Histoire de la restauration
Suite et fin de la guerre d'Orient. Victoire des Russes h Kulewtscha. Ils passent les Balkanset entrent à Andrinople. Consternation de la Porte qui demande la paix. L'Europe croit que le dernier jour de l'empire ottoman est arrivé. Le gouvernement français conçoit un plan de réorganisation lerrilorialo daprès lequel la France obtiendrait la Belgique, la Prusse s'agrandirait de la Saxe et de la Hollande, le roi des Pays- Bas irait régner à Constantinople, la Russie aurait la Moldavie et la Valachie, etc. Sur ces entrefaites, on apprend que la paix a été conclue à Andrinople à des conditions beaucoup plus modénVs qu'on ne le supposait : pour la Russie, avec une indemnité pécuniaire, une extension de frontières en Asie; l'ouverture des détroits aux bâtiments de commerce de toutes les nations; la reconnaissance de l'indépendance de la Grèce : l'autonomie presque absolue de la Moldavie et de la Valacbie sous le protectorat de la Russie. — Nouvelle tentative faite sans succès par le gouvernement français pour amener le Dey d'Alger à un accommodement à l'amiable. — Exjx {
pédition franc^aise à Madagascar. — Essais infrucliieux du ' gouvtîrnemeiil pour l'amélioration de la législation coloniale.
Le nouveau ministère, à peine installé et se débattant péniblement contre les difiicultés de sa situation, se trouva inopinément placé %n présence d'une question de politique extérieure qui parut un moment mettre en danger la paix de l'Europe.
Les succès plus qu'incomplets des Russes dans la campagne de l'année précédente et le caractère peu décisif des événements qui avaient marqué le commencement de la campagne de cette année avaient disposé les esprits à penser que la guerre se prolongerait. Ces circonstances furent précisément ce qui en précipita le dénouement. En inspirant aux Turcs une confiance exagérée dans leurs forces, elles les amenèrent à abandonner le système défensif qui leur avait assez bien réussi et à prendre l'offensive contre un adversaire auquel ils étaient peu capables de résister en rase campagne et partout ailleurs que derrière des retranchements.
Le général en chef de l'armée russe, le comte Diebitch, pressait vivement le siège de Silistrie. Le grand vizir Reschid-Pacha conçut l'audacieux projet de l'obliger à le lever en allant lui-même attaquer l'importante place de Pravady, occupée par une garnison russe. Quittant avec 40,000 hommes la position centrale de Schoumla où il était en quelque sorte inexpugnable, il se porta sur Pravady. Le général Diebitch, apprenant que cette ville
était bloquée et canonnée depuis plusieurs jours, se décida à aller à son secours. Laissant devant Siiistrie des forces suffisantes pour que les opérations du siège ne fussent pas complètement interrompues, il se porta, d&ga personne, avec une partie de son armée, vers Pravady, dans l'espérance de forcer le grand vizir à une bataille. Celui-ci, croyant n'avoir affaire qu'à un corps de 10,000 hommes et ne sachant pas que l'armée du général Diebitch, déjà plus considérable par elle-même, avait été renforcée, sur sa route, par le corps du général Roth, suspendit le siège de Pravady pour aller au-devant d'elle. 11 comptait, dit-on, sur une victoire facile et sur la destruction de l'ennemi. La rencontre eut lieu à Kulewtscha, le 1 1 juin. La lutte fut terrible, l'issue en fut même un instant douteuse, mais les Russes finirent par l'emporter. Les Turcs s'enfuirent à travers les bois, laissant sur le champ de bataille 1,500 prisonniers, 5,000 morts, 40 canons et beaucoup d'armes. Les Russes, s'il faut s'en rapportera leurs bulletins, n'avaient perdu que 1,500 morts et 1,000 blessés. Le grand vizir, avec ce qui lui restait, se réfugia dans les retranchements deSchoumIa. Vingt jours après, Siiistrie se rendit après une énergique résistance. La garnison, forte encore de 8,000 hommes, resta prisonnière.
Dans le même temps, en Asie, les Russes obtenaient aussi de grands succès. Nous avons vu que, dans les premiers mois de l'année, le général Paskiewicz, craignant d'être attaqué par les Persans, avait suspendu ses opéra-
lions. Rassuré de ce côté et ayant reçu deo renforts considérables, il entra sérieusement en campagne au commencement de juin. Lo 1*' juillet, il défit complètement le pacha d'Erzeroum qui prit la fuite abandonnant ses retranchements, son artillerie et ses bagages. Le lendemain, il battit un autre corps d'armée dont le commandant, forcé dans ses retranchements, fut fait prisonnier avec un grand nombre de ses soldats. Le 9 juillet, enfin, il entra dans Erzeroum, capitale de la Turcomanie, ville importante sous tous les rapports. Deux autres places considérables, Kars et Beibourt, ne tardèrent pas à tomber aussi entre les mains des vainqueurs.
Ces avantages étaient grands. Cependant ils ne paraissaient pas encore décisifs. En Asie, la lutte continuait avec achamemei^t et ne tournait pas toujours en faveur des Russes. En Europe, le grand vizir avait éludé l'offre que le général Diebitch lui avait fait parvenir, d'ouvrir des négociations pour la paix. Il fallait quelque chose de plus pour vaincre l'opiniâtreté de la Porte. Diebitch s'était porté devant Schoumla comme pour en faire le siège, mais comprenant l'extrême difficulté, l'impossibilité peutêtre de forcer sur ce point le passage des Balkans pour pénétrer dans les provinces intérieures de l'empire, il avait formé un autre projet qui consistait à passer ces montagnes par les défilés voisins de la mer Noire, qui étaient moins bien gardés et où sa marche devait être assistée et protégée par l'escadre de l'amiral Greigh.
Laissant devant Schoumla, où le grand vizir qui ne se
IIISTOIBE DE LA HESTAUIIMION. .i
croyait menacé que sur ce point avait coneentré ses principales forccs; im coi-doo suflisant pour entretenir pendant qaelqne temps son illusion, et lui dérobant par 'ChabHes précautions le grand mouvement qu'il médi- 'tait. il w mit en marche dans la direction de l'est, à la Wte de 40,000 Iiommes, de 6,500 chevaux et d'une arlillcrio proportionnée. Dispersant les forces tri-s-insuflisantrs qui occupaient ces redoutables délités et celles que ble grand vizir y envoya trop tardivement lorsqu'il eut relunu soo erreur, il occupa successivement des positions <[Qi, mieus défendues, auraient pu lui opposer des difficultés presque insurmontables. Arrivé de l'autre cûté des Balkan.<, il battit et dHruisit le il aofil. h Slivno, une division qui essayait encore de l'arrêter, Enlln, le 19, ne rencontrant plus d'obstacles, il arriva en vue d'Andrioople, la seconde ville de l'empire, peupli^ede 80,000 ha- .fcitants. la moitié musulmans, et dont ta garnison bv composait de plus de 10,000 hommes auxquels on avait joint 12 ou Ifi.OOO habitants bien armés. Le terrain. coupé de profonds ravins et défendu par des batteries, prélait à une résistance opiniStre. Telle était, cependant. 'épouvante produite par la marche rapide et l'apparition iubite des Russes que la population, les troupes et les parhas qui les commandaient s'empressèrent do demander une capitulation. L;^ général Dlebit^h répondit qu'il accordait aux pachas et au\ troupes la faculté de se retirer à condition qu'ils ne se rendraient pas à Constanti- Oople et qu'ils remettraient leurs armes, leur artilleiie.
leurs drapeaux', leurs magasins de vivres et de munitions. Quant aux habitants, il leur promettait toute sécurité pour leurs personnes, leurs propriétés et l'exercice de leur religion. (Quatorze heures étaient données pour l'acceptation de*ces conditions. On n'attendit pas, pour se soumettre, l'expiration de ce délais et, le lendemain matin, Tarmée russe entra dans la ville, au milieu des démonstrations de joie dp cette population, heureuse d'échapper à la terreur dorit elle avait été saisie.
La route de Cônstantinople semblait ouverte. Le général Diebitch, dopt lavant-garde n'était plus qu'à quinze lieues de cette capitale, poussait des corps avancés sur tous les points qu'il importait d'occuper pour assurer le succès de sa mjirche. Tandis que, dans la mer Noire, l'amiral Greigh, suivant les côtes et secondant les opérations de l'armée de terre, allait prendre, le 29 août, possession d'Iniada, puis de Midia et se montrait à l'entrée du Bosphore presque en vue de la flotte turque restée inactive àBuyukdéré, le port d'Enos, sur la Méditerranée, tombait au pouvoir du général Sievers, et Diebitch se trouvait ainsi par sa droite en communication avec l'escadre de Tamiral Heyden comme il l'était par sa gauche avec celle de Tamiral Greigh.
La consternation régnait à Cônstantinople. Tous les efforts qu'on avait faits pour préparer une levée en masse à l'approche des Russes avaient échoué. Les chrétiens de la Roumélie, croyant voir en eux des libérateurs, couraient au-devant d'eux, et les mahométans eux-mêmes, dans
leur terreur, s'associaient à ce mouvement. Le peu de soldats qui restaient au sultan se débandaient. Des dispositions séditieuses se faisaient jour, les débris du corps des janissaires commençaient à s'agiter. On découvrit une conspiration qui avait pour but, disait-on, démettre à mort le sultan, son héritier, les grands de l'empire, les membres du divan qu'on supposait avoir conseillé la paix, les partisans des réformes et tous les Francs, et d'appeler tous les vrais croyants à la défense de l'islamisme. Des arrestations, des exécutions nombreuses firent justice de ce complot dont, peut-être, on exagérait la portée, mais Mahmoud comprit qu'il fallait céder, t Une marche de 9 plus, > disait-il, c et mon empire est détruit. > Il se jeta en quelque sorte dans les bras du corps diplomatique dont, jusqu'alors, il s'était montré peu disposé à écouter les conseils. L'ambassadeur d'Angleterre, sirRol>ert Gordon, homme violent et passionné, avait fait preuve jusqu'alors de trop de partialité en faveur des Turcs pour qu'on pût croire que sa médiation eût une jrrande efficacité auprès de la Russie. Bien que, depuis quelque temps, ramené sans doute à une politique plus sage par les instructions de son gouvernement, il se fût joint à l'ambassadeur de France pour conseiller aux Turcs des concessions, ceux-ci lui savaient peu de gré, aussi bien qu'à l'internonce autrichien, de les avoir longtemps encouragés dans un système de résistance obstinée qui conduisait l'empire à de telles extrémités. L'ambassadeur de France, le général Guilleminot. qui,
s HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
au <^ntraire, lear avait toujours fait entendre la voix de la prudence et de la modération, était dans une meilleure *• situation pour intervenir entre les parties belligérantes.
Secondé par la légation de Prusse et par le général baron de Mûffling qui, comme je Tai dit, parti de Berlin après l'entrevue de l'empereur Nicolas et du roi Frédéric Guillaume, venait d'arriver à Constantinople avec la mission ^ de travailler au rétablissement de la paix, l'ambassadeur
de France prit la direction des négociations.
Il s'agissait avant tout d'arrêter la marche du général Diebitch que l'on croyait au moment de se diriger sur Constantinople. Les ambassadeurs s'adressèrent directement à lui. Ils lui représentèrent la grave responsabilité qu'il assumerait si son approche, en jetant le désespoir dans la population musulmane et en réveillant l'ardeur de son fanatisme, livrait les chrétiens à un massacre général et l'Europe aux inextricables complications qui naîtraient pour tout le monde de la destruction de l'empire ottoman. Ils lui rappelèrent les promesses de modération que l'empereur Nicolas avait faites à Berlin et dont ils avaient cru pouvoir se rendre garants à l'égard de la Porte, t Pour nous, » ajoutaient-ils, « notre poste est auprès 1 de Sa Hautesse, et, après la démarche que nous faisons » auprès de vous, il ne nous reste plus qu'à nous occu- » per des moyens de préserver autant que possible les > chrétiens de la capitale des désastres imminents qui • planent sur leur tête. »
LaPortes'étaitdécidéc à envoyer deux plénipotentiaires
JIISTOIHE l)E l,A RESrAUnATIO.N. 0 '
ItQ quartier général russe pour traiter de la paix, mais lelle ne leur avait d'abord donné que des instruclions l'Tagucs Pt iasigni liantes.
A Vienne, à Londres, dans ces duux cours pour lesk'queiles la conservation de l'empire ottoman ôlait en quel- Igue sorte UQ dogme polilïfjue.on niHait guère moins consléqu a Conslanlinofile. M. de Metlemieh s'efforçait de Ibire partager ses alarmes aux autres cabinets et chercliail IpBrtoui des garanties contre les dangers qui lui paraisnient menacer l'équilibre de l'Europe. Le ministère an- ||lais. regardant aussi comme à peu prés certain le renrTprsement du trilne du sultan, n'était pas moins ému. ■Son ambassadeur ft Vienne, lord Cowley, frère du due de I Wellington, disait fi l'ambassadeur de France: i Si cela I convenait ii la France, on pourrait encore empêcher I» W Russes d'entrer à Constanlinople » Les agents au- Ijlrichienss'espriraaient dans le même sens.
Comme il était évidemment impossible d'entraîner la pprance à agir contre la Russie et comme la Prusse, de son leftté, manifestait des dispositions très- favorables au cahi- I net de Saint-Pétersbourg, ta féconde imagination de M. de Ilictternich tenta un autre expédient. Se reprenant à l'cs- Ipoir de se réconcilier avec le puissant potentat du Nord, I it envoya ik Saint-Pétersbourg et à Berlin un plan de parbg^df- l'empire ottoman dont la France, objet de sa plus Tive antipathie, était exclue. Ce plan fut rejeté par l'empereur Nicolas. En informant de ce refus l'ambassadeur de France, il lui donna l'ussunince qu'il n'entrerait ja-
t^ ■ISTOIRK DE LA RESTAURATION.
iMÀs d»ii$ ane combinaison de ce genre sans son loyal et fUli\t ^ié<\eU pou de temps après, il invita rambassadeur i apivier lattention de son gouveraement sur les suites que pourrait avoir la chute éventuelle de l'empire ottoman, ajoutant quil croyait pouvoiRcompter sur la coopération de la Prusse aux projets qu'il concerterait d'avance avec le cabinet des Tuileries.
Au moment où M. de Polignac arriva au ministère, on n^avait pas encore reçu à Paris cette communication, mais tout semblait tendre à un accord plus intime entre les doux États, et à Saint-Pétersbourg, dans l'entourage intime de l'Empereur, on parlait de resserrer par une alliance formelle l'union de la France et de la Russie.
Ces démonstrations étaient-elles complètement sincères? N'avaient-elles pas surtout pour but d'intimider les adversaires de la Russie et de faciliter ainsi une pacification à laquelle, comme nous le verrons, il n'entrait pas dans la pensée de l'Empereur d'attacher des conditions aussi rigoureuses que son langage pouvait le faire supposer? Était-ce bien sérieusement qu'il parlait de la destruction, du partage de l'empire ottoman?
Ce qui est certain, c'est qu'à Paris où, non plus que dans le reste de l'Europe, on ne se rendait pas assez compte des difficultés qu'aurait rencontrées l'achèvement d'une telle entreprise, on crut qu'il était temps de se mettre en mesure de ne pas être pris au dépourvu. Le prince de Polignac présenta au conseil un mémoire fortélendu, œuvre de M. de Boislecomte qui venait d'être
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. ii
appelé à la principale direction du ministère des affaires étrangères, dans lequel il exposait la nécessité urgente, alors qu'on pouvait s'attendre à apprendre d'un moment à l'autre l'entrée des Russes à Constantinople, de s'arrêter à un plan de conduite. Si la France, y était-il dit, pouvait avoir la première des idées arrêtées sur le parti à tirer des circonstances, elle aurait un grand avantage pour faire prévaloir des combinaisons conformes à ses intérêts. Si, au contraire, elle laissait les autres puissances se concerter et s'entendre, elle s'exposait à être sacrifiée dans des arrangements qui se feraient sans elle. Aucune puissance ne pouvait consentir à voir la Russie s'établir à Constantinople. Il s'agissait donc d'y fonder un royaume chrétien dont on détacherait ce qui serait nécessaire pour indemniser la Russie des frais de la guerre, en même temps que les autres États, pour conserver l'é- ^ quilibre, obtiendraient aussi des accroissements de territoire. Deux moyens s'offraient pour arriver à ce résultat : un congrès et une entente séparée et secrète avec la Russie. Les relations intimes, Thabitude d'agir de concert qui existaient entre l'Angleterre et l'Autriche et la parfaite conformité de leurs intérêts leur donneraient dans un congrès une supériorité décisive sur la France rt la Russie. Les difficultés imprévues, les questions nouvelles qui viendraient à surgir, l'extrême difficulté de s'entendre à l'amiable sur des partages et des remaniements territoriaux, la perte de temps qui en serait la conséquence, l'inconvénient de tenir l'Europe dans l'at-
tente et l'inquiétude, de laisser aux Anglais et aux Autrichiens le temps de préparer les moyens d'attaquer l'armée russe sur les succès de laquelle ce plan reposait, tout se réunissait pour écarter l'idée d'un congrès. Une entente secrète entre la France et la Russie avait plus de chances de réussite. Une fois d'accord, il serait facile d'entraîner la Prusse et la Bavière par les avantages qu'on leur offrirait. S'étant ainsi assuré le concours de l'Allemagne, on ferait connaître le plan à l'Autriche d'abord, puis à l'Angleterre. L'Autriche, pressée entre la Russie, la Prusse, l'Allemagne et la France, s'estimerait heureuse de sortir d'une telle situation en acceptant le lot qui lui serait assigné. L'Angleterre, abandonnée de tout le continent et ne pouvant entreprendre seule de lui tenir tête, suivrait l'exemple de l'Autriche. D'après ce projet, la Russie acquérait la Valachie, la Moldavie, l'Arménie, Trébizonde, et plus même de ce côté si elle l'exigeait absolument ; l'Autriche avait la Bosnie propre, avec la Croatie, la Dalmatie turques, l'Herzégovine et la Serbie ; on donnait à la Prusse le royaume de Saxe et la Hollande jusqu'au Rhin en échange de ses provinces situées entre le Rhin et la Meuse ; à la Bavière 120,000 ûmes prises dans les provinces rhénanes cédées par la Prusse, et de plus, s*il fallait en venir à une guerre avec l'Autriche, l'Innviertel et le pays de Salzbourg; le roi de Saxe obtenait, en dédommagement de ses États héréditaires, les provinces prussiennes de la rive gauche du Rhin, avec Aix-la-Chapelle pour capitale ; la France étendait sa do-
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uination sur la. Bi:lxi<]ue. le Brabanl liolhndais. Ii' iLuscmbourg et recouvrait Landau avec les autri^s loi-rilloîres que le Iraité de 18t5 lui avait enlevés du eOtù de lia Moselle ; la part de I '^Vnglctcrrc consistait dans les cor.Ionics Iiolbndaises qui, dans le cas où elle Tcrait la wguerre pour s'opposer à ces arrangements, devaient élre Mrtagèea entre laFrance, la Prusse et la ttussie;enlin. le ttoi des Pa)s-Bas, transféré h Constantinople, était ap- ■i]ielë à r^>gner sur l'Arclilpel, l'tle de Candie, la Grèce, l'Albanie, la Macédoine, la Bulgarie, la Thrace et éven- Inetloinent, s'il fallait continuer la guerre, sur l'Analolie. Dans ce système, il restait en Asie une population mu- «ulmane de 7 millions d'ilmes qui pourrai! former un it à part. L'Kgvpte, sous le pacha Méhemot-Ali. devet indépeirdanle. Quant aux Ltats barba rcsqu es, ils l'étaient déjà il peu prés de fait.
La pensée dominante de ce projet, c'était de substituer
. l'organisation européenne, combinée en 1815 pour
rdes barrières contre la prépondérance continentale
s la France une organisation nouvelle fondée priniipa-
meht sur l'idée de mettre un frein à la prépondérance
Uritimcde l'Angleterre, Pour cela, l'appui énergique
î la Russie était nécessaire. Depuis la retraite de M. de
rTalIcyrand, une alliance étroite avec le cabinet de Saint-
I Pètprshnurg avait été le but vers lequel avaient tendu tous
I les ministres des affaires étrangères de France, à quelque
[ Boance d'opinion ([ails appartinssent. C'était, en quel-
L^e sorte, la tradition du cabinet. M. de Polignar, en
li HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
prenant la direction de la diplomatie française, entrait lui-m^me dans cette voie, malgré la prédilection qu'il avait jusqu'alors montrée pour l'alliance anglaise.
La note qu'il présenta au conseil et dont je viens de donner la substance expliquait, avec beaucoup de détails, les considérations compliquées qui en avaient inspiré les stipulations. La part faite à la Russie dans les provinces asiatiques, disait cette note, pourrait lui frayer un jour le chemin des Indes, et l'on fortifiait ainsi dans cette partie du monde une rivale de l'Angleterre. Il était également utile à la France de rapprocher la Russie de la Méditerranée où elle avait un grand besoin d'appui contre cette même Angleterre. Les acquisitions du cabinet de Vienne en Bosnie, en Croatie, en Dalmatie, dans l'Herzégovine, en Serbie, le renforceraient sur l'Adriatique, et il y avait tout avantage pour la France à augmenter les intérêts maritimes de l'Autriche, à développer ainsi chez elle celui des éléments de sa puissance qui pouvait lui faire sentir un jour à elle-même ce qu'il y avait de pesant pour l'Europe dans la prépondérance britannique. D'ailleurs, la Bosnie et la Serbie, mieux défendues par la nature et par l'art que la Moldavie et la Valachie, serviraient de contre-poids à l'extension de la Russie sur le Danube. En donnant la Saxe à la Prusse on satisfaisait un des vœux les plus ardents du cabinet de Berlin, qui, par l'extension de son territoire plus compacte et plus concentré, serait en mesure de protéger l'Allemagne du côté que le congrès de Vienne avait
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. \o
laissé sans défense. Par Teffet de la cession qu'il ferait de ses provinces rhénanes, il n y aurait plus de point de contact, de cause d'hostilité entre la France et la Prusse. Par l'adjonction de la Hollande, la Prusse deviendrait une puissance maritime et on se préparait ainsi un nouvel auxiliaire contre la domination anglaise sur les mers. La Prusse, on le voit, était le nœud de tout le plan; il fallait donc la contenter; elle avait 300,000 soldats qui pouvaient entrer en campagne dans un mois, et si, faute d'être satisfaite, elle s'unissait à l'Autriche, la force relative des différents Etats serait entièrement changée. La Bavière désirait avec passion l'acquisition d'un territoire qui rétablit la contiguité interrompue entre ses provinces par les arrangements de 1815. La France ne pouvait que gagner à agrandir une puissance intermédiaire entre l'Autriche et la Prusse, un État qui, en cas de guerre, pouvait fournir 60,000 hommes et dont l'accession entraînerait forcément celle du Wurtemberg et du grandduché de Bade. En enlevant la Saxe à son souverain actuel, il fallait absolument dédommager ce souverain, ('/eût été, en effet, un triste et funeste spectacle à offrir aux [K'uples que l'exil d'une dynastie dépossédée par la prépotence des grandes puissances et par l'abus de la force. En l'établissant sur les bords du Rhin, on restait lidèle à un des principes les plus constants de la politique des rois de France, celui de favoriser et de maintenir lexistenc^ d'États secondaires, intermédiaires utiles entre les Etats plus puissants dont ils empêchaient le contact
et le froissement. Il importait beaucoup aussi au gouvernement français de prévenir la réunion de TAIIemagne en un ou deux grands empires. Si jamais cet état de choses se réalisait, TÀUemagne, partagée maintenant entre des princes faibles qui avaient besoin de la protection de la France, ne lui présenterait plus que des forces rivales, jalouses et bientôt hostiles ; la puissance relative de la France en serait sensiblement affectée. Enfin, les provinces prussiennes contiguës à la Champagne touchant le point le plus vulnérable de la frontière française, on avait intérêt à les enlever à la Prusse pour les mettre entre les mains d'un prince qui ne pouvait inspirer aucune inquiétude. En établissant à Aix-la-Chapelle la famille qui régnait en ce moment à Dresde, en lui donnant un territoire un peu plus étendu que celui qu'elle perdrait, une population égale et des sujets professant la même religion qu'elle, ce qui n'avait pas lieu en Saxe et ce qui établirait un lien plus puissant entre le trône et les sujets, on ne diminuerait certainement pas la position de cette antique maison, f On doit remarquer, • disait en finissant M. de Polignac, c que cette organisa- » tion nouvelle de l'Europe serait dominée par l'idée de
• l'intérêt de la France comme celle qui a été faite au
• congrès de Vienne l'a été par le désir de nous abaisser
• et de fortifier les autres puissances contre la France. » Que si l'on trouve que ces acquisitions sont comparati-
• vement trop considérables, nous répondrons que nous > nefaisonsque satisfaire d'unemanière plus équitable et
» plas complète au principe d'équilibre politique que le
» congrès de Vienne a proclamé, mais qu'il n'a réalisé
• qu'en ce qu'fl avait d'avantageux aux autres États et de » défavorable à la France. En effet, que l'on compare la » situation de l'Europe en 1792 et ce qu'elle est actuel- » lement, et l'on reconnaîtra que tandis que la France a
• perdu ses colonies et vu resserrer ses frontières, la » Russie, l'Angleterre, l'Autriche, la Prusse et jusqu'à
• la Hollande, au Piémont et à la Bavière ont étendu
• leurs limites, accru et concentré leurs forces, augmenté » le nombre de leurs possessions. »
Le conseil des ministres, réuni en présence du Roi et du Dauphin, délibéra pendant huit jours sur ces propositions. Le Dauphin, dominé par le parti militaire dont il aimait à se considérer comme le représentant et par un certain courant d'opinion publique qui considérait alors la frontière du Rhin comme un droit en quelque sorte acquis à la France, comme une condition nécessaire de sa puissance et de sa sécurité, aurait voulu qu'au lieu de la Belgique on lui attribuât les provinces rhér nanes de la Prusse. M. de Polignac, pour ramener à son avis l'héritier de la couronne, soumit au conseil une seconde note dans laquelle il développait les motifs qui, selon lui, devaient faire préférer l'acquisition de la Belgique, t Les provinces belges jusqu'à la Meuse, » y disait-il, € ont une étendue de 761 milles carrés alle- » mands, une population de 3 millions 700,000 âmes;
• chaque habitant y rapporte à l'État 26 francs, (i'est
» un des pays les plus riches et les plus peuplés. Les f mœurs et le langage y sont français. Les provinces » entre la frontière belge et le Rhin ont une étendue
• de 500,000 carrés, une population de deux millions » d'Ames ; chaque habitant y rapporte à l'État 20 francs. » Elles sont riches et florissantes, mais moins que la » Belgique ; les mœurs, le souvenir, le langage, tout y » est allemand. Si les provinces belges étaient réunies à » la France, elles augmenteraient notre force défensive t et mettraient à couvert notre capitale,... elles ajoute- » raient aussi beaucoup à notre force maritime en nous
• donnant un port sur la mer du nord... Les provinces
• du Rhin augmenteraient plutôt notre force agressive,
• elles porteraient nos armées au cœur de l'Allemagne; » Mayence serait... un vaste camp retranché d'où nous
• pourrions envahir à notre gré telle partie de l'AUe-
• magne où nous voudrions porter nos armes. Mais... » notre capitale resterait découverte, et l'on prendrait » Paris pendant que nous marcherions sur Berlin... » L'acquisition de la Belgique, en tournant nos forces » vers la mer et contre l'Angleterre, rassurerait l'Eu- » rope... plutôt qu'elle ne l'efl'rayerait. Quand nous » nous montrons à l'Europe comme puissance conti- » nentale et envahissante, les souvenirs encore si récents » de nos dernières guerres se réveillent, tout le monde » s'inquiète, et l'on est encore prêt à se réunir contre. » nous. Quand, au contraire, nous nous présentons » comme puissance maritime, comme la seule puissance
qui puisse un jour se mettre à la tôte d'une grande ligue européenne pour affranchir les mers,... toutes les puissances voient en nous une force amie et conservatrice. Elles se sont toutes liguées avec TAngleterre pour briser le joug que nous faisions peser sur le continent; elles se ligueront un jour avec nous... pour briser le joug que les Anglais font peser sur les mers. C'est une perspective que nous devons de temps en temps faire entrevoir et qui, si nous savons la ménager, nous reportera invinciblement, sans qu on le remarque, sans qu on nous jalouse, à la tête de l'Europe. L'acquisition des provinces rhénanes produirait un tout autre effet ; elle nous donnerait une position toute menaçante et agressive envers l'Allemagne, l'Allemagne sentirait sa liberté et son indépendance menacées, et nous réunirions de nouveau contre nous et la Prusse, et l'Autriche, et toutes les puissances secondaires qui,... avant les jours sanglants de la révolution, s'étaient accoutumées à voir dans la France une puissance protectrice, gardienne de leur indépendance et de leur liberté. Ce sentiment commence à renaître,... et nous ne saurions trop le ménager. Si donc nous demandons la Belgique, nous pouvons avoir favorables à nos vœux la Russie, la Prusse et toute l'Allemagne. Si nous demandons les provinces rhénanes, nous rencontrons une opposition invincible dans la Prusse, dans l'Allemagne entière, dans l'Autriche et dans la Russie elle-même, qui ne se trouve
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plus intéressée à soutenir nos prétentions, car ce u est que contre l'Angleterre que la Russie désire nous renforcer... Enlin, si nous demandons la Belgique, la Russie et la Prusse v voient l'indice d'une résolution ferme et arrêtée de faire la guerre à l'Angleterre dans le cas où cette demande entraînerait la guerre ; ces puissances nous accordent alors la confiance qui a toujours été accordée à ceux en qui l'on croit reconnaître de la volonté et de l'énergie et elles ne craignent pas de se compromettre en se liant avec nous. Si nous demandons les provinces rhénanes, comme chacun en Europe a la conviction que c'est la Belgique que nous désirons et qui nous convient véritahlement, on ne verra dans cette demande que la preuve d'une timidité extrême envers l'Angleterre... Une fois que l'on nous croira dominés par ce sentiment, qui osera contracter avec nous une alliance dont on nous croirait... au moment de nous retirer ?... • Malgré quelque suhtilité, ces arguments avaient une assez grande force. Le conseil fut convaincu, le Dauphin lui-même ayant renoncé à son opposition, et le 4 septembre, M. de Polignac écrivit confidentiellement au duc de Mortemart pour lui transmettre le mémoire, dont le conseil avait approuvé les conclusions, en lui recommandant de ne pas le classer dans les archives de l'ambassade et de le rapporter en France lorsqu'il \ reviendrait. Il devait en faire usage dans ses entretiens avec l'empereur Nicolas et s'assurer, avant d'en-
HISTOIRE DE^A RESTAURATION. "Zi
tamer des pourparlers formels, des intentions de ce prince.
Il y a quelque chose de si étrange, de si hardi dans le projet ainsi élaboré par le gouvernement français qu'on hésiterait ày ajouter foi si les documents )iui en attestent la réalité n'existaient pas au dépôt des affaires étrangères. L'esprit qui y règne est celui de Tardent patriotisme que les guerres prolongées de la révolution et le ressentiment des revers qui les avaient terminées avaient laissé dans la masse des Français, sans en excepter beaucoup de royalistes animés, de plus, du désir de refaire la popularité de leur parti, compromis par sa longue alliance avec létranger, en rendant à la France une partie de ce qu'elle avait perdu en 1814 et en 1815. Ce que les générations actuelles, plus raisonnables ou moins énergiques, auront quelque peine à concevoir, c'est que l'idée d'une guerre générale qui devait mettre aux prises toutes les grandes puissances ne paraît pas avoir effrayé les auteurs de ce mémoire, c'est qu'il semble même qu'ils y aspiraient comme au meilleur moyen de relever le pays de sa situation amoindrie.
Ce qui n'est pas moins remarquable dans ce projet, c'est qu'on y voit que la diplomatie, en dépit des progrès qu'avaient faits dans ces derniers temps les idées libérales, persistait à croire, comme au congrès de Vienne, que l'on pouvait, dans le règlement des questions territoriales, se dispenser de tenir aucun compte des sentiments et des convenances des populations. M. de Polignac
tî HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
dil bion qu'il serait d'un mauvais exemple de détrôner la vieille dynastie de Saxe sans lui donner une compensalion, mais il ne s'inquiète en aucune façon de savoir si Iw^ Saxons seront satisfaits de se voir soumis au joug de h Prusse pour laquelle, en 1814, ils avaient témoigné ttno si profonde aversion. Quant à Tidée étrange de faire disparaître du rang des États une nation telle que la Hollande, si digne d'y figurer par sa vitalité, par sa ri- Aosse, par les souvenirs de son histoire, par son amour do la liberté, et de l'absorber dans un peuple qui n'avait avec elle aucun rapport de caractère, de mœurs, d'institutions, M. de Polignac ne semble pas même soupçonner qu'il puisse s'élever à cet égard aucune objection; il ne lui vient pas à l'esprit que les Hollandais puissent se révolter contre une combinaison qui les traite comme on avait jadis traité la Pologne, ni que le roi des Pays-Bas puisse hésiter à se séparer de cette nation, affranchie et glorifiée par ses ancêtres, pour aller courir les chances probablement chimériques de la fondation d'un empire d'Orient.
Peut-être faut-il chercher dans les difficultés de la position du ministère français l'explication de l'entraînement avec lequel il adoptait une politique aussi aventureuse. Plus il se sentait faible à l'intérieur, plus il croyait avoir besoin, pour distraire et, s'il se pouvait, tourner en sa faveur l'opinion publique, de lui offrir au dehors de grandes perspectives. H pensait que d'éclatants succès diplomatiques ou militaires lui donneraient plus de force
contre l'opposition. Des calculs de cette nature ont été plus dune fois trompés par Tévénement.
Il est plus que douteux qu'en aucun cas on eût pu amener le cabinet de Saint-Pétersbourg, et par lui les autres puissances, à entrer dans de telles voies, à détruire aussi radicalement l'œuvre des traités de 1814 et de 181o, alors que les souverains et les hommes d'État qui les avaient conclus et qui s'en faisaient gloire existaient encore pour la plupart et continuaient à diriger les affaires de l'Europe. Mais M. de Mortemart ne fut pas même en mesure de faire à l'Empereur les communications auxquelles on l'avait autorisé.
La situation de l'armée russe, si brillante en apparence, n'était pourtant pas exempte de périls. Le général Uiebitch, en réunissant les troupes avec lesquelles il avait passé les Balkans, n'avait pu laisser de l'autre côté de ces montagnes que des forces à peine suffisantes pour tenir tête à celles de la Porte. Ses lieutenants en Bulgarie ne suffisaient que difficilement à leur tâche. Le général Krassowsky avait, il est vrai, dans la nuit du 30 au 31 août, repris les opérations du siège de Schoumla, mais le grand vizir, par des sorties vigoureuses et multipliées, ne cessait de troubler, d'interrompre ses travaux. Sur le haut Danube, les généraux Kisseleff et Geismar avaient peine à réprimer les incursions des Turcs qui menaçaient les places de Tuniow et de Kalé occupées par les Russes, et ils échouaient dans leurs efforts pour se rendre maîtres de la navigation du fleuve.
n HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
par laqucîlle les garnison? turques de Mcopoli. de Sistova, de Roustchouk et de Giurgewo continuaient à recevoir des approvisionnements de liouche et de munitions de guerre envoyés de Widdin. A la misîTe produite dans les provinces qui étaient, depuis l'année précédente, le théâtre de la guerre par la nécessité de pourvoir aux besoins des armées belligérantes, un fléau plus grave encore venait de se joindre : la peste ravageait la Moldavie, la Valachie, et on s'était ^n obligé d'établir, sur le Danube, le Fruth et le Dniester des quarantaines dont la violation était punie de mort. Les ressources s'épuisaient, les communications devenaient plus difficiles et le nombre des malades augmentait. A Andrinople même. Tannée d'invasion était loin de présenter ces masses imposantes que l'Europe et la Porte elle-même, dans son épïmvante, 'croyaient y apercevoir. On a beaucoup dit. depuis, que les Russes, en entrant dans cette grande ville, n'étaient pas au nombre de plus de 15,000 hommes. Le général Diebitch en comptait sans doute davantage sous son commandement, il avait d'ailleurs envoyé dans plusieurs directions des détachements qu'il lui eût été facile de rappeler s'il s'était cru menacé, mais ce qui est certain, c'est qu'il aurait malaisément tenu tète à un soulèvement des populations musulmanes appuyé par ce qui restait encore des armées du sultan. Heureusement pour lui, l'ennemi, comme je l'ai dit, était complètement découragé et l'empire ottoman semblait près de se dissoudre.
On comprend pourtant qu'en présence d'une telle siluation, l'empereur Nicolas n'ait pas voulu pousser les choses à l'extrême et, en réduisant les Turcs au désespoir, compromettre les avantages que les chances de la guerre venaient de lui procurer. Pressé d'en finir, il avait désigné à l'avance deux plénipotentiaires pour suivre, de concert avec le général en chef, les négociations qui pourraient s'ouvrir : c'étaient l'aide de camp général Alexis OrlofT, un des hommes en qui il a constamment placé le plus de confiance, et le conseiller privé comte Pahlen. Ils venaient de débarquer à Bourgas, le 28 août, lorsqu'arrivèrent au quartier général les plénipotentiaires de la Porte. Le général Miiffling les avait fait accompagner par le secrétaire de la légation prussienne, chargé d'insister auprès du général Diebilch sur l'état de fermentation qui régnait à Constantinople et sur les dangers qui en résulteraient pour la population chrétienne si les Russes poursuivaient leur marche victorieuse. Le général, en attendant les deux négociateurs russes, désigna le général major prince Gortschakoff et le conseiller d'État Forton, attaché au quartier général, pour prendre part à des conférences préliminaires qui commencèrent le 30 août, et il consentit à suspendre les hostilités, mais non pas à arrêter la marche du corps qu'il avait envoyé prendre des positions.
La Russie avait déclaré dès le commencement de la jnierre qu'elle n'exigerait aucun accroissement de territoire. Elle ne demanda, en effet, que la rectilication de
ses frontières d'Asie par l'acquisition de quelques places à l'effet de mettre un terme aux incursions et aux déprédations que les tribus musulmanes voisines de la Géorgie et de rimirétie ne cessaient d'v commettre. Les autres conditions que le cabinet de Saint-Pétersbourg mettait à la paix étaient l'ouverture du Bosphore et des Dardanelles pour les navires de commerce de toutes les nations, l'exécution complète des anciens traités, notamment de celui d'Ackerman, en ce qui concernait la Valachie, la Moldavie et la Serbie, avec des garanties nouvelles, une ligne de frontières plus favorable à leur système défensif, rindépendance de la Grèce sur les bases du traité du 6 juillet 1827 et du protocole du 22 mars dernier, enfin, le paiement d'Une somme de 11 millions 500,000 ducats, (plus de 137 millions de francs,) tant pour indemniser la Russie des frais de la guerre que pour dédommager ses sujets des pertes individuelles qu'ils avaient éprouvées.
Il ne paraît pas que la plupart de ces conditions aient rencontré une vive opposition de la part des plénipotentiaires de la Porte, mais quant à l'article des indemnités, ils ne se crurent pas suffisamment autorisés à accepter au nom de leur gouvernement une charge pécuniaire qui dépassait ses ressources dans l'état de désorganisation et d'épuisement où il était tombé. Ils demandèrent du temps pour se procurer de nouvelles instructions. Le général Diebitch leur accorda un délai de cinq jours à dater du 8 septembre, mais en même temps.
HISTOIRE DE LA REST\[IR.\Tin\. 27
Voyant le cas où ce délai n'amènerait pas de résultat |oti Wboelilitës dt'vruiont recommencer, il lit faire à Bavant-garde quelques mouvements qui auj^mentiTenl Itfrreur dont on ùtait saisi â Constantinople. hVe. ^-néral MOniing, considérant commet tci-minéc \a Ksîon do conciliation dont son gouvernement l'avait rgé, était parti, le 5 septembre, pour Berlin. Le reis nâi èpei'da iuvita à une conférence les ambassadeurs de France et d'Angleterre et le ministre de Prusse, M. de Rorer. pour leur demander leur avis sur ce que la Porte avait h faire. Ils s'accordèrent à lui coni^eiller de signer prompli'ment la paix, seul moyen, disaient-iis, d'empt^cIht ta ruine totale de l'empire. Les ministres du sultan vn n-connaissant la nécessité, demandèrent qu'un des trois représentants des puissances se rendit au quartier jlénêral russe pour y témoigner des dispositions de la Morte k accepter toutes les conditions exigées par la Russie et pour décider le général Dîebîtch à arrêter la marche de ses troupes. Les deux ambassadeurs et M. de Rover s'y refusèrent par le motif qu'ils n'étaient pas autorisés ?i se porter médiateurs entre les belligérants, mais, sur de nouvelles instances des ministres ottomans t^t do sultan Ini-méme, appuyées par le général Guillemiuot et par sirKohert Gordon, M. de Roycr consentit à aller porter au général Diebitcli l'assurance que la conclusion de la paix ne serait plus dilïérée et le prier de suspendre les mouvements de son armée. Sur cette assurance, le général y consentit, et les plénipotentiaires delà
Porte, suivant l'ordre qu'ils avaient reçu, mirent fin à d'inutiles contestations.
Le 9 septembre, le jour même où M. de Rover s'embarquait pour le quartier général, le reis effendi avait remis aux ambassadeurs de France et d'Angleterre une note ainsi conçue : t La Sublime Porte, ayant déjà adhéré » au traité du 6 juillet 18!27, s'engage à souscrire
• entièrement à toutes les déterminations que prendra
• la conférence de Londres relativement à l'exécution
• de ce traité. •
Aux termes de celui qui fut signé à Andrinople, le 15 septembre, par les plénipotentiaires des deux parties belligérantes, la Russie rendait à la Porte la Moldavie, la Valachie, la Bulgarie, la Roumélie cl généralement tous les territoires et toutes les places occupés par ses armées dans la Turquie d'Europe, à l'exception des îles formées par le Danube à son embouchure. Elle lui restituait aussi les conquêtes faites en Asie, sauf une partie du territoire confinant à l'Imirétie et à la Géorgie, comprenant les places d'Anapa,de Poti, d'AkhaItzick, d'Atzkour et d'Akhalkalaki que la Russie gardait pour la sûreté de ses frontières. Les privilèges et immunités précédemment accordés aux principautés de Moldavie et de Valachie pour leur garantir le libre exercice de leur religion, une parfaite sécurité, une administration nationale et indépendante et une entière liberté de commerce étaient maintenus, et on s'engageait même à insérer dans un acte séparé qui serait considéré comme faisant par-
possec
HISTOIRE DE LA RESTAU IIATION. 29
ittégrante du traitt- les clnust?s .-idditioiinellcs ju- 'es nécessairos pour assurer à ces deux provinces la . possesaioD de leurs drotls. La Porte s'engageait aussi à 1er sans le moindre délai et avec la pins scrupupxactttnde les stipulations du traitf> d'Ackerman rehtives A la Serbie, particuliùrement celle de la restitution immédialc à cette principauté de six districts qu'elle en avaîl détachés. Les sujets russes devaient jouir, dans toDt« retendue de l'empire ottoman, de la liberté pleine M enliére du commerce qui leur avait été accordée par le irailês précédents; ils seraient à l'aliri de toute violeare,de toute chicane et placés sous la juridiction exclusire d«s ministres et consuls de Russie; les liàtîmenls rns&cs ne seraient soumis â aucune visite de la part de^; autorités ottomanes. La Porte veillerait soigneusement à ce que le commerce et la navigation de la mer Noire n'èpronvassenl aucune entrave. A cet effet, elle déclarait le passage du canal de Conslantinopic et celui du détroit des Dardanelles entièrement libres et ouverts au pavillon rosse sous pavillon marchand, soit qu'ils vinssent de la mer Noire pour se rendre dans la Méditerranée, soit que, retimant de la Méditerranée, ils rentrassent dans la mer Noire. La même liberté s'étendait aux bâtiments marchands de loutt^'s les puissances en paix avec la Porte. ToDt« infraction â ces dernières dispositions serait considérée par la Russie comme un acte d'bostilitc entraînant a part des représailles immédiates. L'indemnité duc sujets russes, tant pour les dommaj^es éprouvés par
eux depuis la guerre de 1806 et pour lesquels le traité d'Ackerman contenait des stipulations restées sans exécution que pour les dommages plus récents résultant des mesures adoptées au sujet de la navigation du Bosphore, était évaluée à un million 500,000 ducats de Hollande payables par termes dans le délai de dix-huit mois. La guerre ayant entraîné pour la Russie des dépenses considérables et la Porte reconnaissant la nécessité de lui offrir une indemnité proportionnée, indépendamment de la petite portion de territoire asiatique dont la cession était stipulée par un des précédents articles et que la Russie consentait à recevoir pour compte de cette indemnité, il lui était alloué une somme d'argent dont le montant serait réglé d'un commun accord. La Porte, en déclarant son adhésion aux clauses du traité conclu à Londres, le 6 juillet 1827, entre la Russie, la Grande- Bretagne et la France au sujet de la Grèce, adhérait également à l'acte du 22 mars 1829 par lequel les mêmes puissances avaient réglé les mesures d'exécution du traité en question, et elle s'engageait à nommer sans retard des plénipotentiaires pour participer à cette exécution. La Russie procéderait à l'évacuation du territoire ottoman aussitôt après la mise à exécution des engagements pris par la Porte.
Telles étaient les conditions principales du traité d'Andrinople. Une convention séparée, signée le même jour, portait à la somme de dix millions de florins de Hollande l'indemnité due au gouvernement russe pour les frais de
HISTOIltE UE LA HESTAUK
tde la I
(un
guerre, et la l'ortc jHomeltait mode que déterminerait rKmpereur, d'apri's l'appel fait par la Porte k sa gfnérositi^. Pour alU^ger aulnnt que pos- .^ilile le tardeau, il fut régl6 que la Kus^îe accepterait, en déduction de cette somme, des f'quivalenls en nature. La m^me convention stipulait que l'indemnité due aux sujets russes serait pavÉe en trois termes dans le dêlui de tiix-hnil mois, et elle réglait aussi lesi^poqnes successives de l'évacuation des différentes parties du territoire ottoman, qui ne devait iHre complétée qu'après l'accompliswment de la partie tinanciére du traité.
Par un autre traité, signé aussi le 15 septembre et plus important peut-être en réalité que le traité principal, les puissances contrariantes, en conlirraant les dispositions de la convention d'.\ckerman pour l'élection des liospodars de Moldavie et de Valacliie par les boyards, recon-
i3«aient la nécessité de donner à l'administration de ces
ivînces une base plus stable et pins conforme aux intérêts des deux pays que celle qui avait existé jusqu'alurs, li était convenu, en conséquence, que la durée du IDOveroement des iiospodars ne serait plus bornée i\ ans, mais qu'ils seraient investis à vie de cette di-
itè, sauf les cas d'abdication volontaire ou de destilu-
pour cause de délits. Us devaient décider librement
toutes les aiTaires intérieures de leurs provinces en
laltaut leurs divans respectifs, sans pouvoir jamais
ir atteinte aux droits garantis aux deux pays par les
itti-chérifs, et ils ne seraient troublés dans leur ndmi-
nistration par aucun ordre contraire à ces droits. La Porte s'engageait à veiller scrupuleusement à ce que les privilèges concédés à la Moldavie et à la Valachie ne fussent en aucune manière enfreints par ses commandants militaires, à ne souffrir aucune ingérence de leur part dans les affaires de ces provinces et à empêcher toute invasion des riverains de la rive droite du Danube sur le territoire valaque ou moldave. Pour mieux assurer Tinviolabililé de ce territoire, elle s'engageait encore à ne conserver aucun point fortifié, à ne tolérer aucun établissement quelconque de ses sujets musulmans sur la rive gauche du Danube. Aucun mahométan ne pourrait avoir son domicile dans les principautés, et Ton n'y admettrait que les marchands munis de firmans qui viendraient y acheter les denrées nécessaires pour la consommation de Constantinople et d'autres objets. Les villes turques situées sur la rive gauche seraient, ainsi que leurs territoires, restituées à la Valachie. Les musulmans qui y possédaient légalement des biens-fonds seraient tenus de les vendre aux indigènes dans le délai de dix-huit mois. Les gouvernements des deux principautés, jouissant de tous les droits d'une administration intérieure indépendante, pourraient établir des cordons sanitaires et des quarantaines le long du Danube et partout où il en serait besoin. Pour le service de ces quarantaines, la sûreté des frontières, le maintien du bon ordre dans les villes et les campagnes et l'exécution des lois et règlements, ils pourraient entretenir le nombre de gardes armés
HISTOIRE DE LA [lESTAL'EIATlOiN. :t3
Irictcmeiit nécessaire. La Porle, informée des abus ci dps vexations qui se commettaient dans les principautés â l'occasion des fournitures exigées pour la consommaàe Constantinople, l'approvisionnement des fortesda Danube et les besoins de l'arsenal, les dîspenlit absolument de ces fournitures. Elle les dispensait également de l'obligation de fournir des ouvriers pour les travaux des forteresses et de toute autre corvée, mais, pour dédommager le trésor impérial de la perte ijue l'ak-indon de ces droits pourrait lui faire éprouver, Moldavie et la Valachie, indépendamment du tribut luel qu'elles lui devaient aux termes d'anciens hattifs. lui paieraient chacune, annuellement, une somme 'argent dont la quotité serait déterminée d'un commun rd. De plus, à chaque renouvellement d'hospodar, il serait pavé une autre somme équivalente au tribut an- Cela excepté, aucun tribut, redevance ou cadeau mrrait être exigé sous quelque prétexte que ce fût. habitants des principautés jouiraient de la pleine liberté du commerce pour toutes les productions de leur wl pl de leur industrie. Ils pourraient naviguer librement sorle Danube avec leurs propres bâtiments, munis des lasse-ports de leurs gouvernements, et aller commercer dans les autres villes ou ports de l'empire ottoman sans ttre exposés à aucune vexation. De plus, la Porte, en considération de tout ce que la Moldavie et la Valacbie )Taii-nl eu à souffrir dans ces derniers temps, les exemplail pour deux ans du tribut annuel. Enfin, elle con-
que i ^^M(
^Targ
wrait
(irmait les règlemenls administratifs qui, durant leur occupation par les armées russes, avaient été faits d'après le vœu exprimé par les notables habitants du pays, et qui désormais devaient servir de base pour leur nV gime intérieur en tant qu'ils ne portaient aucune atteinte aux droits de souveraineté du sultan.
Si. par l'ensemble de ces stipulations, la Russie n'avait étendu que dans une très-faible mesure les limites de son immense empire, elle n'en retirait pas moins de très-grands avantages. Ses frontières d'Asie se trouvaient mieux assurées. La souveraineté de la Porte sur la Moldavie et la Yalachie, sur la Serbie, sur la Grèce, était réduite à un vain hommage et à de faibles tributs où il était diflicile de ne pas voir un acheminement à l'indépendance entière de ces contrérs dans un avenir plus ou moins prochain. Dans les deux principautés du Danube, le protectorat russe prenait un caractère tellement prépondérant que les droits du sultan s\v trouvaient à peu près annulés. L'ouverture du Bosphore et des Dardanelles, la liberté du commerce dans la mer Noire, avantages communs, en apparence, à tous les Etats, avaient surtout pour les Russes une très-grande importance.
Par un manifeste daté du i®"" octobre, l'empereur Nicolas, annonijant à ses peuples la conclusion de la paix, énuméra les satisfactions que la Russie venait d'obtenir avec une certaine emphase calculée, peut-être, pour imposer silence à la partie de l'opinion publique qui aurait voulu qu'on fit subir à la Porte de plus dures condi-
lions. Il combla des distinctions les plus (laiteuses les g»'»néraux Dicbitch et Paskiewicz, élevùs l'un et l'autre à la dignité de maréchal. Leurs principaux lieutenants obtinrent aussi d'éclatantes récompenses. Tous les officiers et soldats qui avaient pris part aux deux campagnes couronnées par d'aussi brillants succès furent autorisés à porter, suspendue au ruban de l'ordre de Saint-Georges, une médaille instituée pour en perpétuer le souvenir. L'Empereur, voulant donner, en dehors même de ses États, un grand retentissement à ces triomphes, envoya à son beau-père, le roi de Prusse, six des plus belles pièces de c^impagne prises aux Turcs, et au gouvernement grec douze canons et six mille fusils provenant de la même source, ce qui était tout à la fois pour le nouvel État un témoignage de sa bienveillance et de sa protection et un secours efficace dans les luttes qu'il pourrait avoir encore à soutenir.
Le prestige de la Russie, plus ou moins compromis par le> événements de Tannée précédente, était donc rétabli. L'ascendant qu'elle avait pris depuis longtemps sur la Porte était accru au point de devenir, au moins pour longtçmps, une sorte de domination protectrice. Pour la première fois, la Porte qui, pendant des siècles, avait conservé, dans ses rapports avec les puissances chrétiennes, le ton d'une hautaine suprématie, qui avait pourtant compris, depuis le siècle précédent, qu'il fallait y renoncer, faisant un pas de plus dans cette voie, commençait à sentir que, dans l'état de barbarie où elle était
encore, il lui était impossible de lutter à armes égales contre les puissances civilisées. Pour le moment, la Russie était maltresse de rOrient, et les principautés de Moldavie et de Valachie, auxquelles elle allait donner une constitution, semblaient être devenues deux de ses provinces.
Dans cette position si éclatante du cabinet de Saint-Pétersbourg, à peine les esprits les plus éclairés, ceux qui étaient le mieux informés des détails de la situation, apercevaient-ils ce qui en constituait le côté faible et qui échappait au vulgaire. Les eiïorts longtemps infructueux par lesquels la Russie était venue à bout de la résistance de la Porte leur faisaient comprendre qu'on s'était exagéré sa force; que, malgré son énorme population, par suite de la prodigieuse étendue de son territoire, de la difficulté des communications, de Fétat de ses finances, des vices d'une administration ignorante et corrompue, elle était loin de pouvoir amener sur les champs de bataille, surtout lorsqu'il s'agissait d'une guerre lointaine, les masses de combattants dont on s'était persuadé, depuis 1812, qu'elle pouvait disposer; enfin, que la mauvaise organisation de son intendance militaire et de ses hôpitaux la condamnait à subir, en campagne, des pertes hors de toute proportion avec les chances ordinaires de la mortalité. En ce moment, elle était épuisée, comme elle l'avait été après Austerlitz et Friediand: il lui fallait du temps pour se refaire, et il lui eût été difficile, sinon impossible de s'engager dans de nouvelles entreprises.
in Cl
Nearensement pour elle, aucune des autres puissances 'irait la volonté ou la possibilité de lui ciiercher queie. L'Autriche humiliée, déconsidérée par l'échec iplet qu'elle avait éprouvé dans ses tentatives pour :iter des obstacles et des adversaires au cabinet de Saiot-PétersLourg ne cherchait qu'à se l'aire oublier et â obtenir le pardon de son puissant voisin. Les encouragements malheureux qu'elle avait donnés à la résistance la Porte et qui, n'étant soutenus d'aucun appui réel, ient attiré tant de calamités sur l'empire ottoman, 'iTaienl, pour .longtemps, complètement anéanti à Con- «tantinople l'influence qu'elle y avait jusqu'aloi's exercée. Il en était de même jusqu'à un certain point de l'Angleterre, bien qu'elle se fût moins compromise- que l'Autriche et qu'elle ne se fût pas associée aux témérités M. de Metlernich. Four elle, aussi, les succès de la issie en Orient et la domination presque absolue qu'elle lit conquise à Constantinople étaient une cause d'amointlrisscment matériel et moral.
La Praase qui, presque anéantie en 1807, redevenuc si puissante en 1813, 14 et 15. puis singulièrement aflïblie et à peu prés retranchée du rang des Etats de pre- T ordre par les imprudences de son gouvernement et agitations intérieures, commentait à peine ^ se relever de son abaissement, avait trouvé, dans la, bienveilliac« qu'cUe-avail témoignée à la Russie et dans l'appui 'lie s'était montré disposée à lui prêter, une occasion irable pour regagner le terrain qu'elle avait perdu.
Son. organisation militaire, sans avoir dès lors toute la force qu'elle a acquise depuis, était déjà telle qu'en présence de la possibilité dune crise européenne, il était difficile de ne pas tenir grand compte du poids que son alliance apporterait dans la balance.
Mais, de toutes les puissances, la France était celle dont les événements qui venaient de s'accomplir avait le plus amélioré la situation au point de vue des relations extérieures. Depuis 1813, bien qu'elle eût réparé ses pertes avec une rapidité qui avait fait l'étonnement du monde et le désespoir de ses ennemis, bien que ses finances, son industrie, son commerce eussent atteint un degré de prospérité qu'elle n'avait jamais connu, il lui restait quelque chose à faire pour reprendre, dans les conseils de lEurope, le rang et l'influence qui lui avaient jadis appartenu. La malveillance de l'Autriche, de h Prusse, de l'Angleterre même, s'était attachée à la maintenir dans un état de suspicion et d'infériorité dont le succès même de la guerre d'Espagne n'avait pu la tirer complètement. On croyait toujours ou on an*ectait de croire qu'absorbée dans les luttes intérieures des partis et menacée peut-être de quelque révolution nouvelle elle était hors d'état de pratiquer au dehors une politique suivie ^ que, par conséquent, les gouvernements qui compteraient sur son alliance pour l'accomplissement de leurs projets courraient le risque de se voir abandonnés au moment où ils auraient le plus besoin d'elle. C'est par de tels arguments, c'est par l'évocation sans cesse re-
nouvelle des périls dont le libéralisme français menaçait la tranquillité de l'Europe, que M. de Metternich avait réussi pendant si longtemps à éloigner le cabinet de Saint-Pétersbourg de celui des Tuileries. Ces efforts n'avaient jamais réussi d'une manière absolue : le gouvernement russe, même dans les moments où il subissait le plus rinduence du chancelier autrichien, n'avait jamais cessé d'être animé envers la France d'une bienveillance dont il fallait chercher le principe dans le sentiment de la communauté des intérêts des deu\ États en opposition à ceux de l'Angleterre et de l'Autriche. Mais cctU* bienveillance se manifestait quelquefois par des procédés qui attestaient une certaine déliance, sinon des intentions, au moins de la force réelle du cabinet des Tuileries, et aussi longtemps surtout qu'avait vécu l'empereur Alexandre, les souvenirs de 1814 et de 1815 y avaient trop souvent mêlé un ton de supériorité protectrice qui en altérait le caractère. Après ce qui venait de se passer pendant la guerre contre les Turcs, rien de semblable n'était plus possible. L'appui moral que le gouvernement français avait prêté au gouvernement russe au milieu de ses plus grands embarras et qui avait contribué à faire échouer les manœuvres hostiles de M. de Metternich, en acquittant en quelque sorte la dette de reconnaissance que la France avait contractée quinze ans auparavant envers son puissant allié du nord, les avait remis sur un pied d'égalité, et il n'était plus permis à la Russie de méconnaître où étaient ses vrais amis, ceux
dont le concours serait dans l'occasion le plus efficace. Elle pouvait s'inquiéter encore de l'état intérieur de la France, mais cette inquiétude plus ou moins fondée, dont M. de Metternich s'était fait pendant tant d'années un moyen commode pour l'accomplissement de ses desseins, n'était plus entre ses mains qu'un instrument usé, devenu inefficace parce qu'il l'avait trop souvent mis en œuvre.
La position de la France au dehors était donc excellente. Sur un point, seulement, elle laissait à désirer. La question d'Alger ne faisaitpas de progrès. Une escadre française maintenait devant cette ville, autant que l'intempérie des saisons le permettait, un blocus qui ne causait pas assez de dommages au Dey et à ses sujets pour le décider à accorder les satisfactions qu'on lui demandait. Quelques actions engagées entre les bâtiments de la croisière et ceux qui voulaient sortir du port ou y rentrer ne pouvaient rien changer à un état de choses qui imposait à la France d'assez grands sacrifices pécuniaires. Il fallait en finir. Le gouvernement du roi, avant de recourir à des mesures plus énergiques, s'était décidé à une dernière tentative d'accommodement. Dès le mois de juin, le ministre de la marine, qui était encore M. Hyde de Neuville, avait envoyé au contre-amiral de La Bretonnière, commandantdu blocus, des instructions qui le chargeaient de faire, à cet effet, une démarche directe auprès du Dey. L'amiral ordonna au capitaine de Nerciat de se rendre en parlementaire à Alger pour se concerter avec le
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. ït
"consul de Sardai^nt* sur les moyens d'obtenir d'Hussein- Pacha la libéralion de quelques prisonniers français qui se irouvaioiit en sa puissance. Le liul réel, mais secret, de sa mission ^tait d'amener les choses à ce point, que la présence de M. de La Bretonniire lui-même parût indispensable pour le suctès de sa mission apparente.
Le terrain étant ainsi préparé, le vaisseau la Provence, sur lequel se trouvait l'amiral, vint mouiller, le 30 juillet, à deu\ milles de distance d'Alger, en bâtiment parlementaire. Admis dés le lendemain à l'audience du Dey, M. de La Bretonniére commenra par lui dire que le Roi était disposé à croire qu'il avait pu s'élever quelque malentendu sur le fait qui avait donné lieu à la ^^■nerre entre la France et la régence. Il exposa ensuite les ^^BPnditions auxquelles le cabinet des Tuilerie» conscn- 9'^ lînil à mettre lin ans hostilités : la mise en liberté imtoédiate des prisonniers français; l'envoi à Paris d'un oflicier de marque rliargé d'exprimer au Roi que, dans ce qui s'était passé le 30 avril 1827 cntie le Lïey et le coDsul de France, le Dey n'avait eu aucunement l'intention de rinsnlter, encore moins de manquer de respect lu Roi; enlin, et en attendant le résultat définitif de la (négociation, la conclusion d'un armistice.
Ces conditions étaient certes bien modérées. Elles réduisaient singulièrement les premières exigences de la Krsnce. Il n'était plus question ni de salut pour le patillon français arboré sur les forts d'.\lger, ni de réparation personnelle envers le consul mort peu de temps
auparavant, ni de l'envoi de grands personnages de la régence sur un vaisseau en vue d'Alger. Il s'agissait seulement de faire porter au Roi par un simple envoyé des explications plutôt que des excuses. Ce n'était plus une réparation faite sur les lieux et de manière à frapper l'esprit des populations qui y auraient en quelque sorte assisté.
Il semblait impossible que le Dey ne consentît pas avec empressement à un tel arrangement. Néanmoins, après une discussion animée, il ajourna sa réponse au surlendemain, 2 août. Dans une seconde conférence qui eut lieu ce jour-là, l'amiral lit les plus grands efforts pour décider Hussein-Pacha à satisfaire aux demandes de la France. Employant tour à tour le langage de la persuasion et celui de la menace, il lui dit qu'il appellerait sur sa tête une terrible responsabilité en se rendant, aux yeux de Dieu et des hommes, par l'opiniâtreté de ses refus, la cause des malheurs de son pays. Il lui déclara que le Roi, après avoir épuisé tous les moyens de conciliation, aurait recours aux forces que le Tout-Puissant avait mises entre ses mains pour défendre ses droits et la dignité de sa couronne. Tout fut inutile. € J'ai de la » poudre et des canons, • répondit llussein-Pacha, t et
• puisqu'il n'y a pas moyen de s'entendre, vous êtes li-
• brede vous retirer. Vous êtes venu sur la foi d'un sauf
• conduit, je vous permets de vous retirer sous la même
• garantie. » M. de La Bretonnière, pressé par le consul de Sardaigne et par l'interprète même du Dry de différer
son départ jusqu'au lendemain à midi, y consentit, mais il chargea cet interprète de faire savoir à son maître que, passé cette heure, il devrait considérer la négociation comme définitivement rompue.
Le Dey restant inébranlable, Tamiral s'embarqua le lendemain. Comme son vaisseau, portant le pavillon parlementaire, passait sous les batteries de la ville, à un signal donné de la Casaubah^ résidence du Dey, un coup de canon à poudre partit de la batterie du Fanal. Peu après, on entendit un second et un troisième coups, et l'on a|)errut un grand nombre de soldats courant aux batteries de la ville et du môle. Elles dirigèrent aussitôt sur le vaisseau une canonnade à boulets, et dans l'espace d'une demi-heure, c'est-à-dire jusqu'au moment où le vent lui permit de s'éloigner de la côte, il essuya le feu d'environ quatre-vingts coups de canon et de plusieurs bombes qui tombèrent à peu de distance de l'arrière. Heureusement, onze boulets seulement atteignirent le corps du bâtiment qui eut à souiïrir dans sa mâture et dans ses agrès. Si le dommage ne fut pas plus grand, on le dut probablement à la présence d'une corvette anglaise mouillée à peu de distance du port entre une partie des batteries et la Provence, à laquelle elle servait en quelque sorte de bouclier. Aucune démarche officielle ne fut faite par le gouvernement algérien pour essayer d'expliquer re monstrueux attentat contre le droit des gens. Seulement, trois jours après, le commandant de la corvette anjw'laise envoya à M. de La Bretonnière une» lettre que le
drogmari du Dey venait de lui écrire en son propre et privé nom pour lui faire savoir que non-seulement Hussein-Pacha avait désapprouvé cet attentat, mais qu'il avait destitué le ministre de la marine et chassé tous les chefs des batteries. Cet avis indirect ne pouvait être considéré comme une réparation. Lorsque le nouveau ministère français, à peine entré en fonctions, reçut la nouvelle de ces événements, il comprit que ce n'était que par un grand déploiement de forces qu'il était possible de résoudre la question engagée depuis prés de deux ans, et on s'occupa des mesures à prendre pour préparer la grande expédition qui, l'année suivante, devait jeter un si grand éclat sur les armes de la France.
En ce moment même, se poursuivait une autre expédition d'une bien moindre importance, ordonnée par le ministère précédent pour reprendre possession de divers points jadis occupés par les Français dans l'Ile de Madagascar, dont les chefs Ovas s'étaient emparés pendant les guerres de la révolution. Cette expédition, préparée à llle Bourbon dont elle était partie dès le mois de juin, se composait d'une frégate, la Terpsichore,
et de cinq ou six petits bâtiments de guerre portant de 7 à 800 hommes de débarquement. On avait entamé des négociations avec la reine des Ovas, la célèbre Ranavalo, qui résidait à Emina, et, en attendant sa réponse, le commandant, le capitaine Gourbeyrc, avait fait occuper à Temtingue une position qu'il fortifia et où le pavillon français fut arboré le 18 septembre. Le terme assigné pour
IlISTOrHE []R LA HESTAURATIO^. 4.)
actions d^mandi-es i!'tant expiri!' et le mauvais Toaloir des Ovas s'étant maniftisti} par des procédés liosliles, le commandant se dirigea avec une parlie de son escadrille vers Tamalava où ils avaient un établissement important. Arrivé devant ce fort le 10 octohre et ayant
ire tenté sans succès la voie des négociations, il fit r le feu. Le fort et l'établissement furent détruits irlques minâtes, et les Ovas se sauvèrent en désordre dans les montagnes après avoir perdu une vingtaine d'hommes. De Tamatava, la HottiUese porta sur Foulepointe où les Ovas avaient élevé quelques retranchements cl ane redoute qu'ils défendirent avec plus d'opiniâtreté. T5 d'entre ea\ y furent tués, 30 blessée. Les Français furent 11 morts et la blessés. Le capitaine Gourbcyre, liien que victorieux, se trouvant trop faible pour poursnifre ces avantages, alla cherchera Temtingue 80 hommes de renfort et revint mouiller, le 3 novembre, à la Points 3 Larrëe. La, enlin, dans un troisième engagement, les Ovas, poussés avec vigueur de retranchements L-n retranchements, puis dans le fort principal, en furent chassés et s'enfuirent dans les forêts, laissant 119 morts sur le champ de bataille. Le 20 novembre, deux envoyés de la reine Ranavalo arrivèrent au mouillage du capitaine Gourheyre pour traiter de la paix. On y arrêta les bases d'une convention préliminaire par laquelle les droits de la France étant formellement reconnus, attendre la ratiliciilion de la reine, les hostilités
lient et les bâtiments français devaient être admis,
comme par le passé, dans les ports occupés par les Ovas. Pas plus que tant d'autres tentatives analogues, cette expédition ne devait avoir pour résultat délinilif d'assurer à la France un établissement incontesté dans la grande île de Madagascar.
Pendant que le gouvernement français s'eiïorçait ainsi d'étendre en Afrique sa domination, les colonies qu'il possédait dans les mers d'Amérique étaient livrées à de vives agitations. L'ordonnance royale que M. Hyde de Neuville avait fait rendre l'année précédente sur l'organisation judiciaire de la Martinique et de la Guadeloupe avait été suivie de trois autres qui rendaient applicables à ces lies les codes d'instruction criminelle, de procédure civile et aussi le code pénal. Elles excitèrent chez les créoles une extrême irritation. Dans la violence de leurs préjugés, ils ne pouvaient se faire à l'idée d'une législation fondée sur le principe d'une protection et d'une répression égales pour les blancs et les hommes de couleur. Une procédure criminelle qui les admettait indistinctement à témoigner en justice les uns contre les autres, balançait leurs dépositions et punissait également les injures faites d'une classe à l'autre ne pouvait être considérée par la classe dominante que comme une innovation funeste dont les résultats devaient infailliblement ruiner les colonies en les livrant à l'anarchie. Ce qui, aux yeux des colons, augmentait encore le péril de cette innovation, c'était la nouvelle organisation donnée à l'ordre judiciaire qui introduisait, à la place du conseil souve-
raiii. jadis entièrement composé de créoles, des juges amovibles, étrangers aux mœurs du pays et à l'intérêt colonial, et qui excluait, non-seulement les créoles, mais quiconque épouserait une créole, des fonctions de procureur général. La répugnance à recevoir ces ordonnances s'annonça d'abord par des querelles et des rixes quelquefois sanglantes entre les créoles blancs et les hommes de couleur. Les premiers, qui composaient toute la milice, y avaient ordinairement l'avantage, mais l'opposition se manifesta d'une manière plus directe et plus éclatante lorsque arriva le moment fixé pour la mise en vigueur des nouveaux règlements. Le général Barré, gouverneur de la Martinique, ayant convoqué extraordinairement la cour ro\ale pour le 23 février, aucun des magistrats qui en faisaient partie, presque tous anciens ilfcmbres du conseil souverain, ne se rendit à la convocation. Il prescrivit, par un arrêté du 3 mars, l'enregistrement des ordonnances, tant au greffe de la cour qu'à celui du tribunal de première instance, mais tous les magistrats de la cour avaient déjà déposé leurs démissions. Le gouverneur, sans se laisser déconcerter par cette protestation, établit une nouvelle cour royale, formée en grande partie d'individus étrangers à la colonie, de jeunes licenciés ou de juges tirés des tribunaux inférieurs. Cette cour, que les créoles comparaient au parlement Maupeou, fut installée le 5 mars par le gouverneur, sans que la milice ni les personnes notables du pays voulussent prendre partà cette installation. Les ordonnances \ furent enregistrées et la
justice rendue pendant trois on quatre mois dans le sens des ordonnances. Cependant, les magistrats démissionnaires et les plus considérables des créoles avaient envoyé au gouvernement de la métropole des représentations au sujet des déplorables conséquences que ces innovations ne pouvaient manquer, suivant eux, dentralner pour la paix et la prospérité de la colonie. Le ministre de la marine, qui était encore M. Hyde de Neuville, montra quelque disposition à se relâcher de la rigueur des dispo- ' sitions dont les colons se montraient plus particulièrement blessés, et le baron de Freycinet, ancien gouverneur de Bourbon et de la Guvane, fut envoyé en la même qualité à la Martinique avec des instructions par lesquelles on se flattait de Tespoir de concilier les esprits. Arrivé à Saint-Pierre dans le courant de juillet, il y fut reçu par les colons comme un libérateur. 11 annonça que, connaissant les colonies, il savait apprécier leurs besoins, qu'il contiendrait dans de justes bornes les prétentions des hommes de couleur, mais, en même temps, il recommanda à la jeunesse créole d'avoir de la modération, d'être généreuse et jamais provocatrice. Par les avances qu'il flt aux magistrats démissionnaires, il les amena à retirer leurs démissions, et le 3 août, rapportant les mesures prises par son prédécesseur, il réinstalla la cour royale telle qu'elle avait existé avant le mois de mars, avec toute la pompe du cérémonial ordinaire. Dans le discours qu'il prononça à cette occasion, passant légèrement sur la réception des ordonnances, qui avaient tant
HISTOIHE BE LA HESTAUllATION. W
pU! les esprits, ils'tHundilsur h reconnaissance que k's iilloiis dcT^iieiit au ïtoî qui leur rendait de sj dignes tagistrats. Leur priisidenl Répondit par des proleslations ) zèle et de dévouement. En rt'alilÊ, la querelle n'était ; suspendue. Les ordonnances furent enregistrées et WnsidtTiïes comme t''tanl en vigueur, mais les colons espéraient obtenir qu'on y fil des modifications, et c'était d^jà un triomphe pour euv que d'en voir l'application -^anfiéeà des magistrats qui leur étaient unis par la conmité des intérêts et des opinioni^. Comme il était facile ie le prévoir, elles furent constamment interprétées on faveur de la caste dominante. Vainement les hommes deeoulearse plaignaient de la partialité de l'administration et des tribunaux. Ce n'était pas sous le ministère fonnè par M. de Polignac et M. de la Bourdonnaje qu'ils pouvaient s'attendre a obtenir justice. Même après la révolution de 1830, leselTorts multipliés des hommes d'État qui cherchaient à réprimer ces abus ne devaient aboulir qu'à des résultats bien incomplets, et il fallut un iniervallede vingt années, il fallut une seconde révolulion plus radicale pour mettre un terme à tant d'iniquités en abolissant l'esclavage qui en était le principe. C'était une illusion que de croire qu'un système fondé sur cette odieuse institution pût être réformé utilement dans SOS détails, qu'en laissant subsister une aussi monstrueuse violation des droits de l'humanilè ou pùl faire disparaître les injustices secondaires qui en étaient, pour ainsi dire, la conséquence forcée. Les colons ne se
trompaient pas lorsqu'ils voyaient un danger pour le régime existant, fondé sur la ' distinction des castes, dans tout ce qui tendait à efTacer ou à atténuer la distance établie par les mœurs et Topinion entre eux et les hommes de couleur, à faire peser sur les uns et les autres Taclion dune justice impartiale, à maintenir à chacun son droit et à frapper également les coupables, dans quelques rangs qu'ils se trouvassent. Pour que les blancs conservassent leur ascendant, il fallait, en quelque sorte, qu'ils conservassent le prestige d'une sorte d'inviolabilité. C'est dire que les abus auxquels on cherchait à remédier ne pouvaient disparaître qu'avec l'esclavage lui-môme. L'expérience de tous les temps et de tous les pays l'a suffisamment prouvé.