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CHAPITRE LIX

Situation da ministère Richelieu &pr^9 la clôture de la session. Caractère de ce cabinet. — Conspiration du 19 août, tramée par des officiers bonapartistes de concert avec de jeunes démocrates et avec le comité directeur où siégeait M. de La Fayette. — Découverte du complot. — Arrestation d'un grand nombre de conjurés. — La cour des pairs est convoquée pour les juger. — Fureurs de la presse royaliste qui demande des châtiments exemplaires. — Naisunce du duc de Bordeaux, accueillie avec joie par la grande majorité de la nation. — Enivrement du parti royaliste. — Nouvelle organisation de la maison civile du Roi, combinée par M. de Richelieu pour élar^ gir le cadre de la cour et la rendre moins exclusive. — M. de Lan* riston ministre de la maison du Roi. — Création d'un conseil royal de rinstruction publique substitué à la commission qui existait depuis i8i5. M. Laine en refuse la présidence. — Réorganisation de l'infanterie de Tarmée, suppression des légions et rétablissement des régiments. — Élimination d'un grand nombre d'officiers suspects.

— M. de Serre se rallie entièrement à la droite. — Importante brochure de M. Guizot : Du gouvernement de la France depuis la Bettauration et du ministère actuel. Autres brochures sur la situation.

— Convocation des collèges électoraux pour nommer tous les députés des collèges de département et ceux du cinquième sortant des collèges d'arrondissement. — Présidents des collèges tous choisis dans la droite et le centre droit. — Troubles à Saumur où les élèves de rKcole militaire insultent M. B.^njamin Constant. — Proclamation du Roi aux électeurs. — Nomination d'une foule de membres de la rliambre introuvable. — Exaltation des ultra-royalistes. — Commencement de leurs exigences. — Commutation de la peine de mort

s eoDire coui qui a?iiient essaye de faire avorter la dodiesse Btrry. — SI. Madier Montjau, cild devant ta cour de cassation, ta eçQstiré parello pour avoir d*5noncl des Booipbts ttllra-royalUtfii iâns Hrt «n mesure d'en fonroir la pretive.

L'époqne à laquelle mm somm<?s parvenus est celle où i second miiîislèrc da duc de Richelieu se trouva le plus rcompUHement eu possession da pouvoir et libre d*eD faire I usage dans le seus de ses idées et de ses principes* Depuis |qa*il s'éUît entièrement séparé des tloctrinaires» i! était dis* IpeDï^ envers eux des méDagements et des concessions qui [avaient en quelque sorte paralysé M- Decazes pendant la [dernière phase de sa carrière ministérielle. D'un autre jeôlé, la droite, qui avait absolument besoin de rallianca [du gouvernement pour se relever, dans les élections, de irunpubsance où elle était réduite depuis prés de quatre [ans, n'élevait pas encore des prétentions exagérées qui puraient prématurément rompu cet accord* M, de Richelieu et ses collègnes jouissaient donc d'un avantage qui^ [depuis laGn du dernier siècle, a bien rarement appartenu ft m$ gouvernements successifs : ils n'avaient pour le moment à faire face qu'à un seul adversaire*

Cô ministère avait un caractère dliomogénéité qu'aucun, peut-être, de ceux qui l'ont précédé et qui t'ont soivi n'a possédé au mémo degré. A l'exception de M. de Serre* que son esprit aventureux et mobile semblait disti liguer des autres membres du cabinet bien qu'il s'as,*ociât de plus en plus à leur politique, à Texceptiou aussi de M- de La Tour Maubourg, qui n'apportait à Tadminis*

tration d'aulro secours qne celni d'une parfaite k>yaiité et d'un nom justement respecté dans l'armée, les ministres, malgré les diversités d'origine, d'esprit, de talents qui existaient entre eux, se recommandaient presque également par la modération des sentiments, la droiture du caractère, l'intelligence des affaires, l'amour éclairé du bien public, et par leur attachement sincère à la cause de la royauté que les uns avaient toujours préférée, à laquelle les autres s'étaient ralliés comme au seul moyen de salut qui restât à la France après ses longs orages. Si tous n'étaient pas animés d'un amour bien vif de la liberté, tous avaient la ferme conviction que le maintien de la Charte et des institutions constitutionnelles était la condition absolue de la stabilité du gouvernement et du repos public, et que la moindre apparence de réaction dans le sens des doctrines ou des pratiques de Tancien régime suffirait pour tout mettre en péril. Telles étaient, avec des nuances qu'il serait superflu d'indiquer, les dispositions du duc de Richelieu, de M. Pasquier, de M. Portai, de M. Siméon, de M. Iloy. Telles étaient aussi celle» des hommes distingués qui occupaient, après eux, les premiers emplois dans l'administration publique et qui, ainsi que je l'ai expliqué, étaient aussi admis dans le conseil, do M. Meunier, directeur-général de la police et de l'administration départementale et communale, de M. Portails, sous-secrétaire d'Ktatde la justice, de M. de Rayneval, sous-secrétaire d'État des affaires étrangères. Si le pouvoir ne devait pas restor bien longtemps entre

HISTOIRE DE LA ftKStAUHATrO!«T, m

leurs mains, leur influence était deslinée à se prolonger bien daTantage, C'était !e con[imet!eeaïeïit de ce qti*0n s appelé depuis h parii politique^ \e parfi Mkheheu, de ce parti opposé par tempéra lûent, par prîftcîpes, par trâ* dition à celui des doctrinaires» et qu'on a vu pendant plus de TÎDgt ans le balancer, le combattre même d.ins 1k temps paisibles et s'onir à lui aut époques de troubles et d'exagérations pour lutter ensemble contre tes jmvtii extrêmes, pour défendre contre des attaques diiTefses l'ordre monarchique etconstitutionncL Aoiint Ton des deux remportait par la connaissance des bommeâ, la pfa« lîque et l'esÊpérience des affaires^ autant Tatitr^ était ^pérîear par Téloquence, le savoir, labandance des idées. Leur union permanente eût triomphé de toMs les obstacles, mais une telle union n^était pas possible, a (a lofrgue, entre des natures aussi antipathiques. Ce qui TeTût été chez une nation moins mobile, moins irrôsîstîljlÊment entraînée à se jeter tour à tour dans les extrétties les plus opposés, c'est que, les oscillations du mouvement politique ne, dépassant pas les limites de ces deux opinions, les amb de M. de Riclielieu et ceux de M* Royer-Collard devinssent en quelque sorte pour la France le noyau d*un parti tory et d'un parti wlïig, appelés à gouverner alternativement le pays, également attachés h la dynastie èi k la Charte, et dans lesquels se seraient fondus [leu h peu les partis encore placés en dehors de h Constitution,

M. de Richelieu exerçait sur les autres membres du cabinet un ascendant qui tenait tout à la fois â rinlluenee

de sa haute position sociale, au respect que son caractère inspirait dans toute l'Europe, à son patriotisme, à son désintéressement bien connu, enfin, aux connaissances et aux talents réels qu'il possédait en ce qui touchait à la guerre, à la diplomatie et à l'administration. Entendant bien surtout les affaires militaires, et s'éclairant à cet égard des conseils du général Decaux, un des chefs de division du ministère de la guerre, il suppléait à l'insuffisance de M. de La Tour Maubourg. Par M. Meunier, en qui il avait depuis longtemps une entière confiance, il intervenait dans la direction du ministère de rintérieur. Aux affaires étrangères, il partageait, avec M. Pasquier, la tâche délicate de rétablir la position extérieure de la France à peine affranchie de l'occupation européenne et aspirant à redevenir en fait une grande puissance; il initiait en quelque sorte Tintelligence prompte et nette de ce ministre à des travaux étrangers, par leur nature, à toutes ses occupations antérieures, mais qui convenaient parfaitement à son esprit sensé, lucide et modéré; il l'aidait puissamment parles informations qu'il était en mesure de lui donner sur les dispositions dés souverains et des cabinets, et en se rendant en quelque sorte sa caution auprès d'eux, en l'associant ainsi à la confiance universelle dont il était lui-même l'objet. Il trouvait aussi un utile auxiliaire dans le sous-secrétaire d'État, M. de Rayneval, qui avait, pendant plusieurs années, dirigé sous ses ordres les négociations les plus importantes et qui lui restait attaché, comme tous ceux

qui avaient 6lé en rapport avec lui, par des liens d*estime, de respect et d'affectioo.

Ce qui ne fait pas moins d'honneur aux collêgaes du duc de Bichelieu qu'à lui-même^ c'est qu'une telle situation ne suscita jamais entre eux aucun sentiment de jalousie Di de susceplibililô. Cotaient tous des esprits sérieux et pratiques^ en qui Tamour-propre n'était ni assez dominant, ni assez facile à blesser pour les entraîner à ces écarts qui perdent trop souvent les causes les plus fortes en apparence en divisant des esprits animés des mêmes intentions et aspirant en réalité au même but. M. de Ricbelieu, bien que peu babile à manier les hommes, portait dans la conduite des affaires une droiture une simplicité, une bienveillance si évidentes, une telle absence de personnalité, que les caractères les plus ombrageux, les vanités les plus en é^eil auraient pu difficilement s'effaroucher de sa manière d'agir* J'ajouterai qu'il ttait, aux yeux de tous, Thomme essentiel de la situation, que personne, dans les divet^s nuances des partis monarchiques, ne concevait la possibihté de lui donner un successeur, et que seul il semblait en état de les tenir reunies sous un même drapeau pour faire tète à la Réifolulion. Ce qui est certain, c'est que laccord le plus complet s^est maintenu entre tous les personnages que ]e viens de nommer jusqu'à la chute du cabinet dans lequel ilâ siégeaient ensemble^ et que, dans la suite de k^ur existence qui, pour quelques-uns, s est beaucoup prolongée, ils ne se isont jamais séparés. On n'en peut

tià U^ST01B£ DE LA RESTAURATION.

4ire autant des doctrinaires^ dont le genre d'esprit et de talents était plus propre, il est vrai, à créer entre eux des rivalité^.

Après la clôture de la âe^ion, la grande et principale préoccupation du ministère était celle des prochaines élec* lions, mais il y avait à cet égard à résoudre une question préalable d'une grande importance. La Chambre seraitelle dissoute, en sorte que les collèges électoraux eussent à pourvoir à son renouvellement intégral , ou bien, se bornerait-on cette année, en convoquant dans toute la France les grands collèges nouvellement institués, à convoquer le cinquième des collèges d'arrondissement, ceux de la série dont les pouvoirs étaient expirés? Le lendemain môme de la séparation des Chambres, cette question avait été posée dans une conférence à laquelle avaient pris part, avec les ministres, M. Bavez et M. Laine, M. de Villèle ^et M. Corbière. Le débat avait été trèsanimé. M. de Serre, M. Pasquier, M. Roy, M. Siméon, M. Portai s'étaient prononcés pour la dissolution. Ils voyaient de graves inconvénients à prolonger Texistence A'uue Chambre composée d'éléments hétérogènes, dans ^ laquelle il serait presque impossible de constituer une majorité soiiie et durable. M. Bavez, au contraire, craignant qu'une réélection générale ne tournât au profit de h gauche, ce qui lui semblait d'autant plus probable que l'opposition paraissait unanime à la désirer, en avait vivement combattu la pensée. M. Laine s'était joint à lui, et MM. de \illèle et Corbière, d'abord indécis, avaient fini

lllSTOtni': DE LA IIESTAURÂTION,

par se rangera mi avis qui était aussi œ!ui du duc de Ridietieo* M* Pasqaier a va il alors proposa d'ajourner toute décision jusquo'au moment où, le véritable état des esprits élaul mieux cotinu^ ou pourrait apprécier avec plus de certilude roppKjrtunitûde la mesure, et sa proposition avait été adoptée.

Cette incerlîludo du ministère se révélait en quelque e par le laugage réservé du Moniteur^ dans lequel ou, trë trouvait que des appels multipliés à la concorde, à ruciioîi des bons citoyens. Cependant, le gouvernement s'occupait des mesures qui, en toute hypothèse, itaieut nécessaires pour préparer la réunion des collèges. Comme I© nombre des arrondissements électoraux chargés de ommer chacun un député était de beaucoup inférieur à lui des arrondissements administratifs, il fallait en dé* rminer la circonscription. Aux termes de la nouvelle i* une ordonnance royale, retiduc d'après l'avis des conts-gt*néraiiît des déj^tirtemenls, opéra provisoirement ce rail difficile et délicat qui ne devait devenir définit if 'après avoir reçu, à la prochaine session, la sanction gislalive- On dressa aussi, dans chaque département, liste des électeurs les plus imposés dans la pro perdu quart, qui devaient composer les grands collèges, cens eitigé de ces électeurs supérieurs devait nésai rement varier suivant que les départements étaient !as 00 moins riches* A Paris, il n'était pas beaucoup au- [eâsous de la somme de I^îOCl francs de contributions recles; dans le Nord, d^tns ta Seine-Iofèrieure et dans

W HISTOIKE DE LA KESTAUBATION.

plasieurs autres déparlements , il dépassait celle de 1,000 francs; dans d'autres^il ne s'ùlevait guère au-dessus de 500 francs.

Au minislôrc de la guerre, on préparait une réorganisation de l'armée à laquelle le duc de Richelieu attachait beacoup d'importance, peul-élre parce qu'il croyait trouver, dans les mouvemenls personnels auxquels elle donnerait lieu, les moyens de paralyser les dangereux effets de certaines mesures et de certains choix du maréchal Gouvion Saint-Gyr. En attendant cette réorganisation, on y préludait par des réformes et des changements de détail conçus, sans doute, dans le même esprit. On formait les comités spéciaux et l'inspection du génie et de l'artillerie en y appelant les hommes les plus distingués de ces deux armes.

Conformément à une mesure législative volée dans la dernière session et qui faisait droit à une réclamation sans cesse reproduite par l'opposition, le traitement des membres de la Légion d'honneur, réduit à moitié depuis 1815 pour cause d'économie,»étail rétabli dans son intégrité.

Au ministère de l'intérieur, on ressuscitait TinstitutioD des secrétaires généraux de préfecture supprimée par une ordonnance de 1816. On rapportait une autre ordonnance de la même époque qui réduisait uniformément à trois le nombre des membres des conseils de préfecture, et, en appelant à ces modestes emplois beaucoup à'ultraroyalistes, on donnait au côté droit un gage de ce qu'on

mSTOlKE ÙB LA nESTAORATION,

fera il pour lui dans une sphère plus élevée lorsque les circousiances le permettraieut.

Uû rapport présenté au Roi le 20 août, publié hlenlôL par le Mmdteuf\ et auquel était annexé un autre srt de la direction générale des pouls^et-chaussées, traça le tableau Irès-détaillé de l'ensemble des canaux de ûaTigation qu'il pourrait Ôtre à propos de construire au fur et à mesure qu'on en aurait les moyens, soit aux frais de rÉtat, soit par entreprises parLiculiêres, C'était UD premier pas dans la voie du retour à ces grands travaux publics auxquels la France épuisée avait dû renoncer presque entièrement depuis la fin de TEmpire.

Une ordonnance du J"" aoCit régla que, pour la plus prompte et meilleure expédition desallaires, la commission de riustruction publique serait désormais composée de sept membres, et non plus de cinq comme elle Tavait été jusqu'alors. On nomma aux deux places nouvelles, et à celle qui vaquait depuis longtemps par suite de la démission de M. Royer-Cotlard, Tabbé Nicolle, ancien membre de TUniversité de Paris, qui, retiré en Russie pendant la Rêvotulioni s'y était occupé de renseignement avec un grand succès et s'était concilié Teslime et TalYeclion du duc de Richelieu, M. Rendu, inspecteur-général des études, et rillustre Poisson, de riûstitut, professeur à la faculté dm sciences. Ce n'était li que le prélude d'une modtllcation beaucoup plus considérable qui devait bientôt être apportée à la direction de l'instructiou publique.

06 lilSTOlKt bV: LA HtSTALKATiOX.

Pendant que le gouvernement travaillait à cesrôformes administratives, une conspiration se tramait contre lui. Le parti révolutionnaire, déçu successivement dans Tespërance d'arriver, par les élections, à la réalisation de ses plans subversifs, et dans celle de triompher par un soulèvement populaire, s'était décidé à recourir à un moyen plus coupable encore, à une insurrection militaire. Encouragés par les événements accomplis en Espagne quelques mois auparavant et par ceux qui, comme je le raconterai bientôt, s'accomplissaient en ce moment à Naples, des hommes qui se disaient les amis de la liberté, ne craignaient pas d'appeler sur la France la plus honteuse et la plus irréparable des calamilcs en livrant ses destinées aux hasards d'une révolution opérée par des soldats.

L'armée comptait dans ses rangs un grand nombre d'officiers très-hostiles à la royauté des Bourbons. La plupart, mis à la demi-solde en 1814 ou en 1815 et réduits ainsi à la mi?ôre, en avaient conservé un ressentiment que le maréchal Gouvion Saint-Cyr avait à peine un peu calmé en les rappelant à l'activité et qui avait repris toute sa vivacité lorsque la retraite de ce ministre leur eut fait craindre le retour du régime de 1815. Les épurations que M. de La Tour Maubourg s'était cru obligé d'ordonner avaient fortifié ces dispositions fâcheuses, et le contact de ces vieux serviteurs de la Révolution et de l'Empire avec les officiers sortis des classes aristocratiques et riches auxquels ils se trouvaient mêlés, ne pouvait qu'accroître de jour en jour une antipathie trop facile à

iprendre. Ce

în augmetitait le danger^ c'est qu'an nombre de légions avaient pour chefs descoIoDels plus que médiocres, les uns anciens immigrés, les autres plus jeunes, mais sans services, sans expérience^ également étrangers à Tarmée qui avait (ait les grandes et glorieuses guerres^ prêtant quelquefois à rire à leurs subordonnés par leurs manières peu militaires, par leur ignorance du métier, et hors d état d exercer sur eux une autorité morale qui, à leur défaut^ passait à quelque autre officier plus capable,, plus éprouvé, mais ennemi du gouveruement* Dans la garde royale même, des germes de mécontentement s'étalent fait jour, surtout parmi les ^us-olBciers dont beaucoup a vaientservisousTEmpireXes débals tumultueux de la chambre des députés, 1^ désordres de la place publique^ les déclamations des jour* nauxet des pamphlets qui^ malgré les prohibitions des chefe de corps, pénétraient dans les casernes, enfin rexemple des révolutions militaires du midi de TEurope^ dont les auteurs obscurs venaient d*arriver en un momeot aux grades les plus élevés et à une célébrité. qu*on prenait pour de la gloire, c*étaît plus qu il n*en fallait pour exalier, pour pousser aux dernières extrémités des esprits ainsi préparés. À Tépoque des troubles suscités par la discusâioû de la loi électorale, il régnait déjà dans quelques oorpi une certaine agitatiun, mais heureusement rien ny était prêt encore pour un coup de main, et il ne vint pas Tesprit des plus audacieux de chercher à appuyer les leulalivês des étudiants et des ouvriers*

Les choses ne devaient pas en rester là. Il s'était formé à Paris une association industrielle dite le Bazar français. C'était un vaste magasin établi dans la rue Cadet et destiné à une exposition publique des objets d'arfeet de commerce dont les artistes et les marchands désiraient faciliter la vente. Un sieur Mallent et le colonel en non-activité Sauset en étaient les administrateurs. Les employés étaient aussi, en grande partie, d'anciens militaires ayant pour la plupart appartenu à la garde impériale. Ils trouvaient dans cet établissement un point de réunion, une occasion naturelle de se rencontrer sans exciter de soupçons. Dans leurs entretiens journaliers, la politique qui occupait alors tous les esprits tenait nécessairement une grande place, et très-probablement elle avait été dès le principe, au moins dans la pensée des principaux d'entre eux, le mobile qui les avait rapprochés.

Au nombre des membres ou des habitués du bazar setrouvaient le lieutenant-colonel Maziau, qui avait servi jadis dans les chasseurs de la garde impériale, le sieur Dumoulin, aventurier hardi, que Napoléon, le trouvant a son* retour de l'île d Elbe, dans la garde nationale de Grenoble, s'était attaché en qualité d'officier d'ordonnance parce qu'il avait remarqué son zèle et son intelligence, et le chef de bataillon Brrard, de la légion des Côtes-du-Nord, alors en garnison à Paris. L'avocat Rey, de Grenoble, dont j'ai déjà parlé plus d'une fois, parce qu'il était très-activement mêlé à toutes les tentatives du parti révolutionnaire, fréquentait aussi le

bazar, et» par ses relatioDs, il était propre à devenir un ÎDterniédiâïre entre les hommes obscars qui en faisaient parlieetle grand comité directeur de la faction rrvololîonnaire- Le colonel Fabvier, jadis aide de camp du duc de Ragose, était un des instruments les plus actifs du complot €fu\ se préparait. Ses anciennes fonctions Tayant mis en rapport avec un très-grand nombre d'olBciers, on le cbargea de travailler à les gagner- Une prodigieuse activité, une grande force de volonté, une haine ardente contre It royauté qui Tavait disgracié, le disposaient à tout entreprendre, et ce qui lui manquait même au point de vne du jugement et de la prudence pouvait, à un moment donné, rendre son concours plus utile en lui dissimulant les diflicultés et les périls. Lorrain de naissance, il connaissait presque tous les officiers de la légion de la Meurihe qui, comme celle des Côtes-du-Nord, tenait garnison h Paris, et il avait acquis sur eux une grande influence. Un de ces officiera, celui par qui s*e%erçait l'action du colonel Fabvier, était le capitaine Nantil, ancien Hbve de Técole polytechnique, bon militaire, homme intelligent, entreprenant, que le désordre de ses affaires privées et le ressentiment de cerlains passe-droits c)u*il prétendait avoir subis, comme aassî d*iine destitution infligée à son père^ poussaient dans la Toie des conspirations.

Ce n'était pas seulement dans Tarmée que les meneurs cberchaient des complices. J'ai parlé d'associations formées dans les écoles et qui s'étaient mises en coramunica-

70 HISTOIIE PE LA Et>TArmATIO?J.

lion arec M. de La Fayetle. Un éc»iusi: e& droit appelé Jc^uWrt en êiill le priLripil crctL':>2*^Tir. Le UeutenaDtcolonel Maiiao, qui êl>ii ez qsr^^ûe fc^rle Time de ce qui se tramait au lazar, alla It tri^uTer. Ini confia ses projets, obtint 5-:»n adhfcicn et se St fTè^enter par lui à M. de La Fayette qni p'Toaiit son appui et ceini de ses collègues da comité dirarîenr. Des prc^pc^itions furent faites aTec le même succès au fondateur d'une loge maçonnique, celle des Amis ^f la vérité', établie deux ans aupararant dans une p«ensêe tonte politique^ et dans laquelle un autre étudiant appelé Baxard jouait un rôle considérable.

Une difficulté que l'on éprouve lorsqu'on raconte Thistoire d une conspiration, surtout d'une conspiration qui a échoué, c'est de faire à chacun des conjurés la part qui lui appartient en réalité dans les événements. Naturellement, après la défaite, lo'm daspirer à grossir cette part, ils essaient tons de la dissimuler, d'en effacer les traces. Plus tard, lorsqu'un retour de fortune ou seulement le temps écoulé, le changement des circonstances leur permettent de s'expliquer avec plus de liberté, il arrive d'ordinaire que les plus considérables d'entre eux mettent peu d'empressement à réclamer l'honneur très-équivoque de leur participation à des actes dont le souvenir est toujours un obstacle ou au moins un embarras pour des hommes devenus les représentants du pouvoir ou aspirant à le devenir. Les agents secondaires, au contraire, ceux qui ne peuvent avoir raisonnablement d'aus^sî

iHSTOtRE DR L\ R C'^T A T R ATIOX, 71

hautes visées et dont toute rimportanœ consiste dans cette participation, ne maacpient pas, par amour-propre eu pr întérèl, d*ex3gtTer le rôle qa'ik ont joué, et les récits qu'ils mettent en circulation sont trop souTent les sources dlnformations à peu près uniques auxquelles T histoire puisse recourir. C'est ce qui e^l arrivé pour la conspiration de 18â0, Dans ce Câs comme dans lous les cas analogues, sans révoquer eu doute reiaclitude matérielle des faits, il est permis de croira que les Ycrsions qui nous les ont fait connaître ont pu eu altérer les proportions, mettre au premier plan te qui aurait dil uétre présenté qu'au second, et surtout intervertir le degré d' importance des divers acteurs.

Ces réserves faites, et en combinant avec les récits auxquels il faut bien se référer à défaut de documents plus a ut henliquies quelques renseignemenls d'une provenance moins suspecte, je dirai ce qui me parait en résulter. La pens***e première des conspira teurs, soit dans le comité di* recteur, soit dans les réunions du bazar, avait été qu'il Fcnit téméraire d'attaquer le gouvernement à Pari;, même, au centre de ses ressources, et que la seule Idée praticable consistait â faire éclater successivement sur ptuiieursj^oinls de la France, dans des directions opposées, des révoltes qui robligeraient a diviser ses forces. Ive colonel Sausel préparait donc un soub'^vemenl à Vilry, à Faille d'une compagnie de vétérans dont il eropit pouvoir disposer; le lieutenant-colonel Ma^iau

7ï HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

entretenait des relations dans la première légion de la Seine et dans un régiment de cavalerie en garnison à Cambrai, et M. Rey s'efforçait d'organiser des insurrections dans le Dauphiné. Le premier qui paraisse avoir parlé de tenter un coup de main à Paris même, c'est le capitaine Nantil. Introduit dans la réunion du bazar par un de ses amis, le lieutenant Maillet, qui en faisait partie, il ne contesta pas l'importance des tentatives que l'on pourrait faire dans les départements, mais il exprima l'opinion qu'un mouvement à Paris serait bien autrement efficace, et il ne craignit pas d'affirmer que la disposition des esprits dans les différents corps de la garnison offrait de tels éléments de succès que, si l'on savait en tirer parti, il serait facile de renverser le gouvernement des Bourbons. La confiance avec laquelle il parlait entraîna les auditeurs. On l'invita à tenter l'entreprise avec le commandant Bérard, et ils'se mirent aussitôt à l'œuvre. Non-seulement ils eurent bientôt fait un grand nombre de recrues dans les deux légions auxquelles ils appartenaient, celles de la Meurthe et des Côtes-du-Nord, mais à l'aide d'un de ses parents, adjudant-sous-olficier dans la garde, Nantil gagna plusieurs officiers et sous-officiers des deuxième et troisième régiments d'infanterie de ce corps d'élite, qui avaient servi sous l'Empire. Dans la légion du Nord, qui tenait aussi garnison à Paris, à Cambrai, dans les garnisons d'Alsace, la conspiration trouva également des adhérents, et, bien qu'il ne paraisse pas qu'en général on ait osé s'en

ouvrir aux simples soldais, on avait l'espoir de les entralûer.

En dehors des légions et des régiments, beaucoup d'officiers en non-activité ou en retraite se tenaient prêts \ï seeouder Tinsurrection et travaillaient acti vendent à la préparer. Tels étaient, avec le colonel Fabvier, les eolonels Ordener et Comités, le lieutenant-colonel Caron et le chef de bataillon Brice, rentré depuis peu de TexiL Il restait à s*as*urer, pour le moment de Texécution, du concours de quelques chefs dont le nom pût agir sur les soldais* Des propositions furent faîtes aux généraux Pajol et Bachelu et au général Eugène Merlin, ûls du réficide Merlin de Douai; mais, quel que fût Tesprit d'hostilité dont ils étaient animés contre les Bourbous, les deux premiers mirent peu d'empressement à accueillir ces propositions. Les moyens d'exécution qu'on leur faisait entrevoir ne leur semblaient pas sulïisanls, et iU ne promettaient leur coopération que pour le cas où le mouvement aurait déjà éclaté. On croyait aussi, dit-on, pouvoir compter sur plusieurs autres généraux qui blâmaient publiquement, dans les termes les plus Tiolents, la politique du gouvernement, particulièrement sur le général Maison, gouverneur de la division mitîlâire de Paris, mais qui, n'ayant pas de lettres de service, n'y exerçait aucune autorité* Rien ne prouve, pourtant, qu'il ait rei;u des propositions.

Tout le mois de juillet fut employé à ces préparatifs. Vers la fin de ce mois, on était ou Ton se croyait prêt-

74 IirSTOIRE DE LA RESTAURATION.

Les deux principaux agents d'exécution, Nantil et Bérard, voulurent, avant d'aller plus loin, savoir d'une manière positive quels étaient les chefs réels de la grande entreprise dont ils n'étaient que les instruments, et quel en serait le résultat si elle venait à réussir, k cet égard, il n'était rien moins que facile de s'entendre. Si tout le monde, parmi les conjurés, était d'accord pour renverser les Bourbons, cet accord cessait lorsqu'on en venait à se demander ce qu'on mettrait à leur place. Sur ce point, une dissidence fondamentale existait entre les militaires, presque tous bonapartistes, et les conspirateurs civils, généralement dévoués à la cause de la liberté, qui conservaient du régime impérial un souvenir très-pénible et désiraient, soit une monarchie libérale sous le duc d'Orléans ou le prince d'Orange, soit même la république. La jeunesse des écoles inclinait de ce côté. Dans le comité directeur lui-même, on était bien loin de l'unanimilé. Un seul de ses membres, le général Tarayre, y soutenait les droits de Napoléon II qu'il conabinait tant bien que mal avec les doctrines d'une démocratie radicale. M. de La Fayette, sans repousser absolument la monarchie, penchait vers la république ainsi que M. Dupont de l'Eure. MM. d'Argenson et Beauséjour, non contents d'une révolution politique, auraient voulu changer aussi les bases de la société. M. Manuel, fort peu enclin à la république et comprenant mieux que ses collègues les conditions essentielles de la royauté, mais entraîné par la haine implacable qu'il portait à la légiti-

HISTOIBE tïE LA RESTArïlATÏON, 73

milé^ était prêt 4 accepter pour roi^ selon les circonstances, le prince d'Orange, le prince Eugène on le duc d'Orléans*

Pour concilier ou, plutôt, pour ùluder ces dissentimeuts, on décida, que le dm peau tricolore serait le sîgue de ralliement, mais qu'aucun nom ne serait pro llûnct'* et,qu*ôn laisserait à la nation, remise en possession de sa sou?eraineté, à déterminer elle-m/^me les principes et la forme de son gouvernement. Telle est^ du motns^ la déclaration qui fut faite, d'abord au capitaine Nanti 1, lorsque M, Rey T introduisit successivement auprès de MM. Mérilhou, de Corcelle^ de La Fajetle» Manuel et d'Argenson, puis au chef de bal^ttMBérard^ lorsque Nantil, à son tour le présenta aux mmB personnages. La tactique dos hommes considt'Tabtes qui composaient le comité directeur, o*tHait de se réserver le véritable secret de l'entreprise, de réduire autant que possible les militaires dont il fallait bien se serf ir au rôle d'instruments et de ne leur confier que ce qu'il était absolument nécessaire de leur faire connaître; mais il est douteux qu'en cas de succès cette tactique eût atteint le but qu'on avait eu Tue* Si la révolution projetée avait pu s'accomplir, c'eiU été certainement au cri de Vite f Empern/i\ le seul qui put alors soulever coniro le gouvernement une portion considérable de l'armée et du peuple des faubourgs et des campagnes. La question lia régîmeà substituer à la royauté bourbonienne se serait donc Irouvoe résolue deï' ait dans Ip sens d*u

litaire s'exerçaot au nom de la dynastie de Bonaparte. Il fallait toute la naïveté de M. de La Fayette et de quelquesuns de ses amis pour penser qu'une insurrection de soldats, maîtresse du pouvoir, appellerait la nation à délibérer en liberté sur le gouvernement qu'elle voudrait se donner. On dit, d'ailleurs, que Dumoulin se rendit à cette époque auprès du prince Eugène pour lui proposer de se mettre à la tète du mouvement, mais qu'il refusa, disant que cela ne convenait pas à un prince de Bavière.

Dans les premiers jours d'août, le complot touchait à sa maturité. Nantil, Bérard, Dumoulin, M. Rey, de Grenoble, le général Merlin et quelques autres généraux et officiers supérieurs se réunissaient chaque jour au bazar. Le comité directeur, de son côté, envoyait ,de nombreux agents dans les départements où des insurrections se préparaient et appelait à Paris une foule d'étudiants et d'autres jeunes gens destinés, pour simuler un mouvement populaire, à appuyer, sous l'habit de la garde nationale, les troupes que l'on serait parvejou à entraîner. Dans les écoles, on achetait des fusils, on fabriquait des cartouches; une compagnie franche s'organisait sous la direction de Bazard, et elle comptait dans ses rangs quelques hommes qui devaient longtemps après jouer un rôle important comme chefs de la faction républicaine, entre autres Guinard. Pour fournir aux dépenses causées par les achats d'armes et de munitions, par les missions des agents envoyés dans les départements

HISTOIKE nt: LA riLSTAUUAÏlON. T7

et aussi par les secours distribues à quelques-uns des conjurès^ on a suppose que le comité avait eu à sa disposilioQ des sommes considèrablos provenant, soit des libéralités de riches banquiers du parti, suit des frères de iXapoléou, soit du prince d'Orange; ces Gonjectures n'ont pas même épargné le duc d'Orléans; on a dit encore que les fonds de la souscription nationale ouverte en faveur des Yiclimes des lois d'exception avaient été détournés pour cet usage. C'étaient là de pures inventions^ et la somme employée à ces préparatifs était le produit des sacriGces personnels faits par un graud nombre dâ conjurijs etde dons volontaires offerts par des particuliers obsiur^, mais dévoues à la révolution, Cette somme, d'ailleurs, ne dépassait pas cent mille francs. M. Mérilhou en était le dispensateur*

Il re.'ïtait à résoudre une question importante. Le signal du soulèvement partirait-il de Paris ou des départements? Nantit aurait voulu qu*il partit de Paris ; mais le comité directeur, se rappelaiit ce qui s'était passé rôcamment en Espagne et daos le royaume de Naples, iU' sista d'une manière absolue pour qu avant de se mettre eu mouvement dans la capitale on atlendît que les révoltes survenues sur plusieurs points de la France eussent forcé le gouvernement à se dégarnir au centre. Lia garde nationale, disait M. de La Fayette^ suffirait alors pour le renverser. U y avait là uue grande illusion: à celte époque, bien que le zèle royaliste dont la garde nationale s'était montré animée en 1813 se fut certaine-

ment refroidi, elle était bien éloignée, dans sa grande majorité, de désirer une révolution.

Les villes dans lesquelles on pensait à faire éclater des insurrections étaient Amiens, La Fère, Cambrai, Vitry, Béfort, Lyon, Grenoble, Nantes et Rennes. Partout, on comptait sur le concours de la totalité ou d'une partie an moins de la garnison. Partout, les affiliés de la conspiration promettaient de se lever dès que paraîtrait un députe ou un général envoyé par le comité directeur auquel des députations apportaient chaque jour de nouveaux projets d'insurrection. Pour peu qu'on ait vécu dans des temps de révolution, on sait tout ce qu'il faut rabattre, sinon de la sincérité de pareilles promesses, au moins des déterminations sérieuses qu elles semblent annoncer.

A Paris, le succès devait dépendre en grande partie de la possibilité de s'emparer du fortde Vincennes. Beaucoup de sous-officiers du bataillon d'infanterie de la garde qui y était caserne étaient engagés dans le complot. A supposer môme qu'ils ne fussent pas en mesure de livrer le fort lorsqu'on se présenterait pour s'en emparer par escalade au milieu de la nuit, comme cela avait été arrêté, leur complicité devait au moins paralyser la résistance du reste de la garnison. Une visite des lieux, faite avec un soin minutieux par Nantil et par le général Meriin, semblait prouver que cette escalade ne rencontrerait pas de grands obstacles. Ils avaient constaté, non-seulement qu'elle serait facilitée par des échelles, des planches, des échafauds placés le long du mur d une des faces de Ten-

ISTOtHE QK LA Hl

JRATIUN,

te où Ton opérait des travaux de reconslruclibïi el âe rùparalion, mais que les assaillants pourraîeat pénétrer dans le Tort presque de plain-pied, àTaide de pojitsde ser- 1 ice ôtablis an-dessus des fossés par les ouvriers, et aboutissant à des brèches laissées liabituellemenL ouvertes* Par surcroît de précautions^ une vingtaine d*ofliciers embusques, sous le commandement d*uu colonel appelé Saint- Charles^près de la porte prioci pale, devait eu attendre ToU' verture, se précipiter sur le poste qui l'occupait et s*eu emparerX*étâil la légiou de la Mcurtlie, casernée au Faubourg-PûissOuriicre, ou du moins k partie de celle légion que ToQ croyait gagnée, qui, sortant de Paris pendant la nuitt devait exéculer ce coup de main. La forteresse une (bis occupée, le général Merlin en prendrait le commandement, et on y inslallerait un gouvernement provisoire prt^ide par M. de LaFayetle» qui avait consenli à accepter cette position pour Yeiilerà ce qu'aucano atteinte ne fiit l>ortée aux droits de la souveraineté nationale. Cependant, suivant une autre version, on aurait proclamé Napuleou 11 avec ta constUutioQ des CenUJours. Pendant Fattaque de Yineeunes^ le commandant Bérard devait se porter sur la place de la Bastille avec sa légion que Ton se crovait sûr aussi d'enLiaîoer, s'y' joindre à quelques centaines de jeutÉCS gens habillés eu gardes nationaux et réunis par groupe» de dix et de douze dans diverses maisons, occuper fortement le jardiu Beaumarchais et eu faire une redoute qui le mît en état de commander la ligne des boulevards aussi bien que tous les abords

de la place. Dans le même temps , le capitaine Dequevauvilliers, à la t(>te des conjurés de la première légion du Nord, s'établirait à THôlel-de-YiHe et sur les quais de Tune et de Tautre rive de la Seine. Tous les quartiers habités par la population ouvrière et pauvre, la plus hostile aux Bourbons, étant ainsi au pouvoir des révoltés, on se serait dirigé vers les Tuileries pour arrêter la famille royale à laquelle il était entendu qu'on ne ferait aucun mal.

Ce plan, approuvé par tous les généraux et officiers à qui Nantil et Bérard l'avaient communiqué, fut adopté par le comité directeur, et on décida qu'il recevrait son exécution le 10 août, l'insurrection devant alors avoir déjà éclaté dans plusieurs départements. Ce n'est pas sans étonnement que l'on voit un comité dans lequel M. de La Fayette tenait la première place choisir, pour la réalisation de ses projets, cette date sinistre qui devait lui rappeler de cruels souvenirs.

Chacun se tenait prêt. Cependant, la veille du jour fixé, il fallut donner contre-ordre, le mouvement des départements s'étant trouvé retardé. Pendant les cinq jours qui suivirent, les conjurés attendirent, dans un état d'anxiété facile à concevoir, la nouvelle de ce mouvement, croyant en voir l'annonce dans chacun des mouvements du télégraphe. Rien n'arrivait pourtant. Le colonel Sauset était parti pour Yitry, le lieutenantcolonel Maziau pour Amiens, La Fère et Cambrai. M. de La Fayette, pensant peut-être que sa présence prolongée

ÈIlSTOÎIlt: ÙE LX RESTAURATION. >^1

Paris, dans cette saison, pourrait extiter des soop- 3ns, s'éUit rencî^i à sâ terre de Lagrange, non loîn Ae Moaux, tandis que M. d'Aryensoii se dirigeait vers ses forj^es du Haul-Rlun et M. de Corcelle vers Lyon, sa résidence habituetle.

Impatients de ces retards, de ces ht^silations apparen* les, et m comptant plus beaucoup sans doute sur les départements, les chefs actifs du romplot, MM, Rey, Dimioulin, Nautil et Bérard^ se réunirent, le 15 août, au bazar, et décide reot qu*en tout état de choses TinsurrectiQD aurait lieu dans la nuit du lU au W.

Cependant, quelques doutes s'élevèrent parmi les conspirateurs^ sur la réalité des assurances qu*on leur avait données de la coopération de grands personnages politiques. Pour leur inspirer plus de confiance, on leur avait dit^ contre toute vérité, que ie gémirai Foy était engagé dans Tentrcprise, et ce général voyaeail en ce moment en Angleterre, Quant à M< de La ^ayette, retiré à Lagrauge, il ne donnait plus signe de vie. Le 17, à la suiie d'une conférence dans laquelle ces inquiétudes sWtaient manifestées avec beaucoup de vivacité, le Jeune Joubert^ accompagné d*un de ses amis, partit pour Lagrange afin de s'assurer des intenlinns de M, de La Fayelle» Il y arriva â minuit et en repartit deux heures après, rapportant sa promesse formelle de ne pas manquer au rendez-vous* Cette promesse ayant levé tous les doutes, on prit sans plus tarder les dernières dispositions*

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