarmëe. Le général Foy parla des conditiohs nécessaires d'une bonne armée avec sa vivacité communicative, son expérience pénétrante et une modération qui ne lui était pas habituelle. Il eut ce jour-là un de ses plus beaux succès oratoires. Le projet fut adopté, parce qu'on voulait une force militaire plus considérable que celle que permettait la loi de 1818. Labourdonnaye saisit l'occasion pour demander qu'on modifiât le titre de Tavancement, que les royalistes déclaraient porter atteinte à la plénitude de la prérogative royale. Suivant eux, Tunique moyen de rendre Tarmée monarchique était d'appeler aux emplois d'officiers le plus grand nombre possible de fils des grandes femilles ; la proposition fut rejetée.

Vint ensuite la loi de la septennalité. Martignac prouva dans un rapport remarquable que le pouvoir préexistant qui avait donné la Charte, et les pouvoirs légaux qu'elle avait créés, avaient parfaitement le droit de la modifier quand des modifications étaient reconnues nécessaires. Il reproduisit ensuite avec une grande force de logique tous les arguments déjà présentés en faveur du projet.

Le succès n'était pas douteux. Castelbajac soutint que le Roi et les Chambres avaient le pouvoir constituant; qu'autrement il faudrait placer ce pouvoir dans la souveraineté du peuple. Ce fut aussi l'argument de Villèle. Néanmoins de Ricard et d autres orateurs exposèrent quelles illusions on se faisait sur les effets du renouvellement intégral. Royer-CoUard prononça dans ce dernier sens un discours magistral et philoso-

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