II. u
SaiBf transféré sur sa frontière^ i^wtdevena praqoa Bécessairement son protégé, son allié et eût augmenté son influence dans cette partie de l'Europe. Cette considénition, qui n'échappait pas à la sagadté jalouse de lord Castlereagh, n*était pas une de ses moindres objections au plan proposé par les cours du Nord; il lui conTenait beaucoup mieui que les proTinces rbàianes d^achées de la France par le traité de Paris derinssent la propriété de la Prusse, parce qu*il savait bien que la contiguïté de deux grands États est un puissant obstade à leur bon accord et qu'il importait aux rues de TAngleterTe que les relations des cours de Paris etdeBeriinne prissent jamais un caractère trop intime. L'établissement de la dominalion prussienne dans ce$ contrées lui paraissait d'ailleurs une garantie contre la pensée systématique de la France de reprendre la Belgique et la rive gauche du Rhin, pensée qui, suivant lui, devait renaître toutes les fois que les circonstances en favoriseraient Facoomplissement.
Parmi les arguments que la Russie et la Prusse alléguaient pour justifier la dépossèssion du rm de Saxe, il y en avait de bien étranges. On disait, par exemple, que l'empereur de Russie avait promis de maintenir Tintégrité de la Saxe, que ^ on en détachait quelques portions pour les réunir à la Prusçe , cette promesse serait violée et que la seule manière de la respecter, c'était de donner le royaume tout entier au monarque prussien, qui le posséderait comme un État séparé. L'Empereur disait aussi à M« de TaUeyrand que l'existeace du roi de
Saxe, condamné à régner sur un peuple dont on aurait démembré le territoire , serait trop pénible , trop douloureuse, et que, par humanité même, il fallait Ty soustraire.
Rien n'annonçait encore une conciliation. Quelquefois la Russie et la Prusse semblaient regretter de s*ôtre trop avancées, mais les amours-propres étaient bien engagés. Les chances d*une rupture s'accroissaient donc. £n présence d'un atenir aussi menaçant, on eût dit que le Congrès cherchait à s'étourdir. Les bals , les concerts , les parties de plaisir de toute espèce se succédaient sans interruption à la cour et dans la haute société, et les souverains comme leurs ministres y prenaient une part trèsactive. L'empereur Alexandre, surtout, se complaisait dans ces fêtes et ne cessait d'en demander de nouvelles. H. de Metternich, en qui les goûts frivoles de la jeunesse s'alliaient encore aux préoccupations de l'homme d'Etat , y passait une grande partie de ses journées. Les personnages les plus graves se laissaient eux-mêmes plus ou moins entraîner dans ce tourbillon. La galanterie se môlait à la politique et compliquait parfois ses rivalités et ses jalousies par des rivalités et des jalousies d'une tout autre nature. Le vieux prince de Ligne, assistant en observateur désabusé à cet étrange spectacle, disait que H le Congrès ne marchait paa, il dansaitf et cette épigramma était partout répétée.
L'Europe entière avait les yeux fixés sur Vienne. La prolongation inattendue des négociations qu'on avait cru
213 HISTOIRE DE LA RESTADflATION.
voir terminer en quelques semaines excitait âne extrême anxiété, d*aatant plus que les causes n*en éfaîrat pas ignorées. Les appels que, de part et d'autre, on aTait faits à l'opinion par la voie des journaux avaient initié le public au secret des délibérations. On s'intéressait partout an roi de Saxe ; on blâmait Tesprit enyahissant de la Prusse et de la Russie. En général, on était scandalisé de Yoir une coalition formée, avaitron dit, pour mettre fin aux excès d'une ambition sans principes, pour rétablir le règne de la justice, pour rendre aux souverains et aux nations leur indépendance et leurs droits , aboutir à des arrangements dans lesquels les plus forts se partageaient les peuples comme des troupeaux, sans consnller leurs vœux, ni leurs affections, ni leurs intérêts, an gré de convenances particulières. La forme même que le Congrès avait adoptée pour ces arrangemens les rendait plus choquants. On avait formé, avec les provinces mises par la conquête à la disposition des alliés et dont la destination n'était pas arrêtée encorf, une sorte de fonds commun ; une commission où siégeait un des plénipotentiaires français, M. de Dalberg , bien qu'on eût pensé d'abord à en exclure la France^ avait été instituée pour évaluer le nombre d'âmes que renfermait chacune de ces provinces. C'est dans ce fonds commun que l'on puisait pour égaliser les partages, pour établir des balances, pour satisfaire, par des combinaisons sans cesse remaniées, à toutes les exigences. Quelquefois on agitait la question de savoir si les âmes de telle contrée devaient être éva-
luées sur le même pied que celles de telle autre plus ou moins favorisée par la nature ou par la civilisation. Cet emploi continuel du motd*ame^, appliqué si mal à propos à des opérations aussi matérielles, était merveilleusement propre h faire ressortir ce qu'il y avait d'illibéral dans cette manière de procéder. Il prétait à la déclamation. Les journaux du parti libéral dans toute FEurope ne manquèrent pas une occasion si favorable d'exciter les esprits contre les gouvernements qui méconnaissaient à ce point la dignité humaine, et lorsque le Parlement britannique se réuuit, peu de temps après, des réclamations analogues y trouvèrent beaucoup d'écho. En France, les bonapartistes ne furent pas les derniers à s'indigner contre des actes qui n'étaient pourtant qu'une imitation affaiblie des exemples donnés par leur idole.
M. de Talleyrand, poursuivant sa pensée, travaillait à former entre la France, l'Angleterre et l'Autriche une alliance qui pût contraindre, même par les armes, les cours de Saint-Pétersbour|f et de Berlin à abandonner leurs prétentions. Ses instructions l'autorisaient à conclure une telle alliance, fût-ce avec la seule Autriche, pourvu que l'Angleterre s'engageât à la neutralité. L'Autriche était bien disposée. Lord Castlereagh, depuis qu'il avait dû renoncer à l'espoir si longtemps caressé de séparer la^Prusse de la Russie, inclinait également dans ce sens. Une des circonstances qui, jusqu'alors, l'avaient fait hésiter, c'est que l'Angleterre était engagée contre les États-Unis d'Amérique dans une guerre très-sérieuse qui ne lui laissait
pas la libre disposition de ses ressources. Telle était Timportance qu*y attachait le gouyernement britannique qu'il avait pensé à envoyer le duc de Wellington au delà des mers pour imprimer à cette guerre une impulsion plus vigoureuse. Cependant les cabinets de Londres et de Washington, reconnaissant, après diverses alternatives de succès et de revers, que s'ils pouvaient se faire mutuellement beaucoup de mal, ils avaient également peu de chances d'obtenir l'un contre l'autre des avantages décisifs, venaient de conclure à Gand, sous la médiation du cabinet de La Haye, un traité de paix qui, sans trancher les questions de droit maritime, objet premier de la lutte , replaçait toutes choses sur le pied où elles étaient avant la guerre. L'Angleterre, libre de ce côté, pouvait donc désormais faire peser toute sa puissance dans la balance des intérêts européens. Une proposition faite en ce moment même par la Russie et dans laquelle, tout en offrant encore quelques concessions de détail dans le duché de Varsovie, ell^ persistait à demander pour la Prusse la Saxe tout entière, n'était pas propre à devenir la base d'une conciliation. Le langage absolu et hautain que les ministres des deux cours du Nord tinrent, dans une conférence à ceux de l'Autriche et de l'Angletene mit fin à toute irrésolution : lord Castlereagh , exaspéré et excité par M. de Talleyrand, dressa luimême un projet de traité qui, légèrement modifié, reçut, le 3 janvier 4845, avec sa signature, celle des ministres des affaires étrangères de France et d'Autriche.
Aux termes de ce traité, les parties contractantes s'engageaient à agir de concert et avec désintéressement pour donner suite aux stipulations du traite de Paris et à se tenir toutes trois pour attaquées si les possessions d'une seule venaient à Tétre ; si Tune d'entre elles se trouvait menacée, les autres interviendraient en sa faveur, d'abord à Tamiable, puis activement, et, dans ce dernier cas, chacune mettrait sur pied une force de cent cinquante mille hommes dont trente mille de cavalerie, l'Angleterre se réservant de fournir son contingent en troupes étrangères à sa solde; en cas de guerre, on se concerterait sur la nature des opérations, sur le choix du,général en chef et, s'il le fallait, on prendrait de nou«veaux arrangements pour augmenter les contingents ; la paix ne pourrait être faite que d'un commun accord ; les hautes puissances promettaient de regarder le traité de Paris comme ayant force pour régler l'étendue de leurs possessions respectives ; elles pourraient inviter d'autres États & s'unir à elles ; elles repousseraient toute agression dirigée contre le territoire des Pay^-Bas et du Hanovre. Enfin, deux articles séparés portaient, l'un que la Bavière, le Hanovre et les Pays-Bas seraient invités à accéder au traité, l'autre qu'il* ne devrait être communiqué par aucun des signataires sans le consentement de tous les autres.
La conclusion de cet acte important inspira à M. de Talleyrand la sâitisfaction la plus vive. En l'annonçant à Louis XVlII,'il disait qu'il venait de triser la coalition et
de donner à la France un système fédératif tel que cinquante ans de négociation aurait à peine semblé pouvoir ie lui préparer. Il donnait à entendre que si les hostilités éclataient, bien qu*on eût assigné pour but au nouveau traité de cx)mpléter le traité de Paris, il pourrait en sortir, au grand avantage de TEurope , des résultats beaucoup plus étendus. Tout en persistant à penser que la Russie et la Prusse ne rendraient pas la. guerre nécessaire, il demanda, pour être prêt à tout événement, qu*on lui envoyât sous un prétexte quelconque et qu'on mit à sa disposition le général Ricard, officier distingué qui connaissait pflu> faitement la Pologne. Dans le même esprit de prévoyance, il fit décider par les nouveaux alliés qu'on essayerait d'engager la Porte à faire, le cas échéant, une diversion contre la Russie.
Il y avait de l'exagération dans les élans de joie et d'espérance auxquels s'abandonnait M. de Talleyrand. L'amour-propre national pouvait être flatté de la formation d'une coalition nouvelle où la France, naguère opprimée par l'accord de tous les gouvernements européens , était appelée à jouer un rôle principal , mais tout n'était pas bénéfice pour elle dans une combinaison qui, en lui donnant des alliés jaloux et malveillants, la constituait en état d'hostilité contre la seule puissance chez laquelle , dans le cours naturel des choses , elle dût s'attendre à trouver quelque sympathie, quelque disposition à la relever de ses revers et de ses pertes. 11 pouvait être nécessaire, mais il était certainement regrettable
de s'exposer à perdre Tainitié de l'empereur Alexandre sans s'être assuré contre les effets de son ressentiment d'autres garanties que la bienveillance au moins équivoque de l'Angleterre et de l'Autriche.
Déjà, cependant , arrivaient les adhésions des Étas secondaires auxquels le traité avait été communiqué. La Bavière s'était empressée de donner la sienne et elle avait entraîné avec elle le grand-duché de Hesse-Darmstadt; celles du Hanovre et des Pays-Bas se firent attendre un peu plus longtemps. Lorsqu'elles arrivèrent à Vienne, il était déjà à peu près certain que le but qu'on avait en vue serait atteint sans qu'on fût obligé de recourir aux armes.
La Russie et la Prusse avaient fini par s'effrayer des hasards de la lutte où pouvait les précipiter une plus longue persistance dans leurs ambitieuses prétentions. Quoiqu'elles ne connussent pas l'existence du traité du 3 janvier et qu'elles n'en eussent môme aucun soupçon , l'attitude résolue de leurs adversaires leur disait assez que l'on touchait au moment décisif. Elles se résignèrent donc h laisser subsister un royaume de Saxe indépendant de la Prusse qui, moyennant des compensations en Pologne et dans l'Allemagne rhénane, se contenterait d'une portion seulement du territoire saxon. Dès lors, il ne s'agissait plus que de déterminer l'étendue de cette portion. La question une fois restreinte dans ces limites, le cabinet de Berlin pouvait compter sur l'appui de lord Castlereagh qui n'avait jamais cessé de désirer que la Prusse acquit une grande et forte position dans le nord de TAlle-
magne. L*empereur d'Autriche, qui éprouvait la plus extrême répugnance à voir dépouiller le roi prisonnier, s*efforça vainement de changer les dispositions du ministre anglais ; vainement , bien qu'il ne fût pas dans ses habitudes de traiter personnellement d'affaires avec les étrangers, U voulut avoir une explication directe avec lord Castlereagh. Ce dernier fut inflexible. Le but principal que s'étaient proposé les alliés du 3 janvier , celui d'empêcher que la Prusse n'absorb&t toute la Çaxe et la Russie tout le duché de VarsoYie^était atteint. Dès ce moment, lord Castlereagh ne pensait pas qu'il fût raisonnable de risquer la guerre pour des objets secondaires. L'Angleterre, suivant lui , n'était pas prête encore. Il ne croyait pas à la possibilité d'une longue paix, mais, dans son opinion, il était préférable que la rupture n'eût pas lieu avant deux ans ; l'Angleterre, la France et l'Autriche, si elles restaient unies, si elles se préparaient convenablement, auraient alors de bien meilleures chances, surtout si un ministre plus énergique remplaçait M. de Metlernich dans la direction de la politique autrichienne. Il est à remarquer qu'on se plaignait beaucoup alors de la faiblesse et de la légèreté de cet homme d'État Ces accusations n'étaient pas dépourvues de tout fondement, mais on ne tenait pas assez compte des diflScultés de tout genre qui entravaient souvent son action ; on ne rendait pas suffisamment justice aux éminentes qualités qui compensaient en lui d'incontestables défauts.
Voici les bases principales de la transaction qui mit fln
à ces débats si vifs et si prolongés. Le royaume de Saxe, réduit à peu près aux deux tierfe de sa population, c'està-dire à treize cent nr^ille habitants, fut rendu à son légitime souveraia. L'autre tiers , qui comprenait , avec la ville de Wiltemberg, l'importante place de Torgau, fut cédé à la Prusse. Pour achever dç procurer à cette dernière puissance la consistance et les proportions qu'on lui avait promises, on lui donna aussi la partie du duché de Varsovie qu'on a appelée depuis le grand-duché de Posen, divers districts précédemment destinés au Hanovre, la principauté de Fulde et des territoires considérables sur les deux rives du Rhin qui , séparés par d'autres États de la masse de la monarchie prussienne, devaient y être reliés par des routes militaires. Comme les États héréditaires de la maison d'Orange faisaient partie de ces territoires, le Luxembourg et le Limbourg furent abandonnés en échange au souverain des P&ys-Bas, le Luxembourg devant d'ailleurs faire partie de la Confédération germanique.
Les arrangements qui réglaient le sort de la Saxe résolvaient aussi, par le fait, la question polonaise, mais celleci n'était pas uniquement une question de territoire. Nous avons vu que l'emperfeurAlexandre avait toujours poursuivi la pensée tant soit peu chimérique d'en faire sortir la réparation de l'iniquité des fameux partages. Plus il était obligé de restreindre ses prétentions territoriales, plus il se croyait en droit d'insister sur cette réparation. En renonçant à être le souverain d'une partie des Polonais du duché de
320 HISTOIRE DE LA ItESTÂURATlON.
Varsovie, il voulait leur garantir, de la part de leurs nouveaux maîtres, les avantages qu*il leur avait promis alors qu'il comptait les avoir tous pour sujets ; il désirait môme étendre, autant que possible, ces avantages à toutes les provinces de Tancienne Pologne. Dans la note par laquelle son ministre avait annoncé les concessions auxquelles il s'était décidé, il était dit que l'Empereur, désirant faire participer tous les Polonais au bienfatt d'une administration nationale, intercédait auprès de ses alliés en faveur de leurs sujets de cette nation afin qu'ils obtinssent des institutions fondées sur de justes égards pour leur nationalité et qui leur donnassent part à la conduite des affaires du pays. L'Autriche et la Prusse ne pouvaient qu'être contrariées d'une proposition qui tendait tout à la fois à restreindre leur autorité sur les populations polonaises soumises à leur empire et à conférer au gouvernement russe une sorte de protectorat moral sur ces mêmes populations; on sentit néanmoins que, pour dégager l'amourpropre de l'Empereur, il fallait lui donner satisfaction sur ce point. La clause que je viens de rapporter , loin d'être contestée par les grandes puissances, devint donc pour elles un texte de professions de foi libérales destinées apparemment à flatter Alexandre dans ses idées favorites. Lord Castlereagh lui-même, regrettant peut-être ce que ses précédentes manifestations avaient de trop absolu, de trop contraire à l'opinion publique, envoya aux représentants des grandes cours et fit insérer au protocole de leurs conférences une note dans laquelle il s'appropriait en quel*
que sorte la proposition du cabinet de Saint-Pétersbourg. Cette note avait pour but de repousser la supposition qu'il eût jamais soutenu un système contraire aux intérêts et à l'existence de la Pologne. A l'en croire, la création d'une Pologne indépendante, gouvernée par une dynastie distincte et formant une puissance intermédiaire entre les trois grandes monarchies du Nord, eût complètement satisfait l'Angleterre. La chose ayant été reconnue impossible, l'empereur de Russie persistant à vouloir ériger en royaume incorporé à son empire la portion dû duché de Varsovie qui devait lui revenir et l'Autriche et la Prusse , si immédiatement intéressées dans ces combinaisons, y donnant leur consentement, il ne restait plus au ministre anglais qu'à faire des vœux pour qu'une telle mesure ne portât pas une dangereuse atteinte à l'équilibre de l'Eu- . rope et ne jetât pas dans le Nord le germe de nouvelles perturbations. Il reconnaissait .d'ailleurs que le meilleur moyen de prévenir d'aussi fatales conséquences et d'affermir la tranquillité publique dans toutes les contrées dont se composait jadis la Pologne , c'était d'y introduire, quelle que pût être la différence de leurs institutions politiques, un système d'administration libéra], conciliant, en rapport avec les mœurs, le génie, les usages du peuple, et il désirait que les souverains à qui les destinées de la nation polonaise étaient aujpurd'hui confiées, pussent être amenés, avant de quitter Vienne, à prendre les uns envers les autres l'engagement de traiter comme polonaise la portion de cette nation placée jsous leur autorité. M. de
Talleyrand» en répondant à la note de lord Castlereagh, eut soin de rappeler que le système qu*elle exposait avait toujours été celui de la France. M. de Nesselrode déclara d'un ton d*eiïusion que son souverain approuvait cornplétement les vues de T Angleterre. M. de Hardenberg fit, au nom de la Prusse, une déclaration semblable. M. de Metternich donna à sa réponse des développements plus étendus : le rétablissement d'un royaume de. Pologne vraiment indépendant, sous un gouvernement national, aurait comblé, disait-il, les vœux de l'empereur François ; rAutiiche eûtYait sans regret les plus grands sacrifices pour assurer ce résultat; elle n'avait cessé de déplorer le partage de la Pologne et elle n'avait été amenée h y prendre part que par un concours de circonstances impérieuses ; la prospérité croissante de la Galicie disait assez les efforts qu'elle avait faits pour compenser par des bienfaits réels l'anéantissement de l'autonomie polonaise ; dans l'état actuel des choses , l'empereur François s'unissait donc aux intentions de l'empereur Alexandre en faveur des institutions nationale^ qu'il se proposait d'accorder au peuple polonais ; il reconnaissait que le premier garant du repos et de la force des États réside dans le bonheur des peuples et que ce bonheur est inséparable des justes égards que les gouvernements portent à la nationalité et aux habitudes de leurs ad" ministres.
C'était certes une grande leçon morale que de voir les puissances qui avaient détruit la Pologne s'unir ainsi &
celles qui l'avaient laissé détruire pour flétrir cette grande iniquité.
Le sort de ce pays était donc fixé comme celui de la Saxe. Le Congrès ne procéda pourtant pas immédiatement à la rédaction détaillée des slipulations dont on venait d'arrêter le principe : sur la proposition de la Russie, on décida que les trois puissances qui y étaient plus im^iédiatement intéressées en feraient entre elles l'objet de négociations particulières et que les conventions qui sortiraient de ce travail seraient annexées à Pacte général dans lequel on réunirait les résolutions du Congrès.
Il restait à obtenir l'assentiment du roi de Saxe aux arrangements qui devedent lui rendre son royaume si cruellement mutilé. Pour qu'il ne fût pas possible d'alléguer un jour qu'il n'avait pas été libre en donnant cet asseotiment, on lui permit enfin de quitter la Prusse et d'aller résider à Presbourg. Là, les ministres de la France, de rAutriche et de l'Angleterre, des trois puissances auxquelles il devait de n'élre pas complètement dépouillé, altèrent lui présenteras conditions qu'il était obligé d'ao cepter pour ne pas tout perdre. Il refusa d'abord d'y souscrire et son ministre des affaires étrangères voulut entreprendre de les discuter, mais on lui fit entendre assez durement qu'il ne pouvait être question que d'une acceptation pure et simple. Comme, néanmoins, le Roi persistait dans son refus, le Congrès crut devoir autoriser la Prusse b prendre régulièrement possession de la partie de la Saxe qui lui était assignée , le surplus restant provisoirement
SOUS l'occupation militaire. Le protocole qui consacrait une mesure aussi décisive la justifiait par cette considération, que ce monarque s'était uni, en 1843, au plv^ cruel ennemi de V Allemagne, On ne comprend pas que M. de Talleyrand ait pu apposer sa signature à un actedans lequel se trouvait énoncé, en termes pareils, un argument qu'il avait si énergiquement repoussé pendant toute la durée de la négociation . Réduit à cette extrémité, le malheureux Roi, après quelques semaines d'hésitation, donna enfin le consentement qu'on exigeait de lui et, à ce prix, il lui fut permis de rentrer dans sa capitale où l'amour de ses sujets, à qui ses malheurs l'avaient rendu plus cher encore, lui ménageait quelques consolations après tant de souffrances.
Lord Castlereagh, rappelé à Londres par l'ouverture du Parlement dans lequel le cabinet paraissait devoir rencontrer une opposition formidable, avait quitté Vienne vers le milieu du mois de février, au moment même où la certitude acquise d'une transaction sur les affaires de Pologne et de Saxe avait fait disparaître toute chance de guerre. Il était alors dans d'excellentes relations avec M. de Talleyrand. Cependant, ce dernier lui ayant proposé de proroger pour un temps plus ou moins long le traité du 3 janvier, qui n'avait plus d'application depuis que le but spécial qu'on avait eu en le signant se trouvait atteint, le ministre anglais s'y refusa. Il ne se fiait pas assez, disait-il, à H. de Metternich, et tout en continuant à s'entendre intimement avec la France, il croyait bon d'écarter tout ce qui pou-
vait, sans nécessité, donner des gmbrages à d*autres puissances.
Le duc de Wellington était venu remplacer lord Castlereagh comme premier plénipotentiaire de l'Angleterre. Par son caractère, comme par la rectitude de son esprit et par l'éclat de sa renommée, il était plus propre que qui que ce fût à cette haute position. L'empereur Alexandre, brouillé alors avec M. de Metternich pour des motifs personnels plus encore que pour des causes politiques, fit un très- grand accueil au nouveau représentant de l'Angleterre, et, par une de ces affectations de courtoisie exagérée ^ dont les souverains de la Russie sont prodigues lorsqu'ils croient y avoir quelque intérêt, il alla le visiter dès le lendemain de son arrivée.
Après la solution de la question polonaise et de la question saxonne, celle de Naples était incontestablement, pour la France surtout, la plus grave et la plus délicate qui restât à régler. Le gouvernement anglais , par haine de la Révolution française et de tout ce qu'elle avait enfanté, ne prenait guère moins d'intérêt que celui de Louis XVIII à la restauration des Bourbons de Sicile. Nous avons vu avec quelle répugnance , sans reconnaître et garantir formellement comme l'Autriche les droits de Joachim Murât, il s'était prêté, lorsqu'on croyait avoir besoin du concours de ce prince pour renverser Napoléon, à des démarches qui équivalaient presque à cette garantie. La crise passée, le regret de cette espèce d'engagement, le désir de trouver quelque moyen de le rompre , n'avaient
pas tardé à s'élever dans Fesprit de lord Castlereagb. Jl accueillait, il recherchait avec empressement toutes les informations, tous les indices qui pouvaient faire croire que Murât n'avait pas fidèlement exécuté les conditions de son traité avec TÂutriche et fournir ainsi un prétexte de manquer aqx promesses qu'on lui avait faites. Murât, dont l'existence politique, après la chute de l'Empire français, ne paraissait plus qu'une scandaleuse anomalie, trouvait maintenant de nombreux accusateurs. L'ancien vice-roi d'Italie, cédant à un ressentiment trop provoqué pour ne pas être excusable, le dénonçait aux alliés comme ayant entretenu des relations secrètes avec la France après son accession à la coalition ; le cabinet des Tuileries appuyait cette affirmation par des documents trouvés dans les archives du gouvernement impérial. Il paraît certain que Murât, au moment où il s'était décidé à se séparer de la cause française, avait éprouvé de grandes incertitudes , que ses hésitations s'étaient manifestées par des actes contradictoires, par de malheureuses tentatives pour se ménager des chances dans toutes les éventualités. Il n'avait pas apporté à la coalition un concours bien actif ; le seul fait de son adhésion avait eu cependant une trèsgrande influence sur le sort de Tltalie et sur l'issue de la guerre. La loyauté semblait donc coipmander aux alliés de ne pas lui demander un compte trop sévère de ce que sa conduite avait pu avoir d'équivoque, mais de telles délicatesses ne prévalent pas contre les intérêts et les passions de la politique. Lord Castlereagb , avant même
de se rendre à Vienne , n'avait pas dissimulé à un agent envoyé à Londres par Murât les dispositions peu favorables du gouvernement britannique à Tégard de son maître : il lui avait dit que si ce prince avait pris à la guerre une part active et décisive, il aurait placé l'Angleterre et les autres cours dans V obligation de le maintenir sur le trône en procurant quelque inçienjnité aux Bourbons de Sicile, mais que, par ses lenteurs et ses tâtonnements, il s'était mis hors d'état de réclamer comme un droit l'appui des alliés, et que la question qui le concernait devait être résolue d'après le principe des convenances générales. Arrivé à Vienne , lord Castlereagh avait tenu . le même langage au plénipotentiaire napolitain , le duc de Campo-Chiaro : il lui avait déclaré que la conduite de l'Angleterre serait déterminée par la considération de ce qu'elle devait à son allié le roi de Sicile, combinée avec ce qui paraîtrait être le sentiment dominant des puissances.
Les plénipotentiaires de France et d'Espagne , assurés du concours de l'Angleterre et certains de ne pas rencontrer d'opposition de la part de l'empereur Alexandre qui ne parlait de Murât qu'en termes d'aversion et de mépris, avaient, comme nous l'avons vu, dès l'ouverture du Congrès, demandé son expulsion et le rétablissement à Naples de la monarchie légitime ; ils s'étaient môme d'abord opposés, bien que sans succès , à ce que le duc de Campo- Chiaro fût admis à présenter au Congrès' ses lettres de créance. M. de Labrador, surtout, s'était exprimé dans
ce sens avec un véritable emportement. Comme on lui faisait remarquer que, la plupart des puissances avaient reconnu le possesseur actuel du trône de Naples et qu'il en était même qui lui avaient garanti sa couronne : « Elles » ne l'ont pas dû , s'était écrié le fier Espagnol , par con- » séquent, elles ne l'ont pas pu. » De tels propos pouvaient se concevoir de la part de M. de Labrador qui, dans des circonstances difficiles, s'était honoré par son inébranlable fidélité à son souverain et par sa courageuse résistance à Napoléon. Il était plus singulier d'entendre M. de Talleyrand, jadis lié avec Murât et qui, comme ministre des affaires étrangères de France, avait, huit ans auparavant, contribué à élever le trône sur lequel ce dernier était assis, déclarer, comme aurait pu le faire un vétéran du royalisme tet de l'émigration, qu'il ne connaissait pas V homme désigné sous le titre de roi de Naples , que pour le faire disparaître il suffisait de rétablir partout ailleurs Tordre et la légitimité et qu'alors Murât ne serait plus pour l'Italie qu'un brigand dont TEurope n'aurait pas de peine à se débarrasser. Dans sa correspondance avec Louis XVIII, il ne trouvait pas d'expressions assez dures pour qualifier l'indignité du cabinet de Vienne qui avait traité d'égal à égal avec ce brigand et pris envers lui de si fâcheux engagements.
La position de M. de Metternich était en réalité fort difficile. Les termes du traité par lequel , non content de garantir à Murât les États qu'il possédait, il lui avait promis des agrandissements dans les États de l'Église, étaient
aussi fonaels que possible. Le ministre autrichien avait d'ailleurs contracté avec la nouvelle dynastie napolitaine des relations personnelles qui augmentaient sa répugnance à un manquement de foi aussi énorme que le demandaient la France et TEspagne. Cependant, pour rester fidèle à ce traité, il lui eût fallu entrer en lutte contre Vinclination de toutes les grandes puissances, contre le courant d'idées qui entraînait le Congrès et même contre les sentiments intimes de Tempereur d'Autriche, que ses principes politiques, plus encore que sa parenté avec les Bourbons de Sicile, rendaient naturellement hostile à l'usurpateur de leur couronne. Un homme d'État plus hardi que M. de Metternich eût hésité devant de tels obstacles. Pour lui, il n'essaya pas même de les surmonter. Sans jamais repousser formellement les instances de M. de Talleyrand , il se borna dès le commencement à demander qu'on ne portât * pas dans cette affaire une précipitation dangereuse. L'Autriche, disaitil, n'était pas prête en Italie, elle n'y avait pçtô encore réuni des forces suffisantes pour réprimer une insurrection que l'état des esprits pouvait faire éclater d'un moment à l'autre si Murât, à la tête d'une nombreuse armée, se montrait disposé à l'appuyer ; il importait donc de ne pas le pousser à des partis extrêmes en lui laissant entrevoir prématurément des projets hostiles. Un peu plus tard, au milieu des difiQcultés suscitées par les questions de Pologne et de Saxe, le ministre autrichien opposait à de nouvelles sollicitations du plénipotentiaire français le
péril de .rnettre le feu partout à la fois , ajoutant qu*on pouvait s'en rapporter à la force des choses pour ramener les Bourbons à Naples. Bientôt après, il avouait que les informations reçues par le cabinet de Vienne sur la situation de ritalie, sur les menées des patriotes conspirant pour y fonder un gouvernement unique et national et sur le^ rapports secrets de Murât avec ce parti, semblaient prouver la nécessité de se débarrasser promptement de lui, mais il n*en continuait pas moins à éluder une résolution déflnitive, et soit calcul, soit laisser-aller, il s^effor- . çnit évidemment de gagner du temps.
Ceux qui voulaient rétablira Naples la royauté légitime cherchaient les moyens de se passer du secours de TAutriche, certains d*avanco qu'elle ne contrarierait pas leur action. Divers projets furent proposés. Un de ces projets, concerté à Paris entre le duc de Wellington et M. de Blacas, consistait & faire transporter sur les c^tes napolitaines par une escadre anglaise quarante mille soldats français auxquels se seraient joints vingt mille Anglais, dix mille Espagnols, douze mille Portugais et dix mille Siciliens. Le duc de Wellington pensait que de telles forces étaient suffisantes pour atteindre en très-peu de temps le but qu'on se proposait, mais il doutait que , dans l'état où vingt ans de guerre avaient réduit les flnances de j' Angleterre, l'opinion publique permit au gouvernement d'imposer au pays cette charge nouvelle. Quelque ^ésir qu'il ertt, d'ailleurs , de voir renverser un pouvoir dont l'existence lui semblait un danger permanent pour l'Italie et
pour l'Europe, sa conscience n'était pas pleinement rassurée sur le point de droit. « Après tout, écrivait-il à lord » Castlereagh, notre intervention dans cette affaire ne » laisse pas de constituer une question assez délicate à » raison des circonstances du traité signé entre TAutriche » et Murât, do la suspension d'armes que nous avions » nous-mêmes conclue avec lui et du fait que l'Autriche, » se déclarant satisfaite de la manière dont il a rempli ses t> engagements, ne veut pas s'associer à l'attaque dont il » serait l'objet. »
Le cal)lnet de Londres jugea, en effet, que l'Angleterre ne pouvait prendre part militairement à l'expédition dont il s'agissait, mais le chef de ce cabinet, lord Liverpool, loin de partager les honorables scrupules du duc de^ Wellington, lui écrivit que toute la question roulait sur l'appréciation des chances de succès, que Murât se résignerait probablement à la perte de sa couronne si on lui offrait de bonnes conditions pécuniaires, que, dans le cas contraire, c'était la France qui devait se charger de l'expulser; qu'il y avait peu de secours ii attendre de l'Espagne, que l'Angleterre pourrait bloquer les côtes napolitaines et la Russie fournir quelques troupes, que la résistance de l'Autriche ne pouvait être sérieuse, qu'elle tenait uniquement ^ une sorte de respect humain* peut-être à la crainte de voir les Français rentrer en Italie, mais qu'il n'était pas impossible de lui donner des garanties & cet égard.
Nous venons de voir qu'il était question d'offrir à Murât des dédommagements pécuniaires. Il parait que
c'était la France qui devait y pourvoir , mais lord Castlereagh proposait de les prendre au compte de l'Angleterre si le gouvernement français consentait à abolir immédiatement la traite des noirs. ^
En réalité, les résolutions du cabinet de Londres étaient encore si peu arrêtées que lord Casdereagh examinant » dans sa correspondance avec lord Liverpool, ce qu'on pourrait faire des îles Ioniennes qui, à'cette époque, n'avaient pas encore été placées sous la protection britannique, était d'avis de les réserver comme une indemnité à accorder aux Bourbons de Sicile dans le cas où Murât resterait à Naples. Le duc de Wellington inclinait à penser que Murât échapperait au péril dont il était menacé. L'empereur Alexandre lui-même paraissait quelquefois ébranlé dans le même sens : tout en promettant son appui à M. de Talleyrand, il lui avoua que l'entreprise d'enlever le royaume de Naples à son possesseur actuel lui semblait d'une exécution difficile.
Au milieu de ces hésitations, M. de Talleyrand , à qui sa longue expérience avait appris que le meilleur moyen de dominer et d'entraîner les hommes consiste à se montrer calme et confiant, affectait de n'avoir aucune incertitude sur le succès de son projet , de ne j)as comprendre même qu'on pût en douter. Il ne demandait au Congrès, disait-il, qu'une ligne dans le traité; la France et l'Espagne se chargeraient du reste.
Lord Castlereagh, en quittant Vienne pour aller reprendre sa place dans les conseils de l'Angleterre, lui pro-
mit d'user de toute son influence pour déterminer son gouvernement h concourir au rétablissement des Bourbons de Naples ; il ne lui cacha pourtant pas l'embarras qu'il éprouvait à concilier ce concours av£C les promesses faites à Murât et à trouver des moyens d'exécution qui n'eussent pas, sous quelques rapports, de graves inconvénients. Le ministre anglais, dans les derniers entretiens qu'il eut avec les empereurs d'Autriche et de Russie, s'attacha à vaincre leurs irrésolutions ; il représenta particulièrement k l'empereur François que c'était seulement en donnant, sur ce point, satisfaction au cabinet des Tuileries, que l'Autriche pouvait s'assurer l'amitié de la France et son appui éventuel contre la Prusse et la Russie.
M. de Metlernich ne pouvait persister indéfiniment dans son système évasif. L'attitude que Murât ne tarda pas à prendre eût suffi, d'ailleurs, pour le rendre impraticable. Ce prince ne se faisait pas illusion sur ce qui se préparait contre lui. Les déclarations faites à ses agents par lord Caallereagh, certaines explications échangées dans le Parlement britannique entre les ministres et l'opposition, le langage des journaux considérés comme les organes des cabinets de Londres et de Paris , tout se réunissait pour l'éclairer sur les dangers dont il était menacé, pour lui faire croire même les projets de ses ennemis plus arrêtés qu'ils ne l'étaient en effet. 11 n'hésita plus à se livrer aux excitations des patriotes italiens. Mal informé sans doute de la situation du Congrès et ignorant que les probabilités de rupture qui avaient existé un moment
234 HISTOIRE pE LA RESTAURATION.
entre les grandes puissances étaient déjà dissipées, il se détermina à une démarche hardie. Le duc de Campo- Chiaro annonça, de sa part, au cabinet autrichien l'intention de diriger une armée sur les Alpes pour y soutenir ses droits contre le gouvernement français qui affectait de ne pas les reconnaître et se préparait même à les attaquer. 11 demanda passage pour cette armée sur le territoire autrichien. En réponse à cette étrange communication, dans laquelle on ne pouvait voir qu'un voile bien transparent jeté sur le dessein d'envahir et de révolu- • tionner le nord de Fltalie, M. de Melterliich, après s'être concerté avec le ministre français et ceux des autres .grandes cours, écrivit simultanément à M. de Talleyrand et à M. de Campo-Ghiaro que l'Autriche ne souffrirait pas que la tranquillité de l'Italie fût troublée et qu'elle considérerait comme un acte d'hostilité tout mouvement de troupes qui pourrait compromettre ses frontières. Le ton de cette dépêche était très-mesuré et, en l'adressant à la fois aux ministres de France et de Naples, on lui avait été tout caractère d'hostilité envers Murât, que l'Autriche ne voulait pas pousser à bout avant de s'être mise en mesure de lui résister avec avantage. M. de Talleyrand répondit que son gouvernement , dans le cas où il aurait à
envoyer des forces contre l'usurpateur du trône de Naples, ne les ferait pas passer par les États que la maison d'Autriche possédait en Italie.
Déjà, cependant, l'Autriche prenait des mesures pour réunir en Lombardie une armée de cent trente-cinq mille
hommes à laquelle cinquante mille hommes stationnés en Carinthie devaient servir de réserve. Le gouvernement finançais, de son côté , rassemblait des troupes dans le Dauphiné et dans la partie de la Savoie que lui avait laissée le traité de Paris. M. de Talleyrand Ty avait invité de la manière la plus pressante. « Il serait bon, avait-il » écrit, que ce mouvement fût remarqué au dehors, afin » de prévenir l'effet de Topinion que M. de Metternich » affecte de répandre sur la nullité des forces de la France. » Pour mieux réfuter celte opinion , le général Ricard , envoyé à Vienne, comme nous l'avons vu, sur la demande de M. de Talleyrand, affectait de vanter, en toute occasion, le bon état de l'armée française, son ardeur et son attachement au Roi.
La politique du cabinet des Tuileries, dans celte grande affaire, était naturelle et irréprochable, parce que les Bourbons n'avaient aucun engagement avec Murât, parce que le soin de leur dignité, comme leurs intérêts, devait leur faire désirer sa chute , mais il est difficile de porter un jugementaussi favorable sur la conduite des cabinets qui avaient traité avec lui pour le détacher de Napoléon. Malgré les sophismes dont ils essayaient de couvrir leur mauvaise foi, elle était évidente.
Celte mauvaise foi se manifestait avec bien plus d'éclat encore en ce qui concernait l'exécution du traité du 1 1 avril, qui avait réglé le sort de Napoléon et de sa famille. Certes ♦ lorsque l'empereur des Français , abandonnant les couronnes de France et d'Italie et la domination de l'Eu-
rope, avait obtenu en échange, pour lui-môme la souveraineté viagère de l'île d'Elbe , pour sa femme et pour son fils la souveraineté héréditaire du duché de Parme, et pour eux comme pour lui, comme pour les autres membres de sa famille, des pensions à peine sufSsantes, il n'avait pas dû supposer qu'on lui disputerait ces dédommagements presque dérisoires. Bientôt, pourtant, on commença à penser qu'on avait commis une grave imprudence en le plaçant si près des côtes de France et d'Italie, et le Congrès était à peine ouvert que déjà on parlait de l'éloigner. ^
M. de Talleyrand proposait de l'envoyer aux Açores. D'autres indiquaient l'île de Malte, celle même de Sainte- Hélène, où apparemment on ne l'eût pas laissé jouir d'une complète liberté. Le général Pozzo, fidèle à son implacable haine, insistait beaucoup pour cette relégation. On voulait aussi revenir sur la stipulation qui, en donnant Parme à Marie-Louise et à son fils, maintenait au rang des souverains une famille dont le nom seul était pour les princes de l'Europe un objet d'aversion et d'effroi. J'ai dit que le duché de Parme avait appartenu à une branche de la maison de Bourbon à laquelle Napoléon l'avait enlevé, en l'indemnisant largement par le don de la Toscane, érigée >en royaume d'Étrurie, que plus tard, il est vrai, il lui avait aussi ôtée. La France et l'Espagne auraient désiré que, dans l'arrangement général des affaires d'Italie, cette branche recouvrât la Toscane, mais le grand-duché ayant été réclamé par l'Autriche pour l'archiduc qui en avait jadis été le souverain, MM. de
Talleyrand et de Labrador, forcés d'y renoncer, se réduisirent à demander, pour le roi dépossédé de TÉtrurie, la restitutioi^ de Parme. Les puissances étaient disposées à y consentir. La commission des affaires d'Italie fit dans ce sens uge proposition qui accordait seulement à l'ancienne impératrice des Français et à son fils, évincés ainsi de la souveraineté que leur avait assignée le traité de Fontainebleaq, des domaines considérables en Bohême : L'empereur d'Autriche, sans aller aussi loin, se serait contenté, pour sa fille, de la petite principauté de Lucques, qu'elle n'aurait même possédée* que viagèrement, mais Marie- Louise se refusa au sacrifice qu'on lui demandait avec plus de fermeté qu'on ne l'avait prévu : elle voulait rester souveraine, et elle ne; voulait pas aller à Lucques, qui lui paraissait trop près de l'île d'Elbe où elle était dès lors bien décidée à ne pas aller rejoindre Napoléon. Comme l'empereur Alexandre appuyait cette résistance, il paraissait douteux qu'on pût en triompher. Personne, d'ailleurs, ne semblait se rappeler que Napoléon avait signé le traité de Fontainebleau, et qu'alors qu'il s'agissait de lui enlever son asile et de dépouiller son fils en annulant les principales dispositions de ce traité, il avait droit d'être consulté. Comme on croyait n'avoir à redouter de sa part aucune opposition efficace, comme on supposait que l'opinion publique, encore irritée contre lui, tiendrait peu de compte de ses plaintes les plus fondées, on se préparait à violer sans scrupule les conventions qui réglaient ses intérêts et ceux de sa famille.
En faisant abstraction des considérations de bonne foi et de loyauté, on comprend les motifs qui portaient les cabinets de l'Europe à ne vouloir lui laisser ni à lui, ni aux siens, aucun veslige de la puissance souveraine. Ce qui est plus inexcusable et vraiment incompréhensible, c'est Tobstination (jue mit le cabinet des Tuileries à laisser sans exécution la clause du traité de Fontainebleau qui mettait & sa charge les pensions assignées à TEmpereur déchu et aux membres de sa famille. Que ce fût un Gicte de vengeance ou un misérable calcul d'économie, il y avait dans ce procédé, combiné avec le séquestre illégal dont on frappa tous les biens dès membres de cette famille, quelque chose d'odieux et de mesquin qui ne pouvait que faire tort au gouvernement de la Restauration. Les alliés, en furent blessés, parce que la honte en rejaillissait sur tous les signataires du traité. A peine arrivé à Vienne, M. de Talleyrand, recevant de l'empereur Alexandre, de lord Castlereagh et de M. de Metternich des plaintes très-vives à ce sujet, avait essayé de faire comprendre à Louis XVIII et à ses ministres qu'il importait de faire cesser un semblable grief. Quatre mois après, les choses en étant encore au même point , lord Caslereagh et surtout l'empereur de Russie insistèrent de nouveau avec beaucoup de chaleur, ' auprès de M. de Talleyrand, pour que le traité fût enfin exécuté. « C'est pour moi une affaire d'honneur , disait » l'Empereur ; nous ne saurions nous en départir ; l'em- » pereur d'Autriche n'y tient pas moins que moi. » Le ministre français, forcé d'avouer que la cour ne l'avait
pas mis en mesure de satisfaire aux réclamations des alliés, insinuait que peut-être , dans Tétat de fermentation où se trouvait TCtalie, il ne serait pas sans inconvénient de fournir à Napoléon les moyens d*y nouer des intrigues, d'y appuyer quelque mouvement. Un jour , ne sachant plus que répondre à TEmpereur, il s'avisa de lui dire que la France avait, à la vérité, pris à sa charge le payement de la pension de Napoléon, mais que rien ne disait si ce payement devait avoir lieu par mois, par trimestre ou par année et que l'année n'était pas achevée. M. de Talleyrand comprenait mieux que personne que de tels arguments n'avaient rien de sérieux, et il écrivit au Roi que sa position devenait embarrassante, qu'il fallait absolument faire quelque chose pour contenter les alliés.
Cependant les travaux du Congrès approchaient de leur terme. Les questions de territoire, de délimitation des États étaient réglées, à très-peu d'exceptions près. Les in^ stances de l'Angleterre avaientobtenuta suppression delà traite des noirs, On avait proclamé le principe de la libre navigation des rivières qui séparent ou traversent plusieurs contrées et posé les règles de cette navigation. L'organisation intérieure de la Suisse et la constitution de la Confédération germanique étaient l'objet des travaux de deux commissions spéciales.
J'ai parlé des dissensions qui avaient éclaté en Suisse à la fin de l'année 1813, au moment où l'approche des armées alliées se préparant à passer le Rhin y avait détruit le régime établi par Napoléon et avait réveillé les
prétentions des partisans de Tancien ordre de choses. CeuxHn no s'étaient pas bornés & renverser Tacte de médiation qui était une transaction trés-sage et très-habile entre le sytème unitaire et celui de la complète indépendance des cantons et à le remplacer par une nouvelle Constitution fédérale fondée sur cette indépendance absolue ; ils ne s'étaient pas contentés d'établir, dans les cantons aristocratiques , la domination d'une oligarchie trop étroite pour qu'on pût raisonnablement espérer de la voir s'y maintenir longtemps. Le canton de Berne, le plus riche, le plus considérable de tous, et quelques-uns des plus petits et des plus pauvres, tels que ceux de Schwitz et de Zug, liés par une communauté d'intérêts et de principes, malgré la différence de religion et d'institutions qui semblaient les séparer, avaient conçu l'espérance de recouvrer certains territoires qu'ils possédaient jadis & titre de sujets et qui, émancipés par la Révolution, formaient maintenant des cantons indépendants, notamment ceux de Vaud et d'Argovie. L'Autriche et la France eussent volontiers soutenu leurs réclamations, mais les nouveaux cantons trouvaient, comme je l'ai expliqué, un puissant appui dans le libéralisme de Tempercur Alexandre et dans la faveur dont jouissait auprès de lui le colonel Laharpe, citoyen du canton de Vaud. Les Suisses, ne pouvant s'accorder entre eux, durent recourir à la médiation ou, pour mieux dire, à l'arbitrage des grandes puissances. Leurs délégués comparurent à Vienne devant une commission où l'Angleterre était re-
présentée par sir Charles Stewart, la France par le duc (le Dalberg , l'Autriche par le baron de Wessenberg, la Prusse par M. de Humboldt et la Russie enfin parle grec Capodistrias et le prussien Stein. Après de longues délibérations, la commission, maintenant Texistence de tous les nouveaux cantons, arrêta un plan d'accommodement qui donnait en indemnité aux Bernois l'ancien évéché de Bâle, faisait droit à diverses répétitions pécuniaires élevées tant en leur nom qu'au nom des petits canlons, réunissait à la Suisse, & titre de cantons nouveaux, les républiques de Genève, des Grisons et du Valais, accordait même à Genève, aux dépens de la Savoie, un agrandissement territorial et reconnaissait la neutralité de la Confédération. L'empereur Alexandre, en consentant à ce que l'évôché de Bâle fût cédé aux Bernois, avait fait stipuler que le principe représentatif serait admis dans le gouvernement de Berne, en sorte que la population qu'on leur abandonnait ne fût pas réduite à la qualité de sujets. Plusieurs de ces clauses étaient loin de satisfaire aux exi-' gences des partis, mais le Congrès ayant mis la reconnaissance de la constitution et de la neutralité de la Suisse au prix de l'acceptation complète de cet ensemble d'arrangements par les caritoiis, cette acceptation n'était pas douteuse.
Les affaires de la Confédération germanique étaient moins avancées. A la différence de celles de Suisse, elles ne se traitaient ni par voie d'arbitrage, ni par voie de médiation. On pourrait môme dire qu'elles ne se traitaient
n7 HISTOIRE DE LÀ RESTÂURAflON.
pas dans le Congrès, mais à côté du Congrès. Les Allemands, d'autant plus jaloux de leur indépendance natio-^ nale qu'ils ravalent tout récemment reconquise et que peut-être ils ne la sentaient pas bien affermie, prétendaient n'admettre aucun gouvernement étranger à interyenir dans le règlement de leurs affaires. L'Angleterre, cependant, dont le souverain était en même temps souverain du Hanovre, ne pouvais être mise complètement en dehors de ces arrangements. £1 était presque également difficile de les soustraire à tout contrôle, au moins officieux, de la part du puissant monarque russe qui pesait alors d'un si grand poids sur l'Europe entière, que de nombreuses alliances unissaient à la plupart des dynasties allemandes et qui se considérait comme appelé à défendre en tout pays la cause de la justice et des droits des peuples. Il fallut donc se résigner à l'informer de ce qui se passait et à provoquer les témoignages de son approbation, mais quant à la France, objet des ardents ressentiments du patriotisme teuton, l'Autriche et la Prusse n'eurent pas de peine à la frapper d'une exclusion complète. Chercher à s'appuyer de son concours, à s'éclairer de son avis, l'instruire seulement de la marche des négociations engagées pour organiser la Confédération germanique, c'eût été, aux yeux de la plupart des Allemands, un acte de trahison envers la patrie, et le cabinet de Munich, soupçonné de ne pas partager ces sentiments haineux, se voyait parfois exposé à d'amers reproches. Pour l'Autriche et pour la Prusse, dont la pensée secrète était également.
bien qu'à des points de vue et par des moyens divers, de réduire le reste de rAllemagne h une sorte de vasselage, il était d'une bonne tactique d'écarter ainsi la puissance qui, danè d'autres temps, avait apporté le plus d'obstacles à des projets de celte nature et qui était la plus intéressée à en empêcher l'accomplissement.
Cette politique des deux grandes cours allemandes devait d'ailleurs être déjouée par la force des choses. M. de Talleyrand fut constamment tenu au courant des projets conçus pour faire de l'Allemagne l'instrument de l'ambition de ses deux membres principaux, et sans qu'il eût à s'en mêler, ils échouèrent contre les répugnances naturelles qu'ils ne pouvaient manquer de soulever chez les gouvernements secondaires. Dés les premiers jours du Congrès, les ministres de l'Autriche, de la Prusse, de- la Bavière, du Hanovre et du Wurtemberg, de toutes les cours royales en un mot, à l'exception de la Saxe, traitée en pays conquis et qu'on voulait alors incorporer à la Prusse,* s'étaient, de leur propre autorité, constitués en comité pour discuter et régler l'organisation de l'Allemagne. Pour établir leur compétence, ils disaient qu'une délibération établie entre les ministres de tous les États germaniques aurait rendu la négociation interminable, qu'il avait fallu faire un choix et que le choix avait dû nécessairement porter sur les plénipotentiaires des États les plus puissants ; ils rappelaient que les autres États, en accédant à la un de 4 81 3 à la grande alliance, s'étaient soumis aux déterminations que pourrait exiger la consti-
m HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
ttttion de rÂllemagne, d'où Ton tirait la conséquence un peu forcée qu'ils avaient consenti à ne pas être consultés sur ces arrangements. Les gouvernements ainsi exclus du comité réclamaient très-vivement contre cette exclusion et contre le privilège que s'attribuait un petit nombre dé princes de donner la loi a tous les autres. Non-seulement on n'eut aucun égard-à leurs plaintes, mais les membres du comité prirent entre eux l'engagement de ne pas leur faire connaître la marche et les détails de leurs délibérations jusqu'à ce qu'elles eussent amené un résultat définitif. Ils avaient plus d'un motif pour entourer leurs travaux du plus profond mystère. Il entrait alors dans leur pensée de partager l'Allemagne en^ cercles dans chacun desquels un des souverains représentés dans le comité eût exercé, en qualité de directeur, une suprématie militaire, politique et même judiciaire, qui eût réduit à bien peu de chose l'indépendance des autres États. Les députés des directeurs de cercle auraient, de plus, formé dans la Diète pu assemblée générale de l'Allemagne un conseil qui, exclusivement chargé de représenter la Confédération à l'égard de l'étranger et de décider de la paix et de la guerre, eût partagé la puissance législative pour les affaires intérieares avec un second conseil composé des députés des princes secondaires. Quelque exorbitantes que fussent de pareilles stipulations, qui auraient rendu complètement dérisoire la souveraineté garantie par les traités à ces petits princes, les cinq principales cours allemandes seraient peut-être parvenues
à les faire prévaloir si, sur d'autres points, elles ne s'étaient divisées. L'Autriche, naturellement animée du désir de recouvrer, sous une forme quelconque, la suiwématie que lui donnait autrefois le titre impérial, s'étudiait avec circonspection à profiter, pour atteindre ce but, des dispositions favorables du Hanovre, des princes du troisième ordre et de la haute aristocratie allemande. La Prusse tendait à un résultat analogue par de tout autres voies, en s'appuyant sur les passions unitaires et démocratiques qui agitaient l'Allemagne et que plusieurs de ses agents, dépassant peut-être leurs instructions, encourageaient de toutes leurs forces. La Bavière, le Wurtemberg, de leur côté, résistaient avec une grande fermeté à toute tentative faite pour les placer dans une position de subordination ou de dépendance à l'égard de leurs puissants voisins. Les discussions prirent peu à peu un caractère d'extrême vivacité. De nombreux projets furent successivement soumis au comité sans qu'on pût se mettre d'accord. Les petits États, auxquels il n'^ivait pas été possible de cacher entièrement ce qui se passait, reprirent courage en voyant que ceux qui avaient voulu les opprimer ne s'entendaient plus entre eux. Ils renouvelèrent leurs réclamations avec plus de force et d'ensemble. Sur ces entrefaites, la résolution prise par le Congrès de maintenir l'existence du royaume de Saxe avait introduit dans là question un élément qui exigeait d'autres combinaisons. Après quatre ou cinq mois d'eflforts inutiles, le comité, désespérant de réaliser ses premières conceptions, en
était venu à reconnaître que rien de définitif ne pouvait se faire sans le concours de la totalité des États allemands, et bien que la Prusse défendît encore avec opiniâtreté le système des cercles, il n'avait plus que bien peu de chances d*étre adopté.
C*est à ce point qu'étaient arrivés, au commencement de mars 1815, les travaux du Congrès. Déjà les souverains se préparaient à quitter Vienne , laissant à leurs ministres le soin de terminer des négociations dont l'issue n'inspirait plus d'inquiétudes sérieuses. Cette grande assemblée n'avait que bien imparfaitement justifié leg espérances qu'on avait pu fonder sur elle dans l'intérêt du bien-être des peuples et d'une équitable répartition des forces et des influences, seule base solide de la paix. Sauf un petit nombre de décisions sages et prévoyantes, elle n'avait guère obéi qu'aux étroits calculs d'une vulgaire ambition et les procédés de quelques-uns des principaux cabinets avaient presque donné lieu de penser que si les vainqueurs de Napoléon eussent hérité de sa toutepuissance, ils l'auraient imité dans ses audacieuses usurpations. Seul entre tous les hommes d'État réunis dans la capitale de l'Autriche, M. de Talleyrand avait fait preuve d'une incontestable habileté. Le but qu'il s'était proposé pouvait n'être pas le plus conforme aux intérêts permanents de la France, mais il l'avait poursuivi avec une vigueur, une adresse, une ténacité incontestable^, et il avait fini par l'atteindre. Au sortir d'une guerre où la France avait complètement succombé, il avait su lui ren-
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dre, dans les conseils de TEurope, une place qui n*était inférieure à aucune autre, une influence qui avait résolu les plus grandes questions. Il Tavait relevée de ses humiliations. De tels résultats si promptement obtenus étaient d'autant plus surprenants que la situation intérieure du royaume et la connaissance plus ou moins complète qu*en avaient les étrangers, n'avaient certes pas facilité sa tâche.