H18T01KK DE LA BESTAIÎK ATION
sail des progrès, les finances étaient florissantes. Néanmoins, à l'exemple de ce qu'on avait vu en France eo 1814, un sentiment d'inquiétude, d'insécurité, de mécontentement ne tarda pas à prévaloir. Les hommes dont le Hoi s'entourait de préférenC'O et qui composaient son conseil étaient presiiue tous par leur nature, par lenr éducation, par leurs antécédents, antipathiques à Tesprii du temps, et lors même qu'ils s'efforçaient de s'y conformer dans la conduite générale des affaires, ils le blessaient par des maladresses de détail, par des procédés ridicules, par des retours à d'anciens abus qu'on n'eût pas remarqués autrefois parce qu'on y était accoutumé, mais que dix ans d'un régime plus ferme et plus régulier rendaient maintenant choquants et presque intolérables. On sentait que le gouvernement était faible, que ses ressorts vieillis et relâchés se briseraient au premier choc un peu violent qu'ils auraient à soutenir. Enfin, un des fléaux les plus funestes que la politique ait jamais produits, celui des sociétés secrètes, minait peu à peu son existence. La secte des carbonari^ qu'on avait vue successivement, aa milieu des dernières révolutions, appuyer et combattre la cause dos Bourbons, dont le gouvernement légitime avait, à une certaine époque, accepté le concours, que, depuis, il avait essayé sans succès de réprimer et de détruire, puisant, dans une persécution impuissante et débile, des éléments de force et prenant un caraclère de plus en plus révolutionnaire, s'étendait, se propageait dans tout le pays. En même temps qu'elle ouvrait ses
IHHTiMHK fïK LA RI5ST A UltATIOPI- <^'
niiigs à loûs les aventuriers, à lous ceux qui n'nvaierit rien à perdre et qui espéraient gagner am lïoiikwersemenUià beaucoup de malfaiteurs mÈme, elle faisnit dos recrues parmi les fonctionnaires pu telles, dans uti clergé ignora ut et corrompu, el elle enlaçait presqm* entièrement daos son action les rangs inférieurs de Tarmée qui, bien payée, bien vt^lue, ne manquant de rien , mais mal disciplinée et composée d'éléments peu bomogènes, était pDur les conspiraieurs une machine loute préparée.
Telle était la situation du royaume de Naples au commencement de 1820, lorsqu'on y reçut la nouvelle de la révolution militaire qui venait de renverser en Espngne le despotisme de Ferdinand VU- Le contre-coup ne larda pas I s*en faire sentir. Le 2 juillet, un lieutenant deçà- Talerie appelé Morelli et un prélre du nom de Mintcbinii tous deu?t dun grade élevé dans le catlmmtrUme^ sortirent de Nolaà la tête d'un escadron et Ann détachement de gardes nationaux» aux cris de Dwu^ le Roi et la Comiitudon^ el se dirigèrent sur Avellino, capitale de la province, 011 le lieutenant-colonel de Conciliis s*unit à eux, avec la garnison, la milice et \m autorités. Bientôt après, ^iU rorent rtsjoints par un régiment venant de Naples même sous les ordres du général Guillaume Pepe, le , iieoU dit-on, des officiers- généraux qui fût affilié au car- \bntmrêëme^ et à qui Ton s empressa de déférer le conimandément en chef< D^^jà, les signes d*ane prochaine défeelion éclntaienl parmi les autres trouj»es que te gouvernemeut avait cnvovées contre les rebelles. La duisertion
16S HISTOIKK DK LA liKSTArKATlON.
éclaircissait leurs rangs. La rëvolaiion gagnait les pro- Tinccs les plus éloignée. A Naples même, il régnait nne grande agitation^ tous les carbonari étaient sur pied. Li Cour, le gouvernement étaient dans l'épouyante et la coih fusion. Pendant la nuit du 5 an 6, cinq carbonari se rendirent au palais, demandèrent à parler au Roi ou à un de ses ministres et, au nom des soldats et des citoyeni,au nom de la société secrète réunie en armes, disaient-ils, réclamèrent la concession immédiate d'une constitution, donnant deux heures au monarque pour se décider. Le Roi céda à cette sommation. Par un édit signé dans U nuit même et motivé sur le vœu général qui venait de se manirester, il promit de publier dans le délai de huil jours les bases du gouvernement constitutionnel qu'il s'engageait à accorder à son peuple. Gela ne parut pas suffisant, on crut voir un piège dans ce. délai le désordre continua et s'accrut, et, pour y mettre un terme, le duc de Calabre, fils aîné du Roi, à qui le vieux monarque,'alléguant la faiblesse deson âge et de sa santé, venait de transmettre l'exercice de son autorité avec le titre de son vicaire-général, rendit un décret qui portait que la constitution promise serait la, constitution espagnole votée par les Certes de 1842, sauf les modifications que la représentation nationale jugerait convenable ' d'y apporter. Les révolutionnaires, de plus en plus défiants et exigeants, ne se contentèrent pas de ce décret signé par le vicaire-général. Il fallut que le Roi le revêtit aussi de sa signature dont Tabsence leur
OÏRK OK LA 11IÎ8TAURATION. if^
protestation. Alors, salement, ils parureot salisraits, et leur joie se matiifesta par les plus bnayantes acdamations. On raconte qoe, lorsqu'on voulue &e rendre un eompla exact du r^*gime auquel le [jeuple el It? gouvernement se soumettaient par l'adoption de là constitution espagnole, il fut impossible d'en trouver à Naplf^s an seul exemplaire, en sorte que la nation se ^ouva placée mm une législation qui lui était încon- ^^^^ aussi bien qu'à &es gouvernants t
OeuTt jours après, Tarmùe constitutionnel le, ayant à sa
IftLo le gént^ral Pepeet composée de troupes de ligne, de
''^ilic^etde mr^nm arrivés des provinces, portant les
^ttkhl^oiesde la secle, fit eon tmlrée à Naples et défila
"^^^«Dtle prince vicaire-général et toul4^ sa famille, réu-
»iir le balcon du palais^, au milieu des acclamations
la foule. Puis, le prince présenta au^Roî le général
^ qui fut chargé provisoirement du commandement
^^ ^cmtes les forces militaires.
*-*a Révolution triomphait, aucun obstacle n'avait con-
^^*^é ni ensanglanté sa victoire, et rien n'annonçait en-
**^ qu'elle dût en rencontrer plus tard. La famille rovale
^^- tnéme paraissait pleinement résignée à la perte du
P^-^^ v^oir absolu et prodiguait au nouveau régime des té*
^^•gnaiçes d'un dévouement enthousiaste qui, de la part
J^ «lue de Calabre, n'était pas absolument simulé. On
^ lors qnelque chose de singulier. Les mrbomiri^ niat-
T^^ de tout régler à leur fantaisie, n'osèrent pas mettre
*^ain âur les grands emplois, sur les minbt^res. Aucun
de
d'eDirc eux n'avait acquis en Europe, ni même eo Italie, un degré d'importance personnelle et de notoriété qui lei y appelât naturellement. Ils comprirent que, pour ne pas discréditer le système qu'ils entreprenaient de fonder, il importait d'y rallier, ne fût-ce qu'en apparence, dei personnages plus considérables, plus connus, doués de plus d'expérience et de connaissance des affaires. Ce fui parmi les anciens serviteurs de Murât, parmi les grandi seigneurs signalés pour leur penchant vers les réformea et les idées nouvelles, que Ton prit les ministres. La constitution espagnole n'était certes pas conforme aux idées et aux vœux de ces nouveaux conseillers de la coaroqne; ils eussent préféré quelque chose de semblable à la Charte , française ou à la constitution britannique, et, en acceptant le pouvoir, ils se flattaient sans doute de respérance que le Parlement, convoqué pour le 1" octobre, aiodifierait dans ce sens le code démocratique qu'il avait fallu accepter. Mais ils purent bientôt reconnaître que rien ne se ferait qu'avec le consentement des carbonari qui, en se résignant à ne pas exercer officiellement le pouvoir, s*en étaient réservé la réalité. La secte, se recrutant par de nombreuses adhésions jusque dans les rangs les plus élevés de la société, étendant partout ses ramifications, délibérant en public, était toute-puissante, autant da moins qu'on peut l'être dans un pays livré à l'anarchie. L'anarchie régnait, en effet, dans les populations comme dans Tarmêe. Sur plusieurs points, il y eut des désordres sanglants. En Sicile, la guerre civile éclata. Dans celle
HISTOIRK DK LA hKSTAUUATlON. 171
lie, toujours négligée et sacrifiée par le goavernement DapolitaÏD, UD parli nombreux aspirait à Tautonomie sous la souveraineté du roi des Deux-Siciles. Palerme se souleva, entraînant dans son mouvement une partie des pro- TÎnces voisines, le sang coula en abondance, et il fallut plusieurs semaines à l'armée envoyée par le gouvernement de Naples pour forcer les insurgés à rentrer dans la soumission.
Il n'y avait certes, dans un tel état de choses, rien de rassurant pour les amis de l'ordre, ni par conséquent, pour ceux de la liberté qui ne peut jamais vivre longtemps sans lui. Mais elle était bien plus immédiatement menacée par ce qui se préparait au dehors.
L'Europe avait pu subir et tolérer la révolution d'Espagne, parce qu'elle avait mis fin à un régime intolérable et universellement réprouvé, parce que l'exemple d'un pays séparé de tout le reste du continent ne pouvait avoir d'influence et de danger que pour la France, trës-éloignée alors de vouloir intervenir dans la Péninsule et sans laquelle pourtant il était impossible de rien faire contre le gouvernement de Madrid, enfin parce que les souvenirs de la dernière guerre d'Espagne disposaient les esprits à considérer comme une grave et dangereuse entreprise toute tentative d'immixtion dans les affaires intérieures des Espagnols. Mais aucune de ces considérations ne s'appliquaient à la situation du royaume de Naples. C'était eu pleine prospérité, sous une administration douce et paternelle, bien que peu éclairée à certains égards, qu'il
Tenait de 8e voir envahi par la Rëvolation. Les abus mêmes qui avaient pu y provoquer des mécontentements n'étaient pas de nature à être aperçus ni compris du dehors. L'influence d'une société secrète qui était parvenue à corrompre l'armée, l'ambition de quelques agitateurs obscurs, c'étaient là les seules causes, les instruments de la révolution, et ces causes pouvaient se produire, ces instruments se rencontrer en tout pays. Les provinces napolitaines, loin d'être, comme TEspagne, reléguées à une extrémité du continent, confinaient à d'autres États dans lesquels existaient des ferments de désordre que le contact pouvait faire éclater d'un moment à l'autre. Déjà, les principautés de Bënévent et Pontecorvo, appartenant au Pape bien qu'enclavées dans le territoire napolitain, s'étaient insurgées, avaient demandé à s'annexer au nouvel État constitutionnel, et, sur son refus, avaient proclamii leur indépendance. Une agitation plus ou moins vive remuait les autres parties de l'Italie, surtout celles qui étaient soumises à la souveraineté de l'Autriche et qui, après l'avoir, en 1814, acceptée avec empressement en haine de la domination française, n'avaient pas tardé à prendre en horrair le joug pesant de Tadministration allemande, si antipathique par son esprit et par ses formes aux populations du midi. À tous ces motifs qui pouvaient porter les puissances étrangères à intervenir, même par la force, contre ce qui venait de se passer à Naples, il s'en joignait un autre non moins puissant : c'est que la position topographique, la faiblesse relative de cet Étal,
fflSTOtRR DE LA REftTAÎ?nAT10X.
ractère de ses habitants et la condaite qu'ils avaient e presque constammenL petidanl les tlernicres guerres, portaient à penst^r t|ue, si Ton ^ Jicidail à agir contre eu^^ on n'aurait pas à craindre de letir part une rési^ l^MM^c aussi énergique que de la pari des Espagnols.
L*AulricIje^ celle de toutes les grandes puissances qui
avait le plusà s'inquiéter de la révolution napolitaine, la
*^iale mtme qu'elle menaçât directement^ s était eto-
pr^osst^e de renforcer les troupes qu*elle tenait sur pied
*1^ ti^ ïe royauDûe lombardo-vènilien.En mûoie temps que
I<i o^binetde Vienne prenait cette précaution bien natu-
'^^llci, Tempereur Fran^;ois avait écrit à Tempereur de
ï^o^sie pour lui proposer d avoir avec lui, à Festh, une
^** Prévue otï i)s prendraient en considération les graves
^^^* Eléments qui venaient de surgir ; le roi do Prusse avait
***^si.ieté invité à cette conférence. M, de Melternich fit
'^^**l«Ure ensuite aux cabinets de Paris et de Londres,
<^<^«axiiie à ceux de Saint-Pétersliourget de Berlin, un Alé-
**-*^>ix*é qui exposait ainsi les vues de l'Autriche sur ce
' ^* • ^ y avait à faire dans les conjonctures où l'on se trou*
^**^ placé : une armée autrichienne marcherait sur Na*
pour y étoulTer la révolution ; les puissances con*
1i<lnient de ne reconnaître aucun acte du gouverne-
•>t sorti de cette révolution et de ne recevoir de lui
la ne explication isolée; leurs envoyés accrédités à
^ne se réuniraient en conférence permanente avec le
*^ lÉlre des atîaires étrangères d'Autriche pour former
ci^ntre d'entente et d'information^ mettre en commun
174 IIIST01RF. DE I.A ItF.STArRATION.
les vues des cinq cours el concerler un langage uniforme.
Dans un autre Mémoire adressé aux cours italiennes, le cabinet autrichien, se présentant comme le protecteur naturel de la Péninsule, annonça qu'il allait s'occuper des moyens d'y rétablir l'ordre, s'attacha à combattre l'idée qu'on pût prévenir de nouveaux troubles par des concessions aux idées constitutionnelles et ne dissimula pas sa volonté de rétablir les choses à Naples sur le pied où elles étaient avant la révolution de juillet.
Une circonstance qui ne pouvait être rendue publique, mais qui était connue des gouvernements, devait être la base et, aux yeux de ceux qui n'admettaient pas les droits des peuples, la justification du plan de conduite proposé par M. de Metternich. Pendant que le vieux roi Ferdinand multipliait les assurances de son dévouement an système constitutionnel, il prenait secrètement des mesures pour faire connaître ses véritables sentiments aux souverains sur lesquels il croyait pouvoir compter. Dans un entretien secret qu'il eut avec l'ambassadeur de France, M. de Narbonne, il lui avoua qu'il avait dés craintes très-vives pour sa sûreté personnelle et le pria de lui procurer les moyens de sortir de ses États. M. de Karbonne, croyant ces craintes exagérées, chercha vainement à le rassurer, à lui inspirer plus de résolution. Le Roi lui ré[)ondit qu'il ne pensait pas qu'il y eût du danger pour le duc de Calabroni pour le reste de sa famille, mais que, quant u lui-même, il était sérieusement
hîstoîrf: bf. l\ rr^taî ration, î''
menacé, et il supplia Farabassadeurde le protéger. Celuici, siurpris et embarrassé dune lelle eomraunicatioR^ en lit parla l'envoyé britannique, sir William A'Court^ et aa chargé d*airaires d'Autriche. Sir William proposa, en conséquence, à son gouvernement d'envoyer l'escadre anglaise de la Médilerranée croiser du c6té de Naples où, dans le eau d'un danger imminent pour le Roi el sa famille, elle pourrait conleiirr les révolutionnaires par h crainte d'un bombardement. Lecabioet de Londres donna des ordres dans ce sens. Le gouvernement français prescrivit aussi à ses bâtiments du guerre de se tenir près des eûtes napolitaines afin d^ètre en mesure d'offrir, au besoin^ un asile au roi Ferdinand et à ses enfants.
Cependant, M* deNarbonne, à qui l'e^taltaLion de ses sentiments royalistes ne permettait pas de continuer à résider auprès d'un gouvernement issu de la révolution, s^étanl décida h quitter Naples, le roi Ferdinand le chargea de remettre aux représentants des grandes puis* Mfi€e$ auprès du Saint>Siôgedes lettres dans lesquelles il protestait contre ce qu'il avaitétéet pourrait être contraint de faire, et réclamait le secours de l'Autriche contre ses sujets. L'empereur François lui répondit, par une voie également sûre, en rengageant à piTsévérer dans la ligne de conduite qu'il avait jusqu'alors suivie et en rassurant qu il s occupait des moyens de le délivrer. En at. teodant des mesures plus décisive?, la cour d'Autriche fiefiisa de recevoir le duc de Gallo, que le nouveau gou- ▼emement napolitain avait désigné pour remplacer li'
176 HISTOIRE DE LA tESTAUlATION.
prmce Rnflb en qualité dambusadear à Vienne, el elle contniQi à miter ce dernier comme le représentant di roi FerdioaLd. dorjt il avaii en eflet loote la confiance. La légation antrichienLe Le fui pourtant pas rappelée de Napies. Le prince Cariati, qae le ministère conslitotionnel avait chargé de remettre à Temperenr François une lettre dictée an Roi par $e< conseillent officiels, pnt pénétrer jnsqnâ Vienne. M. de Mettemich consentit à le recevoir comme simple parti ralier, nuis loi déclara qie l'Emperenr ne pouvait reconnaître l'œovre de la Révohh tion. Il en dit autant an prince Cimitile qui se rendait en Kossie avec noe mission analogue à celle du prinee Cariati. Le seni moyen, suivant lui, d'éviter la guerre, c'était que tous les gens bif^n pensants se réunissent pour donner au Roi la force et les moyens de détruire la constitution révolutionnaire.
Telles étaient les dispositions de rAutriche. Avec elle» il n'y avait pas de transaction possible : elle voulait le rétablissement pur et simple du pouvoir absolu. Les di»> positions du gouvernement français étaient différentes. S'il redoutait pour lEurope, pour la cause monarchique le triomphe de la révolution de Naples, si, par l'organe de son journal otliciel, il n'hésitait pas à la condamner; i sontenir qu'elle «Hait bien plus inexcusable, bien moins niotivre que celle <rEspagne, bien plus dangereuse pour Tordre européen, il craign<iit aussi que la répression de cette révolution par les armes de l'Autriche n eût pour conséquence d'anéantir l'indépendance des gouverne-
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. i77
ments italiens en rendant, de fait, l'Autriche maîtresse absolue de la Péninsule sur laquelle elle n'exerçait déjà que trop d'influence. Fidèle aux vieilles traditions de la politique française qui a toujours tendu à combattre, à limiter cette influence, le cabinet des Tuileries n'était pas, d'ailleurs, aussi convaincu que M. de Metternich que le rétablissement du pouvoir absolu fût le moyen le plus efficace d'assurer à l'avenir la tranquillité de l'Italie méridionale. Il pensait que le but qu'on devait se proposer était tout à la fois de vaincre la révolution napolitaine et de prévenir l'action armée de l'Autriche parla force morale d'un concert établi entre les grandes cours^ qui, s'appnyant sur l'attitude menaçante des forces autrichiennes réunies dans le nord de l'Italie, intimiderait assez les Napolitains pour les amener à désavouer l'œuvre de la révolte militaire et à substituer, de concert avec le Boi, au code anarchique qu'elle leur avait imposé, une constitution modérée, sur le modèle de celles de France ou d'Angleterre. Le gouvernement français, invoquant les principes et les stipulations du congrès d'Aix-la-Chapelle, demanda donc la réunion d'un congrès et invita les autres, cours à déclarer provisoirement qu'elles respectaient l'indépendance et les droits des États, mais qu'elles ne mettraient jamais au nombre de ces droits la faculté de renverser, par une insurrection militaire, les institutions d'un pays; qu'elles ne pourraient reconnaître le royaume des Deux-Siciles comme légitimement constitué que lorsque le Roi et la nation, délivrés du joug d'une faction, se se- IX. 12
raient donné librement les lois qu'ils auraient jugées les meilleures, et que si, pour préparer ce résultat, l'emploi de la force était nécessaire, les troupes autrichiennes S6 mettraient en mouvement, soutenues au besoin par celles de tous les alliés et avec l'assentiment des princes italiens. Louis XVIII s'appuyait, pour prendre l'initiative de cette proposition, sur sa double qualité de chef de la maison de Bourbon et du premier entre les souverains qui eût octroyé à ses peuples des institutions constitutionnelles. J'ai déjà dit qu'une division navale française, dont le commandant était le capitaine de vaisseau Jacob, s'était rendue devant Naples pour veiller à la sûreté de la famille royale. Gomme la cour de Vienne, le gouvernement français, se refusant à reconnaître le caractère diplomatique du prince Gariati qui lui fut envoyé en qualité d'ambassadeur, continua à attribuer ce caractère au prince de Gastelcicala, accrédité par le précédent gouvernement et qui n'avait pas adhéré au nouveau.
La proposition française n'était faite, sous aucun rapport, pour plaire au cabinet de Vienne dont elle tendait à enchatner la politique en la subordonnant aux résolutions de la grande alliance. Il n'était nullement certain que, si des délibérations régulières et contradictoires venaient à s'engager, les vues de la France, plus modérées, plus libérales, ne prévalussent pas dans l'esprit de Tempe* reur Alexandre, et rien, alors, ne pouvait se faire sans le consentement de ce prince. Appelé en ce moment à Varsovie {lar la prochaine réunion de la diète polonaise à la-
^quelle il devait assister, il arait répondu à rempereur [d'Aiitriche qu'il lui était impossible de se rendre au camp [de Peslh et il avait demaûdo un autre rendez- vous. Reecvant, sur ces entrefail^es, lesdeux Mémoires dans lesquels lâ Frauce et rAuLriche exposaient les plans qu'elles julient convenable de suivre, il se déclara pour le projet français, c'est-à-dire pour lâ convocation d'un congrès et pour que Tarmée autrichienne ne passât pas la frontière des Étiits napolitains sans le consentement de ce congrès. [Homme le gouvernement français, s'il voulait le renversent dô la nouvcUe consUiution napolitaine, ce n'était pas pour rétablir le pouvoir absolu, mais pour la remplacer par un acte constitutionnel raisonnable et établi sur des bases légales ; il désirait empêcher que la prépondérance mtricfaienne, déjà si grande en Italie, n'y prit de nou- |T6aiix développements, et il croyait bon d'essayer Fem- 'ploi de l'inlluence morale avant de recourir à la force. Dans sa lettre à Tempereur d'Aulrielie, il avait eu soin de rappeler qn*aprês la révolution d'Espagne il avait été d'avis que les puissances se concertassent sur ce qu'il y avait à faire pour y remédier, et il s'était félicité de voir qu on revenait à celte manière de voir après l'avoir repoussée.
Le cabinet de Vienne fut trés^péniblement alTecté de ces réponses. De concert avec le gouvernement britannique qui, ainsi que Je t'ai expliqué à l'occasion des négociations d'Aix-la-Chapelle, redoutait toute délibération [commune sur les afTaires intérieures des pays étrangers
parce qn'i) craignait les débats que les questions d'ioter- Tention ne poayaient manquer de susciter dans le Parlement, M. de Mettemich mit tout en œuvre pour changer les déterminations de l'empereur Alexandre et pour l'amener au projet d'une simple entrevue des deux empereurs. Il lui envoya, à cet effet, à Varsovie, un de ses agents les plus habiles et les plus confidentiels, M. de Lebzeltern, qui devait aussi s'efforcer d'obtenir son consentement à la marche immédiate des troupes autrichiennes. Un des arguments que faisait valoir le cabinet de Vienne pour écarter l'idée d'un congrès, c'est que l'Angleterre se refuserait probablement à y prendre part, mais cette considération n'était pas de nature à agir sur l'empereur Alexandre : il se complaisait, au contraire, dans la pensée que l'abstention du cabinet de Londres lui ménagerait un ascendant plus complet dans le grand conseil de l'Europe, et son ministre de prédilection, le comte Capodistrias, déguisant à peine celte pensée, répondit que, si l'on devait, en effet, être privé du concours de l'Angleterre, on pourrait à toute force s'en passer pour une question qui était purement continentale.
Je viens d'expliquer les vues de l'Autriche, de la France et de la Russie par rapport aux affaires de Naples. Celles de l'Angleterre pouvaient se résumer ainsi : elle ne voulait pas s'associer h des déclarations de principes ni entrer formellement dans des engagements qui eussent été difficiles à juslifier devant le Parlement^ mais, au fond, elle approuvait les projets de l'Autriche, elle en dé-
HISTOIRE DE LA RESTAURATION. ISi
sirait le succès et.elie était même disposée à y contribuer par son appui^oral. Ce qu'elle n'admettait pas, c'est que l'action de cette puissance dût s'exercer au nom d'une alliance qui, par cela même, en serait responsable. Une telle alliance, disait lord Gastlereagh, n'obtiendrait jamais la sanction du Parlement, et celte objection était insurmontable à raison de la nature du gouvernement an* glais, mais on pouvait l'écarter en suivant une autre marche qu'il expliquait ainsi qu'il suit. Bien que la révolution de Naples ne constituât pas précisément un des cas d'intervention prévus par les traités qui avaient fondé la grande alliance, elle recelait incontestablement de grands dangers pour l'Europe et elle donnait aux peuples de détestables exemples. Néanmoins, ces dangers atteignaient si inégalement les puissances alliées, qu'ils ne justifieraient pas de leur part une politique uniforme. L'Autriche pouvait se croire obligée à des mesures extrêmes et immédiates sans que l'Angleterre se senttl assez directement, assez immédiatement en péril pour que son intervention fût autorisée par les principes qui pouvaient être soute* nus dans le Parlement. Il n'était donc pas possible que les deux gouvernements s'unissent pour assumer une responsabilité commune. L'Autriche pouvait agir seule après avoir pris confidentiellement l'avis de ses alliés pour s'assurer qu'ils ne la désapprouveraient et ne la désavoueraient pas, mais elle ne pouvait agir que sous sa responsabilité, et non pas en leur nom. Pour obtenir d'eux cet assentiment, elle devait leur prouver qu'elle
n'agissait pas dans des vues d'agrandissement, qu'elle ne recherchait pas en Italie une suprématie inconciliable avec les traités, qu'elle n'avait en vue que sa propre défense et qu'elle ne demanderait au royaume de Naples d'autres sacrifices que l'entretien de l'armée destinée à l'occuper pour y rétablir l'ordre, c Nous désirons, » disait lord Gastlereagh, c laisser à TÀutriche toute sa li- » berté d'action, mais nous réclamons aussi la nôtre. 11 » est dans l'intérêt de l'Autriche que nous gardions cette » position : elle nous permettra, dans le Parlement, de if considérer et, par conséquent, de respecter les mesures
> qu'elle prendra comme des actes d'un gouvernement
> indépendant, doctrine que nous ne pourrions soutenir » si nous y participions. »
Telles sont les instructions confidentielles que lord Gastlereagh donna à son frère lord Stewart, ambassadeur d'Angleterre à Vienne. On y trouje la pensée intime et secrète de la politique que le ministère anglais devait suivre jusqu'à la conclusion de cette ailiaire. Elle n'avait certes rien qui pût contrarier le cabinet de Vienne. Elle était, en réalité, bien moins libérale que celle de la France à laquelle l'empereur Alexandre semblait alors se rallier, puisqu'elle laissait l'Autriche maltresse de rétablir le pouvoir absolu; mais le cabinet tory, pour ne pas heurter les sentiments de liberté qui commençaient à se réveiller en Angleterre, était obligé d'envelopper sa pensée de certains voiles. Dans son langage ' public, il insistait principalement sur les dangers qu'en-
HlSTOItlE DE LA BESTAURATION, 163
* traînait pour la liberté êX rindépendance des ÉLats le
I principe da droit dlnlerrention dans les affaires intérienres des pays étrangers ; il soutenait qnc ce droit oe peut être fondi' que sur le danger résultant pour la puissance intervenante de ce qui se passe dans le pays où elle ITeuf intervenir : restriction peu gênante dansla pratique, elqui^ dans le casactueK limitait à la seule Autriche le droit d'interrentioD, ce qui était dans les convenances de l'Angleterre. Il y avait dans cette argumentation^ babile* B ment présentée, un fauK air de modération, de Ubèra- I lisme môme» qui devait séduire Topinion et qui trompa môme un moment le gouvernement français. L ambassadeur de France à Londres, le duc Decazes, et même le Qioistére a qui il rendait compte de ses conversations avec lord Casllereagh, prenant au pied de la lettre ces protestations en faveur de 1 indépendance des États, crut^nt d'abord pouvoir compter sur Tappui de TAngleterre pour combattre les prétentions exagérées de T Autriche* VCI^'était une grave erreur. La politique de F Au triche et Bc^lle de l'Angleterre, avec les formes différentes dont la diversité de leurs positions leur faisait une loi, étaient i<i en tiques, je le répète* Toutes deux se proposaient égale- H^ent d'annuler autant que possible Taction de la France, l^nr rivale traditionnelle, et lord Castlereagh, avec plus ^"^ habile té que de loyauté, lira bon parti, pour cela, de ^1^ confjance qu'il sut inspirer au duc Decazes. B ^^ expliquant les vues et les intentions des principaux «^binets, je n'ai pas à parler de celles de la Prusse : par
181 HISTOIEE DE LA EESTAUEATIOH.
suite de U pontion dépendante on ra?iieni placée, à l'égard de l'Antriche, les agitations intérieores de l'AUemagne, elle arait cessé, poor le moment» de compter sérieusement an nombre des grandes puissances, et, pendant quelques années, elle ne derait plus figurer dans les conseils de l'Europe que comme ThumUe satellite de son ancienne rirale. Dans cette situation amoindrie, elle essayait pourtant de ne déplaire ni à TÀngleterre, ni à la Russie.
Quelle que fût la répupance de l'Autriche et de l'Angleterre pour un congrès, il fallut céder à la volonté bien prononcée de l'empereur Alexandre. U fut décidé qu'il aurait lieu sur le territoire autrichien, non pas à Vienne, comme M. de Mettemich en fit d'abord la proposition, mais en Siiésie, dans la petite Tille de Troppau, l'empereur Alexandre voulant éviter les dissipations et les intrigues qui avaient fait perdre tant de temps en 1814 et auxquelles il est difficile de se soustraire absolument dans une capitale.
La politique de la France qui, la première, avait parlé d'un congrès, semblait triompher. Adversaire naturelle de TAutrichesur le continent, surtout pour ce qui a rapport à l'Italie, elle put un instant concevoir l'espérance de faire prévaloir dans la Péninsule ce système de liberté modérée, monarchique, aristocratique même dans une certaine mesure, qui se présentait alors à la plupart des bons esprits comme une transaction possible et durable entre l'ancien régime et la pure démocratie. Même sans l'appui
de rAngleterre^ à qni il eût été difficile de s'y opposer on- ▼ertement, elle aurait pu compter sur le succès de cette noble entreprise si l'empereur Alexandre y eût concouru ayec la même énergie, on pourrait dire avec la même passion qu'il l'aurait fait quelques années auparavant. Malheureusement, les sentiments, les opinions de ce monarque, avaient subi dès lors des modifications plus graves qu'on ne le supposait généralement.
Ce n'est pas qu'il eût abandonné d'une manière absolue les convictions qu'il avait si souvent exprimées sur les avantages des institutions libérales et constitutionnelles. Il n'est pas dans la nature de l'esprit humain de renoncer si promptement et si facilement aux opinions qu'on a hautement professées et dont on a fait, aux yeux du monde, la règle de sa conduite : à défaut d'autres motifs plus intimes et plus profonds, l'amour-propre seul serait un puissant obstacle à d'aussi rapides métamorphoses; pour franchir ou pour tourner cet obstacle, il faut du temps, des occasions, des provocations fortes et multipliées. L'Empereur se disait donc et se croyait encore libéral. Il venait d'affranchir les serfs de Livonie;il n'avait pas cessé de s'occuper d'un projet de constitution représentative pour son vaste empire, étrange utopie qui, dans son esprit bizarre et mal pondéré, se combinait on ne sait comment avec les mesures tyranniques par lesquelles il poursuivait l'exécution d'un plan de colonies militaires fondé sur la déportation violente de certaines populations. Il encourageait son beau-frère le roi de Wur-
i86 HISTOIRE DE LÀ BESTÀURATION.
temberg à développer les libertés qu'il venait de donner à son peuple, l'assurant qu'il saurait le préserver des effets du mauvais vouloir de rÀutriche. Dans une circulaire envoyée à toutes les légations russes et qu'il avait luimême rédigée, il parlait de ces institutions constitutiomlUà que réclamait la voix presque générale des peuples. Enfin, dans ses relations avec le ministre de France, M. de la Ferronnays, qui avait su lui inspirer beaucoup d'estime et de confiance, et avec un autre agent français que le cabinet des Tuileries lui avait envoyé à Varsovie, il se montrait encore libéral d'intentions, très-antipathique à l'Autriche, et inclinant à terminer les affaires de Naples au moyen d'une médiation française.
Malgré toutes ces démonstrations par lesquelles il cherchait peut-être à se faire illusion à lui-même comme aux autres, son libéralisme était fortement ébranlé. Les tentatives démocratiques de l'Allemagne et les révolutions de Madrid et de Naples lui avaient montré sous un aspect nouveau ce progrès des idées libérales dont il était naguères si enthousiaste. La France même, à laquelle il s'était longtemps glorifié d'avoir contribué à donner la Charte, avait trompé ses espérances. La conspiration militaire du 19 août semblait attester que le danger existait dans la force même destinée à le conjurer au besoin. Ce déplorable événement était venu en aide aux efforts de M. de Metternich et de tous ceux qui, dans des vues diverses, s'efforçaient de lui persuader que le trône des Bourbons, loin d'être consolidé et affermi comme il s'en
t flâtlé, pouraît, d'un moment à l'autre^ être emporté par une noavelle tempête et que, par conséquent, la pmdiuce nepermaUait pas de faire, de ralliance française, la base d'un système politique. Des correspondants officient qu'il avait en France dans le parti ultra -royaliste entretenaient ses inquiétudes en lui présentant les iDînistr^, et surtout M. Pasi|uier, comme des amis ou des iosimmenls de la Révolution, qui poussaient la monarchie vers sa ruine- Mt Soslhene de La Rochefoucauld noos a appris, dans ses Mémoires, qu'il était au nombre â*î ces correspondants dont le zèle indiscret, en croyant ne f*Q>re qu'au ministère, travailfail en effet à ruiner au dehors rinfluence française. L'empereur Alexandre n*en &tdî I pas encore arrivé au point d'ajouter foi à toutes leurs ®^agérâtions, mais déjà, sur la pente où il inclinait, il de- ^^ i t en recevoir quelque impression.
Sur ces entrefaites, on apprit qu'une nouvelle rèvolu- '^•^^n ^ opérée encore par une insurrection militaire, venait ** ^<!^laler dans le midi de l'Europe,
I^e Portugal était^ depuis 1807, dans une situation
f^'^^s^extraordinaire. Conquis à cette époque par Napoléon,
** ^^ait vu son gouvernement aller chercher au Brésil
^*^ asile inaccessible aux armes de la France. L'Angle-
^^ï*e n'avait pas tardé à délivrer le pays, mais la
^^Uret le ministère n'en étaient pas moins restés à
***o -Janeiro, et, depuis iS!4, bien que la lutte euro-
«^^nne fût terminée et qu'aucun danger, même éloigné,
^ menaçât plus le Portugal, ils avaient continue à rèsi-
der dans cette lointaine colonie, tandis que la métropole^ goayernée par une régence que présidait un géoénl toglais, lord Beresford, devenait en quelque sorte une dépendance de r Angleterre.
Un tel état de choses devait blesser les sentiments de patriotisme si faciles à éveiller chez les peuples peu civilisés, surtout quand ils ont dans leur passé de grands souvenirs. Le désir de secouer le joug étranger, de reconquérir un gouvernement, s'était fait jour en 1819 par une conspiration dont la répression sanglante n'avait pu que rendre plus vive l'irritation que l'on voulait étouffer. Ces dispositions reçurent une impulsion nouvelle da contre-coup de la révolution espagnole. Le danger d'une explosion était si évident, que la cour de Rio-Janeiro, sur les avis qu'elle en reçut, crut devoir autoriser des réformes qu'elle jugeait propres à calmer les espritsC; mais ces concessions qui, probablement, auraient été insuiBsantes, arrivèrent d'ailleurs trop tard. Dans la nuit da 23 au 24 août 1820, la seconde ville du royaume, Porto, se souleva. Le mouvement se répandit avec une grande rapidité. La régence voulut d'abord essayer de le conte* nir et de le dompter, mais les forces qu'elle avait dirigées contre les insurgés ayant fait défection, elle se décida à convoquer, pour le 15 novembre, les Corlôs générales conformément aux anciennes formes usitées dans le moyen-âge et à supplier le Roi de revenir en Europe. Au point où les choses en étaient venues, c'étaient là de bien faibles palliatifs qui ne servirent qu'à erxourager les mé-
MÏSTOÏBC DK LA RESTAURATION.
contents en leur prouvant la faibleBse de la régence. Le 15 septembre, un mottvement écIaU dans la garnison la^me de Lisbonne aux cris de Vive h wnsHuaion^ vive 'e Hoi/ Le peuple s'y joignit aussitôt^ et la régence céda la place à un gouvernement provisoire* Ce gouvernement, «prèss*é*re vainement eiïorc^ï de maintenir sa suprématie, fat obligé de se fondre avec la junte qui s'était organisée ^ Porto, et, le 1'' octobre, la junte fit son entrée triomphale k Lisbonne. On ne permit pas à lord Beresford, qui revenait en ce moment du Brésil avec des instructions du Roi, de mettre pied à terre. On décida que des Cortès élues d'après les formes prescrites par la constitution es^ f^agnole, c'est-à-dire d après des bases complôtena eut dô- ^ocratiqu^» se rassembleraient le 8 janvier de Tannée STiî vanta- Je ne m'arrêterai pas plus longtemps aux dé- '^ilsde cette révolution Jl me sutîîra de dire que la cour de Riù^Janeiro, sous la pression d'une violente insurrection qui éclata au Brésil même, ne larda pas à en •^cepter toutes les conséquences; que, dans le cours de l'année suivante, le roi Jean VI, prince aussi faible qu'in- ^tpàble, revint à Lisbonne subir une constituLion analogue ^ Celle de l'Espngne, plus démocratique encore à queliues égards, et que, bientôt après, le Brésil, s'a ffranchissant i^ la ioaverainctë portugaise, proclama pour son empe- ^î^ur te fils aîné du Roi, Don Pedro, qu'il avait laissé dans ^ pàjfs pour le gouverner en son nom-
Bien moins encore que la révolution espagnole, celle ^^ Lisbonne pouvait être considôrôe comme un danger
direct pour l'Europe qui, séparée du Portugal par toute la largeur de l'Espagne, n'avait d'ailleurs aucun moyeo de l'atteindre aussi longtemps que le pouvoir absols n'aurait pas été rétabli à Madrid. Seule entre les grandes puissances^ l'Angleterre pouvait se croire affectée dans ses intérêts par un événement qui enlevait ce royaume à sa tutelle; mais, à quelque degré que le cabinet de Londres pût en être contrarié, il ne lui était possible, ni de combattre lui-même une révolution accomplie au nom de la liberté, ni de permettre que d'autres gouvemement» intervinssent contre elle. Il n'y avait donc rien, dans la situation du Portugal, qui appelât une action européenne, rien même sur quoi l'Europe pût penser àdélibérer; mais cette situation n'en était pas moins un nouvel et effrayant symptôme de l'état moral et politique d'une partie considérable du continent, et une imagination aussi mobile que celle de l'empereur Alexandre ne pouvait qu'en être fortement ébranlée.
L'incendie gagnait de tous les côtés. En Angleterre même, ceux qui ne connaissent pas assez ce pays pour savoir à quel point sa forte organisation lui permet de supporter presque impunément les agitations les plus violentes, pouvaient croire qu'on louchait aussi à une catastrophe.J'ai raconté les commencements delà lutte engagée entre le roi George et la reine Caroline. Tous les efforts faits par les ministres pour déterminer la Reine à accepter une transaction dont la condition première était son ëloignement du territoire britannique avaient échoué, elle
PW -HlSiaîRE DE LA RESTAURATION.
Ëtait reYenne à Londres où un peuple égaré Inî avait faîi Taccueil le ptasenthousîaste, elles ministres, trop dociles (à la volonté passionnée du Roi, avaient préfienté à la chambre des lords, ati commencement de jniliet, un bill d'accusation qui teodâit à ta faire déclarer déchue de ses prérogatives, droits et privilèges, et h dissoudre son mariage pour crime-d'adultère. Je n'ai pas, heureusement, à rclracer les deuils de ce hideux procès, un des plus ef- P froyaWes scandales que présente Thistoire contemporaine. Le gouvernêmeDt finît par l'abandonner, parce qu*il eut lieu de craindre que les évoques, contraires en principe au divorce quHls étaient disposés à considérer comme interdit par la loi divine, ne votassent ■ contre le bill et ne le fissent rejeter- Pendant toute la durée des débals, naalgrô les charges accablantes qui en ressortaienL contre la Reine, le peuple ne cessa de lui donner- comme à une viclime innocente de la tyrannie, des Kmoîgnages de la plus ardente sympathie, et de manifesler, contre ceux en qui il royait ses persécuteurs, une exaspération menarante* Le conseil de la cité et un grand nombre de corporations s*associèrent, par des adresses, à ces emportements populaires- Une fois les poursuites abandonm^es, après la première ivresse du triomphe, celle effervescence se calma. La position de la lîeine, séjournant librement à Londres, admise à celles des prérogatives de son rangqu*on ne pouvait absolument lui refuser, mab exclue de toutes les autres, devint bieniùt embarrassante et pénible. Elle ne pouvait plus se plaindre
idS HISTOIRE DE LA RESTAURATION.
d'être persécutée, elle n'élait plus en mesure de s^nrir d'instrument aux calculs d'un parti, et le temps, les faits qui venaient d'être révélés ouvrant sans doute les yeux d'un grand nombre de ceux qui avaient pu la croire calomniée, le vide commençait à se faire autour d'elle. Si une prompte mort ne fût venue Tenlever, elle eût probablement fini ses jours dans l'abandon. C'est surtout aux poursuites dirigées contre elle qu'elle avait dû sa popularité passagère. À tous les points de vue, on avait donc fait une faute énorme en lui intentant un procès. L'impopularité du Roi, la haine, le mépris, trop justifié à bien des égards, qu'on lui portait, tel était le principe réel de la faveur qui s'attacha un moment à une femme si peu digne d'une telle bienveillance. La royauté sortait de ce conflitsinguhèrement dégradée. Les ministres eux-mêmes n'y avaient pas fait preuve de cette fermeté, de cette consistance qu'on est accoutumé à rencontrer chez les hommes d'Élat anglais, et la retraite d'un des plus éminents, de M. Canning, qui n'avait pas voulu accepter la responsabilité de la politique adoptée par ses collègues, affaiblissait encore un cabinet qui n'était plus en rapport avec l'esprit du temps.
L'agitation qui remuait l'Europe presque entière n'épargnait pas même les États de fempereur Alexandre. Lorsque, cinq ans auparavant, il avait pris possession de la Pologne, il était animé en faveur des Polonais des intentions les plus généreuses. Non content de leur donner, avec une entière autonomie, une constitution libérale, il
exprimait alors le désir de rénnir au royaume dont il prenait le titre les anciennes provinces polonaises annexées à l'empire russe par les trois partages. Il avait pu comprendre depuis qu'une telle mesure, par laquelle il aurait démembré la Russie au profit de son nouvel État, quelque juste qu'elle pût être en principe, puisqu'elle n'aurait fait que réparer l'iniquité de ces odieux partages, était au-dessus de la puissance même d'un autocrate, que de telles restitutions ne se font pas à l'amiable, et que la seule tentative, en exaspérant le patriotisme russe^ aurait mis en danger son autorité, peut-être son existence. Cependant, les Polonais avaient conçu des espérances auxquelles il leur était pénible de renoncer. Si, en 181S, la plupart d'entre eux avaient salué avec enthousiasme la résurrection d'un petit royaume de Pologne contenant seulement quatre millions d'hommes, c'est-à-dire formant à peine le quart ou le cinquième de l'anciennne monarchie, c'est parce qu'ils croyaient y voir le point de départ d'une restauration plus complète, le noyau auquel viendraient peu à peu se rattacher les provinces encore séparées. Le temps qui s'écoulait sans réaliser cette espérance, la probabilité de plus en plus grande, malgré les illusions dont plusieurs d'entre eux continuaient à se bercer, qu'il n'y serait jamais donné suite, ne pouvaient qu'affaiblir la popularité du souverain qui avait eu l'imprudence de la faire naître sans s'être assuré de la possibilité d'y satisfaire. D'autres causes vinrent fortifier ce principe de mécontentement.