CHAPITRE CXLVI
Vo>a^'e du Dauphin et do la Dauphinc en Normandie où ils si»ul froidemenl accueillis. — Promenade triomphale de M. de La Fayette en Auvergne, en Dauphiné et à Lyon. — Ass4iciation bretonne pour le refus éventuel de l'impôt en cas dp violation de la Charte. — Vive polémique des journaux sur l'étendue dos droits de la rovauté. — Divisions dans le ministère. M. de Polif^nac devient président du conseil. Démission de M. de La Bourdonnaye, remplacé au ministère de l'intérieur par M. de Montbel qui a pour successeur au ministère de Finstruction publique M. de Guernon Ranville.
Ces événements lointains et d'une importance relativement si secondaire passaient complètement inaperçus au milieu des vives émotions auxquelles la France était livrée depuis la formation du nouveau ministère.
Le Roi avait eu, dit-on, l'intention de parcourir la Normandie vers la lin de l'été, comme l'année précédente il avait parcouru les départements de l'Est, mais en présence de l'irritation que Tavénement de M. de Polignac et de ses collèguesavait excitée dans la population industrielle de ce pays, on pensa que ce voyage serait impru-
dent. Pour y suppléer jusqu'à un certain point, la Dauphinc alla visiter quelques fabriques à Rouen et dans les environs. Le Dauphin alla inspecter les travaux du port de Cherbourg. Partout ils reçurent les hommages officiels, ils entendirent les harangues des autorités, mais nulle part les démonstrations de la joie populaire, si faciles ordinairement à provoquer sur le passage des princes, ne se mêlèrent à ces insignifiantes formalités. A Cherbourg, même, il fut impossible d'organiser un bal de souscription dans la bourgeoisie.
Ce qui faisait surtout ressortir la froideur d'un tel accueil, c'est qu'en ce moment, dans une autre partie de la France, le représentant le plus illustre de la démocratie, M. de La Fayette, était l'objet d'une série d'ovations. A la fin de la session, il avait quitté Paris pour aller revoir son pays natal, l'Auvergne. A Clermont, à Issoire, à Brioude, sa présence n'avait donné lieu qu'à des banquets d'amis ou de famille qui avaient peu appelé l'attention et dont les journaux ne s'étaient pas occupés. Il se trouvait au Puy lorsque, deux heures avant ce) ui qu'on y avait préparé en son honneur, on reçut la nouvelle du changement de cabinet. A partir de ce moment, son voyage prit le caractère d'un véi:' il)!(3 triomphe. Par une singulière coïncidence, c'est dans cette ville, siège jadis de la domination des aïeux de M. de Polignac, seigneurs du Vélay, que se firent entendre les premiers cris précurseurs d'une nouvelle révolution, les premiers toasts à la chambre des députés, f espoir de la France^ et la
HISTOIRE DE LK RESTAUHATION, r,2
première proteslalion populaire conlre le ministère du 8 août. M. d(> La Fayette, n^pondaut au toast qu'on venait de lui porter, promit que cette Ctiambre, à laquelle avait reprocbi^ quelque lenteur dans les ainûlioraltonR tes, recouvrerait, ainsi que la nation, l'énergie nôre pour rt^primer les complots dirigés contre les libertés publiques. Des acelamutions passionnées accueillirent celle promesse.
Le soir, la ville fut illumini^e. Sur la roule du Puy â inoljle, M. de La Fayette trouva les populations ras- Mmblées. Une quarantaine de cavaliers et plusieurs voiture» si* portirenl au-devant de lui jusqu'à la porte de France, où un ancien maire de la ville lui offrit, en prî'senci- dune foule immense, une couronne de cbi'ne à rcuilles d'argent, produit d'une souscription à cinquaiiti,' centimes, comme mw témoignage de l'amour el de la reeonnausanee du peuple. Le lendemain, dans un banquet auquel assistaient, avec d'aulres personnages de la ville, ifcut dépotés du département, M. Félix Faure el M. Augustin Pi'rier dont le filsavaitépousC une petite-fille de M. de La Fayette, un toast en son bonneurfut porté par un ancien député, M. Camille Tesseire. 11 y réponditpar un discours dan$ lequel il rappela l'époque où le peuple dauphinois, en face dun gouvernement arbitraire, était rentré spontani''menl el par sa seule volonté dans l'exercice de ses droits représentatifs el avait fait le premier pas vers l'égalili^ politique. Il ajouta qu'en voyant accourir vers loi tant de députations et la population presque
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ontièro, il avait compris que Grenoble voulait, dans les circonstances graves où la France se trouvait^ donner une manifestation solennelle de sa persistance dans ses anciens sentiments de liberté et d'égalité.
De Grenoble, il se rendit à Vizille, cette ville célèbre pour avoir étt\ en 1788, le lieu de réunion des États du Daupbiné, qui donnèrent, les premiers, le signal de la résistance au pouvoir absolu. Le château, bâti par le connétable de Lesdiguières, était alors possédé et habité par M. Augustin Périer. Ce dernier y attendait M. de La Fayette. Le maire de la ville, lieutenant-colonel en retraite, accompagné de'ses adjoints, vint le complimenter, ce qui, peu de jours après, amena la destitution de ce magistrat. Puis, on conduisit M. de La Fayette au chAteau, au bruit des acclamations de la population tout entière et des salves de deux petites pièces d'artillerie. Pendant tout le temps qu'il passa chez M. Périer, la ville fut en fête.
A Voiron, à la Tour du Pin, à Bourgoin, à Vienne, de nombreux rassemblements vinrent également lui présenter leurs hommages comme à un des plus fermes défenseurs de la liberté. A toutes ces félicitations, h tous ces compliments déclamatoires, il répondit par des appels au patriotisme de ses interlocuteurs et à leur amour des libertés publiques.
A Lyon, l'enthousiasme dont il était l'objet prit un caractère plus menaçant encore pour le gouvernement. Une députation]chargée de le recevoir se rendit, le 5 sep-
lembre, sur la limite du département du Rhône, accompagnée d'une troupe de quatre à cinq cents cavaliers, de huit à neuf cents jeunes gens à pied et d'une suite de voitures dont une, attelée de quatre chevaux, était destinée au héros de la fête. Arrivé à quatre heures et demie, il fut harangué par un avocat, M. Prunelle, depuis maire et député de Lyon, qui compara cette marche triomphale d'un citoyen sans pouvoir aux hommages que l'Amérique lui avait rendus dans son dernier voyage. M. de La Fayette, dans sa réponse, rappela le courage avec lequel la ville de Lyon avait lutté, en 1789, contre l'arbitraire de l'ancien régime et en 1793 contre la tyrannie démagogique.
• Aujourd'hui, » dit-il, « après une longue diversion de
• brillant despotisme et d'espérances constitutionnelles, » je me trouve au milieu de vous dans un moment que » j'appellerais critique si je n'avais reconnu partout sur
• mon passage, si je ne voyais dans cette puissante cité » cette fermeté calme et même dédaigneuse d'un grand
• peuple qui connaît ses droits, sent sa force et sera fi-
• dèle à ses devoirs; mais c'est surtout dans la circon-
• stance actuelle que j'aime à vous exprimer un dévoue- » ment auquel, jusqu'à mon dernier soupir, votre ap-
• pel ne sera jamais fait en vain. » Montant ensuite dans la calèche qu'on lui avait amenée, M. de La Fayette fit son entrée à Lyon au milieu d'un cortège qui pouvait h peine se frayer un passage à travers les flots d'une immense multitude dans la grande rue de la Guillotière. L'autorité n'avait pas permis que la musique ajoutât à la
56 niSTOIRR DB LA RESTAURATION.
pompe de cette réceplîon, mais, le soir, des rassemblements se formèrent sous les fenêtres de 1* hôtel du Nord où le général était descendu et Aon il se montra au peuple à plusieurs reprises pour le remercier. Dans la cour de rhotel, la musique du théâtre exécuta en son honneur une sérénade. Le lendemain, il y eut une promenade sur la Saône dans de grands bateaux pavoises et décorés de mille couleurs, au milieu de la foule qui couvrait les deux rives. Au retour de cette promenade, M. de La Fayette fut conduit au jardin de Flore, aux Brotteaux, où les franof maçons lui offrirent une collation. Le jour suivant, eut lieu un grand banquet donné par souscription au nom de la population lyonnaise. Plusieurs députés, M. Coudère,M. de Corcelle,M. de Schonen, y assistaient, aussi bien que des députations de Tarare, de Saint- Étienne, de Mâcon, de Chalon-sur-Saône et de plusieurs autres villes. Ce banquet était présidé par M. Prunelle qui porta d'abord la santé du Roi en rappelant que le monarque avait prêté serment à la Charte. M. Coudère se leva ensuite et exprima en quelques mots les vœux de la ville de Lyon pour l'homme illustre qu'elle avait en ce moment le bonheur de posséder, t Je suis fier et heureux, • répondit M. de La Fayette, t que mon passage dans » cette grande et patriotique cité ait été pour elle une » occasion de manifester une fois encore sa constante f haine de l'oppression, son amour de la véritable li » berté, sa détermination de résister à toutes les tenta- • tives de l'incorrigibilité conlrerévolutionnaire. » A
tllSTOIRE DE LA RESTAURATION. :i"
l's applaudisseiupiUs unanimes el prolonfçf'S l'interrompirent. Lorsque le sJlcnre se Tut rf'talili, il lODrsuivil en l'cs tcrraos : i Plus de concessions ! ont dit scmment les Journaux officiels dp ce parti : ûtrange (Otre-sens sur la nature des pouvoirs sociaux! Plus de iDcessions 1 dit à son tour, et à plus Juste litre, le [Qpl? français quand il demande ces institutions si Ugtemps attendues et qui. seules, peuvent garantir b jouissance de ses droits imprescriptibles, i II demanda L-nsuito comment on se proposait d'exécuter les projets hostiles dont on mena(;ait la nation. Par la chambre des di'palés? Elle se montrerait fidèle au patriotisme et à l'honneur. Par sa dissolution? ce serait l'afrairc des élec- [l'urs. Par de simples nrdonnances?On apprendrailalors qoe la force d'un gouvi-rneraent n'existe que dans les liras et dans la lK)urse des citoyens qui composent la nation. De bruyantes acclamations suivirent ce discours iai\ae\ succMèrent des discours plus vifs encore de MM, de Corcelle et de Sclionen. Le 8 septembre, enfin. M. de La Fayettequîtta Lyon, escorté, Jusqu'à dix lieues dt> distance, maigrie la pluie qui tombait en abondance, par vingt-cinq Jeunes gens à cheval et par plusieurs failures.
On dit qa'il avait élè question de lui préparer, à Paris m^me, une réception triomphale, mais ce projet, s'il avait rùellement existé, n'eut pas de suite. M. de La Kayette alla passer, suivant son usage, le reste de In sai- ^>ii dans sa terre de La Grande.
La presse libérale ne pouvait manquer de faire ressortir le contraste de l'enthousiasme dont le vétéran, le représentant le plus éclatant de la révolution venait de recueillir les témoignages avec la froideur de Taccueil fait en Normandie au Dauphin et à la Dauphine. Suivant le Journal des Débats, la réception de M. de La Fayette à Lyon, était un fait grave dont les amis des lois et du tr(!inc devaient se préoccuper sérieusement. Quelque temps auparavant, voyageant dans les départements .du Centre, il y avait été bien accueilli, mais sans enthousiasme populaire. Que s'était-il passé depuis? A ceux qui proclamaienH8!5 on répondait par 1789; rien de plus naturel. Sans doute, il était affligeant de voir de telles scènes succéder aux hommages que le Roi avait reçus naguère en Alsace, mais à qui la faute? — De tous les noms du passé, disait le Globe^ le peuple n'en avait retenu qu'un chargé de toutes les haines et de toutes les colères, le nom de Polignac; à ce nom, il opposait celui de La Favette.
Du côté du ministère, on affectait de ne voir rien de spontané, rien de sérieux dans le grand mouvement libéral qui agitait le France, mais seulement l'exécution d'un mot d'ordre du comité directeur et des loges maçon- ' niques auquel obéissait servilement une tourbe d'avocats etdemilitaires, definancierset de journalistes, de peintres etde pamphlétaires, déjeunes pédants et de vieux démagogues. La faction voulait fêter la révolution dans la personne de celui qui, depuis 1787, en avait prêché ou défendu les
pnn(^ipes; c'élaîl la ri^volulîon vivante é\cyte sur le pavois. La Gazelle de France disait que si on ne brisait pas cp comité qui, par ses circulaires et ses scrutins prf'paratoires, avec sa ]iourse et ses compliciti^s secrètes, intimidait et getivcmait le pays, faisait porter M. de La Avclte en triomphe comme jadis, avec plus d'enthoule, on avait porlt'' Marat, h monarrhic iHait perdue. Quotidienne, d'un ton moins grave et moins efTrayi'. traitait M. de La Fayette de saltimbanque prêt n se montra gratis on pour un sou comme un ogre on comme Kl) iMJÎii, mais s'étonnait qu'on laissât ce Sancho de la révolution prononcer des discours politiques du haut de sa voiture ambulante. Quant au Drapeau htanc^ non content de le traiter de misémble jongleur, de fatllasse de la faction rr'volulionnaire. mettant en pratique à la (ïn de sa carrière les msTimes qui avaient marqué ta jeunesse du sceau de l'infamie, il l'accusait d'avoir, lorsqu'il avait déserté son armée après le 10 auilt, emporté plus d'un million dans ses bagages I
Un incident du séjour de M. de La Fayette i Lyon devint, pour la presse et pour les salons ministériels, le texte de nombrcuv sarcasmes contre le héros du jour et id fanatiques adorateurs. On racontait qu'un repris de jntticf, soumis, comme tel, â la surveillance de la haute police elcju'on avait voulu éloigner de celte ville dans un inofflenl où t-'llc était livrée à de si vives émotions, s'était tdre^ à l'autorité pour solliciter l'autorisation d'y séjourner à l'effet d'assister au Ijanquet ofTert à M. de La
^ HISTOIRE DE LA RESTAURATIOiN.
Ka^oUo etauquel on l'avait convié. Le préfet, ajoutait-on, ^VUil empressé de lui accorder cette autorisation.
Sur d autres points du royaume, d'autres députés de U ^uche eurent aussi de véritables ovations.
I«('S journaux de la droite ne cessaient de provoquer I irritation de Topinion libérale par la persistance qu'ils mettaient à soutenir qu'en cas de dissentiment entre la couronne et les Chambres, c'était à la royauté qu'il apprtenait de décider en dernier ressort. A cet égard, rao4:ord était complet entre la Gazette, la Quotidienne et le Drapeau blanc, bien que la première de ces feuilles ne s'exprimât pas avec la même violence que les deux autres. La Quotidienne, repoussant comme ridicule l'idée qu'une boule de plus ou de moins fît la vérité dune doctrine politique, rappelait ces paroles d'un grand écrivain royaliste : • Souverain maître et seigneur, le Roi ne doit f compte de ses raisons à personne. Quand il parle seul, • tout doit obéir avec joie dans un profond silence. > Quand il dit à ses sujets : je veux, la loi même a parlé. » Le Drapeau blanc ne craignait pas d'affirmer que la Charte, en déclarant le Roi inviolable, inamovible, l'avait reconnu infaillible, et il demandait que, par des mesures efficaces que le ministère proposerait sans doute, mais qu'il avait le tort de trop différer, on en revînt à la toute-puissance de l'autorité royale.
Ces menaces de coup d'État inspiraient aux libérauxde légitimes inquiétudes. Leurs journaux prêtaient au ministère l'intention de changer par ordonnance la loi
tMectorale et de lever l'impôt sans vote des Chambres. Celte dernière supposition était celle qui préoccupait le plus vivement les esprits, parce qu'une semblable mesure, si elle avait pu se réaliser, aurait enlevé aux défenseurs de la liberté leur arme la plus puissante, la seule dont l'efficacité ne pût être contestée, celle du refus de l'impôt. 11 fallait parer à ce danger et s'organiser pour résistera toute tentative inconstitutionnelle. Le H septembre, \e Journal du Commerce publia une déclaration dont les termes méritent d'être recueillis. Nous, soussignés, » disait-elle, t habitants de l'un et de l'autre sexe dans les cinq départements de l'ancienne province de Bretagne sous le ressort et la protection de la cour royale de Rennes, liés par nos propres serments et par ceux de nos chefs de famille au devoir de fidélité au Roi et d'attachement à la Charte, considérant qu'une poignée de brouillons politiques menace d'essayer l'audacieux projet de renverser les bases des garanties constitutionnelles consacrées par la Charte; considérant que si la Bretagne a pu trouver dans ces garanties la compensation de celles que lui assurait son traité d'union à la France, il est de son devoir et de son intérêt de conserver ce reste de ses libertés et de ses franchises, il est dans son caractère et dans son honneur d'imiter la généreuse résistance de ses ancêtres aux envahissements, aux caprices et aux abus d'autorité du pouvoir ministériel ; considérant que la résistance par la force serait une affreuse calamité, qu'elle
s*T«il swis motif lorsque les voies restent ouvertes à la rx^îsUnce légale; que le moyen le plus certain de faire jn^férer le recours à Tautorité judiciaire est d'assurer auvopprimés une solidarité fraternelle, déclarons, sous les liens de l'honneur et du droit: 1<> souscrire individuellement pour la somme de 10 francs et subsidiaiivment, en outre, les soussignés inscrits sur les listes électorales pour le dixième du montant des contributions qui leur sont attribuées par lesdites listes, que nous nous engageons à payer sur les mandats des procurateurs généraux dans le cas où il y aurait lieu à en nommer en conformité de l'article 3 de la présente; — 2* cette souscription formera un fonds commun à la Bretagne, destiné à indemniser les souscripteurs de frais qui pourraient rester à leur charge par suite du refus d'acquitter des contributions publiques illégalement imposées, soit sans le concours libre, régulier et constitutionnel du Roi et des deux Chambres constituées en conformité de la Charte et des lois actuelles, soit avec le concours de Chambres formées par un système électoral qui n'aurait pas été voté dans les mêmes formes constitutionnelles; — 3" avenant le cas de la proposition officielle, soit d'un changement inconstitutionnel dans le système électoral, soit de l'établissement illégal de l'impôt, deux mandataires de chaque arrondissement se réuniront à Pontivy, et dès qu'ils seront réunis au nombre de vingt, ils pourront nommer, parmi les souscripteurs, trois procurateurs
1 gvaéraux et unsous-proi'uralt'ur
chacun des cinq dt^Iiartements; — 4* la mission dos procurateurs gént^ram est l' tJe recueillir les souscripLious; 2" de satisfaire au\ itidomnit^s en conformité de l'article 2; 3* sur la rëquisilion d'un souscripteur ioquiété pour une contriLution illégale, d'exercer sous son nom, par ■ les soins du sous-procuraleur de son dL^partement ou
• du délt'-gui^ qu'ils auront nommé dans son arrondisse.
• ment, le pourvoi et ses suites, par toutes voies I légales, contre les exactions : 4° de porter plainte » civile et accusation contre les auteurs, Fauteurs I cl complices de l'assiette et perception de l'impôt
• itlri^al. >
Cette dt^claration, dans laiiuellc l'évocation des fi'audiises de l'ancienne Bretagne et l'esprit de provincialisme se mêlaient si singulièrement au libéralisme des temps nouveaux, fut immédiatement reproduite par un grand nombre de journaux. Elle fit beaucoup d'elTet. Les journiai du ministère se livrèrent à de violentes déclamations contre cette nouvelle machine de guerre inventée, dîsait-on, par le comité directeur. Suivant eux, refuser l'impôt, c'était refuser au gouvernement le moven d'exister et, par conséquent, se mettre en rébellion contre le Roi. Le Drapeau btane, poussant, comme il en avait l'Iiabitade, ses sopbismes jusqu'ù leurs dernières conséquences, en tirait la conclusion que les souscripteurs de VAsacialion bretonne, ayant organisé un pouvoir en dehors ie la Constitution et s'étant mis par conséquent en pleine
. *;..<.. sU'\aiiMU lHio traiti's comme des rebelles pris les
.iKx 1 Li main.
L,- unnislère avait fait saisir le Journal du Commerce et
i.ra> i^*> journaux (jui avaient publié le manifeste lireton. ^•K- itisiruction fut immédialement commencée, et, le 19 <i;.'mbre. une ordonnance de la cbambre du conseil ren- ^^.^jj Ji'vant le tribunal do police correctionnelle le /owr- *Ui'i?i Commerce, premier auteur de cette publication, et .0 Courrier français, qui y avait ajouté un commentaire jppa»batif, sous la triple prévention d'excitation à la hjine et au mépris du gouvernement du roi, de provoc^ilion à la désobéissance aux lois et d'attaque contre {autorité constitulionnelle du Uoi, les droits et l'autorité ji»s Chambres. Les autres journaux, qui s'étaient bornés à reproduire le document publié par le Journal du Commerce avant de savoir qu il avait été saisi, furent mis hors de cause.
Le même jour, on lisait dans le Moniteur un article ainsi conçu : « Il n'est sorte de calomnies dont les jour-
> naux n'entourent le ministère; selon les uns, c est sur » la corruption quil fonde son espoir; il a vingt-quatre^
> trente millions ù dépenser; il sait le tarif d^es consciences;
• il fait procéder à une enquête sur l'état de fortune de
• chaque député; selon d'autres, // appelle létranger; il
• menace de l'intervention; il va créer deux cents députés
• par ordonnance et en attribuer la nomination aux con- » seils généraux des départements, A les en croire, le mi- » nistére ne rêve que coups d Ktat et il ne prémédite que
HISTOlItË Ut le icovLTseini'nt de h l'impât si la CImmLin
La RESTAIIKATION,
Charle; il
gcra violemment usant de soii droit, refuse le budget : dt; là, l'urgence de se concerter, de se lier, de se fédérer pour opposer une résistance légale à ce complot. Le Iiut est évident;..- ces terreurs sont feintes. Us savent l)icu, ceux qui les propagent, qu a moins d'aToir perdu le sens commun, les ministres ne sauraient même concevoir l'idée de briser ta Charte et de substituer le régime des ordonnances à celui des lois. Us savent que les ministres le voudraient en vaîn. et que s'ils osaient en manifester le plan, le Roi les réduirait d'un mot a l'impuissance en leur retirant l'exercice du pouvoir qu'il ne leur a confié que pour administrer... selon les lois. Les bruits, les craintes, les iliHamations dont la presse périodique fait retentir la France n'ont pour Lut que de l'agiter en semant... la hsine, l'irritation et le désordre. C'est une trame, le dernier essai en manifeste le plan, le but et les moyens. Les journaux ont annoncé qu'un projet d'association venait i'Uve dressé dans les cinq départements de l'ancienne Bretagne et que déjà cette pièce était revêtue d'un grand nombre de signatures... Il n'est personne en France qui, sur des assertions si expresses, ne reste en ce moment convaincu qu'à l'ëpoque oit les journaux de Paris l'ont annoncé, les habitants de l'ancienne Bretagne se liaient par des serments à ta défense de la Charle dont le ministère a juré la ruine... Eh bien, t association bretonne n'avait alors d'existence que dans
» ers jouriiHUx; aucun luojel n'avait clé [♦uhlié. répandu
» ni rcîvêtu dr signatuivs. Lo Journal du Commerce a, le
» jjn'inicr. [jubrn!* et* projet: il l'a fait le 1 1 de ce mois:...
• c'est soulemcnt le 14 que quelques hommes, dociles à
• l'appel, se sont réunis [»our soccuper, dans la ville de » Rennes, d'un projet de souscription sur les bases que
• 1rs journaux de Paris venaient de tracer. ■
Le Journal du Commerce s'empressa de démentir celte dernière assertion : il aflirnia que, dès la lin du mois d'aoïlt. l'association avait commencé à s'organiser.
Quoi qu'il en fût, l'exemple donné par la Bretagne trouva des imitateurs. En moins d'un mois, il se forma, dans le département di' la Meurthe et dans plusieurs autres, (les associations tendant au même but et fondées sur le méinc? [ninci[)e, celui de la résistance aux coups d'l.ltat |)ar le refus de l'iinpOt. La déclaration de ! association parisienne, signée [)ar tous les députés de la capitale et [>ar de grands propriétaires , parut le l.'i octobre. A ces manifestations hostiles, le gouvernement n'op[)osa d'autres obstacles que les poursuites dirigées contre les journaux qui les avaient annoncées el encouragées et qui, dans les départements comme à Paris. furent traduits devant les tribunaux. Il ne semble pas* d'ailleurs. c|ue le nombre des souscripteurs ait été aussi considérable qu'on aurait pu s'y attendre dans létal d'excitation où étaient les esprits. In journal royaliste aflirmait, à la lin de Tannée, qu'il ne dépassait pas quinze cents dans loutj li tendue du ro\aume. Le ConstitHtioiîhd
HlSTOIllE DE LA RESTAUKATION. t>7
repondait, il est vrai, que, dans un seul arrondissement, l'acte avait reçu dix-neuf cents signatures. Entre des calculs aussi absolument différents il est difficile de discerner la vérité.
Le 20 septembre, il parut dans le Moniteur une trèslongue dissertation, sorte de manifeste déguisé sous le litre de Variétés politiques, qui semblait avoir pour but de ne pas lui faire attribuer un caractère trop officiel. Dans une forme modérée, elle donnait pleinement raison à la doctrine des journaux de la droite sur la prépondérance de la royauté, sur son droit absolu de choisir ses ministres avec la plus entière liberté, et contre le droit réclamé pour les Chambres de refuser le budget. Le Roi, y êlait-il dit, était la Charte vivante, la première des libertés. On pouvait sans violer la Charte critiquer les ministres, mais non les empêcher de gouverner. Le refus du budget serait un acte de rébellion. Le gouvernement de la France n'était pas un gouvernement de majorité comme celui des Etats-Unis, ni un gouvernement de parti comme celui de l'Angleterre. Le Roi était souverain, et en lui seul résidait la majesté nationale.
Le Journal des Débats, réfutant cette théorie, dit que la monarchie ainsi entendue serait celle de Louis XIV et non celle de Louis XYIH. La Gazette reproduisit avec des témoignages de satisfaction l'article du Moniteur, Le Drapeait blanc félicita le ministère d'avoir enfin compris qu'en cas de refus de l'impôt le Roi devrait aviser. C'était tirer la conséquence logique, naturelle du langage de la feuille
officielle, mais le ministère pensa qu'il y avait quelque imprudence dans ces élans de franchise. Le Moniteur déclara que le Drapeau blanc avait donné à son article une fausse interprétation et que les assertions de ce journal ne pouvaient être approuvées par aucun des ministres.
Il serait fastidieux de rapporter en détail les divagations delà presse sur les questions qui occupaient toutes les imaginations. Tandis que la Gazette, moins violente, moins imprudente, mais plus inconséquente que les autres organes de la droite, continuait à protester contre toute idée de porter atteinte à la Charte, le Drapeau blanc soutenait que la plus sainte loi de la monarchie était d'anéantir les factions et qu'il fallait, au besoin, savoir se passer des majorités parlementaires. La Quotidienne insistait sur la nécessité de remplir les administrations de véritables royalistes. Les journaux de l'opposition répétaient sans cesse que le ministère ne pouvant avoir la majorité, la force des choses le conduirait à un coup d'Etat et que l'on verrait alors si la France avait perdu toute énergie. Le Globe, avec sa froide hardiesse, disait que le ministère remettait la royauté en question et menaçait les Bourbons d* aller dormir à côté des Stuarts dans la poussière des races oubliées.
Pendant tout le cours du mois de septembre, la polémique de la presse se prolongea sur les thèmes que je viens d'indiquer. Comme on n'ignorait pas le peu d'homogénéité et les rivalités secrètes des membres du cabinet, il courait presque chaque jour des bruits de changements
minislériels dans les sens les plus divers. Tantôt, on disait que M. de La Bourdonnaye l'emportait et que les ministres modérés ou considérés comme tels, MM. de Chabrol, Courvoisier, d'Haussez, cédaient la place à M. Dudon et à M. de Vitrolles. Tantôt, au contraire, c'était M. de la Bourdonnaye qui se retirait avec M. de Montbel, et on leur donnait pour successeurs MM. Dobellevme et de Vatimesnil. Au milieu de ces affirmations contradictoires, le public était complètement dérouté. Le )?ouvemement, d'ailleurs, réduit à une sorte d'impuissance par les difficultés de sa position, ne faisait rien OQ du moins ne prenait que des dispositions insignifiantes dont le but le plus évident était de se faire des partisans ou de satisfaire ses amis. La place de directeur général de l'administration des forêts se trouvant vacante par la mort de M. de Bouthillier, on la donna à M. Ferdinand de Bertier, un des membres les plus ardents de l'extrême droite. M. Beugnot, depuis longtemps revenu de l'entraînement qui l'avait jeté jadis dans les rangs des doctrinaires, fut appelé à la présidence du bureau du commerce et des colonies. Le garde des sceaux ayant invité les procureurs généraux à lui faire chaque mois un rapport sur l'état de l'opinion dans leurs ressorts respectifs, les journaux de l'opposition, dénaturant sa circulaire, l'accusèrent de vouloir transformer ces magistrats en instruments d'espionnage, imputation contre laquelle le Moniteur protesta vivement. Une autre mesure donna lieu à des plaintes plus fondées:
une commission fui chargée d'examiner la tendance politique et religieuse des cours de MM. Villemain, Cousin et Guizot, accusés par des pères de famille, disait une feuille ministérielle, de corrompre Tespritde la jeunesse, etsouvent dénoncés par les journaux de Tultraroyalisme, par le Drapeau blanc surtout qui apostrophait ainsi les trois illustres professeurs : « A genoux, malheureux » rhéteurs, demandez grâce à votre roi. Peut-être alors » vous sera-t-il permis d'espérer, la miséricorde des » Bourbons est si grande I » Il ne semble pas qu'aucune suite ait été donnée à la formation de cette commission.
Une ordonnance du i®*' octobre établit, pour les pensions militaires, un nouveau tarif qui les augmentait du quart au tiers suivant les grades. Cette augmentation n'avait certes rien d'excessif, eu égard à la modicité de ces pensions ; c'était un acte de justice, mais, dans les circonstances où l'on se trouvait, il avait l'inconvénient de paraître un moyen de séduction préparé pour disposer l'armée à seconder les projets illégaux que l'on prétait au gouvernement. La presse opposante ne manqua pas de la présenter sous cet aspect. Elle affecta aussi de reporter l'initiative et l'honneur de cette amélioration aux députés de la gauche qui avaient fait retentir la tribune de réclamations en faveur des militaires. Enfin, elle contesta au ministère le droit d'accroître les charges du trésor sans l'assentiment des Chambres.
Le temps s'écoulait, et rien ne venait justifier ni les espérances que la formation du cabinet avait inspirées
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à un parti, ni les inquiétudes que le parti contraire et la grande majorité du public en avaient conçues. La plupart des nouveaux ministres n'avaient aucune habitude des affaires. M. de Chabrol était le seul qui eût antérieurement fait partie d'un cabinet et qui connût les usages et les formes des délibérations ; il dut les indiquer à ses collègues.
Le ministre de la marine, M. d'Haussez, présenta au conseil un mémoire sur la marche politique que le gouvernement avait à suivre pour préserver la monarchie des dangers auxquels elle était exposée. Suivant lui, les ennemis du trône avaient arrêté leur plan d'attaque. L'indécision de l'une des Chambres etl'hostilité de l'autre ne permettant malheureusement pas de recourir à leur action, il proposait d'imposer à Tune une impuissance momentanée et de dissoudre l'autre qui, sans doute, fournirait un prétexte pour sa dissolution par le refus du budget ou de l'une de ses parties. La Chambre étant dissoute, l'impôt serait perçu au moyen d'une ordonnance royale en vertu de l'article 14 de la Charte et du pouvoir exceptionnel que le Roi s'était réservé pour suppléer à la légalité qui manquerait à une mesure devenue absolument nécessaire. La justification d'un tel acte dépendant de la plénitude du succès plus encore que du droit et de la nécessité, rien ne devrait être omis de ce qui pourrait en assurer la réussite. Des troupes devraient être réunies aux environs de Paris. Des dispositions seraient également prises pour prévenir les résistances
dans les provinces. La liberté de la presse serait suspendue et son régime réglé par une ordonnance ; on réprimerait énergiquement le refus de l'impôt; les préfets pourraient suspendre ou destituer les fonctionnaires qui montreraient de la répugnance à exécuter leurs ordres: ils pourraient également, dans un cas urgent, dissoudre les gardes nationales dont les dispositions leur paraîtraient hostiles ou douteuses.
La proposition de M. d'Haussez n'eut, pour l'instant, aucune suite, mais, dés cette époque, plusieurs des membres du cabinet inclinaient, comme lui, vers la politique qui, dix mois après, devait avoir de si funestes résultats.
Six collèges électoraux avaient, en ce moment, à nommer des députés. Dans trois de ces collèges, deux ministériels qui venaient de mourir et un troisième qui avait donné sa démission furent remplacés par des hommes dé la même opinion, tous également obscurs. Dans la Cùte-d'Or et dans l'Eure, MM. de Chauvelin et d'Argenson, démissionnaires aussi, comme nous l'avons vu, eurent pour successeurs MM. Hernoux et Legendre, qui appartenaient comme eux à la gauche. Ces choix ne changeaient rien aux proportions des partis dans la Chambre, mais, à Bordeaux, on nomma, à la place de M. Ravez, élevé à la pairie, un négociant considérable, M. Bosc, porté par les libéraux. Cette dernière élection donna lieu à un mouvement populaire dans lequel M. de Peyronnet', accueilli par des huées, opposa à ces
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es laudace froide fl di'daiKnfusi'qui ftait dans son raractère.
La situation s'aggravait d'auUtnt plus qu'on ne rainait rien pour y porter remMc. Les diascntimf nts intérieurs du c^bin^l n'Olaic>nt pas la moindre rause de ccllp inertie, de «•ptte impuissance. Il y en avait d'autres, sans doute, qne rien ne pouvait faire disparaUre. mais il ^tait naturel nue les hommes qui s'Étaient engagés dans la téméraire entreprise du 8 août se persuadassent qu'un ministère plus homogi''ne aurait plus de moyens de la faire réussir. OEit«nir cette homogénéité, c'était donc le but auquel devaient aspirer avant tout lU. de PoJignac et ses amis.
f^éLiit liien malgré lui qu'il avait accepté la coopéralion de M. de La Bourdounaye. La rorrespondance que le doc de Ciuiche continuait a entreteniravecle duc Decazes prouve quecelle antipathie s'était encore accrue par le contact journalierde deux caractères aussi différents. Il semiilenitque M. de Polignac regrettait aussi, au moins par moment'', d'avoir cflnsenti à admettre dans la nouvel le administration deux liommes aussi profondément impopulaires que M. de Bourmont et M. Mangin. Oneommeneait d'ailleurs à reconnaître que ce dernier manquait des qoalilés nécessaires pour diriger utilement la police. (juant à M. de La lïourdonnaye. on trouvait, non sans raison, qu'il avait plus d'esprit que d'aptitude au\ affaires. Son ineapacitéàcet égard devenait évidente dans les di^libérations du conseil comme dans ses relations nec ses collègues, et. il la grande satisfaction de M. de
Polignac, M. Courvoisier et M. de Chabrol se plaisaient à la faire ressortir. Toutes les fois qu'il lui arrivait de proposer quelque grande mesure de salut public, ces deux ministres s'empressaient d'en démontrer soit Tillt^galité, soit les insurmontables difficultés, et ils le réduisaient au silence. On ne tarda pas à s'apercevoir qu'en lui la violence du premier mouvement et du langage se conciliait, ce qui arrive souvent, avec beaucoup d'irrésolution. M. de Polignac, poli et circonspect envers tout le monde, ne prenait aucune part à ces conflits, mais, en dehors du conseil, il donnait à entendre aux hommes modérés que, sans les emportements de M. de La Bourdonnave, il serait facile de réconcilier le ministère avec l'opinion, de lui assurer une majorité dans la Chambre, et probablement il le croyait.
Indépendamment de cette incompatibilité d'humeur et de tempérament, il y avait, je l'ai déjà dit, entre les deux ministres principaux un point de dissidence qui avait pu ne pas se manifester dans les premiers instants, mais qui, tôt ou tard, ne pouvait manquer d'éclater. On sait quelles étaient les opinions religieuses de M. de Polignac. Il comptait sur l'appui du clergé, et la manière dont un bon nombre d'évéques avaient, dans leurs mandements, salué son avènement prouvait que sa confiance n'était pas mal fondée, bien qu'il se trompât beaucoup en pensant que, dans l'état des esprits, cet appui lui serait utile. M. de La Bourdonnaye, au contraire, aussi hostile à l'influence ecclésiastique que pouvait l'être un membre de la
lilp obligé, CAmme toi. â une glande nipsuio àe laiiige. combattait tontes les propositions que M. do Pûîgnac faisait en faveur du clerjji!'. Le Drapeau blanc, qui ■SAit pour l'organe de sa potllîque bien qu'il y ait lien croire qa'â tous égards it en exagil'rait l'expression, iblia, le 22 octobre, un article violent contre la Conatio», «junte secri''to. • disait-il, t qui, sous M. de ViUi'lc. ne permettait pas à un royaliste de remplir des fonctions publiques s'il n'avait pas été dament confessé et communié. • Cet article, si étrange de ta irt d'an journal de la droite, fit un véritable scande.
Les deux tendances que jo viens de signaler, celle de l'eugéralion et celle d'une modération relative ou apparente, avaient également des représentants dans l'enloungedu Roi.
Vers la lin du mois d'octobre, on on était venu à conrer conimo impossible le maintien du ministère dans m état actuel, maison se demandait s'il serait renouvelé on entier ou seulement dans un dos éléments contraires qui s'y trouvaient réunis et, dans ce dernier cas. quoi serait celui qui céderait la placeà l'autre. Deslistes miaistérielles étaient encore une fois mises en circulation an gK' des nouvellistes. Le Journal des Débats, adoucissant un peu son opposition, s'elTorçait d'espérer que M. de Polignac pourrait être amené à former un cabinet de fu^iion et e,«sayait de l'engagera couvrir son impopularité par la popularité des nouveaux collègues qu'il
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s'adjoindrait. Il môlait à ces conseils d'hyperboliques éloges de la sagesse, des sentiments élevés et généreux du Roi, du Dauphin, de la Dauphine elle-même qui aurait dit, à l'occasion du 8 août : t Ceci est une entre- » prise, et je ne les aime pas, elles ne nous ont jamais » réussi. »
Cependant, les journaux ministériels affirmaient, selon l'usage, qu'il n'y avait aucune division dans le ministère et qu'il était le seul possible.
Le- Drapeau blanc, fidèle à cette politique à outrance dont il était, pour ainsi parler, l'enfant perdu, proposait de dissoudre les associations libérales et de transférer la chambre des députés dans une ville de province, ce qui la préserverait de ses propres écarts et sauverait la monarchie menacée. La Ga-îp/^^ conseillait la dissolution de la Chambre comme devant avoir pour elTet de remettre chacun à sa place et de rompre tous les rapports qui enchaînaient la liberté de ses membres. La Quotidienne se ralliait à cette idée qui, à l'en croire, glaçait d'effroi tous les libéraux. Les collèges électoraux, disait-elle, ne manqueraient pas plus à Charles X, que l'armée n'avait manqué à Louis XYIIL Le Drapeau blanc était loin de partager cette confiance; il demandait comment les royalistes pouvaient penser qu'avec la loi des élections en vigueur le ministère obtint la majorité, et il en tirait la conclusion que cette loi devait être changée par le pouvoir constituant du Roi, à l'exemple de ce qui- avait eu lieu en 1815 et en 4816. C'était aussi l'avis que M. Cottu, ce
publiciste paradoxal, mais sincère, dont les écrits étaient un mélange si singulier d'opinions libérales et ultra-monarchiques, exprimait dans une nouvelle brochure intitulée : Des résultats nécessaires de la situation actuelle de la chambre des députés.
Quel que fût le parti auquel on s'arrêtât, il fallait, pour lui ménager quelques chances de succès, mettre lin à l'espèce d'anarchie à laquelle le ministère était livré; il fallait écarter M. de La Bourdonnaye que sa rudesse, ses brusqueries rendaient insupportable à ses collègues et dont le caractère violent plutôt que ferme, Tesprit déréglé et capricieux et l'orgueil irritable étaient d'insurmontables obstacles à une politique pratique et suivie. Il avait beaucoup perdu dans Tesprit du Roi qui, à l'épreuve, n'avait pu s'empêcher de reconnaître l'insuffisance d'un homme dont l'apparente énergie l'avait séduit, mais il avait encore de fortes racines dans le côté droit. Il importait donc de se débarrasser de lui, en l'amenant, en l'obligeant en quelque sorte à prendre l'initiative de la rupture. Autant qu'on peut en juger d'après des récits évidemment incomplets, il se forma alors, entre les autres ministres, une espèce de conspiration pour arriver à ce résultat.
Nous avons vu qu'au moment de la formation du cabinet. M. de La Bourdonnaye avait déclaré qu'il n'y entrerait pas si ce cabinet devait avoir un président. M. de Polignac raconte, dans ses mémoires ou, pour employer son expression, dans ses Etudes politiqims, qu'après lui
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a voir exposé avec force la uôcessilé dune présidence pour assurer l'unité de marche et d'action, après Tavoirméme pressé d'accepter cette présidence, ce qu'il avait refusé, peut-être parce qu'il ne considérait pas cette oiïre comme sérieuse, il avait dû céder à son opiniâtre résistance. Le ministère, comme celui de M. de Martignac, s'était donc constitué sans chef officiel, mais les inconvénients d*unc telle organisation s'étaient bientôt fait sentir, et l'incompatibilité d'humeur qui s'était manifestée entre M. de La Bourdonnave et M. Courvoisier hâta la lin de la crise. M. Courvoisier, dans un entretien qu'il eut avec M. de Polignac, lui représenta que les choses ne marcheraient pas tant qu'il n'y aurait pas un président du conseil. M. de Polignac raconta alors au garde des sceaux ce qui s'était passé lorsque le ministère avait été formé et qui rendait bien diflicile de donner suite à celte idée. Peu de temps après, les autres ministres vinrent successivement lui parler dans le môme sens que M. Courvoisier. M. dllaussez lui remit même un mémoire où la question était traitée avec beaucoup de soin. Il leur lit à tous la même réponse. Sur ces entrefaites, M. Courvoisier, sans en avoir prévenu ses collègues, leur soumit, en plein conseil, la proposition de prier le Hoi de rétablir la présidence. La proposition fut appuyée, et M. de La Bourdonnaye, se levant aussitôt sans vouloir écouter aucune observation, alla sur-le-champ porter sa démission au Roi.
Tel est le récit de M. de Polignac. Les mémoires inédits de M. d'iTaussez racontent les choses un peu autre-
ment, et sa version, bien plus détaillée, jette beaucoup plus de jour sur ce qui se passa alors. On était au commencement de novembre. Dans un conseil tenu chez M. de Polignac, un des ministres, parlant d'un entretien qu'il avait eu avec un personnage important, se plaignit de n'avoir pu discuter à fond l'affaire à laquelle cet entretien se rapportait, parce que les documents nécessaires lai manquaient. Chacun des autres ministres cita des faits analogues. M. d'Hausscz lit remarquer qu'un certain nombre d'affaires, sortant des spécialités des différents départements, ne pouvaient être traitées que par un ministre revêtu d'un pouvoir plus étendu, en un mot, par an président du conseil, et il dit qu'il conviendrait de prier le Roi de pourvoira cette nécessité. M. Courvoisier, M. de Chabrol et aussi M. de Bourmont opinèrent dans le même sens. Le tour de parole de M. de La Bourdonnaye était venu, et il semblait ne pas s'en apercevoir. M. Courvoisier l'avant invité à faire connaître son avis, « je ne
* puis parler, » dit-il avec une émotion visible, « attendu » que je ne fais plus partie du conseil. > — t Et depuis » quand, etpourquoi?» s'écriaM. Courvoisier. — «Depuis » que la proposition de donner un président au conseil ■ a été faite, • reprit M. de La Bourdonnaye, < et parce » qu'elle l'a été. M. de Polignac sait que lorsque je suis » entré au ministère, j'ai mis à mon acceptation la coui dition formelle et absolue que le conseil n'aurait de » président que le Roi. On déroge aux engagements
• contractés; je suis dégagé et je me retire. »
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M. d'Ha assez déclara avec plus ou moins de sincérité qu'il ignorait ces conditions et qu'il regrettait de ne pas les avoir connues, non pas que cela eût modifié en lui des opinions fondées sur des motifs nombreux et puissants, mais parce qu'il aurait donné à sa proposition une forme qui eilt écarté de la pensée de M. de La Bourdonnaye l'idée qu'on eût voulu en faire un moyen de l'exclure du ministère. M. de La Bourdonnaye protesta qu'il n'avait nullement cette idée, qu'il regrettait seulement que M. de Polignacii'eût pas pris la précaution ou ne se fût pas cru dans l'obligation d'informer les autres ministres de ce qui avait été convenu au moment de la formation du cabinet. M. Courvoisier ayant fait l'obseiTation que rien n'était encore décidé et que la tournure qu'avait prise la discussion ne permettait pas de douter que les membres du conseil n'en vissent l'ajournement avec plaisir, • ne » l'espérez pas, » dit M. de La Bourdonnaye, « ma résolu- » tion est prise, elle est irrévocable. Dés que la question » a été agitée, elle a eu sur moi leffet d'une détermina- » tion prise. En voilà assez sur ce chapitre. Si vous ne » continuez pas la discussion, je croirai que ma pré- » sence vous gène et je partirai sur-le champ. • M. Courvoisier, qui présidait en qualité de garde des sceaux, invita alors M. de Montbel à prendre la parole, mais celui-ci, troublé par ce qui venait de se passer et en redoutant les conséquences, parla longuement sans conclure. La discussion se traîna ainsi jusqu'à l'heure du diner, M. de La Bourdonnaye y lit bonne contenance,
soutint galment la conversation et ne se retira qu'avec les autres convives.
Le Roi, tout en donnant son assentiment à la proposition de rétablir la présidence du conseil, crut devoir, dit-on, faire quelques efforts pour décider M. de La Bourdonnaye à garder le portefeuille de l'intérieur. Pensant que c'était à M. de Polignac que s'adressaient personnellement ses objections, il lui proposa d'appeler à la présidence soit M. de Talaru, soit le maréchal duc de Bellune. Je ne suis pas en mesure d'affirmer que cette offre ait été faite en réalité ou qu'elle ait été bien sérieuse. Ce qui pourrait en faire douter, c'est la répugnance absolue du Dauphin pour le maréchal. Quoi qu'il en soit, M. de La Bourdonnaye persista dans sa détermination. On peut supposer que, se rendant compte à lui-même de son peu d'aptitude aux affaires et à l'administration, il n'était pas fâché de trouver un prétexte spécieux pour colorer sa retraite. Son orgueil, d'ailleurs, était profondément blessé, et cet orgueil était grand. M. Gcnoude, le directeur de la Gazette de France, dans une lettre qu'il écrivait à M. de Villèle dont il était le correspondant assidu, dit que M. de La Bourdonnaye, avec qui il eut alors deux entretiens, lui répéta à plusieurs reprises qu'il préférerait la république à ce qnil allait laisser debout. On a peine à croire à un tel propos. Ce qui est certain, c'est que M. de La Bourdonnaye répondait invariablement à ceux qui l'interrogeaient sur les motifs de sa démission : « lorsqu'on joue sa tête, il faut tenir les cartes. »
Nt HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
Sui>ant un us^ge presque invariablement suivi pendant \,\ Hoslauralion, il reçut, en quittant les fonctions uuuislt'^rielies, la dignité de ministre d'État avec une l^nsion de 12,000 francs. On trouva généralement \|ue celte dernière faveur, que n'exigeait pas l'état do sii fortune, avait été bien fiicilement acquise par un ministère de trois mois où il n'avait laissé d'autres trace» de son passage qu'une ordonnance sur la boucherie dont il avait rétabli le syndicat. C'était une opinion généralement admise depuis longtemps et presque passée en proverbe, que si jamais il arrivait au pouvoir, les diflicultés de son caractère et l'exagération de ses idées politiques ne lui permettraient pas de le garder longtemps. Cette espèce de prophétie se trouvait ainsi réalisée.
Il fallait pourvoir à la vacance du ministère de l'intérieur. Beaucoup de noms furent prononces. On parla de M. de Bertier, nommé récemment directeur général des forêts et l'un des coryphées du parti ultra-royaliste et ulti;amontain qui, dit-on, s'agitait beaucoup en sa faveur, mais les membres du cabinet étaient peu disposés à l'accepter pour collègue. Aucun de ceux qu'on désignait ne paraissant réunir les conditions nécessaires, M. de Polignac, de guerre lasse, proposa d'appeler à ce département, toujours si important, important surtout 'dans les circonstances où l'on se trouvait, le ministre de l'instruction publique, M. de Montbel. Celui-ci ne l'accepta qu'après plusieurs jours de résistance et sur ^ l'ordre du Roi qui l'avait fait appeler. Il fut remplacé
au département de Tinstruction publique par M. de Guernon Ranville, nommé peu de jours auparavant procureur général à Lyon après avoir successivement rempli les mêmes fonctions à Limoges et à Grenoble. En 1815, simple avocat, après un vote énergique contre l'acte additionnel, il s'était rendu à Gand auprès de Louis XVIII, à la tête d'une compagnie de volontaires royalistes; puis, il était allé joindre à Londres le duc d'Aumont qui préparait un débarquement sur les côtes de Normandie. Ces antécédents ne pouvaient laisser aucun doute sur ses sentiments monarchiques auxquels se mêlait un sincère attachement aux libertés constitutionnelles. Il était, d'ailleurs, resté jusqu'alors étranger aux mouvements de la politique parlementaire, il ne faisait partie d'aucune des Chambres, le public n'avait jamais entendu parler de lai, e( re choix produisit une vive surprise parce qu'alors on n'était pas accoutumé à voir prendre les ministres en dehors des représentants plus ou moins considéral)les des partis et des opinions.
L'ordonnance qui nommait M. de Polignac président du conseil, contresignée par le garde des sceaux et datée du 17 novembre, fut publiée le 18 par le Moniteur. Le lendemain parurent celles qui conféraient à MM. de Montbel et de Guernon Ranville les ministères de l'intérieur et de l'instruction publique, et aussi celle qui élevait M. de La Bourdonnaye à la dignité de ministre d'État.
Pendant la durée de cette crise, les amis de M.
de Villèle avaient cru entrevoir la possibilité de son retour au pouvoir. M. de Montbel, le plus fidèle et le plus dévoué de tous, lui avait écrit pour essayer de triompher de sa répugnance. M. de Villèle lui répondit par un refus pour ce qui regardait le moment présent, ajoutant que, si l'on voulait parler d'un autre temps, il se déterminerait suivant les circonstances. Déjà informé de la retraite de M. de La Bourdonnave, il disait aussi dans cette lettre que ce qui venait d'avoir lieu n'était pas de nature à donner au ministère la force nécessaire pour vaincre les obstacles qu'il allait avoir à surmonter, et que tout cela paraissait être le résultat d'une intrigue de M. de Bertier, espérant succt'der à celui à qui il n'avait fait que fournir un moyen honorable de se retirer. M. de Villèle, jugeant mieux que ses amis sa propre situation, comprenait que pour I instant il n'y avait pas de place pour lui dans le conseil de la couronne. M. de Chabrol, il est vrai, s'exprimait dans un sens favorable à son retour au pouvoir. M. Courvoisier déclarait, dit-on, en plein conseil qu'un seul homme pouvait soutenir le système et lui donner dans l'opinion une consistance qui lui permit de subsister : que cet homme, c'était M. de Villèle ; que sans doute il y aurait des inconvénients à son rappel en ce moment, mais que c'était la seule chance de salut. Telles n'étaient point, en réalité, les idées du Roi et de M. dePolignac, bien qu'ils eussent soin, lorsqu'ils s'entretenaient avec les partisans de l'ancien ministre, de dissimuler leur manière de voir, t II
» n'est pas temps encore, » disait le Roi à ceux qui lui parlaient de le faire rentrer dans le ministère. Il pensait que son rappel avant l'ouverture de la session serait considéré comme une bravade dirigée contre la majorité de la chambre des députés et qu'il ne devait avoir lieu qu'après une adresse hostile de cette Chambre ou même après sa dissolution. M. de Polignac, pressé par M. Genoude, lai répondit que le Roi était toujours le même pour M. de Villèle, mais qu'il désirait que les royalistes qui s'étaient séparés de lui, les Bertier, les Michaud et trois ou quatre autres fussent forcés de rendre hommage à son caractère en le voyant agir comme il agirait sans doute avant de reprendre le pouvoir. S'il faut s'en rapporter aux informations que M. Genoude tranîîmettait à M. de Villèle, M. de Polignac ne cessait de dire qu'il croyait son concours absolument nécessaire ; qu'il serait trop heureux, le combat terminé, de remettre les affaires entre st*s mains: qu'il allait vraisemblablement se présenter à la Chambre pour la dissoudre et en appeler une autre lorsque le Roi le jugerait nécessaire, et que M. de Villèle viendrait apn'îs. Il disait encore que, pour son compte, il n'aimait pas les affaires et qu'il ne consentait à rester au pouvoir qu'à cause des dangers du moment, t M. de
• Villèle, » ajoutait-il, t doit mourir ministre. U faut » donner un coup de collier, retirer la monarchie de » l'ornière où le ministère Martignac l'a placée, et puis
• je remettrai la présidence et je m'en irai... Quand nous
• aurons tous été au combat ensemble, lien de plus
• simple que M. de Villèle reprenne la léte de Tar- ■ mée. •
Pendant que Tattention publique était absorbée par le travail de la réorganisation du cabinet, le roi et la reine de Naples traversaient le midi de la France, conduisant à Madrid leur fille Marie-Christine qui devait y épouser Ferdinand VII, veuf depuis quelques mois de sa troisième femme. La reine de Naples était sœur de Ferdinand VU. Le roi de Naples n*était plus ce vieux Ferdinand que nous avons vu jouer un rôle si déplorable, on pourrait dire si grotesque, au congrès de Laybach. Celui-ci était mort en 1825, et son successeur, François I«% était ce duc de Calabre qui, à Tépoque du congrès, avait paru un instant, avec plus ou moins de sincérité, s'ériger en champion de la cause constitutionnelle, mais que Tintervention autrichienne avait promptement ramené dans les voies de l'absolutisme. 11 était frère de la duchesse d'Orléans et père de Madame, duchesse de Berry. Ces deux princesses, et avec elles le duc d'Orléans, allèrent au-devant du couple royal jusqu'à la frontière du département de risère où le duc de Blacas, ambassadeur de Naples, alors en congé, avait été envoyé pour recevoir et complimenter au nom du Roi les augustes voyageurs. Arrivés à Grenoble le 31 octobre, ils se dirigèrent à petites journées vers la frontière d Espagne en passant par Valence, Avignon, Nlmcs, Montpellier et Perpignan. Ce voyage ne fut qu'une suite de fêtes et d'hommages adressés aux trois branches de la maison de Bourbon. Ces
démonstrations d*un enthousiasme que, sauf de bien rares occasions, la prùsence des personnes royales ne manque jamais d'exciter dans les populations peu kabituées à les contempler, devaient inspirer au parti royaliste de dangereuses illusions. On se complairait à y voir la contrepartie, la compensation des ovations faites, non loin de là, à M. de La Fayette.
La duchesse de Berry conduisit son père, sa bellemère et sa sœur jusqu'au Perthuis, dernière place de France, où elle leur fit ses adieux au moment où ils allaient mettre le pied sur le territoire espagnol.
On était loin de prévoir que la jeune et belle princesse qui allait unir sa destinée à celle de Ferdinand VII devait trois ans après, ouvrir pour l'Espagne une ère nouvelle et y donner le signal d'une rénovation politique dont aujourd'hui encore il est difficile de préjuger les conséquences définitives.