‹ Histoire de la restauration (volume 4)Chapitre 5 sur 12 · IX. î · texte numérisé non relu

IX. î

iw IIISTUIIU: DK LA hESTAlliATlOX.

dans lequel Ift grand-pnHrc prémunit le jeune Joas con-^ tre les entraînements de la toute-puissance et contre le^ séductions des flatteurs qui ont éyaré le plus sage de-^^ rois.

On mil en liberté quelques détenus pour dettes ei satisfaisant leurs créanciers ; on délivra des livrets di la caisse d'épargne à des enfants nés le môme joui^* que le duc de Borde.iux; on amnistia les déserteurs d^^ l'armée et de la marine; on accorda des remises ou de^^^ commutations de peine à des condamnés. Il ne parais ^^"■^ pas, pourtant, qu'on ait gracié aucun de ceux sur quK -^^ pesaient encore les rigueurs de la réaction de 1815 et^ '^^i^^, des années suivantes. 11 est vrai que le nombre en était^ -^^

dès lors singulièrement réduit. Tout récemment, on vé-

nait de déclarer compris dans l'amnistie le général Clau ' ^^

zel, condamné à mort pour avoir, pendant les Cent-Jours, ^^ chassé de Bordeaux la duchesse d'Angoulémc.

Les légions de la garde nationale donnèrent de nombreux banquets pour célébrer la naissance de l'héritier du trône, et les charbonniers, les forts et les dames de la halle, se réunirent dans des fêtes semblables dont la ville fit les frais. Les départements ne restèrent pas en arrière des démonstrations de Paris.

11 n'y avait rien dans tout cela qu'on ne voie et qu'on n'ait vu de tout temps dans des occasions semblables ; mais ce qui est plus digne de remarque, c'est l'exaltatloii singulière qui respirait dans les innombrables adresses de félicilation arrivant de toutes parts aux Tuileries,

HISTûrnE DK LA RESTAUIIATÏO?!,

d^tts les poomes, dans les terils de tous genres inspirés

pstmr h journée da 21> septembre^ dans les jonmaux de

la droite sorlout : l'ivresse des royalistes s'y e^tprimait

pmm^tùiM avec un emportement qui ressemblait à de la

cIôjtaQeDce, Un de ces journaux comparait la duchesse de

B^K^ry à la Tierge Marie et appelait son fils le messie de

^^ légitimité» Un autre racontait que la duchesse de

R^ w^ry^ tin peu afanl ses couches, avait vu en songe saint

L*€i^m:Mis qui lui avait annoncé la naissance d'on prince, cl

Q[^^^^ Monsieur ayant essayé de la préparer à ce que cet es-

F*<* ï mr M déru, elle lui avait répondu : Mon père^ saint

^^^<^^^^mis en smt là-dessus plus long que vous. Un antre di-

^ ^ qu'il fallait être athée pournepas voir le doigt de Dieu

^ *^ sceite naissance. On dénonçait à Tindignation publique

^ dont le silence criminel et les coupables réticences

liaient tes odieux sentimaits. On adjurait la royauté

ï^epas laisser échapper Gette occasion d*en finir avec

t^évolution. On appelait le jeune prince Ven/anl du

'**'*^^^*w/e, comme si un miracle seul avait pu expliquer

®* ^Conservation au milieu des terribles épreuves que su

1^^ «*c avait traversées* Le nonce, haranguant le Roi au nom

- ^ c^rps diplomatique, donna au duc de Bordeaux une

^^»*c qualification qui eut aussi beaucoup de succès et

*ï^* fut répétée au point de devenir en quelque sorte pro*

^**l>Î3le. t Cet enfant de douleurs, de souvenirs et de

^^tgfets, * dil-il, € est aussi Venfanl de FEurope; il

*^^t le principe et le garant de la paix et du repos qui

doivent suivre tant d'agitations. »

im msTOiui: in: la ivksj auuation.

Le langage des plus graves personnages se rcssenlait, on le voit, de relïervescence du moment. Une polémique ridicule s'engagea dans les feuilles publiques, entre M. de Chateaubriand et M. Desèze, se disputant avec aigreur le rôle d'introducteur d'une députalion des dames de la halle de Bordeaux chargées par leurs compagnes d'oiïrir un berceau au nouveau-né, et réclamant l'un et l'autre l'honneur d'avoir été préféré par elles.

Au milieu de cet élan qui semblait universel, un royaliste, M. Adrien de Galonné, conçut l'idée d'ouvrir une souscription dont le produit serait employé à acheter, pour le duc de Bordeaux, le château de Cbambord, cette ancienne résidence de François l\ concédé sous le gouvernement impérial au prince de Wagram à des conditions assez onéreuses pour que ses héritiers eussent sollicité et obtenu la permission de le mettre en vente. Celle 'idée fut accueillie avec empressement. De toutes les parties du royaume, des municipalités, des corporations, de simples particuliers s'offrirent à souscrire. Il s'établit, à Paris, sous la présidence de 1 archevêque, une commission composée de quatorze paii-s de France, de dixsept députés et de vingt-trois autres royalistes marquants, et un comité choisi dans cette commission fut chargé des détails de la perception et de l'emploi des fonds. Le comité soumit au ministre de l'intérieur un projet de règlement que le ministre (il approuver par le Roi.

Lorsqu'on pense à 'outce qui devait suivre à quelques

ÏTISTOrnE Dfi Ik RESTA m AT ION. «Of

de là ce iBoment d*enîvrante espérance, à Tave- Btr irfaenré an royal eDfant accueilli avec tant d'enthonsiasme, on se sent pris d'une piliô mùlancolique qui oe s'applique pas seulement à l'auguste famille destinée à donner encore de si tristes exemples des vicissitudes de la fortune, mais a la nation française, à la uature humaine tout entière, capables de tant d'il^ lusioDs.

Ces illusions et la joie qui les faisaient naître n'étaient sans doute pas universelles. Pour les ennemis de la royauté bourbonienne, tout ce qui tendait à l'alïermir était nécessairement un sujet de tristesse et de colère. Dans une partie de la société libérale, on voulait douter de ta légitimité du duc de Bordeaux. On se racontait à Toreille des anecdotes propres à accréclitor le bruit d'une suppûsilion frauduleuse. D'autres se disaient que la naissance d'un héritier ne suffit pas pour consolider un trône> Le poêle Béranger« dans une de ses chansons les plus célèbres et qu'on pourrait plutôt appeler une élégie, l'épttre rfVm }}eîitroi à un petit dm, insinuait cette idée de manière à en dissimuler la hardiesse : le petit roi^ c*est-à-dire Tancien roi de Rome, fêliiitant le petit Hm^ c*est4-dire le duc de Bordeaux, rappiHait tristement que lai aussi, il avait, en naissant, reçu les hommages, les promesses de fidélité et de dévouement des mêmes hommes qui, maintenant, saluaient un nouveau bercenu. Ceui même des libérant dont rhoslilité était moins im-

pUcaMe, s'ioqiiiéuient do surcroit de force morale que la oaissaDce do doc de Bordeaox apportait ao parti des royalistes pars. Enfin, parmi les hommes qoe leors seDtimeots 00 leors intérêts attachaient de la manière la moins éqoiroqoe à la caose de la lêgitimiti, il en élait qoelqQes-oDs dont la sagacité entreroyait une soorce de dangers là oà la masse do poblic n'apercevait que des motifs de sécaritê et de confiance. Ils craignaient qoe le parti royaliste, se croyant désormais sûr de l'avenir, n'en conçut one confiance exagérée qui l'en» traînerait à de fatales improdences, et que, d'un autre côté, le parti libéral, perdant définitivement l'espérance de voir arriver au trône la maison d*Orléans, plus sympathique à la France nouvelle, ne devint plos violent, plos irréconciliable encore. Le général Pozzo et M. de Sémonville n'étaient pas étrangers à cette préoccopation. Un homme moins connu pour sa perspicacité, M. de Lally, écrivait dans le même sens à M. Decazes one lettre bien remarquable. Après avoir exprimé, avec son emr phase ordinaire, la part qu'il prenait à la joie du Roi et de la famille royale, f Quand je vous disais, > ajoutait-il, > ... que j'ai joui, surtout pour le Itoi^ de cette naissance, 9 c'est que tous les jours je doute davantage si c'était là » la combinaison à souhaiter pour la France, pour la f monarchie, pour cette dynastie qui nous est si chère. .. » si ce qu'il y aurait eu de plus propice à ces grands » intérêts, de plus propre à fixer les idées, à consolider • la Charte, à dissiper les ombrages, à éteindre les haines.

rOÏRE DE LA RlSTAtJRATÎOW* *03

• â forcer la conciliation, n'eût pas èifi la naissance d'ane

• princesse qu'on eût fiancée dès le berceau à ce prmce i si admirablement élevé. L'allure que prennent les af- » faii-es donne lieu de craindre que de nouvelles discordes

• ae sortent de ce berceau qui eût dû être Tarchedal- » liance et le symbole do la réunion, > Il n'est pas besoin d'expliquer que le jeune prince auquel >L deLally failli allusion était le 61s aîné du duc d'Orléans, le duc de Chartres, alors âgé de dix ans.

Ces prévisions de quelques e&prits éclairés par l'étude du cœur humain et par rexpérieuca des révolutions, ne pouvaient s'étendre à la grande majorité des populations, à cas ma^es aveugles, toujours à la merci des circonstances, qu'on voit dans tous les temps passer d'un parti à Tautre au grè de leurs mobiles impressioDs, et qui, inclinant naguère, par ressentiment des excès de 1815, vers le libéralisme extrême alore en progrès» commença ieût déjà, sous r impression de TelTroi causé p;tr l'assassinat du duc de Berry, par les troubles de juin et par la conspiration du 19 août, à se rapprocher du gouvernement et du parti monarchique en qui elle^ croyaient voir plus lie résolution et de vigneur. Pour ces masses, révônement du 29 septembre était comme un arrêt du ciel qui mettait fin â leurs incertitudes et leur révélait, non peul-<Hre où était le droit, la vulgaire s'en soucie peu, mais où étaient la fortune, les chances d'avenir* C'était, jusqu'à un certain point, quelque ctjo.se d'analogue a ct^ qu'on avait vu pendant les premiers^ mois de la Hestaurattou, mais»

comme alors, ces dispositions heureuses à une réconciliation des opinions devaient rencontrer un obstacle dans les exagérations, dans l'imprudente confiance, dans les exigences des ultra-royalistes. Lorsque ce parti se rappelait le degré de faiblesse et d'anéantissement où il s*était trouvé moins d'un an auparavant, lorsqu'il mesurait tout le terrain qu'il venait de regagner par des causes bien étrangères, il est vrai, à sa puissance réelle, mais sur lesquelles il devait nécessairement se faire illusion, lorsqu'il calculait les forces nouvelles que les prochaines élections, dans les conditions où on allait y procéder, ne pouvaient manquer de lui apporter, il était difficile que les hommes passionnés dont il se composait ne crussent pas encore une fois que leurs opinions étaient celles de la France presque entière, contrariées seulement par de fâcheux malentendus et par les fautes du pouvoir. Aussi se montraient-ils peu tolérants pour tout ce qui leur semblait accuser des tendances tant soit peu différentes.

On en vit un exemple remarquable à l'occasion d'un incident qui les obligeait à reconnaître que certains souvenirs de la Révolution conservaient encore de la puissance. Les rangsdes généraux delà République et de l'Empire commençaient à s'éclaircir. Après Augcreau et Masséna, deux autres maréchaux, deux vétérans illustres et populaires, Kellcrmann et Lefcbvre, venaient de mourir presque au même moment. Lefcbvre avait déterminé luimême l'emplacement de son tombeau auprès de celui de Masséna. Kellermann, le doyen de l'armée, avait exprimé

HISTOIRE DE LA ftKFJTAUR ATION.

liïS

le désir que son cœur fût înlmmô sur le territoire de b commune de Valmy, lliéâtre du combat par lequel, ou- TTant h bogue liste des victoires de -la Rôvolution, il a¥all« le jour même de la proclamation de la Rùpublique^ repoussé l'invaslort étrangère. Près de deux mois avaul sa mort, il avait écrit au inaire de Valmy pour le prier de laî acheter à cet effet ud pelit terrain où i! pût reposer, âisait41, aa milieu de ses frères d'armes, morts dans la glorieuse journée du 20 septembre 1792. Lorsque le fils du ïoârèchal, le général Kellermann, cbargû par son père de reiller à l'exécution de ses dernières volontés et de porter son cœur à Valray^ se présenta dans ce village pour le déposer dans T^glise en attendant la construction d'un obélisque sur le lien choisi pour la sépulture, il y fut reçu par une nombreuse population à laquelle s'étaient mêlés les habitants de Sainle-Menehould et des villages voisins, les olliciers municipaux et les curés en tête. Le curé de Vatray lui adressa une harangue dans laquelle, 6t primant la reconnaissance de ses paroissiens pour la déposition prise par le maréchal, il dit que tous prétendaienl à l*honneur de posséder dans leur champ le cœur du guerrier qui les avait préservés du jong humiliant de Tèlrangen Ce même curé, révéla de ses ornements sacerdotaux, reait a la porte de l'église le noble dépôt qu'on ▼eDîiit lui confier. On alla cnsuile chercher sur le champ dâ bataille remplacement convenable pour l'obélisque et pour la sépulture, et le pro|>riélaire refusa d'en accepter le prix, tous les habitants étant convenus d avance d'in-

demniser celui sur qui lomberait celle charge. Cette inscription fut mise sur le monument : « Ici sont morts

> glorieusement les braves qui ont sauvô la France an » 20 septembre 1792. Un soldat qui avait Thonneur de 9 les commander dans celte mémorable journée, le ma-

> réchal Kellermann, duc de Valmy, dictant, après vingfc- » huit ans, sa dernière volonlé, a voulu que sou cœur » fût placé au milieu d'eux. »

Les hommages rendus à Kellermann par la population, et les autorilés de Valmy et des cantons voisins, peuvent paraître aujourd'hui une chose simple et naturelle; nous ne voyons dans la journée do Valmy que le signal de Texpulsion des étrangers qui avaienl envahi le territoire français, que le prëli\de de vingt années de victoires immortelles. Mais, en 1820, la France était gouvernée par une famille à qui cette journée rappelait de tout autres souvenirs, puisqu'elle avait eu pour premier résultat de consolider la révolution du 10 août et de rendre possible le 21 janvier ; Louis XVIIl et son frère se souvenaient d'avoir fait partie, avec leurs compagnons d'exil, de Tarmée vaincue par Kellermann. 11 est facile de comprendre combien de semblables commémorations devaient blesser des susceptibilités légitimes à plusieurs égards, et legonvernement du roi faisait preuve d'une grande abnégation, d'une véritable élévation de sentiments en s'abstenant d'y mettre obstacle, en laissant même le Mmiiteur en rendre compte dans un récit plein d'un enthousiasme déclamatoire. Les royalistes en lémoignôrent un vif mécontente-

ment et plus tard, lorsqu'ils 86 crurent assez forts pour ne plus user, envers le ministère du duc de Richelieu, des ménagements auxquels les circonstances les obligeaient encore à cette époque, ce fut un des griefs qu'ils firent valoir contre lui.

^ Le lendemain même de la naissance du duc de Bordeaux, le Roi avait signé une ordonnance qui avait une importance beaucoup plus grande qu*on ne pourrait se le figurer aujourd'hui, parce qu'elle constituait une nouvelle victoire remportée par les idées de la société moderne sur celles de l'ancien régime. Suivant l'antique usage, le Roi ne nommait de chevaliers de ses ordres qu'après avoir lui-même été sacré : aussi Louis XVIII s'était-il abstenu jusqu'alors de les conférer à aucun de ses sujets, à l'unique exception du duc de Richelieu. Le progrès de ses infirmités ne lui permettant plus maintenant de se soumettre aux cérémonies fatigantes du sacre, il se décida à faire une promotion générale, et bien qu'autrefois l'ordre du Saint-Esprit, pour lequel on exigeait des preuves de noblesse, fût exclusivement réservé aux grands seigneurs et aux gens de qualité, il y appela, avec les personnages les plus éminents de la Cour, un bon nombre d'hommes sortis de la bourgeoisie, ou même des classes populaires, qui s'étaient fait un nom glorieux ou considérable soit dans l'armée, soit même dans des carrières auxquelles jusqu'alors ce genre de distinction n'avait jamais été accordé. Sur la liste des élus, qui étaient au nombre de trente-cinq, on voyait à côté des noms des

li)!^ HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

onniinaux de la Luzerne et de Bausset, de l'abbé de Montt^uiou, du prince de Talleyrand, des ducs de LuxemlK)urg, de Gramont, de Laval Montmorency, de Duras, de Mouchy, de La Châtre, du comte de Blacas, du marquis de La Tour Maubourg, du maréchal de Viomesnil, ceux des maréchaux Moncey, Victor, Macdonaldf Oudinot, Marmont, Suchet, de Beurnonville, du duc Decazes, du général Dessoles, de MM. Laine, de Serre et Pasquier. Même après tant de concessions faites à Tesprit d'égalité dans des matières bien plus sérieuses, celle-ci, faite sur le terrain même de la faveur et de l'esprit de cour, avait un caractère particulier qui complétait et confirmait en quelque sorte toutes les autres, qui semblait proclamer que, désormais, il n'y avait plus en France d'abri pour l'inégalité, de distinction à laquelle le mérite ne pût parvenir.

En ce moment même, il se préparait une autre mesure dont la pensée était la même, quoique moins évidente. Nous avons vu que le duc de Richelieu, d'accord en cela avec M. Decazes, avait depuis longtemps conçu le projet d'abaisser les barrières qui, réservant à un petit nombre de familles de la vieille aristocratie les hautes charges de la cour, en excluaient tout le reste de la nation. Noos avons vu aussi que les invincibles préjugés de Louis XVIII avaient déjoué tous les efforts de ces deux ministres. M. de Richelieu essaya d'arriver au but par un autre moyen, c'est-à-dire en laissant aux anciens privilégiés des charges qui constituaient toute leur importance, d'en créer

rif.STOtHI^: OK LA HICSTALTHATION.

IW

defiouvelles moins considérables que les premières, mais considérables encore, dunnanl auj^si accèi^ auprès de la persoiine royale^ et auxquelle^s pourraient prêLendre les bomiues parvenus^ dans les diverses carrières publiques, à une position élevée, aussi bien que les gentilshommes de province, les^riches propriétaires fonciers, dont la royauté, depuis Louis )L1V, avait eu le tort de trop s'isoler. Louis XVII E s'étant prêté à cette combinaison, on publia une ordonnance royale datée du 1*^ novembre, dan:^ laquelle il était dit que le Roi se proposait de donner à la mimm cmk une oryamsalhn tua h mit en rapport aver létal politique da pu ^j s ^ dâ faire disjmraîire la œnfmion qne te temps avait inlroduile dans l'ordre hiérarchhiue des dirtmes vkartjes ei emplois^ et de donnera la fois plus d^'citit à la cour, plus de régularité au ^eiuice ae $a nmisoH, m appela nt un plus graml îionére de ses sujets auprès de m permntte. Celte ordonnance déterminait les divers services de la maison civile, en réglait les dé* tailsel partageait en quatre classes ceux qui en faisaient partie. La première, œlledes grands-otllciers de la couronne, ne comprenait que le grand-aumônier, le grandmaître, If grand-chambellan et le grand-écuyer. La seconde, celle des grands-olficiers de la maison, se composait du grand-veneur, du grand-matlre des cérémonies, du premier aumônier, du premier maître-d'hûtel et des quatre premiers gentilshommes de la chambre. Venaient ent^uite les premiers ollkiers de la maison et les simples ullirîers dont je n'entreprendrai pas la longue énuméra-

lin HISTOIKE DE LA liESTAUH ATION.

lion. Un certain nombre de charges qui ne représentaient plus rien ou dont les dénominations étaient devenues presque ridicules, furent supprimées ou transformées. On créa une classe nouvelle de trente-deux gentils* hommes de la chambre auxquels on adjoignit successivement un nombre illimité de gentilshommes honoraires^ et parmi lesquels figuraient des hommes distinguée sortis de toutes les carrières civiles et militaires. Plusieurs généraux de l'Empire furent nommés écuyer^ cavalcadours. Un des aides de camp favoris de Napoléon, le général Rapp, fut appelé à une des charges les plus éminentes de nouvelle création, celle de premier chambellan mattre de la garde-robe. C'étaient là de grandes innovations, et les journaux du gouvernement étaient fondés à dire qu'une réorganisation faite sur de telles bases répondait à l'esprit des temps nouveaux. Cependant, les influences de cour et de favoritisme ne permirent pas l'entier accomplissement de la pensée si sage et si politique du président du conseil, et ce fut encore aux émigrés, aux parents, aux protégés des courtisans, que furent accordées la plupart des places nouvellement créées. La haute noblesse n'en sut pas moins trës-maugré à M. de Richelieu d'une mesure qu'elle regardait comme contraire à ses intérêts, et la malveillance qu'elle lui portait s'en accrut.

Comme la charge de grand-maître de la garde-robe n'était pas conservée dans cette réorganisation, M. de Blacas, qui en était le titulaire, en fut dédommagé par celle

rW ntSTOIHK DE LA niîSf AUHATION. Hi

âe premier geutlURimme de la chambre qu'arnît eue 31. de Itielielieu avant d*ôtre nommé irrand-n'neur. La Diètiie ordonnance qui contenait les dispositions dont je viens de donner l'analyse, réglait aussi lesatlribu lions do ministère de la maison du Roi. Elles consiBlaîeiiL, enlre autres choses, dans l'administration générale des revenus iû la couronne, celle des domaines, bâtiments, parce et jardinsqai leur étaient assii^nés, celle des m usées et manufactures royales, la formation du budget ■eùnôral de ses dépenses^ la présentation a toutes les places ^«i charges autres que celles dont la nomination, aux Croies ie$ rtîgtcmcnts, devait être proposée par les BT^ands-oIficiers de la couronne^ enfin, les règlements à

Iaîre sur toutes les parties du service. Tout cela était 'tabli de manière à concilier, autant que pussîble, avec ^ titonié ministiViellc, les anciens droits et prérogatives »^» iitutaires des grandes cbar^îes.

Ge ministère n'avait pas été occupé depuis la retraite *c M* de Blacas, c'est-à-dire définis plus de cinq ans, et ^11 simple intendant. M< de Pradcl, en avait jusqu'àtors rempli les fonctions. Une antre ordonnance, de la ^*^ine date que la précédente, y appela le général de ^tiriMon, qui se trouvait en ce moment à Brest où on 1 >va it envoyé avec des pouvoirs extraordinaires après les ûL^^ordres qui avaient troublé cette ville. M. de Laurîston *^it inspiré une grande confiance au duc de Richelieu, ^^ Taisait cas de sa capacité et se croyait assuré de trou- ^êf en lui un auxiliaire desa politique sage et conciliante*

il2 lIlSTOlUt: DK LA UESTAURATION.

M. (le Pradel reçut, en dédommagement de la position qu'il perdait, la dignilô de ministre d'Étal.

Le nombre des ministres qui. Tannée précédente, n'était que de six, se trouvait porté à huit. 11 n'avait jamais été aussi considérable depuis la Restauration. M. de Richelieu n'avait pas cessé de regretter l'impossibilité où il s'était trouvé de décider M. Laine à accepter un portefeuille. Dans son désir de l'associer au gouvernement, il venait de lui faire conférer la présidence de la commission de l'instruction publique; mais M. Laine, qui était alors à Bordeaux et qu'on n'avait pas consulté sur cette nomination, refusa de l'accepter. Les plus vives instances furent mises en œuvre pour triompher de ce refus.

En attendant la solution de cette question personnelle, une ordonnance du 4 novembre donna à l'enseignement public une organisation nouvelle qui mettait un jusqu'à un certain point à l'élat provisoire dans lequel elle se trouvait depuis 1815. Le but de l'ordonnance, tel que le définissait le préambule, élait d'établir sur des bases Gxes la direction et l'administration du corps enseignant, de |)réparer ainsi son organisation définitive et de témoigner aux membres de la commission la satisfaction que le Roi éprouvait de leurs services. A cet effet, la commission devait prendre le titre de conseil royal. L'instruction et le rapport des affaires étaient répartis entre ses membres. Le président avait voix prépondér<inte en cas de partage ; il correspondait seul avec le gouvernement et lui transmellail les demandes et les déclarations du cou-

HISTOIHE DL LA aKSTAUKATlON. 113

seil. Les diplômes des grades universitaires étaient signùs par lui, par le chancelier et par le secrétaire-général. Il signait aussi les ordonnances de paiement, les arrêtés, les actes de nomination. Les dépêches préparées par les divers membres du conseil pour les branches du service qui leur étaient confiées recevaient également sa signature avec celle du conseiller qui les avait rédigées et d'un de ses collègues. Pour toutes les nominations, à l'exception de celles qui résultaient d'un concours et de celles des maîtres d'étude, les conseillers, chacun dans son département, présentaient au président une liste de candidats. Sur cette liste, il en prenait deux entre lesquels le conseil était tenu de choisir. Un des conseillers, sous le titre de chancelier, était chargé des aiïaires du sceau, de l'instruction et du rapport de celles qui avaient trait aux facultés et aux écoles spéciales, la faculté de théologie exceptée, un autre des fonctions de trésorier, un troisième de ce qui concernait les collèges royaux et communaux, un quatrième des facultés de théologie catholique et des institutions, pensionnats et écoles latines des départements, comme aussi de ce qui concernait les aumôniers des collèges royaux ; un cinquième remplissait les fonctions de recteur de l'académie de Paris et avait la surveillance de l'école normale; un sixième, investi des attributions du ministère public, était en môme temps préposé aux écoles primaires; le septième, enfin, avait le contrôle de la comptabilité des collèges. \ l'avenir, les conseillers devaient être -x H

114 HISTOIKK DE LA UfclSTA t UATlON

nommés par le Roi, chacun sur une liste de trois candidats désignés, par le conseil lui-même et pris parmi les inspecteurs-généraux et les recteurs. Le conseil reprenait le rang et le costume qu'avait eus sous TEmpire le conseil de TUniversité.

A mesure que l'état des finances s^améllorait, on revenait peu à peu, dans toutes les parties du service public, sur les suppressions et les réductions excessives auxquelles il avait fallu se résigner après les Cent-Jours. La direction générale des forêts avait été supprimée en 1816 e,t réunie à celle de l'enregistrement; elle fut à peu près rétablie, en ce sens que trois administrateurs et un secrétaire-général furent chargés de diriger, sous le ministre des finances, cette branche de l'admiiiistration à laquelle on s'abstint, pour le moment, de donner un chef spécial.

J'ai parlé de la nouvelle organisation de l'armée que préparait le ministre de la guerre. Le 1" novembre, le Moniteur publia une ordonnance royale du 23 octobre qui en posait les bases, avec un rapport au Roi qui expliquait la nature et les motifs de cette réforme. Elle consistait dans l'abandon du système des légions d'infanterie formées par département et dans le retour à celui des régiments composés de soldats pris indistinctement dans toutes les parties de la France. Le ministre, tout en reconnaissant, peut-être par courtoisie pour son prédécesseur, que le système des légions avait été une conséquence à peu près forcée des circonstances qui ayaieut

HISTOUIK DE LA aESTAURATi ON* H5

yrésidé à ta forraaiion de l'armée après les Cent- Jours, ilahlissait qu'il présentait de graves inconvénients au\qods iE était orgentde remédier, L^inégalilé de la laîlle el des forces des jeunes soldats tirés des diverses contrées du roj^aume produisait, disait-il, ce résultat^ que plusieurs légions se composaient presque exclusivement d^hommtîs de choix capables de supporter facilement les faiguesdela guerre tandis que d'autres en étaient totalement dépourvues» Dans certaines légions, on manquait de sujets capables d'exercer les emplois de sous-officiers, et d'autres en contenaient un nombre excessif auxquels, par conséquent^ elles n'oiïraient pas assez de chances d'avancement pour les retenir au service. La difrencedu langage, celle des habitudes physiques et moles, isolaient trop les uns des autres les corps actuels â* infanterie et pouvaient nuire à la bonne harmonie* Un l«l état de choses tendait à créer des corps provinciaux, et hou pas une armée homogène et nationale. A la guerre, dans une expédition loinlaine, un événement malheureux pouvait peser plus gravement sur la population militaire <ie quelques départements et rendre temporairement diÛkile la réorganisation complète de leurs contingents. ^^ point de vue de la dépense, le système légionnaire obligeait d'ailleurs à entretenir des états-majors que ^ ^^igeait pas un système plus simple. On pouvait citer *^^ Corps qui avaient un élat-major de légion et qui se ^^^tûposaient d'un seul bataillon, d'autres dont les batail- ^ons comptaient au plus 230 hommes et n'atteindraient

110 HisToiut: Di: la ulsiauuation.

jamais leur complet lanl que les faibles départements qa leur étaient affectés concourraient seuls à leur recrutement. C'était ainsi que les 94 légions existantes avaient besoin de plus de 7,000 otBciers, sans compter ceux des compagnies non encore créées d'artillerie et d'éclaireurs à cheval qui devaient ôtre attachées à chaque légion. De plus, rappel sous les drapeaux des jeunes soldats donnait lieu à des frais considérables, parce qu'il fallait les diriger sur la légion de leur département, souvent placée à une grande distance, tandis qu'en revenante la formation par régiments il serait aisé de les répartir entre les corps stationnés non loin de leur domicile. Le ministre proposait donc d'arrêter en principe que l'arme de l'infanterie serait composée à l'avenir^ au lieu de 94 légions, de 80 régiments, dont 60 de ligne et 20 d'infanterie légère, tous à trois bataillons, ce qui faisait en tout 240 bataillons; mais, comme la plus stricte économie était encore nécessaire, il proposait aussi de ne former pour le moment que 200 bataillons répartis de manière à ce que les 40 premiers régiments de ligne eussent trois bataillons et les autres deux seulement. Le complet des compagnies était fixé à 80 hommes, ce qui portait la force des 200 bataillons à 157,000 hommes. Mais, les besoins du service en temps de paix n'exigeant pas une force aussi considérable, on pourrait laisser une partie des soldats en congé dans leurs foyers. Les cadres de remplacement créés, en 1817, à la suite des légions, étaient supprimés, et les officiers qui en faisaient partie, n'ayant plus un

droit exclusif aux emplois dévolus à la non-activité, conservaient néanmoins leur traitement actuel. La solde de congé illimité était également accordée aux officiers qui allaient se trouver sans emploi par suite de la refonte des légions en régiments, en attendant qu'ils fussent rappelé^ à une destination active ou admis à la retraite. Le ministre, en finissant, faisait remarquer que les cadres créés par le nouveau système devant toujours être complets en officiers et sous-officiers, il serait facile de porter en peu de temps les compagnies de 80 à 100 hommes, et qu'au moyen de cet accroissement les 240 bataillons, en y joignant le régiments de la garde et les corps étrangers, présenteraient un effectif de plus de 250,000 hommes, offrant toutes les garanties désirables pour le maintien de la dignité de la couronne et de l'indépendance nationale.

L'ordonnance reproduisait, avec les détails d'exécution, les dispositions énumérées dans le rapport. Indépendamment des motifs allégués par le ministre, cette mesure avait, pour le moment, un avantage qui ne contribua pas peu à la faire adopter : la décomposition des légions en régiments, et les mutations, les suppressions d'emplois qu'elle enti*aînait, fournissaient une occasion toute naturelle d'éliminer certains officiers hostiles ou suspecis. Cette réorganisation, qui ne pouvait manquer de faire beaucoup de mécontents, s'opéra pourtant sans secousses, mais non pas sans exciter.de vives plaintes. On décida encore que l'infanterie, à laquelle on avait

rendu, depuis 1815, Thabit blanc qu'elle avait porte jadis, reprendrait l'habit bleu, celui des temps de la République et de TEmpire,

Quelle que fût rimportance de plusieurs de ces réformes administratives et militaires, elles n'étaient pour le gouvernement que l'objet d'une préoccupation secondaire. C'était vers les prochaines élections que se portait surtout sa pensée. J'ai dit les dissentiments qui s'étaient élevés sur la question de savoir si la Chambre serait dissoute, en sorte qu'on eût à la renouveler tout entière, ou si l'on se bornerait à convoquer les collèges d'arrondissement du cinquième dont les pouvoirs étaient expirés, avec la totalité des collèges de département qui avaient à élire pour la première fois leurs représentants. La plupart des ministres, M. de Serre, M. Pasquier, M. Roy, M. Portai, M. Siméon, et aussi le sous-secrétaire d'État de la justice, M. Portalis, étaient d'avis de procéder au renouvellement intégral et de donner ainsi à toutes les sections de la Chambre une origine commune ; ils pensaient que, dans l'état des choses, dans la disposition des esprits, les chances étaient favorables et qu'il ne fallait pas les laisser échapper ; mais ce sentiment n'était pas celui de M. de Viilèle, de M. Corbière, de M. Laine que, comme nous l'avons vu, on avait cru devoir consulter. Les deux premiers, croyant apparemment que le terrain n'était pas suffisamment préparé en faveur de leurs amis politiiiues, s'efforçaient, dans leur correspondance avec le duc de Richelieu , de le détourner

d*îine mesure qu'ils lui présentaienl comme inopporlune ei léméraire. Quant h M. Laine, pour qui le sou* Tenir de la dÎÂSolulion du 5 septembre brisaol une majorité rQjaliste et frayant U voie au parti révolutionnaire était une sorte de remords, son esprit mobile et inconséquent s'effrayait à la pensée d'une dissolution uou- Telle, bien que 1^ circonstances ue fussent certainement pas les mêmes ou, pour mieux dire, qu'elles Tussent at)6olument différentes* M. de Richelieu, toujours enclin à 8*âlirmer et qui, mal^jré tant de symptômes farorablesi était loin d'avoir une confiance absolue dans le résultat de Texpérience électorale que Ton allait tenter, était naturellement disposé â la renfermer dans des limites qui en atlénuaj&senl le pèriL M d*^ Serre, en se ralliant à cette opinion qu il avait d^^bord combattue, contribua puissamment à la faire prévaloir, L espèce d*êvolulion qui le rapprochait de la droite s'était beaucoup accélérée dans ces derniers temps. Li était très-irri té contre la gauche et contre ses anciens amis les doctrinaires^ et, avec le sentiment profond de son amour sincère pour la liberté, de tout ca qti'il avait fait pour elle, il ue voyait, dans les procédés de ropposltion à son égard, qu'une odieuse ingratitude. Il se plaignait de n'avoir pas Hù compris ni soutenu, de n avoir rencontré personne, excepté le duc de Broglie, qui aimûi b liberté pour elle-même, qui sût lui faire le sacrilice de sa vanité. Suivant lui, c'était par la îintlè que la Fr:ince s*/*tait perdue; Tijuiour de l'éijjlité absolue n'était autre chose que le jacobinisme pur; il

éuil impo>sibl»3 de fonder la UtK?rlt'* sans une aristocratie, cela ne s'était jamais vu dans le monde, et comme on lui faisait Tobjeclion que celle nristocralie n'eiiistaît plaseo France, il rêpondail qu'il fallail la refaire, en soigner les germes, que c'était la condition du salut. Le pays, disait-il encore, n'entend ni ne veut la liberté; ce qu'il en comprend, c'est son utilité pour défendre quelques intérêts privés ; il a pour elle un amour mercenaire^ il ne l'aime pas parce qu'elle élève l'âme, mais comme une défense contre ce qu'il craint. M. de Serre ajoutaitque, dans une telle situation, ce qu'il fallait avant tout, c'étiit sauver la dynastie, qu'il n'admettait pas la possibilité d'un autre gouvernement, qu'en certains moments il est nécessaire de donner la préférence à l'ordre, dans l'intérêt même delà liberté, que le triomphe des ultra-royalistes n'était sans doute pas plus désirable qu'il n'était probable, que tout s'y opposait, mais qu'on ne pouvait pas opprimer et mettre hors de tout emploi les hommes qui avaient été et étaient encore à la léte du pays, qui conservaient le dépôt de la délicatesse et de l'élégance sociales. Telles étaient ses dispositions vers la fin de la session, et ce qui s'était passé depuis ne les avait pas modifiées. Il revenait en ce moment des eaux du Mont-Dore où les médecins l'avaient envoyé pour raffermir sa santé ébranlée. Il y avait rencontré M. de Monllosier, ce dernier représentant du vieil esprit d'indépendance aristocratique cl féodale, si différent de l'esprit de cour qui l'avait remplacé sous Louis XIV, aussi antipathique aux idéea modernes, mais plus capable

HISTOIRE DE LA RESTADBÂTION. iti

peul-ôUre d'en comprendre la force et la nature, et plus propre par conséquent à agir sur h yive et puissante inugi Dation d'un homme tel que M. de Serre en lui présenUot certains points de vue ù levés que son peu de connaissance de l'histoire ne lui avait pas encore suggérôs, Dans les conversations qu'ils eurent ensemble, le vieux constituant acheva de persuader à Thomme qui^ naguère, était le plus libéral des doctrinaires^ qu'il devait S3 rallier [inx royalistes de toutes les nuances pour sauver le trône et restaurer rarîstocratie.

M- de Iiîchelieu et M. de Serre élant inconteslabloment.â des litres différents» les membres les plus considé- [râbles du ministère, et leur opposition à la dissolution de Chambre élant d'ailleurs conforme au sentiment des ^eh@rs de la droite, M. Fasquier, M* Roy, et les autres irtisans de cette dissolution durent cMer. Ce qui put contribuer à fiicer dans co sens Toplnion longtemps incertaine du gouvernement, c'est que^ si le ^parli ministériel et le parti royaliste étaient divisés à cet ^gard, l'opposition de gauche était unanime pour demander le renouvellement intégral de l'assemblée élective. Dominée par le souvenir des élections des années précé- Kdentes, elle se croyait silre de remporter encore dans ™Timmeiîse majorité des collèges d'arrondisi^ement. M* Benjamin Constant publia sous ce litre. De la tlissolnnon t h chambre des dépulés^ une brochure où ÎI diil que, m*?mc avec la loi électorale qni vennit d'éire 'votée, les amis du gouvernement représi^nlalir avaient

iti HISI^OIRE DE LA RESTAUBATION.

encore les moyens de le sauver, malgn*^ tous les efforts auxquels se livraient les ministres et leurs alliés pour fausser les élections.

Cet écrit, qui tendait aussi à défendre l'opinion libérale conti*e les im^'Ulations de complicité dans le complot militaire, produisit une assez vive sensation ; mais une brochure ou plutôt un livre que M. Guizot fit paraître à la même éi)oque remua bien autrement les esprits. U était intitulé : Du gouvernement de la France depm la Restauration et du ministère actueU La pensée qui en était pour ainsi dire le fondement, c'était que la France était partagée en deux nations inconciliables, celles de Tancien jet du nouveau régime, celle du privilège et celle du droit; que la première, définitivement vaincue en 1789, n'avait plus d'avenir possible, et que le devoir du gouvernement était de se placer à la tête de la Révolution contre la Contre-révolution, comme il l'avait fait, avec plus ou moins d'habileté et d'énergie, jusqu'à l'avénement du ministère actuel, mais comme ce ministère avait malheureusement cessé de le faire. M. Guizot attaquait vivement la cour • qui, i disait-if, c n'estet ne peut être » que la maison personnelle du monarque et de sa fa- » mille, ou un foyer d'intrigues au profit de la Contreré- » volution. i Se plaçant entre les adorateurs du droit divin et ceux de la souveraineté du peuple, il déclarait que,quant à lui, il croyait c à la souveraineté de la raison, de la jusi tice,du droit. » Il reprochail d'ailleursà la gauched avoir, dans plusieurs circonstances, et notamment dans la ques-

lioû des régicides, méconnu d*aagiisles convenances et desseQliments légitimes. Il blâmait la réTolution militaire qûirenail d'éclater à Naples, révolulion d'un dangereux exemple etqull ne trouvait pas assez justifiée. Des considéra lions» des détails curieux sur Thistoire des dernières années, des portraits tracés avec beaucoup d' habileté et de finesse, rendaient très-piquante la lecture de ce Hrre écrit avec une grande vigueur de talent. La forme tranchante que Tauteur y donnait à rexpressîon de ses idées ne pouvait que les rendre plus blessantes pour ceux dont elles contrariaieDt la politique ou les principes. ■ En donnant la charte à la France, » disait-il, t le Roi i adopta la Révolution. Adopter la Révolution, c'était

* se porter rallié de ses amis, l'adversaire de ses ennei mis,.,- La Révolution a été une guerre.... Depuis

• plus de treize siècles» le peuple vaincu luttait pour set couer le joug du peuple vainqueur Notre histoire est » riiistoire de cette lutte. De nos jours, une bataille dé- » cisivi» a été livrée. Elle s'appelle la Révolution. • Voyant, dans celte baUille, b revanche do peuple Vaincu contre le vainquetir, des opprimés contre les oppresseurs, du tiers -état conlre la noblesse et le clergé, 5L Guiiot prétendait expliquer par là les vérités et les erreurs^ les vertus et les crimes de la Révolution dont il approuvait les principes et la tendance gèfiérak, tout en condamnant un grand nombre de ses actes.

H y avait certes beaucoup à dire contre de telles théo-

ries qui, rattachant les laites de la Révolution et de la Restauration à celles des Francs contre les Romains et les Gaulois, ne tendaient à rien moins qu'à déclarer toute réconciliation impossible entre les partis et imposaient à la royauté Tobligation de se mettre à la tête de ses anciens ennemis pour accabler ses anciens amis, ses alliés naturels. On ne peut donc être surpris de l'ardente polémique qui s'engagea sur le livre de M. Guizot. La gauche, bien qu'elle y fût peu ménagée, accueillit avec empressement le puissant auxiliaire qui lui arrivait, qui, d'un seul coup, disait-elle, avait réparé ses fautes et qui avait dit le dernier mot de la situation. L'irritation du parti ministériel et du parti ultra-royaliste était aussi facile à concevoir que la satisfaction de la gauche ; mais, tandis que le Moniteur se bornait à reproduire quelques passages d'une brochure qui, affectant de placer sur la même ligne M. .Guizot et M. Benjamin Constant, les réfutait l'un par l'autre sur le ton de l'ironie, les écriyains de la droite se livraient aux plus incroyables emportements. Ils ne se contentaient pas de déclarer que M. Guizot avait passé dans les rangs des pars révolutionnaires, que sa position était désormais fixée, que lorsqu'on est descendu aussi bas, le retour est impossible, de l'accuser de provoquer, par ses attaques contre la cour, le renouvellement du 6 octobre, du 20 juin, du iO août; M. de Ronald, dépassant ces agressions violentes du Journal des Débats et de la Ouotûlienne, disait, dans le Défenseur, que les opi-

DJODS énoDcèeâ par M. Guizot a?aienl une singulière rcssemblaDce avec les monstrueuses doctrines professées jjâr Louvel devant la Cour des pairs.

Uo écrit de M. Fîèvée, VExammdes diseimiom relathei^ù !a hl des élections, n'irrita guère moins le^? royalistes que œtui de M- (.iuizot* Rappelant la fatile qu'avaient faite les libéraux en 1817 eu volant la loi èleclûrale qui sacrifiait coniplêtement la grande propriété^ il reprochait aux royalistes d'avoir voutu A leur tour, en I8â0, ittimoler la propriété moyenne au profit de la gr^inde, ce qui eût été organiser la guerre civile, et il fôlici lait M. de Sarre d^avoir agi en homme d'État en faisant adopter une loi qui, sans ôtre complètement bonne, avait l'avantage de drjouer ce projet. Il exprimait la con- Tiction que les libéraux n 'étaient pas aussi complètement battus ni les royatistes aussi triomphants qu'ils en avaient Pair, Par cet écrit, rempli de vues neuves» hardies, et qui attestait une grande connaissance des hommes etdescho^s, M. Fïévôe se rapprocliait évidemment des libéraux et s'éloignait de plus en plus du parti dont il avait longtemps été l'oracle.

Il serait trop long d'analyser d'autres brochures plus OQ moins remarquables qui furent publiées alors par M* Stanislas de Girardin^ par M. Jay, par M. de Kôratry^ par M. de Saint-Simon, par M. de Vaublanc, l'ancien mitttslre de Tintérieur, Je dirai seulement que celle de M. de Saint-Simon , adressée au Boi , ren;,^ageâit à s'unir aux industriels et aux savants pour délivrer la

iiO HlSTOlliE DE LA HESTAUHATION.

France da quadruple fléau des frelons qui la dévoraient, les nobles, les prélres, les légistes, les métaphysiciens, et à placer le gouvernement dans un conseil composé de quatre cultivateurs, de deux négociants, de deux fabricants, de deux banquiers, de deux physiciens, de trois chimistes et de trois physiologistes, sous la haute direction du ministre des linances. C'était, suivant M. de Saint-Simon, le vrai moyen de terminer la Révolution. La brochure de M. de Vaublanc était une violente déclamation contre les hommes des centres. Les autres se renforuiaient dans le cercle de la politique du libéralisme.

(iO qui explique le grand nombre de pamphlets qu'on vit alors émaner de ce parti, c'est que la censure ne lui laissait pas, comme à ses adversaires, la faculté de dire toute sa pensée dans les journaux. La partialité était poussée si loin, que M. de Sainte-Âolaire ayant fait parattie, dans l'intérêt de son gendre, M. Decazes, une réfutation d'un Mémoire publié au nom du général Donnadieu, qui rejetait sur ce ministre la responsabilité de toutes les violences commises par suite de la conspiration de Grenoble, la censure permit à peine aux journaux libéraux d'annoncer celte réfutation et leur défendit de la commenter, tout en laissant les journaux royalistes la combattre en termes injurieux pour son auteur.

Les tribunaux ne se montraient pas beaucoup plus équitables. Le Drapeau blanc pouvait poursuivre impunément le cours de ses grossières personnalités contre tous ceux qui ne partageaient pas ses fureur^, mais les

HlSTDtHK Bkù LA HEîsTAtînAtlOîî* 1Î7

ropllstcs qui se disaient dilTam6.s par le^ libéraux oblenaicnt farilement justice. M. Rey, de Grenoble, pour avoir publiù le Mémoire dans lequel, au nom des parents des viclîmes si cruel le menl Immul^es en 181 6, après Tinstirrectîon du Dauphiné, il a\Mi demandé au conseil d'État rautorisalLûn de poursuivre les auteurs de ces eîtcès, êtaîl condamné, sur la plainte du général Donnadieo, à dii-liuit moiâ de prison, à 3,000 francs d'amende et à 10,000 de dommages-intérêts envers ce général. Cet arrêt ne fut rendu que par défaut, l'accusé étant alors en faiie ù cause des poursuites dîrif^ées contre lui h roccasion de la conspiration militaire du 19 août* Un jonnial de Bordeaux, qui avait parlé avec sévérité de la municipalité bordelaise, se plaçant, au mois de mars iSli, som la protection de rarm«!*e anglaise pour proclamer les Bourbons, encourut une pénalité analogue^ bien que moins rigoureuse.

L^auleur d'une brochure intitulée PreHe^^-y garde^ fui condamnt^ par la cour d'assi^^s de la Seine à quatre ans de pris4>n et 1 4,000 d'amende, comme ayant commis les délits d'attaque formelle contre rautorité constitutiounelledu Roi et de provocation à un changement de dynastie. 11 en fut de même de Tauieur d*un autre écrit docit le titre était significatif: Le despotisme eii élal de sugt* ou la royauté mus par iatjt\

Une ordonnance royale du 11 octobre avait con- Y€)qué pour le 4 novembre les collèges électoraux d*ârrondlâsemeot appartenant à la quatrième série^ et pour

liîS IlIsilOIUt: DE LA UEbTALHATlON.

lo i;i, ceux de tous les grands collèges ou collèges de dôpartement. Elle indiquait, en se référant aux lois en vigueur, toutes les formes exigées pour la yaliditë des opérations électorales, ce qui en faisait une espèce de code sur la matière.

Une autre ordonnance du lendemain nomma les présidents des collèges qui allaient se réunir. Leur choix eût suiVi pour indiquer le grand changement qui s*ëtait opère, depuis l'année précédente, dans la position du gouvernement. On n'y voyait pas figurer un seul homme du centre gauche, mais les ultra-royalistes y étaient mèlès, dans une très-forte proportion, aux membres du centre droit. On remarquait parmi eux M. de Villèle, M. de Marcellus, le marquis de Talaru, le duc de Doudeauville, le vicomte de Montmorency et plusieurs èvèques. Monsieur éprouva quelque mécontentement de ne pas trouver sur cette liste le nom de M. de La Bourdonnaye ! Dans le parti modéré, au contraire, hîen des gens pensaient que, par de tels choix, on faisait à la droite des concessions exagérées et dangereuses. M. Pasquier, écrivant à M. Decazes, essayait de les justiGer par la nécessité, et il ajoutait que, d'ailleurs, les royalistes étaient bien changés depuis 18 15, qu'il était devenu bien plus facile de les conduire. C'était se faire, sur la plupart d'entre eux, une grande illusion.

Dès lors, quelques-uns des plus ardents ne dissimulaient pas de quels sentiments hostiles ils étaient animés contre le cabinet et son système. Quinze jours avant l'é-

"poqni' fi?ii^ pour le.s l'Iectioiis, fenfariL iï**rdti du parti, le trop ruineux Marlainville^ puLlia dans ce .sens un pamphlet vraiment incendiaire qu'il intitula l:i Bouée roijalixte. 1 Royalistes, > y disait-il, « on vous trompe encore, » on a ton jouis voulu vous tromper, ou vous hait, on * voiîi% reiloule autant que jamaiï;;.,. La confiance, ce » noble défaut des cœurs droits et généreux, causerait » encore votre perte et vous livrerait à un ennemi (jui, » après avoir endormi votre vigilance, rirail de votre m crôdulité. Cet ennemi, c*est le rainisLére* Oui, le mi- B nistère vous lrom[ïe sciemment et avec prémédita- > tien, ■ Suivant iM, Martainvilte, les ministres étaient toujours sous Tinlluence de re personnmje y»! we jUjurait rtuoie xnr te ihéûive imltûque que \iour mmUrer eommenl te même homme peut vumnler sitir m îéte l'infamie et les Jtmineiii'H^ resi^cmiion et h'srefomiwnses. Kl ces ministres éa3t-m^mes,qu*iHaient-ils, aprèâ tout? Un homme propre à ii)ut et bon à rien^ t Excellence à toute setlê^ un secreinire intime de Sapidt^ou limiaparie^ nu mini s ire de Jérônw iiofmimrt(\ veîih\in de la liévolathn^ rnjeani par la rkeftrèsUienee du irîpot dest Cent-Jours..* prémlés^ par uu lêomnte chimfé d^un grand norn^ mai^ tiui atmit prouvé que ^ti miHtcUé HifU mieux upprMtk en Hmïte tffi*en Frunre. II^3V«iiént monlréî*u\ i'i))ali.^L(\'^ une lus d élection à moi' ti/ Mttisfnmnie^ mm ils s^élaient ensuite empresser de la retirer. Ils leur avaient promis de nombreux changetnenu de [in^feLs, luai^ ils n>fi avait^iit réalisé que irè^- . Ua l i sle d e* i h As i d e n U des c o 1 1 âge s c la i l u n a ma Ifi a me

îVt HISTOIRE OE LA RESTATRATION.

indérent de la Imjtnité et du jwrjure^ de rhotmriir et de la vémiliié^ de rrlévation et de la hassense. Les royalistes avaient donc «Hé pps pour dopes. La faute en était surtout aux homfpes faibles et servilei, timides ou corrom' pus^ qui, rliarg«*s de stipuler en leur nom, ne s'étaient pas fait donner des garanties suffisantes. Le seul moyen de réparer de telles erreurs, c'était de repousser avec mépris les insinuations et les candidats du ministère, de nommer cvs> mandataires fidèles^ ces députés de 1815 qm avaient commencé la restauration de la France, ces illustres victimes des iniquités, des persécutions d'im ministère protecteur des' régicides et allié de leurs amis. Si la lulle s'engageait entre le ministère et les libéraux, il fallait rester neutre.

Ces conseils insensés ne devaient pas être écoutés, au moins en ce moment. Les royalistes ne se sentaient pas assi'z forts, ils étaient trop peu assurés de la victoire dans la lulle qui allait s'ouvrir pour qu'ils pussent penser à se séparer du gouvernement dont le concours semblait à peine donner une garantie suffisante du triomphe de l.'î cause monarcliique. Plusieurs de leurs journaux ne cachaient pas les impiiétudes qu'ils éprouvaient.

Dans les rangs de la gauche, aussi, à mesure qu*on approchait du moment décisif, il se manifestait une assez vive anxiêlê. On croyait bien pouvoir toujours compter sur les Voles de la plupart des collèges d'arrondissement, mais on n'enlrevo\ail pas, à beaucoup près, di*s chances aussi favorables dans les grands collèges. Les littéraux

i*fHflés comprenaîenlt

depuis linéiques mois nvait dû exercer sur les esprits une nfliience Gonlnire à leurs intérêts. D'une part, rètuolion produite par la naissance du duc de Bordeaux^ de l'autre la cûfiâpit'atiûn du 19 août, k bruit fort répandu que plusieurs membres de la f^auclie y étaient compromis, les alarmes i|uc rexcmple contagieux des révolutions milila ires d'Espagne et de Naples et d'une autre révolution analogue qui renaît d'éclater en Portugal inspirait aux amis de tordre, à ceux qui, tout en aimant la cause libérale* redoutaient des désordres matériels, rîndignalion quMs l'éprouvaient de l'approbation donnée à ces rêvoluûons par d imprudents écrivains qui lesollraienl en modèloâut soldats français, c*étaient là bien des motifs de cr.dudre que beaucoup d'électeurs appartenant aux opifiions Qattantes et modérées ne se ralliassent à la droite et an f»ouverncment.

Le grand comîié électoral présidé par M. de La Fayette et Composé en jK»rlte d'hommes compromis comme lui dans les conspirations, se sentait moins à Taise [tuur t*xisn;er l'action préparatoire qui, en iSlH et 1819, avait prc»dULl de si grands résultats. Quelques députés de la gauche se rendirent dans les départements pour rérhauffer le zèle de leurs amis |)oli tiques. La présence à Sa u mur de M, Benjamin Constant y donna Itcn h des troubles assez graves, Cette ville était alors, comme aujourd*tit]i, le siège d*une école militaire de c^ivnlerie, cocûposée d'officiers et de sous-olliciei^s. A la dilTéicncu

dos sous-oHiciers, les officiers liaient Ipour la plaparl animés dun royalisme très-ardent. Apprenant que M. Constant venait d'arriver, qu'il éuil descendu chez un do SOS ami* jn^iitiques et qu'uç cerlain nombre d'hahiunis so prt^|virait à lui donner une fête, ces jounoi^ gx't\> ^ |Hn1èrent sous les fenêtres de la maison qu il hahMiU > exécutèrent un bruyant charivari et ,|^i^^j^^,|^ivnl M>n départ avec des cris menaçants. Une^ Tom^mIo ourieux s*était peu à peu réunie sur le lieu du m^MiUo; plusieurs des assistants blâmaient hautement U \vmhùU> des élèves, les esprits s'échauiïaient. L'inler- Witlion do quelques gendarmes et des chefs de Tëcole iiiU|HVl)a que les choses n'allassent plu3 loin, mais, le londomain, le désordre recommença avec plus de violence. M. Honjainin Constant, se refusant à obéira Tinjonction que venait de lui renouveler une doputation des élèves, était resté à Saumur,el, ce jour-là même, il devait diner dans une maison particulière. Les élèves, encouragés par rimpunilô, se dirigèrent, en poussant les mêmes cris que la veille, vers la maison où les convives étaient réunis et essayèrent d'y pénétrer de force. L'indignation des libéraux était au comble : ils se rassemblèrent en criantaux armes^ pour repousser ces étourdis. Avertis de ce qui se passait, le procureur du Roi, son substitut, le juge d'instruction s'empressèrent d'accourir. Le sous-préfet et le maire, à la léte de quelques brigades de gendarmerie, accoururent aussi pour dissiper l'attroupement. Sur ces entrefaites, deux on trois coups de fusil étaient par-

Ife d'uno maison voisine, et UB élùve avait Hé grièvemenl bli^ssè. Ses camarades, exasprvrés^ ayant tiré It'urs sabres* un bourgeois avait reçu une blessnm assfz sérieuse. L'arrivée du géniVral commandant de lecolc, à btètedeson élat-majûr, provint de nouveaiu malheurs et fil tout renlrcr dcins Tordre, Le jour suivant, M. Benjamin Constant, renonçant à un banquet public qm le pnrli libéral lui oiïrait, partit pour Pciris, protégé par la gendarmerie et escorté jusqu'à une certaine dislance de San mur par quelques jeu nés gens à cheval. Peu de jours aprèss *^ous prétexte de réfuter les récits inexacts quicir* culaient sur ces événements, il publia une lettre nu ministre de la guerre, écrite d*un Ion d*irritalîon facile à concevoir, dans laquelle, rattachant ce qui venait de se passer aux violences commises, le 5 juin précèdent, aux [lorlcs mêmes du palais Bourbon, il prétendait y faire voir Tœuvre de la faction qui, après avoir violenlé le monarque lui-même pour le contraindre à se séparer du ministre de son cboix, s'eiïnrrail maintenant de dominer parla terreur la représentation nationale, au risque de renouveler les horreurs de 1813; il traitait de jff^my/ireiî el de^tcflire^* tes auteurs de ces violences et se plaignait de h faiblesse des nulorités. Le Moniteur iit â cette lettre une ré[tonse irés-amére ijui, ddt un admettre Tesnctitude de tous les faits qu*elle rapportait, aurait eu te tort irês*grâve de qualttieravcc tropd*indnlgence la conduite do:4i'lêves. Elle provoqua, de la part de \L Cunstant, une réplique plus violente encore que ?m lettre au ministre.

*34 IIISTOIUE DE LA HEST At HATION.

Un (les adjoints de Saumur crut devoir intervenir pjur rectifier quelques-unes de ses assertions. D'autres réfutations, qui paraissaient provenir de jeunes officiers de Sauilftir et qui contenaient les plus grossières injures contre le député de la Sarthc, furent aussi publiées. Le ton de ces pamphlets est un témoignage dn degré d'exaspération auquel les partis étaient arrivés. Leurs auteurs ne paraissaient pas soupçonner ce qu'il y avait de grave, de révoltant, dans le fait d'envahir une maison particulière pour expulser un citoyen, un député, et le Moniteur lui-même, comme je viens de le dire, était loin d'en porterie jugement sévère qu'il méritait. Quant aux journaux de la droite, à qui la censure accordait d'étranges licences, ils ne voyaient dans tout cela qu'un texte d'insultantes plaisanteries contre M. Benjamin Constant et les libéraux. Il est vrai que les libéraux, qui s'indignaient des violences commises à Saumur contre un des leurs, trouvaient fort excusables les insultes, faites à Rennes et à Brest, à MM. Corbière, Bellart et Bourdeau. L'esprit de parti est toujours en fond de sophismes pour excuser chez des amis ce qu'il réprouve chez des adversaires. Les événements de Saumur inspirèrent à Courier un de ses pamphlets les plus piquants.

Peu de jours auparavant, une scène analogue, mais moins grave, avait eu lieu au Mans, où des officiers s'étaient introduits dans la maison habitée par M. de La Fayette, député de la Sarthe comme M. Benjamin Constant, et avaient proféré contre lui des menaces. Heu-

reu^acuenl il 6Uîl absent en €l^ matnenl, mais les autorite> crurent dt^voir interdire^ daus t'itilérôl de Tordri^, wn banquot auquel les libéraux de la ville l'avaient

ÎAVtté, ^

Je siiîii entré dans ces détails pour bien faire compreudre quel était Tétat des esprils à rapproche desèlectionB. hm mînislros croyaient, d'après les renseignements qui leurarrivatent des d^^partements.que^ dans les grands ccïlléges, les quatre cinquièmes des nooiinations appartifHidraient h h droite et au cerUre et que, dans les collt*jje^ d'arroudlssemenl, la môme proportion était acquise i la gauche et au centre gauche. Ce^^ calculs, bie» que fieu rassurants pour l'avenir, promettaient, pour la session prochiine^ une forte major iLé aux opinions tuoaarcliiques.

Il ft*en fallait de beaucoup, pourtant, que Ton consîdèrit ca f^HuItai comme ceriain. Un pensa que Tinterven* tfofidu [loi pourrait contribuer à rassurer. Dix jours avant U réunion dif^ col légesélectoraux, parut uneproclamalion royale, adressée en copie litliographiee à tous les i^lecteun** Ella était l'oeuvre de M.Pasquicr*Le Koi s'y exprimait ainsi; 4 liegardez chez vous^ autour de vous, tout

• vous dira vos dangers, vos he^^^oins et vos devoirs. Une I liberté forte et légitime vous est acquise ;elle est fondée 9 mr deâ lois émanées de mon amour pour mon peuple et

• de mon expérience des temps où nous vivons. Avec ces

• lois, ildé(iend de vous d'assurer le repos, la gloire et le I bonheur de notre commune patrie* Vous en avess la vo-

|;Hi IIISTOIRK DK LA HESTAUHATION.

lont(>, .'tachez la manifesler par vos choix. La liberté ne HO conserve que [)ar la sagesse et la loyauté. Écartez (lt*H nobles fonctions de député les fauteurs de troubles, las artisans d^iscordes, les propagateurs d'injustes délinnces contre mon gouvernement, ma famille et moi, ri, s'ils vous demandaient pourquoi vous les repoussez, montrez- leur cette France si accablée il y a cinq nns,si miraculeusement restaurée depuis...; ditesleur que ce n'est pas quand tout fleurit, tout prospère, tout grandit dans votre patrie, que vous entendez mettre au hasard de leurs rêves insensés ou livrer à leurs desseins pervers vos arts, voire industrie, les moissons de vos champs, la vie de vos enfants, la paix de vos familles, une félicité enfin que tous les peuples de la terre envient. De toutes parts s'offre à vos suffrages une foule de citoyens amis sincères et zélés de la Charte, également dévoués au trône et à la patrie, également ennemis du despotisme et de l'anarchie. Choisis parmi eux, vos députés affermiront avec moi Tordre sans lequel aucune société ne peut exister; j'affermirai avec eux ces libertés qui ont toujours eu pour asile le trône de mes aïeux et que deux fois je vous ai rendues. Le monde entier attend de vous de hautes leçons, et vous les lui devez d'autant plus que vous les lui avez rendu nécessaires. En offrant aux peuples le spectacle de cette liberté qui remue si puissamment les âmes, vous leur avez donné le droit de vous demander compte des écarts dans lesquels elle pourrait vous entraîner. En-

HISTCHKK OK LA HK^TAITHAÏIOI^

9 seigncî-leur donc à éviter les ècueîls dont voire route » a été semée... C'est ainsi que, marchant à la lèta de la 9 civilisation, la France^ aa milieu des agitations qui » l^euvironnent, doit rester calme et confiante... Unie

• avec son Roi, ses prospèrUés sont au-dessus de toute > atteinte. L'esprit de faction pourrait seul les compro- » mettre ; s*il ose se produire, il sera réprimé, dansl en- I ceinte des Gliambres par le patriotisme des pairs et des

• députés, hors des Cliambres par la vigilance des magis- 1 trats, par la fernieté de tout ce qui est armé pour proté-

• ger, maintenir la pai\ publique, et surtout par mon i inéhra niable volonté.,, i

Les libéraux dénoncèrent celte proclamation comme un acte insolite et même inconslitulionnel par lequel les ministres, compromettant la royauté et la tirant de la haute sphère ou elle doit planer au-dessus des partis^ s'en rais&ient un instrument contre leurs adversaires. Les ultra-royaliî^les no s'en montrèrent guère plus satisfaits : suivant eui^, elle n'était ni assez digne ni assez fière.

On mandement de Tarchevèque àS Paris ordonna des prières publiques pour que les élections se fissent dans un esprit comermkur de la vt^lUfion et de la monarchie de Saint-Louis*

Ihnsc^^ectiors, Taccord du parti ministériel et du parti ultra-royaliste fut à peu près complet. Le ministère appuya franchement tous les candidats de la ilraite, à leiceplion de >L de La Ik^urdonnayc et de deux ou trois

138 HISTOIHE DE LA HESTAUBATION.

autres qui lui étalent ouvertement hostiles et qu'il s'abstint de soutenir plutôt qu'il ne les combattit. Un tel accord eût suQi, à lui seul, pour changer complètement les conditions et lesdiances de la lutte où la gauche avait^ pendant trois ans, remporté tant d'avantages. Concourant avec le changement de la loi électorale et avec le revirement évident de l'opinion, il amena des résultats qui, contre l'ordinaire, dépassèrent toutes les espérances du gouvernement. Même dans les collèges d'arrondissement, formés de tous les censitaires de 309 francs et qui, par conséquent, semblaient offrir au parti libéral et démocratique les chances les plus favorables, ce parti n'obtint que des succès très -incomplets. Dans le département de Maine-et-Loire, M. Benoît, M. de La Bourdonnaye et deux autres députés de la droite furent remplacés par M. Pilastre, ancien conventionnel, par M. Gautretqui, au conseil des Cinq-Cents, avait appuyé la déplorable loi des otages, et par deux autres candidats de la gauche. Dans le département de Saône-et-Loire, trois membres obscurs de la droite cédèrent aussi la place à autant d'opposants, au général comte de Thiard, ancien aide de camp de l'Empereur, à M. Maynaud de Lavaux, vieil officier-général dont le nom était lié à des souvenirs révolutionnaires, et à M. Humblot Conté, célèbre fabricant. Ce furent également les candidats de \fi gauche qui l'emportèrent dans le département de l'Aude et dans celui des Ardennes, où M. Lefèvre Gineau, membre de l'Académie des Sciences et qui avait fait partie de la

HlSTOrRfC Dlâ LA ltl^:»TAUllATlOI4.

Chambre de 1314^ eut deux nominations. La gauche obtint encore des victoires parliellcs dans le Ctîer, dans Im Côtes- dii-Nord, dans la Lot, dans la Uaule-Vieniie ob elle empêcha la réélection de M. Bourdeau. Mais, dans TEure où, trotn ans auparavant, elle avait triomphé avec laut d'éclat^ elle ne put faire passer qu'un de ses candidats, M, Dupont de TEure, et M, Bignon lui-uH^me resta en minoritô* Partout ailleurs, la droite et le centre ministériel eurent le dessus, La plupart de leurs candidats étant aujourd'hui compbUemenL oubtit^s, je ne nommerai qne les plus marquants. M. Laine, i\L Bavez, M, de Marcellus furent réélus dans ta Gironde, M» Cornet d'Incourt dans la Somme; le général Dounadiau, plus hostile encore au ministère iju a la gauche et dont la droite mAme commençait à être embarrassée, réus^t pourtant a se faire élire k k'w^ dans les Bouches-du* Bhdne. En résumé, sur 48 nominations faites par las ccilléges d arrondissement, ^1 appartenaient hn ministère et à la droite et 17 seulement à la gauche. L'année précédente, sur 5i nominations, elle en avait eu 4:2, La diiîérence était grande. Cependant, comme le cinquième sorLint avait été élu en 1816, avant le irotê de la loi dn 5 février, sous une législation trés- Jpeti ravorablû au parti libéral, comme, par conséeut, il contenait très-peu de membres de ce parti, il se trouva que les nouveauii élus apportaient en réa- Ihè à la gauche une légère augmentation de force, mais il était facile de prévoir que ce gain presque Insi-

110 HISTOIKE DK LA KkISTAURATlON.

unifiant disparaîtrait devant les résnltats des électioDS des grands collèges^.

Cinq jours avant leur réunion, on distribua aux électeurs de Paris une adresse non signée, qui invitait les litvpriêtaires^ len commenants ^ les royalistes^ tous les vrais Français, à écouter la voix paternelle du Roi, i s unir êtroilement pour élre forts, à serrer leurs rang et, pourtant, à y laisser pénétrer, sans distinction de nuances, tout ce qui avait de la [tonne foi, tout ce qui haïssait le désordre, tout ce qui voulait la légitimité par intérêt bien entendu comme par amour. Cette adresse disait encore que la France était indissolublement liée à la légitimité. Elle ajoutait : • Ceux qui, par des voies dé- » tournées, marchent au renversement de la dynastie t sans s'inquiéter de la patrie dont ils profanent impanè-

• ment le nom, voilà les éternels ennemis de la France, t Honnêtes gens de toutes les classes,... manifestez vos t vœux. Electeurs de la capitale, songez que vous êtes

• appelés à donner l'exemple. La lutte entre le génie du > bien et le génie du mal doit finir... Tous les bons

• Français veulent maintenir Tocuvre de la sagesse du

• Roietconserver la dynastie comme la Charte... » Lesjonrnaux ministériels tenaient le même langage :

ils adjuraient les électeurs de Paris de repousser ces hommes de brigue et de parti qui rêvaient sans cesse de lK>uleversemenLs politiques, dont la renommée pamphlé- ' lahe était si hruifante et la vonsidérfition si nulle^ dont le nom n était devenu public que parce qu'il s'était trouvé

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. Ul

associé à quelque scandale on à quelque trahison ; pour mériter les suffrages des électeurs, il fallait, disaient ces journaux, un attachement sincère et profondément senti au trône et à la légitimité.

Le grand collège de la Seine avait quatre députés à nommer. Les candidats du gouvernement et de la droite étaient le banquier Olivier^ déjà porté par les ultra-royalistes aux élections de 1817, le célèbre avocat Bonnet, ami de M. Béllart, un des maires de Paris, M. Lebrun, et M. Quatremère de Quincy, membre de l'Institut, issu d'une des plus considérables familles de la bourgeoisie parisienne, ancien député au Conseil des Cinq-Cents et, comme M. Olivier, candidat de la droite en 1817. Le seul candidat que la gauche leur opposât sérieusement et avec (quelque chance de succès était M. Tripier, un des membres les plus éminents du barreau et qui appartenait à la nuance la plus modérée de l'opinion libérale.

Au premier tour de scrutin, sur 1980 volants, MM. Olivier, Bonnet et Lebrun ayant obtenu, le premier 1057 voix, les deux autres 1017 et 998, furent proclamés députés. M. Quatremère de Quincy n'en avait réuni que 992, c'est-à-dire une voix de moins qu'il n'était nécessaire. L'opposition en avait donné 9J7 à M. Tripier. Ses autres suffrages s'étaient disséminés sur M. Gilbert de Voisins, sur M. Bignon, sur M. Dupin, sur M. Alexandre de Laborde, sur M. Gévaudan. Le lendemain, près de la moitié des électeurs s'élant abstenue de prendre part au scrutin, M. Quatremère de Quincy fut élu

à la majorité de 666 Toi\ sur 1066. On a peibe i comprendre on si grand nombre d'abstentions dans un collège on, la veille, les forces des deox partis s'étaient presque l»alancée>.

La victoire da ministère et de ses alliés était donc complète à Paris. Elle ne fnt pas moins éclatante dans le^ départements. Les grands collèges avaient à nommer 172 dèpnt<^. Laganche n'obtint que quinze ou seize nominations, et son contingent eût probablement è'té plus faible encore sans la disposition de la loi électorale qui, dans les départements où les électeurs étaient trop peu nombreux pour qu'on pût convenablement les partager en plusieurs collèges, maintenait purement et simplement le svstème de la loi du 5 février. Au nombre de ces rares représentants du libéralisme, provenant pour la plupart des dèpartemenls du Rhin, de la Meuse, des Vosges et de la Vende, on remarquait M. Bignon, qu'une, double élection déparlcment:ile consola de son échec dans un des arrondissements de l'Eure, M. Etienne, Tancien censeur de l'Empire, l'ancien rédacteur de la Minerve^ et un banquier qui devait être longtemps après ministre des finances, M. Ilumann. Sauf ces quinze libéraux, tous les choix tombèrent sur des candidats de la droite et du centre droit. M. de La Bourdonnayp, M. BcnoîL M. Bourdeau, et quelques autres que venaient de repousser iescolièges d'arrondissement rentrèrent à la Chambre, comme M. Bignon, i)ar les suffrages des-grands collèges. Ces suffrages y ramenèrent aussi un grand nombre de leurs collègues

IIÎBTOmE DE LA RESTA DR ATIOÎ^- lit

successivement éliminés depuis iHI6. Quelques-uns^ commo M. Uuvergier de llauranne, éiaieni des royalistes modérés et constitutionnels. Un grand nombre avaient figuré dans la mnjontèdela Chambre inliouvâhle. On vit reiianlire alor^ des noms que bien des gens ne prononi-aienl qu*an*e une sorte d^effroi, soit parce qu*ils avaient Uîiiu, en 1815, un h»ngagc excessif ot imprudent, eoit pan^eque la presse libôrale n*avait cessé, depuis lors, de les fiignaler comme les fauleuriî de ce qu elle appelait le terreur bittmhe. Ti'l s étaient M. Brennet, M* Lhipiessis Grènôdan, M- de Bouville, M, de Kergorlay, M. deSesmaisons^ M. Uuboldéïu, M. de Betliisy, M* Piet, M. Parde$suit M- de Forbin des Issarls^ M. de Uourienna, le Ifrésidenl CIhIIUh, MM. de Vogué et deCalvière, M. Syrieys de M.iyrinli.ic. Tel rt;iil encore M» de Yanblanequi^ romrae ministre de l'intôrieur, avait soutenu contre 1^ autres membre^ducaliinetla politique de h Chambre tn^ ttu vaille. Avec ces vétérans de Tultra-royalisrae arrîraient qat'kpieâ liomnies animés de sentiments analogues,

[izniis qui n\iv*iient pas encore eu [occasion de les expriler à la tribune* Je nommerai enlre autres M. Bertin de

|'%'iux, un des propriétaires du Journnl dea Délmtft^ jadis rcréta ire-général ûe la palice sous M* Decazes qui l'aidait deïililiié àçauiie de ses relations avec lofqîosilion de Iroile. M* DolaioU qui avait ausi^i Iravaillé au Journal drs f>é^6a/# et qui était surtout connu pour le zélé aclif et aventureux avec lequel, aux derniers temps de la Cnn- Vt^uion (*t^ous le r*irectoirt\ il s'étail mêlé aux hiltei; du

144 HISTOIRR DK LA RESTAURATION.

parli royaliste contre la Révolution, enfin M. Dudon, qu'on avait va pendant quelque temps, comme conseiller d'État, défendre avec talent devant les Chambres les pro* jets de loi présentés par le premier ministère de M. de Richelieu, mais qui, chargé de la liquidation descréances étrangères^ avait encouru une destitution pour avoir prévariqué dans celte délicate opération, et que l'ardeur de son ressentiment avait jeté dans un parti auquel, jusqu'alors, il était resté complètement étranger.

Parmi les nouveaux élus se trouvaient encore deux hommes destinés à jouer un rôle important dans la politique : l'un était M. de Chabrol Crousol, l'ancien préfet (le Lyon, l'ancien sous-secrétaire d'État de l'intérieur; l'autre, jusqu'alors inconnu à Paris, était M. de Peyronnet, procureur-général à Bourges, qui avait figuré longtemps dans l'illustre barreau de Bordeaux avec quelque distinction, sans y être pourtant au premier rang. Ses opinions ne paraissaient pas alors aussi tranchées qu'elles l'ont été depuis; il semblait mémo incliner vers le centre droit plutôt que vers la droite.

Un des traits caractéristiques de l'ensemble de ces élections, ce qui les distinguait essenliellement de celles des années précédentes et leur donnait un air de ressemblance avec celles de 1815, c'était le nombre considérable de seigneurs et de gentilshommes dont les noms sortirent de l'urne. Il y avait parmi eux un prince de Montmorency, déjà député en 181.J et en 1816, et un prince de Soire.

En r&rnlUt déliaîiif, sur 220 élii^;, tant des col liges d'srrondîiscment que des collèges de déparlement, 44 iraient iHé pris parmi l&è présidents el les vice-ppi-sidents de cm ccllrges, 7^j avaient fait partie de la tJjamhre introuvable, et, à rcxceplion de 34 ou 3o que la gauclic èUil eu droit de revendiquer, tous appartenaient à la droite ou au centre droit. I/opposilion de la gauche et dtt centre gauclie, qui, pendant la session pncédenlis £e GO m posa il à peu près de la moitié de la Cliâmbre^ était réduite au tiers.

Je le répèle : les espérances les plus hardies du minis- \l*Te et de ses allièi^ étaient de htMncoup dépassées. Au langage de certains jamnau?t de fa droite, aux transports de joie qu'ils laissaient éclater en termes parfois fort indiscrelSf on pouvait déjà reconnaHre que, pour beaunoup d'ultra -royalistes, les lerons de rextiérience avaii^nt Hé nullt^ el qu'ils étaif^nl tout prêts i\ rentrer dens la voie fuiieitaoù, ^\\ ans auparavant, ils avaient failli perdre la monarebie. Le /Mf^nsfiir, croyant toucher à la réalisation de ses théories d'absolutisme politique el religieux, mon- Irait, dans un prochain avenir, r^inéantissemenl des Insth Uttiom peMilenlklks que la France, dist ait-il, avait follemenl emprunléesà TAnglelerre. Les clioses allèrent si loin que In Jouma! tics l^btîts el la Quotidienne elle-même, loul en s'assucianl aux cbanU de triomphe de leur parti, cnireut devoir TTivertir de ne pas abuser de la victoire et eiprimer leur regret de qiïelques exagérations. Il ne Mgi^ssail pas pour tes roy a listes, disait la Gazette tk IX. 10

146 IIISTOIRK DE LA Ri:STAURATION.

France^ de réagir contre ceux qui les avaient persécutés, de leur rendre guerre pour guerre, mais de se garantir de l'oppression. La presse rainislérielle les adjurait de rester unis, de n'user de leurs succès que pour faire triompher les libertés publiques à Tombre du trône, et de confondre ainsi leurs calomniateurs.

M. de Richelieu qui, dans son pessimisme habituel, avait craint jusqu'au dernier inslanl la défaite du parti monarchique, trouvait maintenant que la victoire était trop complète. Il écrivait à M. Decazes qu'il y avait parmi les nouveaux élus des noms qu'il aurait désiré n'y pas voir, mais il ajoutait, comme pour se rassurer, que la masse se réunirait au ministère, et qu'alors môme que vingt ou trente membres de l'extrême droite se constitueraient en opposition, le mal ne serait pas grand. M. Pasquier exprimait des idées analogues dans une lettre adressée aussi à l'ancien président du conseil. Louis XVIII laissait voir quelque inquiétude. • Nous voilà, > disait-il à ses ministres, t dans la situa-

> tion de ce pauvre cavalier qui n'avait pas assez d'élas-

> ticitépour sauter sur son cheval. Il pria saint George » avec tant de ferveur que saint George lui en donna

> plus qu'il ne fallait et qu'il sauta de l'autre côté. »

La Cour d'assises de Paris venait dé terminer le|)rocès auquel avait donné lieu la tentative faile à deux reprises, quelques mois auparavant, pour amener l'avorlement Be la duchesse de Berry en faisant éclater des pièces d artifice dans le voisinage de son habitation. Les accusés

HlSTOIRIi: DE LA RESTAURATION. 147

étaient, comme je l'ai dit, un sienr Gravier, ancien militaire, un sieur Boulon, ancien courrier, et avec eux un marchand de vin appelé Legendre, inculpé seulement de non -révélation. Le système de défense de Gravier, le principal accusé, consista^ d'une part à présenter le fait qu'on lui imputait comme un pur enfantillage qui n'aurait eu d'autre but que d'inquiéter le poste de garde au guichet des Tuileries, de l'autre, à prétendre qu'un agent provocateur l'y avait excité. Il résulta en effet des débats qu'un agent secret de la police, ancien officier et ami de Gravier, avait joué auprès de lui ce rôle infâme et l'avait ensuite dénoncé. L'avocat-général, M. de Broë, exprima lui-même une vivo indignation contre ce misérable qui avait trompé tout à la fois, dit-il, Tautorilé et les accusés. M. Claveau, le défenseur de Bouton, pour essayer de sauver son client en appelant sur lui la commisération publique, eut recours à un étrange expédient, t Le père et la mère de Bouton, » dit-il en terminant sa plaidoirie, « descendent peut-être » en ce moment dans la tombe. Je dis plus : sa femme, f (oserai-je prononcer ces paroles ?) sa femme est morte » hier, et c'est moi qui lui en donne la première nou- » velle. » A ce^ mots. Bouton tomba sans mouvement, on l'emporta. Au milieu de l'émotion générale, l'avocat, s'apercevant de la désapprobation dont il était lobjel, s'écria qu'il avait fait son devoir et que, s'il avait trouvé un moyen plus efficace pour sauver son client, il l'aurait employé. Le lendemain, Bouton reparut à l'audience dans

un état vrai ou simulé d'aliénation mentale. Sur le réquisitoire du ministère public, la cour suspendit pour un mois le défenseur de ses fonctions d'avocat, ei M. de ' Broë annonça môme l'intention de demander au conseil de Tordre sa radiation du tableau, mais cette menace n'eut pas de suite. Gravier et Bouton furent condamnés à mort comme auteur et complice d*un attentat contre un membre de la famille royale ; Legendre fut acquitté. Les condamnés se pourvurent en cassation, mais leur pourvoi fut rejeté. L'arrêt ne reçut pourtant pas son exécution. La duchesse de Berry écrivit au Roi pour demander la grâce de ces deux malheureux, et leur peine fut commuée en celle des travaux forcés à perpétuité, avec dispense de la marque et de l'exposition.

Un procès d'une tout autre nature venait d'être jugé par la Cour de cassation. J'ai parlé de la pétition que M. Madier Montjau, conseiller à la cour de Nîmes, avait présentée à la chambre des députés, dans le cours de la session précédente, pour dénoncer un gouvernement occulte existant au sein du parti royaliste et exerçant, surtout dans les départements du midi, une redoutable influence. J'ai dit les débats violents soulevés par cette pétition que le gouvernement avait cru devoir combattre, bien qu'il n'ignorât pas que, si les assertions en étaient exagérées, elles n'étaient pas, à beaucoup près, dépourvues de fondement. M. Porta lis, sous-secrétaire d'État au ministère de la justice, avait écrit à M. Madier Montjau pour l'inviter à déposer entre les mains du procureur-gé-

lierai do Ntmes lesdoeamenls ôlnhlissanl la preuve ou un commencement de preuve des faits par lui dénoncés el à lai faire pari (le tout ce qui olail venu à sa connaissance^ afin qu'une information exacte et sévère pût mettre les tribunaux en mesure de punir les perlurbatenrs de Tordre pulitic* M* Madier Montjau, non content de se refuser à celle invitation en disant qu*il ne lui était pas permis de faire connaître en ce moment la source où il avait puisé ses rensei|,'nemenis, avait expliqué ce refus dans une longtie lettre à M. Porta lis, coni;.ue en termes peu mesurés, et qu il avait fait publier. Cependant, le gouvemement, a qtti la Chambre avait renvoyé la pétilion, l'avait transmise au procureur-général de Nîmes pour qu'il fît informer sur les faits. Dès le 31 mai, la chambre des mises en acco^tion avait ordonné Tinformalion, Le 9 juin, M* Madier Montjau se trouvant malade et retenu au lit et le conseiller tnstrucleur s'élant rendu auprès de lui pour recevoir sa déclaration, il Ini avait déclaré qu'il s'était engagé par serment à ne pas nommer ceux qui lui avaient révélé les détails énoncés dans sa pétition. Il avait offert, d'aîlletirs^ de fournir tous les renseignements que Ton pouvait désirer, sauf les nomsî des personnes, mais n'avait allégué à Tappu! de ses dires que la notoriété publique, fai^mt appel i\ la t^onscicnce de lous les pfï^nsde bien el soDtL?nant qui' les faits étaient du nombre de reux dont un pouvernemeni ferint? |ïeul. lorsqu'il le veut, consiaier U vérilé sauï^ comjïromcltrc la sùruté d un citoyen honnête* Dans cet élit de choses, ilavait paru impossil^le de

pousN.T plus loin rinfonnation. Le Moniteur^ en racontant cos détails, arait qualifié sévèrement les procédés de M. Madier Montjau.

Les choses n'en étaient pas restées là. Le garde des sceaux, très-inrité de la conduite tenue par ce magistrat, avait pensé qu'il fallait en faire un exemple. Dès les premiers jours de juillet, la Cour de cassation, réunie en corps sous sa présidence, après avoir entendu un rapport de M. Zaogiacomi et un réquisitoire du procurear-général tendant à ce que M. Madier Montjau fût censuré, avait décidé, en vertu du pouvoir disciplinaire que la loi lui confère sur les membres des tribunaux, qu'il serait cité à comparaître devant elle pour s'expliquer sur Tinculptiondont il était lobjet.

Ce ne fut qne le iS novembre qu'eut liea cette comparution. Le garde des sceaux présidait encore la Cour. La salle éuit remplie dune multitude de personnages éminents. Le rapporteur exposa d'abord l'histoire et le contenu de la pétition qui avait fait tant de bruit, les interpellati'^ns adressées à M. Madier Montjau et son refus de fournir à la justice des renseignements sur les prétendus complots qu'il avait dénoncés. L'accusé, dans l'interrogatoire que lui fit ensuite subir le garde des sceaax, persista à soutenir que ces complots existaient, qn'il en connaissait les auteurs, mais il ajouta qu'il ne serait peut-être plus possible d'en fournir les preuves matéridles, c'eslà-dire les cireulaires du |i^>uve^neIllent occulte, parce que h crainte avait pu engager ceux qui en étaient dAtenteors

HISTOIKE J}¥. LA BKSTAUHATION. Itil

à les détruire ï qua leur cxislence, cepcTuInnt^ pourrait encore fitre alt^iée par beaucoup de témoins dignes de foi, mais qu'il n^avail pu et ne pouvait désigner personne^ ajant pris sous le sceau du serment rengagement de ne point révéler les informations qu'il avait reçues à moins qoe le minisiére ne fût décidé à poursuivre les auteurs de la fameuse note secrète de 1818, dont la publication avait effrayé, disait-il, une grande partie de la France. L'interrogatoire terminé, le procureur-général pril la parole* S'attachant à faire ressortir rinconvenance de la conduite de M. Madier Montjau envers le gouvernement 01 la magistrature, il dit que les faits dénoncés étaient ▼rais ou faux, que, s'ils étaient faux^ leur dénonciation publique était un scandale, un véritable attentat, qne^ s'ils étaient vrais, M. Madier Montjau ne pouvait se dispenser d'en rendre témoignage à la justice, et que ses ôlninges dénonciations ne pouvaient être considérées que comme one calomnie dès qu*ell*^s n'étaient pas appuyées de preuves. Comme^ cependant, il s'opiniâtraità en affirmer la vérité, comme, par une telle manière d'agir, il in)i]blaît Tordre public et refusait d'accomplir un devoir, l'organe du ministère public conclut à ce qu'il fût m^ |ieadu de ses fonctions.

M Cour s'ajourna au surlendemain pour entendra la défende. Comme il ne s'agissait pas d'une poursuite crimiaelle, mais de Texercice d'un droit disciplinaire de la Cour suprême, elle avait d'abord décidé qu'iTue serait pas accordé de défenseur à M, Madier Montjau, mab elle

consonlil ensuite à ce qu'il fût assisté de son père, conseiller à la cour de Lyon, ancien consiituanl et connu pour ses idées royalistes.

Dans le plaidoyer Irès-déclamatoire que Taccusé prononça le 30 novembre, il commença par protester contre la pensée qu'on lui avait imputée de présenter rhèritier du trône comme le chef du gouvernement occulte qu'il dénonçait. Il entra dans des détails Irès-étendus sur les troubles qui avaient agité quelques années auparavant plusieurs départements du midi ; il rappela ce qu'il avait fait alors |M)ur contenir de déplorables excès et les témoignages de satisfaction qu'il avait reçus du gouvernement. Il expliqua qu'il n'avait pu obtenir communication des circulaires du gouvernement ccculte qu'en prêtant serment de ne pas faire connaître ceux qui les lui avaient remises à moins que des poursuites ne fussent dirigées contre les auteurs de la note secrète. 11 fit remarquer que la dénonciation dont on lui faisait un crime était exactement semblable à celle que le garde des sceaux avait portée Tannée précédente à la tribune, et que ce ministre ne pouvait vouloir que l'on punît dans un autre une action analogue à celle dont la reconnaissance publique l'avait lui-même récompensé. M. Madicr Monljau, répondant ensuite au reproche que lui avait fait le ministère public de s'être lié par un serment envers les révélateurs et des'è- Ircrcfus4';;i y manquer loi-sque rinlérél public l'exigeait, ciUi, pour se justifier, l'exemple d'un confesseur qui reçoit un aveu au tribunal de la pénitence et la conduite

^ rieu

Kich

il ffkir'y

président de La moignon nvnit tenue en pareille circonstance sous le règne de Louis XIV.

Le procnreur-gônéral ayant répliqué, la Cour, après une délibération qui dura près de trois heures, rendit un arrêt qui prononçait contre M. Madicr Montjau la censure avec réprimande et le condamnait aux frais de la citation. Cet arrêt était motivé sur ce que, dans des écrits publiés^ il avait dénoncé des complots qui, s'ils avaient existé réellement, auraient compromis la sûreté de TÊtat; qu'il avait refusé d'en livrer les preuves à la justice bien qn'it déclarât les avoir eues en sa possession, qu*un

ment prèle hors de l'exercice des fonctions civi-

et religieuses ne peut remporter sur la volonté de la loi» que lors même que, dans Terreur de sa conscience, M. Madier Montjau se serau cru lié par un tel serment, il aurait dû garder le silence, qu'en révélant au contraire les crimes dont il refui^ait en même temps d'administrer les preores jl avait manqué à son caractère de magistrat et compromis la dignité de la Cour dont il faisait partie, 61 que, depuis sa citation, il avait aggravé ses torts par la Hvélation de ses rapports confidentiels avec ses su|iië"> rieurs.

L'arrêt était moins sévère que le réquisitoire. Ce fut un ec pour M. de Serre, qui s'était engagé dans cette affiiire avL\' um^ iia.ssion d'autant [ilns regrettable que M. Madier Montjau était ronde, jusqua un certain point, à prétendre qu'il n'avait fait que marcher sur ses traces*

Une ordonnance royale avait convoqué les Chambres

pour le 19 décembre, et, en altendant ce moment, le gouvernement avait entamé, avec les chefs de la droite, des négociations qui tendaient à les faire entrer dans le cabinet. Avant de raconter ces négociations et d'en faire connaître le résultat, je dois exposer les grands événements qui s'étaient accomplis à l'étranger dans le cours de l'été et de l'automne et qui devaient exercer une puissante influence sur la situation de la France elle-même.

:SuLto «les dLOthdratiûns des grandes puissanees sur la rérolutbn d'BspAgne. Développement de cette révotution. — Révolution do Nap\ef,, où les earbonari et l'armi^e impo^^ent au Hoi la conslituttori f*p:ifïiqle, — Sar la propositiof» de la f rarica appoyéo parla Kussk^ le» jTfaTide^ puissances décident U pt^unioïi d'un Congrès à Troppau pour aviser aux moyens de la réprimer — Révolution de PortugaL — Troubles en Angleterre â l'occasion du procès de la Reine,^ — Mëconl«DtemeDt en Pologne» où la diète rejette des projets de loi propar l'eroperçar Alexandre. — Révolte d'un régiment à Saintorg, — Ûtivertarc du Congrès de Troppau. — Triompli^ de ûe Metternieh, rjui amène Tempereur de Russie à renoncer h ses îdêé* libérales ei à se détacher de la France, — Protoeole par lei|uêl rAuirJche, la Prusse et la Rosâle poAent le prineipe de rinlerveniîoD, m^mêi par la force, dans tes États envahis par la BéTolmion, et en font rapplteatioQ au royaume de Naples. — L'Angleterre, tout en pouai&nl r Au triche à agir seule contre Naples, protesie conlre les principêi du protocole^ la France n'y adhùre <|u'avec des restrictions, dans rcspéran^e de modt?Ter l'action des puissances absolutistes. '— L'Aulrictie, la Prusse Ja France invitent le roi de Naples à se rendre à Layba^h oii le Congrès va ôtre transféré. — A Naples^ vaini efforl>^ du parti modéré pour modifier la constitution duns le sens de k Charte française. ^ Le parlement ne permet au Roi de partir pour La jbacb qu'après lui avoir Tai; promettre de maintenir la ton»litntiouÉ — Au milieu des agitaLions da ri£urope, la pensée des fouremements se reporte avec inquiétude sur Napoléon captif et mourant.

J'ai parlé de rinulillté des elTorts qu'avait faits, pet)daQl le priotemps^ l'empereur de Ho&sie pour amener les

156 HISTOIUE DK LA UESTAURATION.

grandes puissances à une déoionstration énergique contre la révolution espagnole. Le cabinet des Tuileries, en s'y refusant aussi bien que ceux de Londres, de Vienne el de Berlin, avait cru possible de substituer à cette démonstration un système de conduite dont l'exposé forme la matière d'un Mémoire envoyé par M. Pasquieraax puissances alliées dans le cours du mois de juillet. Il y reconnaissait qu'on ne pouvait exercer en Espagne une intervenlion directe et avjjuée qui aurait elTarouché les susceptibilités patriotiques de la nation, mais il proposait d'envoyer aux représentants des cinq grandes cours à Madrid des instructions communes pour que l'accord de vues et de sentiments qui existait entre leurs commettants se manifestât dans leur langage, rappelât aux Espagnols les grands principes de l'ordre social et les avertît de ne pas trop s'en écarter. Dans le cas où la sûreté du Koi viendrait à être compromise ou celle des États voisins menacée, les cinq légations exprimeraient leur désapprobation formelle des actes dont résulterait un tel état de choses; elles pourraient même être autorisées à quitter Madrid, et alors, les puissances se concerteraient sur ce qu'il y aurait à faire.

Lord (^astlereagh repoussa encore l'idée d'une action concertée entre les puissances, comme établissant un droit d'intervention qu'on no pouvait s'attribuer chez les 'autres san-^ l'attribuer aux autres chez soi ; il déclara qu'il ne voyait que deux cas qui pussent justifier une intervention, celui où l'Espagne attaquerait le Portugal et où le

nrSTOlRK DR LA IVERTAIT RATION. Jr>7

cahinel àf Lisbonne réclamerait de l*Ângleterre h proteciioa â laquelle les traités lui donnaient droit, et celui m h vie de Ferdinand VU serait elTectivement en danger. En rivalité, c'étaient précisément les lijpothèses prévues par la France comme pouvant justifier Taclion des puissant "ces, mais l'Angleterre déclinait toute idée de concert préalable, de principe poséâ Ta vance. Les choses en restèrent là. La rêyololion espagnole, livrée à elle-même, piitdonc suivre son cours dans lequel elle ne justifia, ni les terreurs qu*elle avait inspirées aux esprits obsédés des souvenirs de la révolution française, ni, bien moins encore, les espérances que des théoriciens enthousiastes avaient fondées sur elle* La suppression de Tinquisition et des jésuites, celle des juridictions seigneuriales, la liberté de ta presse, la formation d*une garde nationale, avaient été les consé4]uences nécessaires du rétablissement de la constitution de IBlâ. Les élections qui eurent lieu pour fa nomination des membres de rassemblée des cor tes, et auxquelles le peuple tout entier fut appelé à prendre part dans des formes très-corn pi iquëes, se firent, comme il arrive d'ordinaire après les grands bouleversements, sous l'influence exclusive du p:irti qui venait de tiiom plier* Tous les choix se portèrent sur des libéraux plus ou moins exaltés. Dans rassemblée comme dans le ministère, on vit (igurer au premier rang des hommes naguère enfermés aux présides ou qui, condamnés à mort, n*avâient sauvé leur tête que par ta tuile* Tels étaient MM* Arguëiles, Martinez de la Uo^a,

le comte de Toreno, Garcia Herreros, Calatrava et bien d'autres. Plusieurs de ces hommes parurent oublier tout ce qu'ils avaient souffert pour se dévouera la défense de Tordre et de la liberté. Le parti ultra-révolutionnaire, qui ne formait dans les Corlès qu'une faible minorité, mais qui avait au dehors des auxiliaires puissants, trouva en* eux d'énergiques adversaires. Une loi fut volée pour garantir la liberté individuelle, une autre pour réprimer la licence des clubs qui semblaient vouloir renouveler dans la Péninsule les scandales et les périls de la société des jacobins. Les portes de la pairie furent rouvertes à plusieurs milliers d'Espagnols exilt^s depuis six ans pour avoir servi la royauté de Joseph ; on amnistia aussi 69 députas qui, en 1814, lorsque les Cortès n'avaient pascessé de siéger et que Ferdinand VII n'était pas encore arrivé à Madrid, lui avaient écrit secrètement pour l'inviter à rétablir le pouvoir absolu. Bien que quelques restrictions regrettables se nirlassentà cénacles de clémence, ce n'en était pas moins, dans un pays tel que l'Espagne, un spectacle digne d'admiration qu'une grande révolution accomplie sans effusion de sang cl sans violences, alors que les vainqueurs avaient tant d'injures à venger. Ils continuèrent l'iouvre de réfopme interrompue en 1814. Les majorais furent supprimés, les corporations religieuses abolies et leurs biens déclarés propriétés nationales : imilalion inopportune delà révolution française qui, chez un peuple resté rcligieuk jusqu'à la superstition, trèsdévoué aux moines et presque complètement étranger

UTSTonii: OE la R^sTAïutArroN, im

afl désir de devenir propriétaire, devait avoir pour réstiltil d'augmenter le nombre déjà trop considérable des ennemis du syslôtnc constîUiUonneL

Déjà, quelques insurrections, quelques conspirations Iciitte en faveur de la royauté absolue prouvaient que le paru si facilement abattu quelques mois auparavant tcimmençait & relever la lête* Ces tentatives, encore peu considérables en elles-mêmes, n*en avaient pasmoins pour effet d*affiiblir le parti de Tordre et de la modération en fournissant des arguments et des prétextes à la faction ânarchique et révolutionnaire, porlée, en tout pays, à réclamer au nom du satut public des mesures extrêmes el â accuser de faiblesse et de trahison quiconque fc refuse i l'emploi de ce& remèdes héroïques. Cette faction n'n- Tatt pas lirdé à prendre pour chef ou plutôt pour drapeau un des ofïlciers qui, en soulevant rarmée réunfe prê^ de Cadix et en proclamant la constitution de 1812, nvaienl fait la révolution. Le général Riégo, homme d*un esprit faible et d'une vanité crédule^ enivré par les adulations des anarchistes, s'était mis à leur tête. Il avait tenté dans Madrid même un mouvement que le ministère avaîl pu réprimer cl quMI avait même puni par la destî- Intion et lexil du coupable. Cet acte di> fermeté, approuvé partout ce qu'il ï avait d*honnêtçel de sensé dans le parti libéral, semblait prouver qu'il y avait encore des re:*$ources pour les défenseurs du trône dans les sentiments monarchiques dont le peuple espagnol était si profufidt'^ment pénétré^ mais il eût fallu que le Hoi, en ras-

lA» HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

$unnt l'opinion contre la crainte du rclour de rancicn des|H)li$inc et de ses vengeances, ralliât à son gouvernemont tous ceux qui redoutaient des bouleversements nouveaux. Malheureusouienl, telles n'étaient pas les dispositions et les intentions de Ferdinand VII. Ressaisir le plus tôt, le plus complètement possible, le pouvoir absolu, soit à l'aide de secours étrangers qu'il faisait solliciter secrètement, soit par quelque mouvement intérieur, c'était sa seule pensée, sa seule espérance, et il n'aurait vu qu'avec regret des mesures qui eussent affermi le régime constitutionnel en le modérant. En dépit des protestations libérales qu'il renouvelait sans scrupule lorsqu'elles pouvaient servir à ses desseins cachés ou lorsqu'elles lui étaient arrachées par la peur, son attitude plus qu'ôquivoquc dès qu'il était tant soit peu rassuré, ses tentatives sourdes etmalulroites pour se soustraire à l'action et à la surveillance de ses conseillers ofliciels, pour s'affranchir des obligations constitutionnelles, déjouaient tous les efforts des libéraux modérés qui auraient voulu se rallier franchement au trône. Les ministres eux-mêmes, qui avaient fait preuve de tant d'énergie contre Riégo, craignant que les dissentiments des amis de la révolution ne tournassent au profil des absolutistes, leurs communs ennemis, se rapprochèrent de ceux qu'ils avaient vaincus, les rappelèrent aux emplois, aux commandements, et Ferdinand Vil, devenu pour les membres de son gouvernement un objet de défiance et de soupçon, contraint à se séparer des courtisans dangereux auxquels seuls il accor-

niîlTOïnF. OF IX nKSTAtTRATIDJH,

IQt

Ann Ra confiance, se troava rèduil fi une demt^nâ pli vite qui nppelait une triste époque de notre histoire,

Quelque déplora blij que fût cette situation , |>ersonne fiocore, dans l«ts cabinets de l'Europe, ne pensait qu'elle (»tji aboutir à uti@ intervention étraogère, mais tien était »utrt*mont de celle où la partie méridionale de ritalie venait dèire jetée.

Il n y avait guère plus de quatre-vingts ans que les Uêux-Siciles, soumiBe.ssQCcesstvenf)ent depu[^ le xvi^ siècle, aux monarques autrichiens qui régnaient à Madrid et à Vienne, avaient passé sons l'autorité d'une brandie de b maison des Bourbons d'Espagne, G ou ver nées par les princes autrtchtena comme te sont trop souvent dus pro^ viocéâ éloignées sans rapports directs avec leur métropole, ces belles contrées ètaiejjL restées dans un tel iHat d dKindon que, malgré leurs richesses naturelles^ malgré les facultés heureuses, à plusieurs égards, de leurs populations, elles se trouvaient de plusieurs siècles en arrière dé la civilisation du reste de T Europe. Formant désormais un Éial distinct, avec un roi et des ministres résidant dans le pays, ce seul changement eilt été pour elles un immense bienfait. Il se trouva, de plus, que le fondateur de la nouvelle dynastie, Charles III, plus t;ird roi d'E?p3gne, était un prince sage, consciencieux, dévoué aux devoirs de la royauté dont il se fais;*iE une grande idée, fort étranger sans doute Bnx doctrines fihiiosophiques, fort ami du pouvoir absolu, gardant hermcoDp de préjugés, mais aussi comprenant, de même quc^ IX. Il

I6f III8T0IRR DP. LA RF.STArRATfON.

plasiears autres soaverains de son temps, la nécessité de gi-andes réformes, plein de coorage pour les accomplir et^ df'cidé ù soutenir jusqu'au bout l'habile ministre qui ieslui inspirait et s'en rendait l'instrument, Tanucci. Sous son W'gnc bienfaisant, les provinces napolitaines changèrent de face, de grandes réformes législatives, d'immenses améliorations matérielles furent réalisées en peu d'années, et quoiqu'il restit encore beaucoup à faire, quoique tous ces changements n'eussent pas été dictés par des pensées également saines, le pays semblait être entré décidément dans les grandes voies de la civilisation.

Malheureusement, le successeur de Charles III, Ferdinand, à qni son père, allant prendre possession du trône d'Espagne, laissa la couronne de Naples lorsqu'il avait à peine atteint sa huitième année, devait se montrer bien peu digne d'un tel héritage et bien peu capable de le faire valoir. Né avec des instincts grossiers qu'une détestable éducation n'avait fait que développer et qui le mettaient presque au niveau de la classe la plus infime de ses sujets, également dépourvu de lumières naturelles et d'instruction, ne se plaisant qu'aux exercices du corps et ne puisant pas même, dans ces exercices et dans la yîgueur physique qui l'y rendait apte, le courage et la fermeté brutales qui en sont d'ordinaire le résultat presque machinal, il était destiné à se laisser gouverner pendant tout le cours de sa longue existence. Cependant les conséquences funestes d'une telle organisation ne devaient passe faire sentir immédiatement. Pendant les premières

années de son règne, Tanncci continua à diriger les affaires. PIhs lard, la reine Caroline, la fille de Marie-Thérèse, la sœur de Marie-Antoinette, femme d'un caractère énergique, s'empara de toute Tautorité, et elle continua à Naples celte œoite de réforme et d'innovations, cette guerre aux vieux abus que ses frères Joseph et Léopold poursuivaient à la même époque à Vienne et à Florence.

La révolution française et la guerre qu'elle déchatna arrêtèrent le mouvement qui commençait à agiter l'Europe pour y substituer, suivant que les chances de cette guerre étaient favorables ou contraires aux armes de la France, soit l'anarchie démocratique avec tous ses excès, soit des réactions dans le sens de l'absolutisme et de l'ancien régime. A Naples, plus qu'ailleurs, ces réactions prirent un caractère d'odieuse violence dû, surtout, aux passions fougueuses de la Reine, en qui la mort de sa sœur, l'infortunée reine de France, avait excité d'implacables ressentiments. Lorsqu'en i799 le, roi de Naples, m\ moment forcé de se réfugier en Sicile, reprit possession de ses États continentaux après la retraite des Français qui y avaient établi une republique éphémère, d'atroces vengeances frappèrent tous ceux qui, dans un degré quelconque, s'étaient ralliés à ce gouvernement; l'on vit monter sur Téchafaud tout ce que le pays renfermait d'hommes éminents et distingués, et c'est à peine calomnier cette affreuse époque que de la comparer à la terreur de 1793.

On S4) disait, comme à l'ordinaire, pour justifier ces

craaiités, que c'étaient des exemples siceasaîres pour affermir le pooToir. La royauté n'en sorcomba pas moins sept ans après dans une guerre imprudemment engagée contre Napoléon, et si le roi Ferdinand, réfugié de nouf eau en Sicile, put à grand'peine s> «^intenir sous la protection des forces anglaises, Naples reconnut succe»sirement pour rois, pendant près de dix ans, Joseph Bonaparte et Joachim Murât, vassaux du grand empire français. Sous leur gouTernement énergique, absolu, quelquefois dur jusqu'à la cruauté, la justice, l'administration, les Gnances, la milice furent entièrement renouvelées. Des lois, des règlements presque enlièremeot conformes i ce qui existait en France remplacèrent l'ancienne organisation du royaume, presque toujours avec avantage, quelquefois d'une manière moins efficace, parce que les circonstances locales ne s'y prêtaient pas et qu'on n'y mettait pas assez de discernement. Pendant ce temps, les Anglais, maîtres de la Sicile d'où ils expulsèrent la reine Caroline pour dominer plus facilement son faible mari, y remplaçaient l'ancienne constitution féodale, dont il ne restait plus guère que le nom, par une nouvelle constitution modelée sur celle de l'Angleterre. Je ne répéterai pas ce que j'ai déjà dit des événements qui, en 1815, renversèrent le trône de Muratet réunirent encore une fois les Deux-Siciles sous la domination des Bourbons. Celle restauration nouvelle ne fut pas déshonorée parles mêmes excès que celle de 1799. Une usurpation, qui avait duré dix ans et qui avait été reconnue

ftfSfOlBË DE LA BESTAURJITJUN.

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par i'Eiirope entt^ïfc à re^cception de l'àngleterre, ne pouvait être traitée comme un mouvement anarehiqne de quelques mois. L* esprit qui dominait alors les conseils de r Europe était, en général, un esprit de modération* I L*Aatriche^ qui replaçait le roi Ferdinand sur son trône, ne lui ^ût pas permis de rentrer dans le^ funestes errements de 1799* Eofin, la reine t^a roi in e, Tauteur principal des sanguinaires violences de cet le époque^ n'eKistait plu». La Restauration fut donc une œuvre de transaction et de conciliation, à peu près comme celte qui avait eu lieu en France Tannée précédente. Les grades, les dignités conférés par lesdeuK rois français furent maintenus. On rechercha, on caressa les généraux qui s'étaient formés 5ous Murât, et on affecta de les iraiter avec la même bienveillance que ceux de l'ancien régime. La lé^riglation, les réformes importées de France furent conservée? avec d'autant moins de répugnance que, si elles supprimaient beaucoup d*a bus, si elles donnaient des garanties de justice, de bonne administration, elles ne faisaient rien pour là liberté. Qu^nt à la Sicile, sans lui rendre son ancienne organisa tiou féodale, bien peu digne de regret, on lui retira la constitution libérale que T Angleterre lut avait procurée et qui n'y avait jeté que de faibles racines.

La principale différence entre le régime de Murât et celui qui venait de le remplacer, c'est que Ma rat s'était appuyé sur les classes éclairées tandis que Ferdinand cherchait sa force dans les classes populaires el ignora n- 1^. L administration, d*atlleurs, était douce, le pays fai-

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