‹ Histoire de la RestaurationChapitre 78 sur 256 · LIVRE XIII.— LA SESSION DE 1824. i · texte numérisé non relu

LIVRE XIII.— LA SESSION DE 1824. i

phique. II insista sur le danger d'immobiliser pendant sept ans la représentation du pays, ce qui pouvait donner à la Chambre trop de prépondérance et déranger réquilibre établi par la Charte. Si la Chambre élective devenait trop forte, la royauté, qui devait conserver la primauté entre les pouvoirs, deviendrait trop fiaiible et cesserait d'être le pouvoir régulateur. Le gouvernement inclinerait vers la république, et le pays pencherait vers la révolution. Le renouvellement intégral pouvait être favorable au repos des ministres ; il Tétait beaucoup moins à la sûfeté du Roi et à la sécurité de la nation. Royer-Collard ajouta encore que si les élections étaient vraies, c'est-à-dire libres, Tomnipotence de la Chambre serait complète ; que le gouvernement le sentait, puisqu'il dictait des choix aux électeurs. Il énuméra à ce sujet tous les moyens d'action que la centralisation impériale avait mis dans ses mains et dont il pouvait disposer. Jamais les difficultés inhérentes au système représentatif ne furent exposées avec une force pareille de logique et de vérité. Mais ce beau discours manquait de conclusion. Déclarer la France privée de ses institutions et de ses mœurs d'autrefois n'était pas dire comment ces institutions et ces mœurs pouvaient renaître. Déclarer que la eentralité administrative peî^er tissait le système représentatif n*était pas dire quels contre-poids on devait ou Ton pouvait lui opposer.

La Chambre, sur laquelle ce langage abstrait et philosophique n'avait pas beaucoup de prise, fiit plus émue quand le général Foy accusa les ministres de savoir qu'une pensée, celle de prolonger la durée de

leurs pouvoirs, et attaqua le défaut de sincérité des élections dans un langage d'une vivacité et d'une énergie singulières. Yillèle expliqua sa conduite; il déclara que Fadministration ne pouvait rester désarmée en face de partis armés ; mais il nia avec raison que les élections générales fussent plus favorables que les élections partielles à Taction du gouvernement. Labourdonnaye prétendit qu'afin d'échapper aux dangers présents, on en créait de plus redoutables pour Tavenir, dans un pays où tant de convulsions avaient ébranlé le trône, et où Taristocratie n'existait pas avec la force nécessaire pour opposer une digue aux révolutions. Corbière s'efforça de dissiper ces sombres pressentiments, mais il le fit avec plus de bonne volonté que de succès.

Le rapporteur Martignac résuma la discussion, et msista principalement sur la nécessité d'assurer une majorité au gouvernement ; on sentait que cette majorité, déjà incertaine, serait divisée et flottante sur beaucoup de points. Néanmoins, au vote final, la loi réunit deux cent quatre-vingt-deux voix contre quatre-vingt *-sept. Résultat attendu, puisque la septennalité était à la fois, comme Nettement le dit, dans l'intérêt de la monarchie, du ministère et de la Chambre.

Un membre de la droite, lankowitz, proposa de soumettre à une réélection les députés qui accepteraient des fonctions publiques. Ce devait être un contre-poids opposé à l'action ministérielle. La proposition, quoique très-appuyée, ne passa pas.

Après quelques débats sur des lois d'importance

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