CHAPITRE XII
Progrès des idées de liberté. — Mesures dans ce sens, mêlées de quelques relours vers la tyrannie. — Résistances qu'éprouve Napoléon. Afraiblissemcnt de sa volonté. — Ses tentatives inutiles pour désarmer Tliostililé des alliés. — Leurs immenses préparatifs de guerre. — Défaite el cliute de Murât. — Dispositions prises par Napoléon pour repousser une invasion.
Toute résistance avait cessé dans Tintérieur de la France et Tagression qui s'annonçait du dehors, qui paraissait inévitable malgré tout ce qu'on faisait pour la conjurer, demandait, de la part des étrangers, des préparatifs qui devaient exiger plusieurs mois, plusieurs semaines tout au moins. Napoléon, cependant, en même temps qu'il travaillait à se créer des moyens de défense, achevait d'organiser son gouvernement et s'efforçait de prendre, entre les partis qui l'avaient rappelé et pouvaient seuls le soutenir, une position propre à les satisfaire et à les concilier sans trop affaiblir son autorité.
Sa véritable force, je l'ai déjà dit, était dans les rangs secondaires et inférieurs de l'armée. Là, comme aussi dans une portion assez considérable du bas peuple, composée
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d'anciens soldats, on lui portait un attachement sincère et profond, on tîroyait à son étoile malgré les revers qu'il avait déjà éprouvés et dans lesquels on ne voulait voir que l'effet de la trahison. Déjà, grâce à son exil de l'île d'Elbe, à cette espèce de mort temporaire dont il venait de ressusciter si miraculeusement, il^mmençait à être l'homme de la légende qui devait, pendant les générations suivantes, exercer un tel empire sur les imaginations populaires; ces esprits simples et enthousiastes voyaient en lui non pas le nouveau Charlemagne, le puissant monarque adoré deux ans auparavant par l'Europe entière , mais le guerrier merveilleux qu'ils aimaient à désigner par des noms familiers, l'homme au petit chapeau, le petit caporal. Ils avaient inventé pour lui un nouveau sobriquet qui ne tarda pas à devenir une espèce de signe de ralliement :' comme il était revenu en France avec le printemps, on l'appelait le Père la Violette, et la plus humble des fleurs se trouvait ainsi transformée en symbole du plus orgueilleux des conquérants.'
Deux des cafés du Palais-Royal, cehii du Nain Jaune* et surtout le café Montan^ier, étaient le théâtre où se manifestait avec le plus de fracas Tenthousiasme du parti bonapartiste. Là, des officiers, s' attablant chaque soir avec les femmes perdues qui, à cette époque, encombraient le Palais-Royal, hurlaient des chansons à la fois grivoises et patriotiques où l'éloge de l'Empereur se mêlait à de grossières injures centime les Bourbons; quelquefois même on les voyait, dans l'entraînement de l'ivresse
et oubliant la dig^nité de Tuniforme, monter sur les tables, le casque en tête et le verre à la maiii, pour se faire mieux entendre.
Après une révolution opérée par l'action directe de l'armée, la France semblait menacée du plus grand des' malheurs, celui de tomber sous la domination de la soldatesque. Les démonstrations des premiers jours n'étaient pas absolument de nature à rassurer contre ce péril. J'ai parlé des proclamations impériales qui paraissaient réclamer pour l'armée le droit d'intervenir dans le gouvernement. Les revues, les banquets qui suivirent .le 20 mars, les éloges sans cesse prodigués aux bravesy comme on disait alors, les flatteries dont on comblait le bataillon de l'île d'Elbe, c'est-à-dire les grenadiers de lagarde qui avaient suivi l'Empereur dans son exil et qui l'avaient ramené, tout cela, sans contredit, rappelait le régime des prétoriens de Rome, adulés et récompensés pour avoir renversé un souverain et en avoir proclamé un nouveau. Heureusement cette analogie n'était qu'apparente. Quels que fussent les torts des soldats de Napoléon, ils tenaient à de plus nobles motifs que ceux qui inspiraient d'ordinaire les prétoriens. La France, d'ailleurs, agitée par de violentes passions politiques, était peu disposée à subir leur joug. Enfin, dans l'armée môme, une faveur trop marquée témoignée à ceux qui avaient pris une part plus directe à la révolution du 20 mars aurait excité de dangereuses jalousies. Un incident significatif na tarda pas à avertir le pouvoir des ménagements extrêmes dont* il devait user à cet égard :
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le bataillon de l'île d'Elbe avait été logé non loin des Tuileries, dans l'hôtel occupé tout récemment par les centsuisses, et pour indiquer ce changement de destination, on avait inscrit ces mots au-dessus de la porte : quartier des braves; les autres corps se sentirent blessés de cette inscription, il fallut la faire disparaître, et les journaux attachés au gouvernement entrèrent dans de maladroites explications pour étabUr qu'on en avait mal compris le sens. Le vent populaire soufflait alors vers la liberté. Cette impulsion était telle que les militaires eux-mêmes la subissaient et qu'avec plus ou moins de bonne foi, soit pour se concilier la faveur publique, soit pour justifier à leurs propres yeux ce qu'ils venaient de faire, bon nombre d'entre eux y conformaient leur langage. M. de Labédoyère, réunissant dans un banquet les officiers du régiment auquel il avait donné le signal de la défection et ceux du bataillon de l'île d'EUae, y porta un toast dont voici les termes : « A la Constitution libérale que » l'Empereur nous a promise, qui assurera, qui garan- » tira à jamais les droits de chaque citoyen et le bonheur » de tous les Français! » Ce jeune officier tenait beaucoup à fair^ croire que l'acte, dont sans doute le souvenir lui pesait, avait été inspiré par un sentiment de bien public tout à fait désintéressé : aussi refusa-t-il peniiant trois jours les fonctions d'aide de camp de l'Empereur qu'on lui offrait avec le grade d'officier général, et les instances les plus pressantes purent à peine le déterminer à les accepter.
Par Teffet de cette direction des esprits, Napoléon se trouvait placé sur un terrain absolument nouveau, en face d'exigences qui répugnaient profondément à son caractère, à ses habitudes, à ses souvenirs. Tout en comprenant la nécessité de certaines coiicessions, il cherchiiit à résister au mouvement, et pour cela il s'efforçait de réunir autour de lui ses anciens partisans les plus dévoués.
Malgré les dispositions prises par le Congrès de Vienne pour s'assurer des membres de sa famille dispersés dans les diverses contrées de l'Europe, ils parvinrent successivement à rentrer en France. Son frère Joseph était presque aussitôt que lui arrivé à Paris. Lucien qui, après lui avoir rendu les plus éminents services au début de sa carrière, avait dû chercher un asile en Angleterre pour se soustraire à soir despotisme et que le. Pape venait de créer prince de Caniiio, s'empressa aussi d'accourir, réconcilié par l'infortune avec son illustre frère. Jérôme, l'ancien roi de Westphalie, n'arriva que beaucoup plus tard; il étajt en ce moment auprès de Murât. Le seul des frères de Napoléon qu'on ne vit pas alors à Paris, c'est l'ancien roi de Hollande Louis. Son peu d'ambition et sa mauvaise santé, non moins que le ressentiment des traitements injurieux que l'Empe^ . reur lui avait fait subir, le retenaient sans doute dans la retraite. Nous avons dit que sa femme , la reine Hortense, n'avait jamais quitté Paris. La mère de l'Empereur vint s'y réunir à sa famille.
J'ai donné la liste des ministres et des principaux fonctionnaires nommés par Napoléon dans les premiers jours
qui suivirent lo20 mars. Arexception d'un bien petit nombre imposés-^par Tinflucnce révolutionnaire, c'étaient, nous Tavons vu, des serviteurs du premier Empire. En général^ tous ceux des anciens fonctionnaires impériaux qui désirèrent rentrer dans la vie publique, on pourrait dire tous ceux qui ne repoussèrent pas les avances qu'on leur fit pour les y rappeler, obtinrent une place dans le gouvernement. L'ancien ministre de l'intérieur, M. de Montalivet, devint intendant général des domaines de la couronne; l'ancien ministre du commerce, M. Colin de Sussy, premier président de la Cour des comptes à la place de M. Barbé-Marbois ; l'ancien ministre des cultes, M. Bigot de Préameneu, reprit ce département avec^le titre de directeur général; la direction générale du commerce et des manufactures fut conférée k l'illustre savant Chaptal qui avait été sous le Consulat ministre de l'intérieur; un autre savant, Lacépède, fut appelé, en qualité de grand maître, à 1^ tête de l'Université reconstituée sur ses anciennes bases, mais il refusa cette haute position qui échut définitivement au prince architrésorier Lebrun, duc de Plaisance. Le Conseil d'État fut rétabli dans la même forme et en grande partie avec les mêmes membres que sous le premier Empire. Un esprit analogue présida à la reconstitution des préfectures; cependant la volonté de l'Empereur y fut parfois contrariée par le ministre de l'intérieur Carnot, qui voulut faire admettre parmi les préfets des hommes de la Révolution et à qui il fallut en accorder quelques-uns; il y eut aussi d'assez mauvais
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choix diclùs par la faveur 'et qui portèrent en partie sur des jeunes gens pleins de zèle, mais complètement insuffisants pour de telles circonstances; vingt-deux des préfets nommés ou maintenus sous la Restauration furent d'ailleurs conservés en changeant, pour la plupart, de résidence; à Paris M. de Bondy remplaça M. de Chabrol. Les magistrats judiciaires destitués par le gouvernement de Louis XVIII, tels que MM. Muraire et Merlin de Douai, premier président et procureur général de la Cour de cassation, reprirent leurs sièges. M. Séguier, qu'on avertit de ne pas se présenter aux Tuileries, eut pour successeur, dansia première présidence de la Cour de Paris, M. Gilbert de Voisins.
Napoléon retrouvait, en très-grande partie, le personnel du premier Empire, mais sa satisfaction était troublée par l'absence de quelques hommes dont le nom se liait étroitement au souvenir de ses plus beaux jours. Il regrettait surtout M. de Talleyrand, non-seulement parce qu'il savait que sa réputation de sagacité presque infaillible disposait le public à considérer comme peu solide le pouvoir auquel il ne donnait pas son adhésion, mais aussi parce qu'il lui reconnaissait de grands talents; il parlait souvent de lui dans son cercle intime, sans irrita- ' tion et en s'accusant franchement de ne l'avoir pas assez ménagé. « C'est encore, disait-il, l'homme qui connaît le > mieux ce siècle et le monde, les cabinets et les peuples. » Il m'a quitté, je l'avais assez brusquement quitté moi- » même; il s'est souvenu de mes adieux de \SH.., Nous
» n'étions pas toujours du môme avis ; il lui est arrivé » plus d'une fois de m'en donner de bons. »
Il s'exprimait avec la même mansuétude sur le compte de BertMer qui s'était tant pressé de l'abandonner à Fontainebleau ; il disait que l'ancien prince de Neuchâtel était le meilleur des majors généraux, le plus capable de comprendre ses plans, ses idées, et il semblait pressentir que le moment n'était pas éloigné où ses services eussent été bien utiles; il faisait entendre que si Berthier avait voulu revenir à lui, il l'aurait reçu à bras ouverts, ajoutant gaîment que, pour toute expiation, il l'eût fait dîner à sa table en habit de capitaine des gardes de Louis XViïT.
Le vide laissé dans l'armée par le major général n'était pas le seul. Si le plus grand nombre des maréchaux et l'immense majorité des officiers généraux s'étaient ralliés à l'Empire, si le maréchal Soult lui-même, ministre du Roi peu de jours auparavant, s'était rendu aux Tuileries au premier appel de Napoléon et s'était mis à sa disposition, tous n'avaient pas iiïiité un tel exemple. Les maréchaux MarmontîBt Victor avaient, comme Berthier, accompagné Louis XVIII en Belgique. Les généraux Maison, Lauriston et quelques autres moins considérables avaient aussi émigré. D'autres, qui n'avaient pas quitté la France, se tenaient à l'écart. Le maréchal Macdonald repoussa toutes les propositions qu'on lui fît parvenir en alléguant sa santé usée par les fatigues et la maladie. Les maréchaux Gouvion-Saint-Cyr et Oudinot s'abstinrent d'offrir leurs services. Un bon nombre de jeunes officiers appar-
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tenant par leur oaUiaace à fancieiine ao blesse et aa parti rovali:;te, qui, avant la Restauration, étaient entrés dans l'armée impériale et dont pLuàieur» à*v étaicrnt £ût remarquer, en^^agéâ maintenant par le serment qif îh avaient prèle au Roi en 1814 et par Les emplois qu*ils avaient r^tai^ <ie lai, àe séparêreat «ie l^urs compagnons d'armes t^t rentrèrent dans la vie privée; il y en eut même qui pa^^sèrent la frontière pour aller se ranger autour du monaniue e\ilé. Tous ne le tirent pas saos regret; il en est k i\\iï il répugnait, au moment où la France avait à craindre une invasion nouvelle, de briser ainsi leur épée: mais, indépendaiiiment des motifs d'honneur ou de délîcat-sse auxquels ils croyaient obéir, Topinion de leurs familles, celle des salons du faubourg Saint-Germain où ils passaient leur vie, leur eût rendu bien diOicile de suivre une autre ligne de conduite.
Jamais cette opinion, que le 20 mars avait un moment déconcertée et frappée de stupeur, mais qui commençait déjà à reprendre courage, n'avait été plus qu'à cette époque hostile au gouvernement de Napoléon; jamais elle n'avait manifesté une intolérance aussi violente contre ceux qui se rattachaient à lui. Tels étaient Thorreur» le mépris dont elle les frappait, surtout ceux qui appartenaient à l'aristocratie, que ni les Telations d^amitié, ni même les liens du sang n'étaient à l'épreuve de cette cause de rupture.
11 y eut aussi, parmi les fonctionnaires civils, des démissions, des refus de concours, peu nombreux, mais
remarquables dans un temps et dans un pays où l'amour et le besoin des emplois avaient déjà pris un tel caractère de généralité et où Ton s'était tellement habitué à passer d'un pouvoir à l'autre sans beaucoup de scrupule. L'ancien préfet de police, M. Pasquier, invité par forme d'insinuation à reprendre sa place au Conseil d'État, s'y refusa absolument, quoiqu'on ne lui dissimulât pas que ce refus attirerait sur lui les rigueurs du pouvoir. M. Allent, M. Portai repoussèrent aussi l'offre qui leur fut faite de continuer à siéger dans le Conseil. D'anciens préfets ne voulurent pas non plus, bien qu'on les en pressât, reprendre du service sous un régime pour lequel ils avaient fait preuve jadis de zèle et de dévouement.
Les agents diplomatiques accrédités dans les cours étrangères restèrent tous fidèles à la royauté et, à l'exemple de M. de Talleyrand et de ses collègues de Vienne, ne firent aucune réponse aux notifications et aux ordres que leur transmit le duc de Vicence. Ils avaient presque tous été choisis parmi les royalistes les plus fervents, et d'ailleurs, les gouvernements auprès desquels ils résidaient ne reconnaissant pas l'Empire, ils eussent été congédiés s'ils avaient voulu prendre le caractère de représentants du gouvernement impérial. On vit alors ce spectacle singulier d'un monarque fugitif, dépouillé de ses États, dont les agents étaient reconnus officiellement par l'Europe entière, tandis que ceux de son compétiteur triomphant ne. pouvaient se faire écouter nLmôme se faire admettre nulle part. Les seuls États-Unis d'Amérique, fidèles à
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leur principe de rester étrangers aux affaires intérieures (les autres contrées et de ne pas s'enquérir du droit en présence d'un gouvernement de fait, ne firent aucune difficulté d'entrer en relations avec l'Empire ressuscité, et l'envoyé de France à Washington, M. Serurier, consentit seul dans le corps diplomatique français à continueyr son service.
Les abstentions que je viens d'indiquer ne furent pas toutes inspirées, sans doute, par des motifs également honorables. Bien des gens qui se tinrent à l'écart ou même ■ qui prirent activement parti contre Napoléon se seraient ralliés à^ lui si sa cause leur avait paru offrir plus de chances de succès ; on ne pouvait guère en douter pour peu qu'on se rappelât le passé de quelques-uns d'entre eux et qu'on eût la moindre connaissance de leur nature morale; mais si cette considération atténuait beaucoup le mérite des sacrifices qu'ils semblaient faire à la Royauté légitime, elle tendait à discréditer le régime impérial en prouvant que des hommes bien avisés et habituellement guidés par une saine intelligence de leurs intérêts jugeaient prudent de ne pas s'engager avec lui. Napoléon le comprenait, et c'est pour cela surtout qu'il s'affligeait de l'inutilité de ses efforts pour ramener à lui tous ceux qui l'avaient servi autrefois.
Pour combler les vides qui s'étaient faits dans les rangs de ses anciens auxiliaires et qu'il remarquait jusque dans sa cour, peuplée jadis de tant d'émigrés et de royalistes revenus maintenant à leur ancien parti, il lui fallait es-
• sayer de gagner à tout prix les amis de la Révolution et de la liberté. Tout, dans les manifestations extérieures et dans le langage officiel, fut dirigé vers ce but. Le 26 mars, l'Empereur recevant les hommages des Corps de FÉtat et
' des principaux fonctionnaires, le conseil des ministres lui présenta une adresse qui contenait les passages suivants : « Les destins sont accomplis; ce qui est seul légitime, la » cause du peuple, a triomphé... la France en a pour ga- » rant, Sire, sa volonté et ses plus chers intérêts; elle en a » pour garant tout ce qu'a dit Votre Majesté au milieu des » populations qui se pressaient sur son passage. Votre » Majesté tiendra sa parole... Déjà elle a fait connaître à » ses ministres la route qu'ils doivent tenir ; déjà elle a » fait connaître à tous les peuples, par ses proclamations, » les maximes d'après lesquelles elle veut que l'Empire » soit désormais gouverné. Point de guerre au dehors, si » ce n'est pour repousser une injuste agression ; point de )» réaction au dedans, point d'actes arbitraires ; sûreté des » personnes, sûreté des propriétés, libre circulation de la » pensée, tels sont les principes que vous avez consa- » crés... »
Après le conseil des niinistres, le tlonseil d'État prit la parole par là bouche de M. Defermon, le doyen de ses présidents. Son adresse, ou plutôt sa déclaration, car c'est ainsi qu'on l'intitula, était un long exposé de faits et de doctrines. On y posait en principe que la souveraineté réside dans le peup|le, seule source légitime du pouvoir, que, par conséquent, tout ce qui s'était fait depuis un an
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» délégué, qui n'a pu lui être enlevé, quUln'a pu abdi- » quer sans Tassentiment de la nation et que le vœu et » rintérét général du peuple français lui font un devoir de » reprendre. »
Les adresses de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, de la Cour impériale de Paris, du Conôeil municipal, celle de rinstitut surtout, qu'on n'obtint pas sans quelque difficulté, respiraient également un esprit de liberté. Les réponses de l'Empereur étaient conçues dans le môme ordre d'idées ; seulement, on pouvait remarquer qu'il s'y bornait à débiter des aphorismes libéraux et à se présenter comme le délégué de la souveraineté nationale, comme tenant tout du peuple, sans indiquer rien de précis sur les institutions et les garanties si virement réclamées. 4c Les sentiments que vous m'exprimez sont les » miens, disait-il au conseil des ministres. Tout h la » nation et tout pour la France, voilà ma devise. Moi et ma » famille, nous ne voulons, nous ne devons, nous ne pou- » vous réclamer d'autres titres. » Un peu plus explicite avec le Conseil d'État, il s'exprimait ainsi : « Les princes » sont les premiers citoyens de l'État ; leur autorité est » plus ou moins étendue selon l'intérêt des nations qu'ils » gouvernent. La souveraineté elle-même p'est héréditaire » que parce qu^ l'intérêt des peuples l'exige. Hors de ces » principes, je ne reconnais pas de légitimité. J'ai renoncjè » au grand Empire dont je n'avais encore posé que les » bases; désormais, le bonheur et la consolidation de » l'Empire français seront l'objet de toutes mes pensées. t>
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Ces adressés, ces réponses sortaient sans contredit du cercle des banalités qui se débitent d'ordinaire dans les occasions analogues. L'acte du Conseil d'État surtout, par la violence avec laquelle il s'exprimait sur le compte des Bourbons et par les doctrines révolutionnaires'qu'il professait, produisit une assez vive sensation. L'Empereur avait voulu qu'on en fit une déclaration de principes pour éclairer la France, disait-il, et pour rassurer les consciences timorées qui pouvaient se croire liées à la royauté par leu^'s serments. Le Conseil avait chargé une commission formée des présidents et d'un membre de chacune des sections de préparer ce document. La commission, composée en partie d'anciens conventionnels, en avait confié la rédaction au régicide Thibaudeau. Il paraît que Napoléon trouva la déclaration excessive, bien qu'il n'eût pas cru devoir y faire d'objections lorsqu'on lui en avait présenté le projet. Ce qui est certain, c'est que plusieurs des conseillers d'État regrettèrent d'avoir à souscrire une telle pièce. Quelques-uns s'abstinrent môme de la signer et l'Empereur ne leur en témoigna aucun mécontentement. Le plus considérable d'entre eux, M. Mole, eut soin, il est vrai, de lui écrire une lettre dans laquelle il lui expliquait que s'il n'avait pu se décider à apposer sa signature au document en question, c'était à cause de l'invincible aversion que lui inspirait la doctrine dé la souveraineté du peuple; Napoléon était naturellement indulgent pour de telles répugnances.
En attendant qu'une Constitution nouvelle vtnt mon-
Irer le degré de confiance qu'il convenait d'accorder à ces promesses de liberté, le gouvernement publia plusieurs décrets destinés à calmer les plus impatients en leur donnant des gages de sa bonne volonté. La censure fut supprimée et les journaux mis sous la surveillance du ministère de la police auquel on réunit les attributions de la direction générale de la librairie. La garde nationale fut replacée sous l'autorité du ministre de l'inlérieur et ses officiers ne durent plus être nommés par le pouvoir, mais par des comités d'arrondissement et de département, composés d'ailleurs en majorité de fonctionnaires, et sauf l'approbation du gouvernement. Carnot eût voulu davantage : il avait proposé de rendre aux gardes nationaux le choix de leurs chefs, qu'ils avalent eu dans les premiers temps de la révolution, mais l'Empereur s'étant refusé à un changement aussi radical, il dut se contenter de ce terme moyen. L'Empereur se réserva, de plus, la nomination des colonels.
Les contributions indirectes, toujours si odieuses au peuple, bien qu'on leur eût ôté le çom décrié de droits réunis et qu'on y eût, depuis l'année précédente, apporté des adoucissements sensibles, reçurent encore de profondes modifications par la suppression des droits de circulation et de consommation, par celle de l'exercîee et par la réduction des octrois.
La traite des noirs qui, aux termes de la paix de Paris, pouvait être continuée pendant plus de quatre ans encore, fut abolie immédiatement, sous peine de confiscation des
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bâtiments qu*on y emploierait et de leur cargaison. Oti espérait, par cette abolition, produire une impression fa* Yorable sur l'opinion publique en Angleterre.
Ces mesures libérales étaient, pour la plupart, Tœuvre du ministre de Tintérieuri Carnot, patriote sincère et ami zélé de la liberté malgré son association à quelques-uns des actes les plus déplorables de la période révolutionnaire, s'était tenu éloigné de l'Empereur au temps de sa prospérité et de son despotisme. Voyant maintenant en lui le seul homme qui pût défendre la France et la Révolution contre 1 invasion étrangère et le retour de la royauté (jui lui étaient également odieux, il s'était décidé à 4e seconder de tous ses efforts et aie servir fidèlement, tout en se promettant de lui résister s'il essayait de reprendre les errements du pouvoir absolu et de le pousser, même malgré lui, dans les voies libérales.
Les dispositions du ministre de la police étaient bien différentes. Le duc d'Otrante, malgré les protestations de dévouement et de fidélité dont il se montra prodigue envers Napoléon en acceptant de ses mains un ministère» le détestait d'autant plus (ju'il était certain de ne lùi^inspiiw ni estime ni confiance. Appelé dans son conseil, par la force des circonstances, sa sagacité lui faisait voir trèsnettement que le nouvel Empire avait peu de chances de se consolider ; il ne doutait pas de sa chute prochaine, el loin de s'en affliger, il y trouvait plutôt un motif de satisfaction, parce qu'il pensait que si Napoléon parvenait à s'affermir, un de ses premiers soins serait de se débar-
rasser de lui, peut-être de le mettre hors d'état d'ourdir de nouvelles intrigues. La grande préoccupation de Fouché, c'était donc, non pas de défendre et de sauver le gouvernement dont il était le ministre, jaon pas de faire prévaloir la cause de la liberté, mais de se mettre, suivant sa coutume, en rapport avec tous les partis, de s'arranger pour ne pas être enseveli sous les débris de Fédiflce dont il pressentait la ruine et de se préparer une place dans le gouvernement qui succéderait à l'Empire. Dès les premiers jours qui suivirent le 20 mars, il disait effrontément aux royalistes avec qui il se trouvait en relations que l'Empereur était perdu, qu'il était revenu de l'île d'Elbe aussi fou, aussi extravagant que jamais* que d'ailleurs l'Europe entière allait se réunir pour l'attaquer, que tout serait fini avant quatre mois, que les Bourbons pourraient alors remonter sur le trône, que, pour son compte, il ne demandait pas mieux que d'y concourir, mais qu'il faudrait arranger les choses un peu moins maladroitenient que l'année précédente, donner de solides garanties, stipuler des conditions bien nettes.
Cependant, en prenant possession du ministère de la police, il avait écrit aux préfets, pour se conformer au langage du jour, une circulaire dans laquelle il mêlait, k des accusations violentes contre la Restauration, des promesses de modération, dé profond respect pour la liberté et pour la justice. Il y disait que les principes de la police avaient été subvertis, que ceux de la morale et de la justice n'avaient pas toujours résisté à l'influence des pas-
sions, que tous les actes d*un gouvemement né de la trahison avaient dû porter Tempreinte de cette origine, que pour flétrir les souvenirs les plus chers à la nation, pour préparer des vengeances, pour exciter les haines, briser les résistances de Topinion, rétablir la domination des privilèges et anéantir la puissance tutélaira des lois, ce gouvernement avait mis en jeu les ressorts secrets d'une tyrannie subalterne, qu'on l'avait vu s'entourer de délateurs, étendre ses recherches sur le passé, pousser ses mystérieuses inquisitions jusqu'au sein des familles, effrayer les esprits par des persécutions clandestines, semer l'inquiétude sur toutes les existences, détruire enfin par ses instructions confidentielles l'appareil importun de ses promesses et de ses proclamations. A ce tableau si exagéré des méfaits de la police sous la royauté, le duc d'Otrante opposait l'idéal de ce qu'elle devait être pour atteindre le but de son institution : suivant lui, chargée de maintenir l'ordre, de veiller à la sûreté de l'État et à celle des individus, elle ne pouvait, malgré la différence de ses formes, avoir d'autres règles que celles de la justice; elle en était le flambeau et non pas le glaive. Toutes deux étaient instituées pour assurer l'exécution des lois et non pour les enfreindre. « Votre surveillance, » disait-il enfin aux préfets, ne doit pas s'étendre au delà » de ce qu'exige la sûreté publique ou particulière, ni » s'embarrasser dans les détails minutieux d'une curio- » site sans objet utile, ni gêner le libre exercice des fa- » cultes humaines et des droits civils... Il faut abandonner
» les errements de cette police d'attaque, sans cesse agitée » par le soupçon, inquiète, turbulente, et se renfermer 1 dans les limites d'une police libérale et positive. »
La veille du jour où ce singulier document parut dans Je Moniteur, le duc d'Otrante avait fait appeler les rédaoteur's des journaux dont la surveillanc>e était une de ses attributions et leur avait longuement parlé dans le même sens. Pour Taccomplissement des projets qu'il avait en vue, il lui importait de s'assurer la bienveillance et le ^ concours de la presse; il y parvint jusqu'à un certain point, et plusieurs feuilles publiques devinrent entre ses mains des instruments dociles.
A côté de ces manifestations, de ces décrets qui semblaient annoncer une ère de liberté, d'autres actes, empreints de l'esprit d'absolutisme du premier Empire et des passions haineuses de la Révolution, venaient tro^ souvent inquiéter les partisans raisonnables de Napoléon et donner à ses ennemis l'occasion de répéter que ses sentiments, ses intentions n'étaient pas changés malgré quelques apparences trompeuses, que le despotisme était toujours le fond de sa politique.
Quelques jours après son arrivée à Paris, cédant à un de ces emportements de colère et de vengeance auxquels sa nature méridionale se laissait parfois emporter, il imagina de lancer un décret de proscription déguisé, comme toutes les proscriptions, sous la forme d'un acte de clémence. Plusieurs individus ayant , disait-il dans ce décret, trahi en 4 8U TEmpereur et l'Empire, ayant appelé
l'étranger ou Tayant secondé dans ses projets d'envahissement du territoire, de démembrement de l'Empire et de subversion du trône impérial, une amnistie pleine et entière leur était accordée, à Texception de treize d'entre euxqui, déclarés traîtres à la patrie, seraient punis comme tels et dont les biens devaient être immédiatement séquestrés. Cette exception portait sur les cinq. membres du gouvernement provisoire de l'année précédente, MM. de Talleyrand, de Beurnonville, de Jaucourt, de Dalberg et l'abbé de Montesquieu, sur le comte Lynch et le marquis de La Rochejaquelein, auteurs du mouvement insurrectionnel de Bordeaux en faveur des Bourbons, sur le maréchal Marmont, sur M. Bellart, promoteur de la déclaration par laquelle (e conseil municipal de Paris avait provoqué le rétablissement de l'ancienne royauté, sur MM. de Vitrolles et de Bourrienne, si activement mêlés aux intrigues royalistes de cette époque, enfin sur deux hommes de grande naissance qui s'étaient aussi alors beaucoup compromis dans le même sens, le comte Alexis de Noailles et le vicomte Sosthène de La Rochefoucauld. On dit que Napoléon avait Vbulu d'abord ajouter à ces treize noms celui du maréchal Augereau, accusé sans preuves d'avoir livré Lyon aux Autrichiens et coupable en réalité d'avoir grossièrement insulté dans l'infortune son ancien général, son ancien souverain, mais que la proclamation qu'il avait publiée contre les Bourbons, en apprenant leur chute, le préserva de la proscription. Cependant, soit que l'Empereur craignit de ne pouvoir
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obtenir pour cette mesure rassenlitnent de ses ministres, soit qu'il voulût couvrir ce qu'elle avait d'odieux et d'irrégulier par le caractère de Tautorité dictatoriale qu'il avait exercée pendant sa marche de Cannes sur Paris» il eut ridée singulière d'antidater ce décret et de le faire passer pour un de ceux qu'il avait rendus à Lyon avec le contreseing du comte Bertrand, alors son major général. Il le lui envoya donc pour qu'il y apposât sa signature ; mais Bertrand s'y refusa. « Je ne signerai jamais cette pièce, » dit-il au secrétaire qui la lui apportait^ Ce n'est pas là » ce que l'Empereur nous avait promis, ceux qui lui » conseillent de pareilles choses sont ses plus cruels » ennemis. Je lui en parlerai. » L'Empereur, l'ayant fait appeler, lui témoigna sèchement son mécontentement et sa surprise, mais Bertrand développa ses objections, remit à l'Empereur une note raisonnée où elles étaient consignées et se retira. Il fallut se passer de son contreseing. Le décret n'en fut pas moins publié, mais l'Empereur, ébranlé apparemment par les représentations de son grand maréchal, peut-être par celles du duc de Bassano, en avait'^fait disparaître ce que la rédaction première avait de plus révbltant : les treize proscrits n'étaient plus déclarés traUrei , il n'était plus dit qu'ils seraient punis comme tels, mais bien qu'ils seraient traduits en justice. L'effet de cette publication fut des plus fâcheux. Le blâme exprimé par le général Bertrand n'avait fait que devancer l'improbalion générale. On se rappelait que Napoléon, en mettant le pied sur le sol de la France, avait
promis de pardonner le passé, d'oublier des loris dans lesquels la volonté humaine avait eu moins de part que la force des événements ; on s'étonnait qu'une telle promesse eût pu être aussi promplement perdue de vue, et Ton en tirait un présage défavorable par rapporta la sincérité des intentions exprimées à d'autres égards. Aux Tuileries même, le mécontentement était extrême. M. de Labédoyèrc y dit assez haut et assez prés de l'Empereur pour pouvoir être entendu de lui : « Si le régime des séquestres » et des proscriptions recommence , tout sera bientôt » fini. »
Un des décrets de Lyon avait déjà ressuscité les lois révolutionnaires contre les émigrés. Un nouveau décret remit en vigueur celles qui s'appliquaient aux princes de la famille de Bourbon et enjoignit de faire juger conformément à ces lois ceux qui seraient trouvés sur le territoire français. Ce n'était là qu'une de ces mesures comminatoires que tout pouvoir promulgue contre ses rivaux dans une forme plus ou moins brutale, et ce qui arriva quelques jours après au duc d'AngouIéme prouve qu'on ne la prenait pas au sérieux; mais le même décret contenait des dispositions d'une portée plus réelle : il exilait à trente lieues de Paris les ministres de Louis XVIII, les ofiiciers de sa maison civile, de sa maison militaire et des maisons des princes, les chefs, commandants et officiers des rassemblements formés pour renverser le gouvernement impérial, et ceux qui avaient organisé des bandes de chouans ; tous étaient soumis à l'obligation de
prêter, sMls en étaient requis, serment de fidélité à TEmpereur ; le refus de le prêter devait avoir pour- résultat de les placer sous la surveillance de la haute police, et il pourrait être pris à leur égard telle autre mesure que Tintérétde TÉtat exigerait.
Indépendamment de ces rigueurs collectives, quelques exils particuliers furent prononcés : M. Pasquier reçut Tordre de quitler Paris, aussi bien qu'un jeune conseiller à la Cour royale, M. Decazes, qui avait refusé de signer, avec ses collègues, l'adresse de félicitation adressée à l'Empereur, et qui, comme on lui alléguait pour l'y déterminer la marche triomphale de Napoléon, traversant en vingt jours la France entière sans rencontrer aucun obstacle, avait répondu : « Je ne savais pas que le royaume » de France fût le prix de la course. »
On enjoignit à tous les sujets français employés à l'extérieur comme agents politiques de faire, avant le \ ^'^ mai, leur déclaration de soumission et dé rentrer en France dans le délai de deux mois, s'ils ne voulaient encourir les peines déterminées par les lois et le séquestre de leurs biens.
Tous ces décrets furent successivement insérés au Moniteur dans les quinze jours qui suivirent le 20 mars. Un autre décret, qui ne reçut pas la même publicité, ordonna aux préfets des départements du Midi d'enrôler dans l'armée les volontaires royaux qui avaient pris les armes en faveur des Bourbons et de faire verser au Trésor les sommes souscrites pour seconder les efforts du duc d'Angoulême, mais l'exécution en fut jugée impossible.
Huit lieutenants-généraux de police furent envoyés dans les diverses circonscriptions de TErapire avec des pouvoirs très-étendus dont quelques-uns étaient fori capables d'abuser. On comptait parmi eux Tavocat Teiste, si tristement célèbre depuis.
De telles mesures firent moralement un grand tort à l'Empereur et n'atteignirent en aucune façon le résultat qu'il avait pu s'en promettre, celui d'intimider les partis hostiles. Elles contribuèrent même à pousser vers des résolutions hostiles des hommes qui, si on les eût laissés tranquilles, auraient gardé une sorte de neutralité. Le chancelier Dambray, qui s'était retiré à la campagne avec l'intention d'y vivre paisiblement comme sous le premier Empire, menacé de se voir livré aux tracasseries dit la police s'il refusait un serment contraire à son honneur, se décida à passer en Angleterre. D'autres royalistes l'y suivirent où se dirigèrent vers la Belgique. Jusque dans l'entourage le plus intime de l'Empereur, on s'affligeait, on s'indignait de ce retour aux pratiques du despotisme, Fouché lui-même s'exprimait assez ouvierLement dans ce sens. Il autorisa sous main un grand nombre des oiBciers de la maison du Roi à ne pas s'éloigner de Paris ou du moins à rester à Versailles et à ne pas prêter le sermi^t. Sauf quelques départements où le décret relatif ai}x émigrés donna lieu à des séquestres et à des vaxationspersonnelles»^ ces rigueurs restèrent à peu près comme non ^tveaues,. Fouché,avec sa perfidie ordinaire, se faisait un mérite auprès des royalistes di' ce.% adoucissements en rejetant sur
FEmpereur Todieux des proscriptions dont les effets se trouvaient ainsi annulés. Il y avait, je le répète, autour dje Napoléon une sorte de conspiration organisée pour Tarrôter toutes les fois qu'il paraissait disposé à entrer sérieusement dans les voies de la sévérités II eût voulu traduire en justice M: de ViiroUes, le seul des treize exceptés de l'amnistie qui fût tombé en ^n pouvoir, mais tous ses ministres, tous ses conseillers se réunirent pour Ten empêcher, et il dut se borner aie retenir en prison. Comme ces circonstances n'étaient pas ignorées du public, Napo-, léon se trouvait convaincu, aux yeux de ses enneihis et de là masse de la nation, de mauvais vouloir, de velléité de tyrannie et d'impuissance à y donner suite; c'est la pire des conditions où puisse se trouver un gouvernement parce qu'elle provoque à la fois contre lui la haine et le mépris.
Il eût été difficile de reconnaître, dans le prince qui menaçait ainsi sans oser frapper et qui faisait fléchir à chaque instant ses volontés devant les remontrances de ses serviteurs, le Napoléon du premier Empire ; c'est qu'il s'était produit en lui et dans la nation des changements dont la simultanéité avait créé une situation absolument nouvelle.
L'âge commençait à peser sur l'Empereur. Il n'avait pourtant pas atteint le terme desa quarante-sixième année; mais pour une telle vie, pour une semblable intelligence, le temps se mesure autrement que pour les autres hommes. Un embonpoint «Kcessif, dont les progrès avaient été •
hâlés par les loisirs de Tîle d*£lbe, alourdissait sa nature physique, et' lui rendait déjà le mouvement moins facile. Son activité morale elle*méme n*était plus ce qu'elle avait été : après quelques heures de travail, il sentait une lassitude, un besoin de repos que, naguère, des journées et des nuits entières de labeurs continus ne lui eussent pas fait éprouver. Ses méditations étaient devenues pénibles. Son génie n'était certes pas éteint, on Tavait retrouvé tout entier dans la. conception et Taccomplissement de renlreprise" audacieuse qui venait de le replacer sur le trône, et en ce moment même la nécessité d'organiser une armée pour se mettre promptementen état de repousser Tinvasion étrangère lui suggérait des inspirations dignes de ses meilleurs temps; mais si ses facultés intellectuelles étaient bien grandes encore, l'énergie de sa volonté avait sensiblement faibli, et sans ce don précieux les autres n'exercent sur les hommes qu'une action insuffisante.
Il y avait, en dehors des causes purement physiques, plus d'un motif à cet affaiblissement. Napoléon était fataliste. Longtemps ébloui par son étonnante fortune, il s'était cru à l'abri des revers et on l'avait entendu dire un jour que c'était un acte de démence que de lui résister. Le malheur avait dissipé cette ivresse. 11 croyait sentir maintenant, il disait que le destin était changé. Sa confiance en lui-même était ébranlée. Si, dans son langage officiel et public, il affectait encoredecompter sur lesuccès, il portaitsouventFao cent du doute et du découragement dans ses entretiens con-
fidenliels. « C'estle lenips, disait-il, qui nous apprendra si > la France veut me conserver mieux qu'elle n'a conservé » les Bourbons. » Après s'être si souvent trompé dans ses espérances et dans ses combinaisons, il n'était plus disposé, comme jadis, à repousser avec dédain et colèçe les conseils qui contrariaient ses idées personnelles; bien loin de là, il avait besoin de se rassurer, de s'affermir dans ses projets en obtenant l'assentiment des hommes dont il estimait la capacité, et si leur avis n'était pas conforme au sien, il osait rarement passer outre; une désapprobation silencieuse suffisait même parfois pour l'arrêter, pour le faire hésiter; lui qui autrefois s'irritait de la moindre contradiction, il écoutait maintenant avec calme, il discutait toutes les objections qu'on lui présentait, et la plupart du temps il y cédait, même sans être pleinement convaincu. Pour se distraire, pour se ranimer, pour s'éclairer même, il recherchait les occasions de s'entretenir avec les hommes d'un esprit indépendant, avec ceux qui lui avaient inspiré, au temps de sa prospérité, le plus d'aversion ; il ne repoussait aucun avertissement, aucune offre de service.
Ce qui le troublait et l'attristait le plus, c'était l'esprit tout nouveau sous lequel la France lui apparaissait après moins d'un an d'absence. Les soldats et une partie du baspeuple lui étaient toujours dévoués, plus même, peut-être, qu'avant son exil, mais bien que leur concours lui eût suffi pour ressaisir le pouvoir, il comprenait qu'il lui fallait d'autres appuis pour se consolider, pour durer, pour résister à la terrible tempête dont il était menacé. En dehors
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de ces deux classes, aveuglément enthousiastes par la double raison qu'elles étaient, comme toujours, peu capables de réfléchir et qu'elles n'avaient rien à perdre à de nouvelles catastrophes, il ne voyait partout, môme parmi ceux qui s'étaient ralliés h lui et qui désiraient son triomphe, que sombres prévisions, effroi mal dissimulé d'un avenir incertain, disposition secrète à l'abandonner s'il était encore malheureux, à se préparer dès à présent pour cette éventualité. Les idées de gloire militaire, de puissance extérieure qui avaient longtemps animé les Français avaient évidemment perdu leur empire, la masse n'aspirait plus qu'au repos et au bien-être; les esprits même les plus généreux, les moins enclins à s*absorber dans la poursuite des intérêts matériels, se tournaient de plus en plus vers les idées de liberté qui avaient remplacé dans les imaginations les préoccupations de guerres et de conquêtes. Les Bonapartistes les plus sincèr^es et les plus compromis, redoutant presijue autant que les constitutionnels le retour de l'ancien dCvSpotisme, ne cachaient guère leur crainte que Napoléon, vainqueur des étrangers, ne voulût Teprendre le pouvoir absolu et se concertaient déjà pour y mettre obstacle. Dans le cabinet, ce n'était pas seulement dé la part des ministres révolutionnaires que Napoléon se voyait en butte à un contrôle déûantet à des contradictions si nouvelles pour lui ; ceux dont il lui était impossible de mettre en doute le profond attachement et qu'à d'autres époques il n'avait trouvés que trop dociles, lui résistaient aussi avec opiniâtreté. Le charme était
rompu. Jusque dans la forme extérieure des relations qu'ils entretenaient avec leur maître, il s'était introduit, sans qu'ils s'en rendissent pompte, des modifications bien significatives; l'étiquette sévère à laquelle il avait habitué ses serviteurs et qu'il avait voulu rétablir en revenant de l'île d'Elbe s'était relâchée tout naturellement. On n'avait certes pas l'intention de lui manquer de respect, mais comme on avait cessé de voir en lui un demi-dieu, le maître des destinées, comme on se sentait plus libre avec lui, on devenait aussi involontairement plus familier; lui seul s'en apercevait, et cette minutie même lui était sensible, parce qu'il y reconnaissait un signe de son amoindrissement. Il n'était vraiment à l'àise qu'au milieu
des soldats, dJnl les acclamations passionnées lui retra-
çaient l'image d'un temps plus heureux, et aussi dans les conseils réunis pour traiter des questions purement militaires, où son incontestable supériorité lui permettait de reprendre pour un moment son autorité tout entière.
Partout ailleurs, l'absence de sympathie entre le pays et lui, la résistance au moins inerte que lui opposaient les hommes et les choses, paralysaient son génie et ce qui lui restait «de merveilleuses facultés. Le jacobinisme s'offrait à lui comme un allié exigeant avec lequel il faudrait bientôt compter, et le parti constitutionnel qui 'venait de se déclarer son ennemi l'inquiétait beaucoup. Les souvenirs delà Révolution, autant que ses instincts personnels, lui avaient laissé une aversion profonde pour les institutions libres. Comme presque tous les despote^.
môme les plus habiles et les plus courageux, l'idée de se trouver en contact avec les masses, d'avoir à discuter avec elles, à rechercher leurs suffrages, à lutter contre leur opposition, à supporter Texpressîon'de leurs dissentiments, lui inspirait une sorte de terreur. Il connaissait d'ailleurs le caractère du peuple français, toujours enclin aux extrêmes et d'autant plus disposé en ce moment à se jeter dansles voies d'une liberté excessive, à entraver, à attaquer l'autorité qu'il avait- longtemps subi le pouvoir absolu avec une incroyable docilité. La garde nationale de Paris, bien que son organisation n'eût rien de démocratique, était pour lui un objet de préoccupation et d'anxiété, d'autant plus qu'il savait que les Bourbons y avaient beaucoup de partisans. Comme, cependant, il n'était pas possible de la dissoudre, il fallait bien se mettre en rapport avec elle. Une revu(; générale javait été indiquée pour le 28 mars. Différée à quatre reprises sous divers prétextes, elle n'eut lieu que le 20 avril. Avant de se montrer à la garde nationale, Napoléon avait cru devoir prendre quelques précautions pour en modifier l'esprit.-- Il s'en était attribué à lui-même le commandement en chef, et avait nommé pour la commander sous lui un de ses aides de camp, le général Durosnel ; plusieurs changements avaient été apportés à la composition de l'état-major ; les officiers avaient éié réunis avec ceux de la garde impériale dans des banquets où Ton s'était efforcé de.les associer aux sentiments de l'armée. Malgré ces précautions, les courtisans éprouvaient une inquiétude dont leur
maître, dit-on, n'était pas complètement exempt. Une foule considérable assista à cette revue. Quelques balaillons, en défilant devant l'Empereur, firent entendre des acclamations; le plus grand nombre parut assez froid. Napoléon harangua les officiers qu'il avait fait former en cercle. Sa parole vive, animée, leur arracha de bruyants applaudissements : « Jurez, leur dit-il, de tout sacri- » fier k l'honneur et à l'indépendance de la France I » Ils le jurèrent, comme ils avaient juré lant de choses depuis moins de deux ans.
L'Empereur eût été moins effrayé, sans doute, des symptômes alarmants qui se manifestaient dans l'intérieur de la France si c'eût été le seul danger de la situation, s'il eût pu se consacrer tout entier à en détourner les conséquences , mais l'orage qui le menaçait du dehors grossissait tous les jours, et c'était avec les ressources d'uii pays divisé, incertain, qu'il allait avoir à combattre l'Europe entière.
Longtemps il persista dans ses efforts un peu puérils pouY dissimuler à la nation ce qu'il y avait d'absolu, d'unanime dans l'hostilité des puiàsances étrangères. Ses^ ministres eux-mêmes pensaient généralement qu'il n'avait pas tenté son entreprise sans être certajn de quelque appui extérieur, et il les confirmait dans cette croyance par des paroles mystérieuses propres à leur faire entendre qu'il avait reçu à cet égard des assurances confidentielles dont il leur donnerait bientôt une Connaissance plus explicite. Dans les premiers jours d'avril, les jour-
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naux parlaient encore de la prochaine arrivée de l'Impératrice et du Prince impérial, ils en fixaient même le jour. Cependant, la déclaration du 13 mars, par laquelle le Congrès, sur la nouvelle du débarquement 'de Cannes, avait mis Napoléon hors la loi, était arrivée en France au moment même où il entrait aux Tuileries , et comme M. de Talleyrand avait pris des mesures pour la faire circuler ^ rapidement, on n'avait pu la soustraire au public. Il parut n:''cessaire d'y répondre. Le 21) mars, les ministres à département se réunirent en conseil avec les ministres d'État. Le duc d'Otrantc leur communiqua la déclaration de Vienne en affectant de la considérer comme une pièce iipocryphe. Pour appuyer celte assertion peu sérieuse, il fit remari|uer, ce qui était assez vrai, que les termes dans lesquels elle était conçue lui donnaient l'apparence d'un libelle plutôt que d'un document émané des chancelleries diî)lomatiques. Montrant une excitation au meurtre de Napoléon dans des expressions auxquelles les ministres étrangers n'avaient probablement pas voulu donner uneportée aussi odieuse , mais qu'on pouvait certainement interpréter ainsi, il dit qu'il n'était pas possible que les ministres de l'empereur d'Autriche eussent appo§é leur signature à un acte qui appelait l'assassinat sur le gendre de leur souverain et que ceux de l'Angleterre eussent pris part à une provocation aussi peu conforme aux lois de leur pays. Il en tira la conclusion que cette pièce, également contraire à la religion et à la morale et injurieuse pour la loyauté des souverains étrangers,
devait être Tœuvre de folliculaires soudoyés par M. de Talleyrand dont les courriers l'avaient apportée en France. Sur la proposition du duc d*Otrantc, la déclaration fut renvoyée à Texamen d'un comité composé des présidents des qualre sections du Conseil d'État, MM. Defermon, Rcgnaud de Saint-Jean-d'Angély, Boulay (de la Meùrthe) et le général Andr.éossy.
Le 2 avril, ce comité présenta au conseil des ministres un rap{iprt rédigé par le comte Boulay (delà Meurthe). Comme le duc d'Otrante, il affectait de ne pas croire à l'authenticité de la déclaration. « Les plénipotentiaires^ » signataires du traité de Paris, disait-il, savent que Na- » poléon y a été reconnu comme conservant le titre d'em- » pereur et comme souverain de l'île d'Elbe; ils l'auraient » désigné par ses titres et ne se seraient écartés, ni dans » le fond, ni dans la forme, des respectueux égards qu'ils » inspirent. Ils auraient senti que, d'après les lois des » nations, le prince le moins fort par l'étendue ou la po- » pulation de ses États jouit, quant à son caractère poli- » tique et civil, des droits appartenant à tout princ6 sou- » verain à l'égal du monarque le plus puissant et que » Napoléon, reconnu prince souverain par toutes les » puissances, n'était pas plus qu'aucune d'elles justiciable » du Congrès de Vienne...» Après ces considérations préliminaires, le rapport, pour justifier l'Empereur d'être revenu sur son abilication consacrée par le traité de Fontainebleau, énumérait ainsi huit violations de ce traité commises par ses ennemis. « L'impératrice Marie-Louise
» et son fils devaient obtenir des passe-ports et des escortes » pour se rendre auprès de TEmpereur, et ils s'en voyaient » violemment séparés. La sûreté de Napoléon et de- la » famille impériale était garantie, et des assassins avaient » été soudoyas pour attenter à leurs jours. Les duchés de » Parme et de Plaisance revenaient en toute propriété ik » Marie-Louise et à ses descendants, on promettait un » établissement hors de France au prince Eugène, et ni » Marie-Louise, ni le prince Eugène n'avaient rien obtenu. » L'Empereur stipulait, en faveur des braves de l'armée, » la conservation des domaines du Mont Napoléon ; il » réservait, sur le domaine extraordinaire et sur les fonds » restants de sa liste civile, des moyens de récompenser » ses serviteurs et les soldats qui s'attachaient à sa des- » tinée, et tout avait été spolié. On avait agi de môme pour » les biens meubles et immeubles de la famille impériale. » Deux millions étaient annuellement affectés à l'Empe- » reur et deux millions cinq cent mille francs à sa famille, » et ces engagements n'avaient pas été tenus. L'île d'Elbe, » enfin, était assurée en toute propriété à Napoléon, et l'on » se proposait au Congrès de le transférer à Sainte-Lucie » ou à Sainte-Hélène. » La plupart des griefs ainsi indiqués n'étaient que trop bien fondés. Pour ménager les puissances, l'auteur du rapport avait soin de présenter ceux môme de ces griefs qui résultaient d'actes du Congrès comme l'effet d'une condescendance imprudente aux instances des Bourbons. Il mettait en contraste, avec les menaces et les provocations à l'assassinat dirigées contre Napoléon ,
la modération de son langage à l'égard du Roi et des princes, les ordres donnés par lui pour les préserver de toute violence. Il s'attachait ensuite à écarter l'idée que l'Empereur, en quittant Tîle d'Elbe, eût été déterminé par des motifs purement personnels. « Napoléon, disait-il, se » serait encore sacrifié pour le peuple français duquel il se » fait gloire de tout tenir, à qui il veut s'en rapporter, à » qui seul il veut répondre de ses actions et dévouer sa » vie. . . Mais il espérait pour la nation le maintien de tout ce » qu'elle avait acquis par vingt-cinq années de combats » et de gloire, l'exercice de sa souveraineté dans le i?hoix » d'une dynastie et dans ta stipulation des conditions aux- » quelles elle serait appelée à régner. .. Loin de là, toute idée » de la souveraineté du peuple a été écartée, le principe » sur lequel a reposé toute la législation politique et. ci vile » depuis la Révolution a été écarté également; la France a » été traitée comme lin pays révolté, reconquis par les » armes de ses anciens maîtres et asservi de nouveau à » une domination féodale... C'est dans de telles circons- » tances que l'empereur Napoléon a quitté l'île d'Elbe. » Tels sont les motifs de la détermination qu'il a prise... » Il est venu délivrer la France, et c'est aussi comme, libé- » rateur qu'il y est reçu. > La dernière partie du rapport tendait à démontrer que la révolution du 2Ô mars pouvait parfaitement se concilier avec le maintien de la paix et de l'ordre établi en ce moment en Europe. « Que veut » Napoléon, disait le comité, et que veut le peuple fran- » çais? L'indépendance de la France, la paix intérieure,
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» la paix avec tous les peuples, Texécution du traité de 5> Paris. Qu'y a-t-il donc de changé dans rétatdeTEu- » rope? Il n'y a rien de changé si, quand la France est » occupée de préparer le nouveau pacte social qui garan- » tira la liberté des citoyens et le trjomphe des idées » généreuses, oh ne la force pas à se distraire, pour com- » battre, de ces pacifiques pensées et-des moyens de pros- » périlé intérieure auxquels le peuple et son chef veulent » se consçicrer dans un heureux accord; iln*yarien de » changé si, quand la nation française ne demande qu/à » rester en paix avec l'Europe entière, une injuste coali- » tion ne la force pas de défendre, comme elle a fait » en 1792, sa volonté, ses (^roits, son indépendance et le » souverain de son choix. »
Ce rapport, qui fut inséré quelques jours après au Moniteur avec celui du duc d'Otranle, était, à vrai dire, le manifeste de la Révolution au moins autant que celui de 1 Empereur; c'était un appel à l'opinion plutôt qu'aux cabinets qui, en ce moment, avaient déjà conclu le traité d'alliance offensive contre Napoléon.
Le gouvernement français, cependant, saisissait toutes les occasions de déclarer qu'il désirait la paix et qu'il acceptait complètement les conditions du traité de Paris. Toutes les proclamations, tous les discours de l'Empereur étaient conçus dans ce sens. Les relations diplomatiques étaient complètement rompues entre la France et le reste de l'Europe. Le 20 mars, au moment où Napoléon était arrivé à Paris, les ambassadeurs et les envoyés
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étrangers en étaient déjà partis ; le baron de Vincent, ministre d'Autriche, et M. Boudiakin , chargé d'affaires de Russie, s'y trouvaient seuls encore parce qu'ils ne s'élaient pas pourvus à temps des passe-ports n-^cessaires pour obtenir des chevaux de poste. Le duc de Vicence leur ayant fait demander un entretien, ce n'est pas sans beaucoup d'hésitation qu'ils s'étaient décidés à le voir dans des maisons tierces et comme simples particuliers, il s'était efforcé de les convaincre des intentions pacifiques de Napoléon. L'envoyé autrichien n'avait pas dissimulé sa conviction que les alliés ne consentiraient pas à le laisser régner, mais on prétend qu'il avait été un peu moins positif sur ce qui concernait le Prince, inipérial et il avait consenti à se charger d'une- lettre pour Marie- Louise à qui l'Empereur écrivait bien inutilement par toutes les occasions qui s'offraient à lui. Quant au chargé d'affaires de Russie, le duc de Vicence, dans l'espoir de semer la division entre les alliés, lui avait donné connaiss*ance du traité conclu à Vienne le 3 janvier entre la la France, l'Angleterre et l'Autriche contre la Russie et la Prusse ; il n'avait pu, à la vérité, lui en montrer l'instrument même, que M. de Jaucourt avait emporté avec lui en quittant la France à la suite du Roi, mai^ il lui en avait fait connaître la substance d'après le témoignage d'un employé du ministère des affaires étrangères. L'empereur Alexandi'e, ^ ce qu'on assure, avait d'abord refusé d'ajouter foi à celte révélation que n'appuyait aucune preuve écrite. Le hasard ayant bientôt après fait
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tomber entre ses mains une copie authentique du traité, il témoigna une grande indignation de ce qui lui paraissait, de la part des trois couris et surtout de la France, un . acte d'ingratitude envers lui, maïs il protesta qu'il n'en persévérer^ait pas moins dans la ligne de conduite qu'il avait adoptée en vue des grands intérêts de l'Europe.
Le 4 avril. Napoléon écrivit aux souverains une lettre par laquelle il leur nofifia son retour en France en présentant les derniers événements comme l'œuvre d'une puissance irrésistible, celle de la volonté d'une grande nation qui connaît ses devoirs et ses droits. « La dy- » nastie qiîe la force avait rendue au peuple français, » y disail-il, n'était point faite pour lui. Les Bourbons » n'ont voulu s'associer ni à ses sentiments ni à ses » mœurs. La France a dû se séparer d'eux. Sa voix ap^ » pelait un libérateur... Je suis venu, et du point où j'ai » touché le rivage, l'amour de mes peuples m'a porté » jusqu'au sein de ma capitale... Le rétablissement du » trône impérial était nécessaire au bonheur des Fran- » çais ; ma plus douce pensée est de le rendre en même. » temps utile au repos de l'Europe. Assez de gloire a illus- » tré successivement les drapeaux des diverses nations ; » une plus belle arène est aujourd'hui ouverte aux sou- » verains et je suis le premier à y entrer. Après avoir » présenté au monde le spectacle des grands combats,' » il sera plus doux de ne connaître désormais d'autre » rivalité que celle des avantages de la paix, d'autre » lutte que la lutte sainte de la félicité des peuples. La
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» France se plaît à proclamer ce noble but de tous ses » vœux. Jalouse de son indépendance, le principe invio- » lable de sa politique sera le respect le plus absolu de » rindépendance des autres nations. »
Cette lettre ne fut pas reçue. Les courriers du duc de Vicence, arrêtés à Kehl, h Mayence, à Turin, ne purent continuer leur route.
Tout effort pour dissimuler plus longtemps la véritable situation extérieure eût été aussi ridicule qu'inutile. Napoléon se' décida à faire publier dans le Moniteur un rapport du duc de Vicence où ce ministre avouait que les gouvernements étrangers se refusaient à toute communication, à toute explication et que leurs actes annonçaient la volonté de la guerre.
Dès le 31 mars, en effet, une convention militaire conclue entre l'Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie avait ordonné la formation de trois grandes armées d'opérations : la première, de trois cent quarante mille hommes, sous le comman'dement du prince de Schwarzenberg, et composée} d'Autrichiens, de Bavarois et d*autres Allemands,* devait opérer sur le haut Rhin ; la seconde, commandée par le duc de Wellington et le maréchal prince Blûcher et formée de deux cent cinquante mille Anglais, Belges, Hanovriens, Saxons et Prussiens, devait se réunir dans les Pays-Bas où se trouvaient déjà des forces considérables ; la troisième, de deux cent mille hommes fournis par la Russie et qui ne pouvaient entrer en ligne qu'assez tardivement, était destinée à attaquer la
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France du côté du Rhin moyen, occupant ainsi entre les deux autres une position inlern;édiaire. Le gouvernement anglais avait conçu Tespoir que le duc de' Wellington serait investi, sinon du commandement eh chef de toutes
les forces appelées à combattre dans les Pays-Bas, au moins de celui des contingents du nord et du centre de TAllemagne, la Prusse exceptée; mais, dans le grand conseil de guerre où les princes et les généraux réglèrent la distribution des forces alliées, cet avis fut vivement combattu par le représetitant de la Prusse qui prélendit qu*on ne pourrait jamais persuader aux peuples de ces contrées -qu'ils combattaient pour une cause natipnale si QD leur donnait un chef étranger. On prit un terme moyen : ces contingents furent incorporés, en partie, comme les Hanovriens, à Tarmée anglaise à laquelle on réunit aussi les Belges et les Hollandais, en partie, comme les Saxons, à l'armée prussienne.
Ces trois armées, qui comptaient ensemble huit cent mille hommes, n'absorbaient pas encore toutes les forces de la coalition. Toutes les puissances secondaires accédèrent l'une après l'autre au traité du 25 mars. La Suisse ^ elle-même, au mépris de la neutralité qui est la base de son existence politique, y adhéra, promit par une convention formelle d'empêcher sur sa frontière tout mouvement des troupes françaises qui pourrait nuire aux coalisés et s'engagea, en cas d'urgence, à livrer passage à ces derniers sur son territoire.
L'Angleterre, comme dans les précédentes coalitions,
conclut avec ses alliés des traités de subsides sans lesquels la plupart d^entre eux eussent été hors d'état de mettre leurs forces en mouvement avec la rapidité nécessaire. On put bientôt calculer que Napoléon aurait à combattre un million de soldais. Jamais le inonde n'avait vu de pareils armements.
Le cabinet de Londres était encore cette fois à la tête de Talliance européenne. Aucune puissance ne faisait des vœux plus vifs et plus sincères, non-seulement pour la chute de Napoléon^ mais pour le rétablissement du trône des Bourbons. Sur ce dernier point, cepenâant, la position particulière du gouvernemcnl britannique lui imposait des ménagements de forme qui causaient quelque embarras aux ministres. Même sous une administration tory, la royauté sortie de la révolution de 1688 ne pouvait proclamer ouvertement l'intcîntion d'intervenir dans les affaires d'un peuple étranger, au nom du principe de la légitimitéabsolue, pour le contraindre à reprendre un gouvernement renversé par une révolution intérieure. Dans le Parlement, dans la Chambre des communes surtout, l'opposition, al)andonnée, il est vrai, par une portion de ses adhérents habituels tels que lord Grenville eU'éloquent Grattan, se déclara contre la guerre avec une extrême véhémence. Plusieurs discussions très-vives eurent lieu à ce sujet dans le cours des mois de mars et d'avril. M. Whitbread faisait remarquer que Napoléon, loin de penser à attaquer personne, témoignait les intenlions les plus pacifiques; il disait qu'Userait souverainement déraisonnable de prodi-
hSO HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
gder Tor et le sang de TAngletef^e pour coniraindre une nation à subir de nouveau des princes qu'elle avait expulsés; il demandait ce qu'avait entendu le Congrès en déclarant que Napoléon n'aysâiplus d'existence légale, qu'il était hors de la protection des lois, et si cette théorie n'était pas une provocation à l'assassinat. Sir Francis Bardett, alors l'oracle et l'idole du parti radical, s'exprimait ainsi : t Je ne vois d'autres motifs de guerre que le réta- » blissement des Bourbons sur le trône de France, mais je » voterai éternellement contre un tel principe qu'il est » impossible de justifier. On appelle le débarquement de » Bonaparte un envahissement. Â-t-on jamais vu trente » millions d'hommes envahis par un seul?... Il a été reçu » comme un libérateur. Le peuple français détesté l'ancien » régime... Le Roi n'a pas été fidèle à ses promesses... Il a » voulu tromper la nation... Ce serait une chose horrible
* que de faire la guerre à un peuple pour le forcer d'ac-
* cepter un souverain qu'il repousse. La cause des Bour- » bons a déjà coûté trop de sang et d'argent à la Grande-
* Bretagne... »
Tels étaient les arguments principaux de l'opposition. Elle s'efforçait aussi de faire voir,^ dans le régime constitutionnel promis- par Napoléon à la France, une garantie contre l'ambition agressive qu'on pouvait redouter de sa part.
Lord Castlereagh répondait que le retour de Napoléon en France, au mépris de ses engagements, était une insulte faite aux gouvernements qui avaient signé le traité de Fon-
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. à81
tainebleaUy que s*il parlait de paix en ce moment parce qu*il se sentait faible, il ne se proposait certainement de la maintenir que jusqu'au jour où il trouverait une occasion favorable de troubler de nouveau l'Europe, qu'avec un tel homme il y avait moins de danger à se jeter immédiatement dans les hasards de la lutte qu'à s'endormir dans une vaine ^curité, que son rétablissement sur le trône n'était pas, comme on voulait le faire croire, le résultat d'une sorte de réélection populaire, mais l'œuvre d'une armée corrompue, mécontente de la demi -solde à laquelle la pacifîcation générale l'avait réduite, qu'on tomberait dans une erreur funeste si l'on se persuadait que Bonaparte pourrait être contenu par une Constitution qui limiterait son pouvoir et l'empêcherait de suivre l'impulsion de son caractère d'accord avec les vœux de cette foule d'officiers dont la guerre seule pouvait satisfaire les espérances d'avancement et de fortune et avec les désirs de l'ariflée tout entière , que la France elle-même, séparée de l'armée, avait intérêt à maintenir le traité violé par Bonaparte, qu'il se pouvait cependant que les Français, épuisés par tant de révolutions, fussent en ce moment plus disposés à se soumettre à un usurpateur qu'à faire de grands efforts pour se délivrer de lui et que Bonaparte réussît môme à les entraîner à sa suite dès qu'il aurait organisé son gouvernement et son armée, mais qu'il ne fallait pas leur laisser le choix du moment et du terrain , que s'ils ne voulaient pas se réunir à l'Europe combattant pour leur délivrance aussi bien que pour lasûrelé générale, ils recueilleraient le fruit
k*'! HISTOIRE DE LA RESTACRATIOK.
amer de leur coupable faiblesse en subissant toutes les calamités de la guerre, qu'au surplus les alliés, décidés à renverser un gouvernement inconciliable avec le repos du monde et à faire respecter les traités, ne se proposaient nullement d*en imposer un autre à la France, que la restauration des Bourbons était sans doute fort désirable, mais qu'elle n'était pas le but de la guerre et qu on n'en ferait pas la condition absolue d'un arrangement.
Lord Castlereagh essaya aussi de réfuter l'interprétation qui présentait la déclaration du Congrès comme un appel à Tassassinat de Napoléon , mais il lui fut a>se£ difficile d'expliquer ce qu'elle voulait dire.
Un Yote de désapprot)ation, proposé par M. Whitbread, fut rejeté à la majorité de deux cent soixante-treize voix contre soixante-douze*. A la Chambre des lords, une motion semblable appuyée par lord Grey, qui alléguait en faveur de Napoléon les nombreuses atteintes portées par les alliés au traité de Fontainebleau, n'eut pas plus de succès.
Les ministres qui, d'ailleurs, affectaient encore en ce moment de dire que la question de la guerre n'était pas formellement décidée et que le gouvernement se concertait avec les autres puissances sur les moyens de préserver la sûreté générale de l'Europe et le la rendre permanente, pouvaient donc compter sur l'appui du pays représenté par l'immense majorité du Parlement , mais le parti de la paix comptait pourtant des fauteurs dans une portion considérable de la population, lans celle surtout qui incli-
nait aux idées radicales et révolutionnaires ; il dominait dans la cilé, il se manifestait par des pétitions nombreuses et il avait dans la presse des organes accrédités. Les débats qui venaient d'avoir lieu ne pouvaient manquer de se renouveler, et il était évident que si la guerre tournait mal, si seulement elle se prolongeait assez pour aggraver beaucoup les charges énormes qui pesaient sur l'Angleterre, la position du cabinet deviendrait très-difBcile. Il lui importait donc d'éviter tout ce qui aurait pu fournir un prétexte tant soit peu fondé aux attaques de ses adversaires. Dans cette pensée, en envoyait à Vienne la ratificaiion du traité du ^5 mars, lord Castlereagh avait cru devoir y joindre une déclaration que lord Clancarty, le premier des plénipotentiaires anglais au Congrès depuis le départ du duc de Wellington , fut chargé de remettre aux ministres alliés, et qui avait pour but de répondre au reproche de faire la guerre pour le rétablissement des Bourbons. « Le soussigné, disait-elle, en » échangeant les ratifications du traité du 25 mars..., a » reçu Tordre de déclarer que Tarticle 8 dudit traité, par » lequel Sa Majesté Trés-Chrétienne est invitée d'y accéder, » doit être entendu comme liant les puissances contrac- » tantes, sous des principes de sécurité mutuelle, à un » con^mun effort contre la puissance de Napoléon Bona- » parte, en exécution de Farticle 3 du traité, mais qu'il » ne doit pas être entendu comme obligeant Sa Majesté » Britannique à poursuivre la guerre dans le but d'im- * posera la France aucun gouvernement particulier. Quel-
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l'ft td lattj»re mafiquail *ie frasciRae antast ijoe de dané. Fm»* rasforer Ii>w§ X¥1II ctinire les ndactioiK décovrafeaades qo^ avait po en tirer, lord Caslleieagfa hu fit dire qo'il ne fallait pas j Toîr im témoisnage dlndifférence poor h cause des Boarboos, que, bien kûi de là, dans Tùfhàon du prince régent et de son gDaferDement, la paix de FEarope dépendait de leor rétablissement, mais que malgré la di^ositian do Parlement et de la nation britanniqae à j coopérer de tons leurs moyens, on aurait risqoé, en s'engageant d'âne manière absolœ à y trarailler, de faire naître des dissentiments et des obstacles. Lord Castlereagfa faisait entendre, de plas, qne comm^ les ennemis du gooTemonent du Roi s'étaient attachés à persuader à la France qu'il arait été et qu'il était imposé de force par les étrangers, il pourrait être à propos que Louis XVIII déclarât solenneUement qne les armées alliées étant au moment d'entrer sur le territoire français pour combattre Napoléon dont la destruction était l'intérêt du genre humain, il ne consentirait pas que les puis-
sances étrangères intervinssent dans les affaires intérieures du pays et qu'il ne voulait compter, pour le rétablissement de son autorité, que sur Taffection de ses sujets.
Napoléon, cependant, à défaut de communications ofiQcielles auxquelles se refusaient les cours alliées, recourait à des expédients multipliés pour obtenir d'être entendu avant qu*on ne procédât à Texécution de la sentence portée contre lui. On dit qu'à sa demande, la reine Hortense, à qui Alexandre avait témoigné l'année précédente une trèsgrande bienveillance, lui écrivit pour essayer d'ébranler sa résolution; on parle aussi' de démarches analogues tentées par l'intermédiaire de la grande-duchesse de Bade, Stéphanie de Beauharnais, et du prince Eugène, qui se trouvait alors à Vienne. Tout fut inutile. Un homme de lettres célèbre alors, Ginguené, lié de longue date avec le colonel Laharpe, alla le trouver en Suisse pour essayer d'agir par lui sur son illustre et puissant élève ; il n'eut pas plus de succès.
On manque de détails certains et positifs sur les démarches que je viens de rappeler. Ce qui n'est pas douteux, c'est le grand nombre d'agents officieux que Napoléon envoya successivement à l'étranger pour s'assurer autant que possible des intentions des alliés et essayer de les modifier. C'était sur Vienne qu'il portait son principal effort, tant parce que la plupart des souverains et des ministres s'y trouvaient réunis que parce qu'il s'opiniâlrait à croire ou à vouloir faire croire que, du côté de l'Aulriche,' il y avait encore quelques chances d'arrangement. Ceux de ces agents qu'on pouvait considérer comme les véritables
A86 . HISTOIRE DE LA RESTAURATIOtï.
organes de sa pensée, comme sincèrement dévoués à ses intérêts, le général de Flahault, le chambellan comte de Slassart, n'obtinrent pas l'autorisation de pénétrer jusqu'à Vienne; arrêtés, le premier à Stuttgardt, le second à Munich, ils durent reprendre la route de France, et les lettres dont ils étaient chargés pour Marie-Louise, pour les empereurs, pour M. de Metternich, transmises à leur destination, furent lues en plein "Congrès. On se montra moins rigoureux envers d'autres émissaires qu'on supposait être les organes, moins de Napoléon lui-même que du duc d'Otrante ou de quelqu'un des partis entre lesquels la France était alors divisée, peut-être même des royalistes, et auxquels, en effet, Napoléon n'avait eu recours que parce qu'il tenait avant tout à faire parvenir à Vienne ses communications, dussent ceux qui les portaient y travailler conire lui. C'est ainsi que M. de Monlrond, ami de M. de Talleyrand, homme de beaucoup d'esprit et intrigant consommé, vit s'ouvrir devant lui les portes qui s'étaient fermées devant M. de Flahault. Napoléon avait pensé que s'il y avait quelque possibilité d'exercer de l'influence sur M. de. Talleyrand, c'était par lui, qu'en tout cas ce dernier se servirait probablement de son intermédiaire pour communiquer avec ses amis de France et qu'en le surveillant à son retour, en saisissant, au besoin, les papiers qu'il rapporterait avec lui, on pourrait se ^ procurer d'utiles renseignements. S'il faut ajouter foi aux informations que M. de Talleyrand transmit à Louis XVIH sur cette mission, M. de Montrond, qu'il supposait avoir
été envoyé par certains serviteurs de Napoléon plutôt que par Napoléon lui-même, n'était muni d'aucune dépêche, il était seulement chargé d'entretenir verbalement M. de Metternich et M. de Nesselrode pour.savoir par eux sij en effet, les puissances étaient irrévocablement décidées à employer la force pour renverser en France le régime impérial ; il devait demander aussi à M. de Talleyrand s'il pouvait bien se résoudre à provoquer la guerre contre la France. M. de Talleyrand lui fit cette simple réponse : « Lisez la déclaration du Congrès, elle' ne contient pas un » mot qui ne soit mon opinion. Ce n'est pas, d'ailleurs, » contre la Ffance que l'on veut faire la guerre, c'est » contre l'homme de l'Ile d'Elbe. * M. de Metternich, à qui il parla d'une régence en faveur du fils de Napoléon, lui dit nettement que l'Autriche n'en voulait pas. M. de Nesselrode, pressé par lui de s'expliquer sur les intentions de l'empereur Alexandre, lui répondit : « La destruction de Bonaparte et des siens. » On lui fit connaître le traité du 25 mars, l'état des forces destinées à en exécuter les stipulfyions, et il repartit aussitôt pour Paris.
Telle était la version de M. de Talleyrand. Il se peut qu'il n'ait pas voulu dire au Roi tout ce qu'il savait des résultats de la mission de M. de Montrond, il se peut môme qu'il n'ait pas tout su. Quelques indices permettent de penser que, dans les entretiens des ministres étrangers avec l'émissaire français, on lui avait laissé entrevoir que Napoléon une fois écarté, les puissances pourraient ne pas insister pour le rétablissement pur et simple d^
hSS HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
Bourbons, que dans le cas même où Louis XVIII serait replacé sur son trône, on pourrait prendre des mesures pour le soustraire à l'influence funeste des princes de sa famille et qu'on pourrait aussi donner la couronne au duc d'Orléans ou à un prince étranger choisi par la nation ou même au jeune Napoléon. Il parait que M. de Montrond, rentré en France, s'exprimait assez ouvertement dans ce sens. La police impériale ne fit pourtant rien pour se saisir de lui ni de ses papiers : outre que Fouché le couvrait de sa protection, on avait compris, en y réfléchissant davantage, qu'un homme aussi ^visé, s'il était entré en effet dans quelque intrigue compromettante, avait sans aucun doute pris ses mesures pour ne pas fournir contre lui même des pièces de conviction. Ses propos donnèrent pourtant l'éveil à l'esprit soupçonneux de Napoléon.
Plusieurs motifs pouvaient engager les alliés à ne pas décourager d'une manière absolue les hommes qui redoutaient en France le retour de l'ancien régime plus qu'ils ne. tenaient à la personne de Napoléon. Leur laisser entrevoir des solutions intermédiaires, c'était un moyen presque assuré de jeter la division dans les partis en ce moment ralliés sous l'étendard tricolore, c'était se réserver une issue honorable, une voie de transaction pour le cas toujours possible, malgré l'immensité des forces dont on disposait, où les succès de la coalition ne seraient ni complets, ni promptement décisifs. Nous avons vu, d'ailleurs, que l'Angleterre ne pouvait faire ostensible*
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. kS9
meut du rétablissement des Bourbons la condition absolue de la paix ni même le but avoué de la guerre. Enfin, ce qui n'était, suivant toute apparence, de la part des autres cabinets, du cabinet de Londres surtout, qu'une
manœuvre, un calcul de prévoyance, répondait chez
l'empereur Alexandre à un revirement d'idées aussi singulier que caractéristique. Ce prince, naguère si animé en faveur de Louis XVIEI, était déjà revenu aux préventions qui, l'année précédente, lui avaient inspiré tant de doutes sur la possibilité de rétablir l'ancienne royauté, aux appréciations sévères, hostiles même, qu'on l'avait si souvent entendu exprimer sur la politique de la Restauration.
Les ministres des grandes cours s'occupaient alors de la rédaction d'un nouveau manifeste en réponse à ceux du gouvernement français. H était question d'y déclarer que l'Europe prenait les armes pour l'anéantissement de la puissance de Napoléon. Sur ce point, tout le mdîide. était d'accord, mais devait-on faire entendre aussi, en termes plus ou moins formels, que le rétablissement de la royauté légitime était le but de la coalition? A cet égard, on s'entendait moins. Ne pas indiquer ce but, disaient les uns, ce serait décourager les royalistes et donner confiance au jacobinisme. L'indiquer, disaient les autres, c'est rattacher à Napoléon des hommes qu'on ne peut séparer de lui qu'en leur faisant espérer des concessions. Ce dernier avis était celui des Russes, et ils avaient déjà préparé un projet de manifeste conçu dans ce sens ;
km aiSTOIBC DE Ll BESTACRATIO!!.
lo ABgbii, mtoré les WÊèuàsaatmU ôt f&rwt i«rqiKis ik ètûmi oUif es, ifidimient dan* k «ti^ opposiè.
L'aBperev Alnandie désira «Toir m eatiHin aiYC lord ClaacartT, k dief df ranihaffade anflaîsïp ^ persottméùaatoi ub des plus ciiaiids adhérents de la casse des Bosrboiis. U loi demanda poon|Doi 0 n'apfvoavail pas le manifesle pro|eté. « Parce qu'A ne dit pas toot ce qn'îl » doit dire, répondît lord Clancarly. Ce n^est pas assez 9 dé reoTerser Bonaparte, il ne laot pas ooirir la porte > ani jacobins qai sont pires qoe loi. -^ Ils ne sont à » craindre qoe comme ses aniiliaîres, reprit FEmperear, » il faot les en détacher. Loi tombé, ils ne loi sorcéde- » roDt pas. Renrersons-le d'abord, j'y consacrerai tootes » mes forces. Ajoomons toote dêclaratioD ao moment où » on approchera de la France. Mais il faut s'entendre sur t ce qu'on fera, Bonaparte une fois reversé ; prévoir les » conséquences, pourvoir à la tranquillité de l'Europe » qui ne peut être tranquille tant que la France ne le sera » pas, et elle iie le sera qu'arec un gouvernement qui » convienne^ tout le monde. » Lord Clancarty ayant rap- [>elé que la France était naguère heureuse sous un Roi qui avait pour lui les vœux de la nation, € Oui, répliqua » TEmpereur, de la portion qui n'a été que passive, qui » ne sait que gémir des révolutions sans en empêcher » aucune, mais Taulre partie, la seule qui se montre, qui » agisse, qui domine le pays, se soumetlra-t-elle au gou- » vernement qu'elle vient de trahir, lui sera-t-elle fidèle? » Le lui iniposerez-vous malgré elle, par une guerre
HISTOIRE DE L/i RESTAURATION. AOi»
» d'extermination peut-être sans terme? Serlez-vous sûr » du succès? » L'ambassadeur flt l'observation que le de-» Yoir finissait sans doute où commençait Timpossibilité, mais que jusque-là celui des puissances élait de soutenir les droits d'un souverain légitime et de ne pas les ébran«- 1er en discutant la question de savoir s'il fallait les aban-» donner. « Nos premiers devoirs, s'écria l'Empereur, sont » envers nous-mêmes et envers nos peuples, ba restaura- » tiondu gouvernement du Roi fût-elle facile, si Ton n'é- » tait pas assuré de sa stabilité, on ne ferait, en le rétablis- » sant, que préparer à la France et à l'Europe de nouvelles » catastrophes. Le cas échéant, nous trouverions-nous » réunis comme aujourd'hui? Aurions-nous un million » de soldats? Quelle probabilité y a-t-il qu'avec les niêmes » élémeqts le- gouvernement du Roî serait plus stable ? Le » rétablissement du Roi que nous désirons tous, moi en » particulier, pouvant rencontrer des obstacles insurmon- » tables, il faut les prévoir, se mettre en mesure. L'année » dernière, on aurait pu établir la régence, elle m'avait » paru pouvoir concilier tous les intérêts, mais Marie- » Louise, à qui j'en ai parlé, ne veut à aucun prix retour- » ner en France, ne désire pour son lils qu'un établisse- » ment en Autriche. L'Autriche n'y songe plus, ne le veut » plus. D'aillpurs, la situation n'est plus la ujôme. Je ne » vois de propre à tout concilier que le duc d'Orléans. » Français, Bourbon, mari d'une Bourbon, il a des fils, il » a servi la cause constitutionnelle, porté les trois cou- » leurs qu'on n'eût jamais dû quitter, je l'ai souvent dit à
» Paris. Il réunirait tous les partis. Ne le pensez-vous pas? » Quelle serait là-dessus l'opinion de l'Angleterre? » Lord Clancarty ainsi interpellé répondit qu'il ne .pouvait préjuger les sentiments de sa cour sur une idée toute nouvelle pour lui, mais qu'à son avis il serait très-dangereux de déserter la légitimité pour une usurpation quelconque. L'Empereur l'ayant invité à en écrire à Londres, il le fit; non sans plaider chaudement la cause de la branche ainée des Bourbons. M. de Metternich, informé de cet entretien, exprima l'opinion que la question soulevée par le monarque russe était au moins intempestive et qu'il ne fallait pas faire d'hypothèses, mais attendre l'événement. M. de Talleyrand, à qui l'ambassadeur d'Angleterre fit part de ce que lui avait dit l'empereur Alexandre^ ne manqua pas d'en instruire Louis XVIIL
Déjà, le cabinet russe avait fait insérer dans la Gazette de Francfort^ dont il disposait, un article qui produisit une forte sensation. On y lisait que les puissances, décidées à renverser Napoléon, ne prétendaient pas, d'ailleurs, se mêler du régime intérieur de la France et qu'elle serait libre de se donner le gouvernement qu'elle voudrait. Aucun, des alliés d'Alexandre ne partageait pourtant Tindif- /érence qu'il paraissait éprouver pour les Bourbons, tous, en réalité^ désiraient leur restauration comme la meilleure garantie de la paix, mais tous aussi, cela est digne de remarque; étaient d'avis que le seul moyen qu'eût Louis XVIII de rétablir ses affaires, c'était de rallier les partis en leur assurant sans distinction les avantages
du régime constitutionnel et len ne permettant plus aux princes de sa famille d'exercer sur le gouvernement l'influence déplorable qui Tavait frappé de tant d'impopularité. On lui faisait donner le conseil de publier sans retard, avant la réunion de l'assemblée du Cham^ de Mai, convoquée par Napoléon , une proclamation dans laquelle, rejetant sur ses ministres les fautes du passé, il annoncerait la formation d'un nouveau cabinet et donnerait des garanties à toutes les opinions.
M. deTalleyrand mettait un empressement marqué à se rendre auprès du Roi l'intermédiaire de ces avis qui s'accordaient avec sa manière de voir et avec les intérêts dé sa position personnelle. Il lui racontait, dans sa correspondance conûdentielle, que l'empereur Alexandre voyait la cause principale des dernières catastrophes dans l'action exercée par les princes dont les sentiments et les vœux étaient inconciliables avec ceux de la nation et dans l'entrée au ministère d'hommes très-estimables sans doute, mais qui, devenus étrangers à la France par vingt-cinq années d'émigration ou de retraite et manquant complètement d'expérience, avaient fait beaucoup de mal. L'Empereur, disait-il encore, remarquait que celui des ministres qui avait excité le plus de plaintes de la part de tous les partis était précisément celui qui jouissait au plus haut degré de la faveur du Roi. Il s'agissait de M. de Blacas.
Pour résumer en peu de mots ce qu'était alors la situation de l'Europe à l'égard de la France, on peut dire que les coalisés voulaient le rétablissement des Bourbons, que
«M HISTOIKE DE LA KESTACKATIO^
renipenear Akxandre liû-méme, malgré ses b^itatîoiis et set rariations, n'étail pas disposé à rompre ooTertcmeol sorce point avec s^ alliés, <]ue cependant, pgiir des motib très-dirers, on répugnait généralement à faire de ce rétabliiuenient le bot direct de la grande alliance , la condition absolue de la paix, qo*on roulait réserrer toutes les chances de rarenir, mais qu'en ce qui concernait Napoléon, on était unanime pour ne pas poser les armes a%'ant de l'avoir renversé.
Les Prussiens étaient ceux dont le langage laissait le moins de doute à cet égard. Le roi de Prusse disait dans une proclamation : € Reprenons de nouveau les armes, » entrons encore une fois en lutte contre Napoléon et ses » adhérents. Cet homme qui, pendant dix années, a versé » des maux infinis sur les peuples, a été ramené en France » par une conspiration perfide ; le peuple déconcerté n*a » pu résister à ses partisans armés, à des soldats parjures. » L'Europe est menacée de nouveau, elle ne peut laisser > sur le trône Thomme qui annonce hautement que la » souveraineté du peuple a été le but des guerres qu'il a » successivement renouvelées, Thomme qui a troublé le » monde moral en violant sans cesse sa parole et qui ne » peut donner aucune garantie de ses pacifiques inten- » tibns. J*ai ordonné un armement général; la France » elle-même a besoin de secours; toute TEurope est notre » alliée. »
Ce manifeste, si vif contre Napoléon, parlait d'ailleurs du peuple français avec modération et convenance. Ces
HISTOIRE DE LÀ RESTAUHATIQN. m
sentiments n'étaient malheureusement pas ceux de là nation et de l'armée prussienne ni même de la plupart des agents du gouvernement, encoiie tout animés du fanatisme patriotique et des violentes rancunes qui, pendant la précédente guerre, leur avaient inspiré tant d'énergie. Un des chefs du parti teuton, Justus Grûner, gouverneur des provinces du Rhin, se permit de publier aussi une proclamation dans laquelle il accumula contre la France tout entière les injures et les menaces les plus exorbitantes : « Cette nation, disait-il, si longtemps flère de ses triom- » phçs, et dont nous avons courbé le front orgueilleux » devant les aigles germaniques, menace de troubler en- » core le repos de FEurope. Elle ose oublier .que, maîtres » de sa capitale et de ses provinces, nous devions nous » indemniser... par un partage que tous les sacrifices » que nous avons faits rendaient nécessaire et légitime... » Un pays ainsi livré au désordre de Tanarchie menace- » rait l'Europe d'une honteuse dissolution si tous les bra- » ves Teutons ne s'armaient contre lui. Ce n'est pas pour » lui rendre des princes dont il ne veut pas, ce n'est » p^s dans l'intention de chasser encore le guerrier dan- » gereuxqui s'est mis à leur place que nous armons, c'est » pour diviser celte terre impie que la politique dç nos » princes ne peut laisser subsister, c'est pour nous in^ » demniser par un juste partage de ses provinces de tous » les sacrifices que nous avons faits depuis vingt-cinq » ans pour résister k se^ désordres guerriers ; cette fois » vous ne combattrez plus à vos dépens. La France, dans
» sa foreur défuagogiqne, a rendo à t.îI prix des biens » immeDses pour rattacher le peuple à sa cause. Ces biens, » qu'on' ose appeler nationaux, sont illégitimement ac- » quis. Une sage administration en ressaisira la masse, » et cette masse fournira... de nobles dotations à tous nos » braves. . . Ainsi les princes et les sujets allemands trouve- » ront, dans le fruit de cette guerre, les premiers des » Tassaux que nos lois courberont à la discipline, les » seconds des biens fertiles dans un pays que nos baîon- » nettes maintiendront dans une terreur nécessaire. »
Alors qu'un homme investi de hautes fonctions publiques pouvait se laisser aller à de tels emportements, on peut penser que les fureurs de la presse n'avaient pas de limites. Voici ce qu* on lisait dans le Mercure du Rhin^ dirigé par le célèbre baron de Stein : c 11 faut exterminer cette bande » de cinq cent mille brigands... ; il faut déclarer la guerre » à toute la nation et mettre hors la loi toutce peuple sans » caractère, pour qui la guerre est un besoin... La France t partagée ou l'esclavage de l'Europe, voilà notre alterna- » tive. Si nous avons de justes motifs pour vouloir que » Napoléon disparaisse de la scène politique comme prince, » nous n'en avons pas de moins grands pour anéantir la » France comme peuple. Il n'est pas besoin pour cela qu'on » les égorge, il su£Sra de leur donner beaucoup de princes » au lieu d'un empereur et de les organiser à l'instar du » peuple allemand... Le monde ne peut être en paix tant 9 qu'il restera un peuple français ; qu'on le change donc » en peuple de Bourgogne, de Neustrie, d'Aquitaine, etc.
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. h91
» ils se déchireront entre eux, mais le monde sera Iran- » quille pour des siècles. »
Un thème que la presse allemande et aussi la presse des Pays-Bas développaient avec une complaisance particulière, c'était d'enlever à la France quelques-unes de ses provinces frontières pour en fortiûer les États voisins ; la Flandre française, disait-on, était un démembrement des Pays-Bas; TAlsace, la Lorraine, la Franche-Comté avaient fait partie jadis de Tempire germanique ; la France ne les avait acquises que par la violence et la perfidie ; les lui reprendre, ce serait tout à la fois faire acte de justice et donner à l'Europe des barrières, des garanties contre de nouveaux débordements de l'ambition française.
Ces inspirations haineuses ne restèrent pas absolument sans écho dans le cercle de la diplomatie. Des conférences avaient été ouvertes à Vienne entre les ministres des grandes puissances et une députation des États allemands pour régler le mode de leur adhésion au traité d'alliance contre la France. Le plénipotentiaire de Nassau, le baron de Gagern, esprit indépendant et bizarre, après y avoir blâmé les stipulations territoriales du traité de Paris, trop favorables, suivant lui, à la France et injustes pour TAllemagne, exprima l'espérance que si les Français étaient vaincuS; il ne serait plus question de ces stipulations, les forces de la France, même après les retranchements qu'on lui avait fait subir, étant telles encore que l'Europe réunie tout entière était à peine en état de lui tenir tête et le repos du monde pouvant difficilement être assuré tant
HS HiStOIRB DE LA RESTAUBATiO?!.
qii*eDe consenrerail on triple rang de forteresses acquises depuis deux siècles, non par des Toies légitimes, mais par d'artificieuses intrigues et à Taide des discordes du peuple allemand.
Nous Terrons plus tard Teffet de ces conseib passionnés. En œ moment, les principaux cabinets se gardaient bien de laisser entrevoir de pareilles pensées : tout au contraire, ils s'efforçaient de séparer la France de son chef en répétant sur tous les tons qu'ils ne faisaient pas la guerre à la France et que Napoléon était leur seul ennemi.
L'empereur des Français, menacé ]par une alliance aussi formidable, ne comptait qu'un seul allié, et cet allié devait disparaître avant même que la lutte ne fût véritablement laigagée.
Nous avons vu l'attitude prise par le roi Murât à l'époque ' qui précéda immédiatement le débarquement de Cannes, les projets agités au Congrès pour le détrôner et ceux qu'il avait formés lui-même pour soulever l'Italie contre l'Autriche. J'ai dit aussi que des relations s'étaient établies entre lui et Napoléod. Néanmoins, Huratqui, dans sa position presque désespérée, se croyait permis d'employer coudre des adversaires peu scrupuleux la dissimulation et la ruse aussi bien que (a force, mais qui était peu capable de mettre la suite et la mesure nécessaires dan$ un jeu aussi difficile, avait essayé jusqu'au dernier moment de dissimuler ses desseins^. Le 5 mars, au moment même où l'on apprenait à Nazies que Napoléon avait quitté Tile' d'Elbe, il avait fait appeler l'envoyé autrichien pour lui
déclarer qu'il resterait fidèle à son alliance avec le cabinet de Vienne. Le 1 3 encore, le journal officiel de Naples disait que le Roi était en paix avec toutes les puissances, que des motifs de prévoyance Tavaienl seuls porté à réunir des troupes sur les frontières et qu*on n'avait à redquter aucun acte d'hostilité. Cependant, tout en ordonnant à son ministre à Vienne de renouveler la déclaration déjà faite à l'envoyé autrichien, tout en donnant à T Angleterre des assurances semblables. Murât aval t chargé i^n de ses aides de camp d'aller trouver Napoléon et de lui promettre son appui. ^ ^
Napoléon, s'il faut en croire les assertions contenues dans ses mémoires, en annonçant à Murât son départ de l'île d'Elbe, l'avait invité à ne rien précipiter, à renforcer son armée dans une bonne position en avant d'Ancône et à ne pas oublier que s'il était en mesure d'opérer une utile diversion lorsque les forces des alliés seraient engagées contre la France, une action isolée et trop hâtée l'expoçerait à d'infaillibles revers. Néanmoins, le fougueux roi de Naples, apprenant l'entrée de son beau-frère à Grenoble et à Lyon, ne doutant plus de son succès et craignant, dit-on, que s'il tardait davantage à aller se .mettre à la tête du mouvement italien, les Français ne lui enlevassel3t la direction de ce mouvement, s'empressa de jeter le masque. Il fit dire à la cour de Rome que l'Angleterre persistant à ne pas vouloir le reconnaître^ il m voyait obligé, pour sa sûreté, de s'unir à Napoléon, et il demanda pour deux des divisions de son armée le passage
à travées le territoire romain, promettant de respecter la personne et l'autorité du Saint-Père. Le Pape, après avoir protesté contre une invasion qu'il 'n'était pas en état de repousser, partit pour Florence avec les cardinaux. Murât, cependant, s'était mis en marche, et dès le 22 mars sa nombreuse armée pénétra dans les États de TÉglise. Sur aucun point elle n'y trouva de résistance. La Toscane aussi fut occupée avec la même facilité. A Bologne et sur d'autres points, les partisans de la liberté et de T unité de la péninsule se soulevèrent en faveur du monarque napolitain qui, par uHe proclamation déclamatoire, avait appelé les Italiens à Tindépendance, sans y parler d'ailleurs ni de la France ni de Napoléon, tant ses vues étaient peu arrêtées, tant, dans son naïf machiavélisme, il tenait à se ménager toutes les chances.
Le 30mars, les Napolitains avaient rencontré à Césène un faible détachement autrichien qui s'était replié après un léger engagement. Le centre et le nord de l'Italie étaient livrés à la plus vive agitation, la cour de Turin elle-même se demandait si le Piémont n'allait pas devenir le théâtre de la guerre. En France, les journaux publiaient les récits les plus exagérés et les plus mensongers sur les progrès de l'armée napolitaine, sur l'accueil enthousiaste que lui faisaient les populations et sur la déroute des Autrichiens, vaincus, disait-on, dans toutes les rencontres et contraints de fuir devant le soulèvement universel du pays.
Jusqu'à ce moment, pourtant, les relations diplomati-
ques n'avaient pas été rompues entre TAutriche et Murât. Le 8 avril, ses plénipotentiaires au Congrès remirent à M. de Metternich une note par laquelle, tout en protestant encore de sa volonté de ne pas se séparer de TAutriche, il déclarait que, dans Tétat des choses, en présence des mesures militaires adoptées par toutes les puissances, il croyait devoir faire prendre lui-même à ses forées des positions plus étendues, sans pourtant dépasser la ligue de démarcation établie entre son armée et Tarmée impériale par des arrangements antérieurs.
Cette communication, dont la mauvaise foi évidente ressortait d'ailleurs de faits accomplis et déjà connus à Vienne, ne pouvait tromper personne. Le cabinet autrichien, jusqu'alors indécis et qui, depuis qu'on avait à combattre un ennemi bien autrement redoutable, s'était même décidé à faire porter à Murât des propositions d'arrangement, prit enfin son parti. Il déclara la guerre à l'imprudent provocateur. Le manifeste qu'il publia à cette occasion avait principalement pour objet d'établir que le roi Joachim avait constamment usé de duplicité et d'artifice dans ses rapports avec l'Autrichequi, au contraire, pour rester fidèle aux engagements contractés avec lui, avait longtemps fermé les yeux sur ses procédés plus qu'équivoques et avait attendu, pour recourir aux armes, que, par l'invasion des Étals de l'Église, il eût donné le signal des hostilités.
La lutte fut courte. Murât n'avait pas trouvé dans l'Italie centrale et septentrionale tout l'appui auquel il
s^était attendu sur la foi de quelques patriotes exaltés et de quelques aventuriers. Son armée était formée, en grande partie, de nouvelles levées, complètement dépourvues de cet élan, de celte solidité, de cette confiance en soimême sans lesquelles des soldats même nombreux, même doués d'un incontestable courage individuel, ne constituent que des masses impuissantes. Malgré les talents militaires et l'héroïsme du Roi et de quelques uns de ses lieutenants, deux batailles, ou plutôt deux combats livrés dans les premiers jours de mai, à Tolentino et à Macerata, suffirent aux Autrichiens pour la mettre dans une déroute complète. Après avoir vainement tenté de la rallier. Murât, qui avait demandé un armistice au général autrichien sans pouvoir l'obtenir, dut renoncer à toute résistance. Peu de jours après, les Autrichiens entraient à Naples et le roi Ferdinand de Sicile, avec qui le cabinet de Vienne venait de conclure un traité d'aUiance, remontait sur le trône que Murât se voyait forcé d'abandonner. Ce dernier s'était embarqué à bord d'un bâtiment de commerce, qui le déposa, le 25 mai, sur la côte de Provence, sur cette même plage de Cannes où un autre débarquement avait eu lieu moins de trois mois auparavant. Il fit demander à Napoléon la permission de se rendre auprès de lui, mais il reçut l'ordre de rester dans le département du Var, soit que l'Empereur des Français, comme il l'a dit depuis, n'osât pas, en l'appelant à Paris et en l'associant aux luttes nouvelles qu'il allait avoir à soutenir, affronter le mécontentement qu'eût excité dans l'armée la présence de
rhomme qui avait abandonné, au jour du péril, la cause de la France, soit qu*il cédât, en se refusant à le recevoir, à un septiment d'irritation personnelle.
Les derniers actes de Murât, en effet, le mépris qu'il avail fait de ses conseils, ne Tavaient guère moins mécontenté que sa défection de Tannée précédente. La défaite si prompte et si complète de ce malheureux prince n*eul pa^ seulement pour résultat d'enlever h la France son unique allié et d'ajouter cent mille soldais aux armées qui se dirigeaient déjà vers les frontières de la France, en permettant à l'Autriche de retirer d'Italie presque toutes ses forces; elle frappa vivement les esprits comme un- présage du triomphe complet de la coalition.
Ainsi se termina la carrière politique du brillant aventurier que Napoléon avait placé sept ans auparavant sur le trône de Naples et qui s'était flatté de l'espoir de s'y maintenir en abandonnant son bienfaiteur et son beaufrère. Les alliés ou^ pour mieux dire, les deux seules puissances qui eussent pris envers lui des engagements plus ou moins formels pour le dét^ch^r de Napoléon, c'est-à-dire l'Autriche et l'Angleterre, avaient agi envers lui, comme nous l'avons vu, avec bien peu de générosité et mêuie avec peu de loyauté dès qu'elles n'avaient plus eu besoin de ses secours. Les procédés de ces deux puissances devinrent, dans le Parlement britannique, l'objet d'attaques assez vives de la part de l'opposition. Lord Castlereagh essaya de les réfuter en prouvapt, à Taide de documents puisés dans les archives du gouvernement
français et communiqués par les ministres d&Louis XVtlt, que Murât n'avait jamais adhéré de bonne foi à la coalition et qu'au moment même on il paraissait engagé avec elle il entretenait des relations secrètes avec Tennemi conunun. Ces documents semblaient constituer une preuYe péremptoire. Cependant, le Moniteur affirma qu'ils avaient été falsifiés, et pour quelques-uns au moins on peut croire qu'il disait vrai.
Napoléon n'aTait plus en Europe que des ennemis, car il n'avait pas été permis à un seul des gouvernements de rester neutre. C'était de la France seule qu'il devait tirer les moyens de faire face à un million de soldats étrangers déjà en marche. Dans cette position terrible, il ne s'abandonna pas lui-même. Il retrouva, pour se créer des ressources pendant le peu de moments qui lui étaient laissés, la sagacité, la persévérance, l'activité de ses meilleurs temps. Gêné dans son action par les formes et les restrictions quB lui imposait la liberté renaissante et auxquelles il était si peu accoutumé, il sut combiner avec ces nécessités nouvelles les mesures réclamées par les besoins de la défense du pays. Ce n'était pas sans peine que son impérieux génie se pliait à ces entraves ; plus d'une fois ses conseillers eurent à défendre les propriétés privées, le commerce, la banque, contre les réquisitions auxquelles il voulait les soumettre. Son bon sens lui Ht pourtant comprendre que l'état des esprits ne comportait plus les actes arbitraires et les spoliations qui avaient été possibles à d'autres époques , et la France, au milieu des
charges effroyables qui pesaient sur elle, n*eut au moins rien de pareil à déplorer.
Tout était à créer. Malgré les dispositions que le gouvernement royal avait prises, dans les derniers mois, par suite de ce qui se passait en Italie, pour renforcer son état militaire, Tarmée ne se composait alors, suivant les calculs les plu« élevés, que d'un peu plus de deux cent mille hommes dont cent cinquante mille seulement en état d'entrer en campagne. Cependant, on avait besoin de huit cent mille soldats pour lutter sans trop de désavantage contre l'agression imminente de l'Europe. La cavalerie et l'artillerie manquaient de chevaux, les arsenaux étaient dégarnis. Il fallait tout à la fois lever des hommes, se procurer des chevaux, fabriquer des armes pour plusieurs centaines de milliers de combattants, et de plus, compléter l'armement et l'approvisionnement des places fortes, négligées depuis bien des années parce que, sous l'Empire, avant les revers de <813, elles avaient cessé d'être des places frontières.
Tels étaient les besoins urgents, impérieux, auxquels il fallait pourvoir dans l'espace de quelques semaines, si l'on ne voulait tomber comme une proie sans défense entre les mains de l'ennemi. Napoléon, dans lés travaux gigantesques auxquels il se livra, fut dignement secondé par son ministre de la guerre, le maréchal Davoust, renommé depuis longtemps pour son talent d'organisation, son esprit d'ordre et sa fermeté, par le comte Daru qu'on lui adjoignit en qualité de ministre d'État et qui possédait,
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ayec des facultés analogues, une incomparable puissance de travail, et aussi par le ministre de l'intérieur Carnot dont Tardent patriotisme, sMnspirant des souvenirs d'une terrible époque, eût volontiers poussé toute la population sur le champ de bataille.
Je vais énumérer les principales mesures qui furent prises et indiquer aussi exactement qu'il me sera possible les résultats qu'elles atteignirent. Les régiments, dont la force avait été réduite de moitié sous le gouvernement royal, furent remis sur l'ancien pied; ceux de l'infanterie furent reportés de deux ou trois bataillons à cinq, ceux de la cavalerie de trois escadrons à cinq. Les autres armes reçurent des augmentations analogues ou même plus fortes. L'artillerie légère fut réorganisée. En même temps qu'on versait dans les cadres de la vieille garde, composée seulement alors d'un peu plus de quatre mille fantassins et de trois mille cavaliers, quelques milliers de vieux soldats qui lui avaient jadis appartenu et qui voulaient reprendre du service, on créa seize régiments de jeune garde, dont l'organisation fut confiée au général Drouot. On créa aussi trente bataillons du train d'artillerie, dix bataillons des équipages militaires, vingt régiments de marine destinés à protéger les établissements maritimes et à renforcer au besoin l'armée active, sept régiments étrangers d'infanterie et deux de cavalerie pour recevoir les anciens soldats piémonlais, suisses, polonais, allemands, belges, espagnols, irlandais qui demanderaient à s'enrôler, soixante compagnies de canonniers gardes-côtes, deux
bataillons de chasseurs des Alpes, plusieurs Imtaillons de chasseurs des Pyrénées, quelques compagnies d'honiiues de couleur qui devaient se recruter à Bordeaux; on augmenta la gendarmerie de quatre bataillons de réserve où devaient entrer les anciens gendarmes qui désirerdeni reprendre de Tactivité. -
Malheureusement, la France, épuisée par de si longues guerres et divisée d'opinions, ne prêta qu'un concours incomplet et insuflisant à ces mesures de défense. Un décrel avait rappelé sous les drapeaux tous les anciens militaires non définitivement libérés qui, pour une cause quelconque, s'en trouvaient éloignés; ils étaient au nombre de plus de deux cent mille; il n'en revint, dit-on, qu'environ soixante mille, non compris, il est vrai, vingt-cinq ou trente mille qui, 'comme nous le verrons bientôt, reçurent dans la garde nationale, une autre et non moins utile destination ; dans le Midi, dans l'Ouest, dans une portion du nord de la France, partout où dominait l'esprit royaliste, cet appel ne produisit presque rien et les colonnes mobiles qu'on forma pour atteindre les réfractaires eurent peu d'efficacité. Les conscrits de 1815, déjà désignés et inscrits, en partie môme réunis dans les dépôts, mais non encore mis en activité au commencement de 18U et ensuite congédiés par le gouvernement de la Restauration, furent rappelés; on en comptait cent quarante mille, quatre-vingt mille seulement se présentèrent, et dans plusieurs départements on jugea prudent de ne pas procéder à cette levée, On invita les anciens officiers, sous-officiers et soldats en
retraite ou en réforme qui se sentiraient encore la force de porter les armes à venir défendre la patrie; vingt-rcinq mille seulement répondirent à cette invitation et on les employa, soit à instruire les nouvelles recrues, soit à la garde des places fortes. I.^ enrôlés volontaires appartenant à d'autres catégories ne dépassèrent pas le nombre de dix mille. Le rappel des matelots dont on devait former les régiments de marine n'en amena pas plus de vingt mille. On leva seulement quatre ou cinq mille canonniers gardes-côtes, et, dans le Midi, on dut renoncer à les organiser, n ne s'offrit pas plus de quatre mille étrangers pour les sept régiments dans lesquels on s'était proposé de les réunir. On avait l'intention, pour le mois de juillet procbain, lorsque le gouvernement constitutionnel aurait été en activité et les Chambres rassemblées, de leur demander un recrutement extraordinaire de deux cent cinquante mille hommes, mais il n'aurait pas été facile à réaliser, et d'ailleurs cette époque était encore bien éloignée.
Quelle que fût la forceà laquelle le gouvernement espérait porter l'armée proprement dite, elle ne pouvait évidemment, même avec l'appui des corps francs que l'on formait dans les départements frontières, entrer en comparaison avec les masses énormes de l'Europe coalisée. Pour compenser ou atténuer cette inégalité, on se décida, comme en ^92, à recourir à la garde nationale.
Aux termes du décret qui venait de la réorganiser, tous les Français de vingt à soixante ans faisaient partie de cette garde; on les partagea en deux classes, l'une composée
des hommes de vingt à quarante ans sous le nom de garde nationale mobile, Tautre des hommes de quarante à soixante ans sous le nom de garde nationale sédentaire. La garde mobile devait fournir quatre cent dix-sept bataillons comprenant trois cent mille hommes qui formeraient les garnisons et les réserves destinées à concourir à la défense des frontières. La garde sédentaire, comptant trois mille bataillons et près de deux millions d'hommes, devait veiller à la tranquillité et à la défense de chaque commune. Carnot, tout rempli des souvenirs de la Révolution, eût voulu donner le plus grand développement à cette portion de la force publique dont remploi, disait-il dans une de ses circulaires, renfermait toutes les garanties^ celle de nos droits politiques surtout, mais il y rencontra de grandes difficultés. Dans les départements où Tétat de Topinion mettait obstacle aux levées de conscrits, elle rendit également impossible la mise en activité de la garde nationale mobile. On ne put, par exemple, en lever un seul bataillon dans les Bouches -du -Rhône ni dans le Finistère. Napoléon, d'ailleurs, qui avait une répugnance naturelle pour les moyens empruntés aux traditions de la Révolution et qui, comptant davantage sur Téfficacité des troupes régulières, préférait leur réserver les ressources dont il pouvait disposer, contint, dit-on, le zèle de son ministre. Au lieu de trois cent mille soldats, la garde nationale mobile en produisit tout au plus la moitié, y compris môme beaucoup d'anciens militaires qui, s'ils n'y étaient pas entrés, se
des frais considérables. Il est assez difficile de concevoitcomment on y pourvut dans des circonstances où il était presque également impossible de recourir aux ressources du crédit et d'augmenter sensiblement ié poids des impôts. Il y eut, il est vrai, des dons gratuits assez nombreux ; aux parades, aux revues, on voyait parfois des inconnus s'approcher de TEmpereur pour lui remettre des paquets de billets de banque, mais on sait quelle est Tinsigniliance de ce genre de ressources aux époques mêmes où il se produit avec le plus d'abondance. Le gouvernement royal avait laissé cinquante millions dans les caisses publiques ; le Trésor négocia quatre millions de* rentes appartenant à la Caisse d'amortissement, qu'il remplaça en crédits de bois nationaux et qui lui rappc^rtèrent quarante millions comptants. Ce fut la seule mesure flnancière prise alors en dehors de la marche ordinaire. Grâce à l'emploi' de ces divers moyens, l'Empereur comptait ou affectait de compter sur un état militaire de huit à neuf cent mille soldats qui eussent été complètement armés, habillés, organisés avant le 1®^ octobre. Les journaux du pouvoir s'exprimaient comme si, à là fin du mois de mai, on avait déjà eu sous la main les deux tiers de cette force. On espérait, par de tels chiffres, intimider l'ennemi, rendre confiance aux amis du gouvernement et contenir les mécontents.
Pour essayer de relever l'esprit public et pour imprimer une plus grande activité à l'administration, l'Empereur avait envoyé dans toutes les divisions militaires des commissaires extraordinaires munis de pouvoirs qui les auto-
risaient à changer les préfets, les maires, les membres des conseils municipaux et des conseils d'arrondissement et, en général, tous les fonctionnaires administratifs. Ces commissaires furent choisis parmi les hommes marquants delà Révolution et de l'Empire, et aussi parmi les libéraux de la Chambre des députés de <8U. Dés régicides, MM. -Thibaudeau el Quinette, figuraient sur la liste à côté de sages et^courageux amis de la liberté, tels que MM. de Pontécoulant et Boissy-d'Anglas. La plupart de ces hommes n'étaient pas disposés à recourir, pour susciter des défenseurs à la patrie, aux terribles expédients employés par les commissaires de la Convention ; leurs pouvoirs, d'ailleurs, ne les y autorisaient pas et l'état des esprits ne le leur eût pas permis. Leur mission eut peu de résultats.