‹ Histoire de la restaurationChapitre 13 sur 14 · CHAPITRE LVir · texte numérisé non relu

CHAPITRE LVir

Discussion de la loi des élections. — Complots, émeutes. — Jugement et exécution de Louvel. — Répression des désordres par la force armée. — Débats violents dans la chambre des députés. — Triomphes oratoires de M. de Serre. — La discussion se termine par une transaction qui substitue au projet de loi du gouvernement la loi du double vote.

Le côté gauche, attachant une extrême importance au maintien de la loi électorale de 1817, dont l'existence prolongée pendant une seule année aurait suffi pour lui assurer la majorité, s'efforçait d'empêcher que le projet destiné à la remplacer ne fût discuté dans le cours de la session. La s^yson était fort avance et le rapport du projet n'était pas fait encore. La commission des finances ayant déjà presque terminé le sien, il pouvait arriver que la discussion du budget eût la priorité, et comme il était facile de la faire durer .longtemps, on se serait trouvé dans Timpossibilité de s'occuper avant Tannée suivante des changements à apporter au sytème électoral. L'opposition manœuvrait dans ce sens. M. Beugnot, qui, depuis la retraite de M. Decazes, s'était rallié au minis-

tère plus complètement que beaucoup de personnes ne le croyaient, et qui exerçait une grande influence dans la commission financière, y déjoua adroitement cette tactique en entraînant la loquacité vaniteuse de M. Laffille dans des débats prolongés qui, au grand dépit des autres jnembresde la gauche, firent perdre un temps considérable. Sur ces entrefaites, la commission de la loi électorale termina son travail, et, le 6 mai, M. Laine en exposa le résultat à la chambre, acceptant ainsi courageusement la tâche de défaire la loi du 5 février dont il était l'auteur.

Il commença par établir que le gouvernement, dont le devoir était d'étudier les besoins publics et que sa position mettait en mesure d'apercevoir la vérité, avait reconnu la nécessité de changer cette loi, et que plusieurs des ministres, qui d'abord avaient incliné dans le sens contraire, convaincus par l'expérience, étaient arrivés à la même manière de voir. Il rappela qu'un premier projet, conçu dans la pensée d'améliorer et d'agrandir le système du 5 février, avait d'abord été soumis aux chambres, mais que, la modification de quelques-articles de la Charte étant indispensable pour cela, on avait exprimé de plusieurs côtés le vœu que celle loi fondamentale ne reçût aucune atteinte, et que le projet avait été retiré, le Roi ayant cru devoir attendre, pour y donner suite, une manifestation plus sûre des désirs et des besoins de la France. Il ajouta que, comme les motifs qui avaient paru exiger un changement dans le système électoral

n'en subsistaient pas moins, il avait fallu substituer au projet retiré un autre plus simple et qui ne touchait en rien à la loi constitutionnelle. Il répondit ensuite aux objections avancées contre ce nouveau projet. Comme on disait que le mode électoral qu'il tendait à créer, en reléguant la grande majorité des censitaires à 300 francs dans les collèges d'arrondissement, en les privant du droit do nommer les députés et en les réduisant à désigner des candidats, leur enlevait un droit acquis et aurait pour résultat de fonder, à leur exclusion, dans les collèges de département, une véritable aristocratie, il soutint que cette combinaison ne violait nullement l'article de la Charte par lequel les censitaires étaient admis à concourir à l'élection ; qu'à la vérité, au lieu d*y concourir tous ensemble comme cela avait eu lieu depuis 1817, ils y prendraient part désormais dans des collèges distincts et par des moyens différents, mais que la Charte ne spécifiait rien à ce sujet. Quant à la crainte de voir ressusciter l'aristocratie, il affirma que l'ancienne noblesse, ruinée par tant de malheurs publics et privés, ne formerait, dans les grandscomme dans les petits collèges, qu'une faible minorité, et que les électeurs de département seraient des ennemis des privilèges, mais surtout des troubles, des amis de l'ordre et du repos, ne possédant pas, pour la plupart, de grandes propriétés, mais une fortune modique. Il dit que le système des candidatures était un moyen de détruire l'influence des associations, une épuration salutaire qui préserverait la France de la douleur

de quelques choix mœmpatibles avec la Restauration. Pour justifier la disposition qui portait que le candidat désigné par plusieurs collèges d'arrondissement compterait au collège où il aurait réuni le plus de suffrages et serait ailleurs remplacé par celui qui aurait eu après lui le plus de voix, il reconnut qu'elle avait pour but de prévenir les coalitions par lesquelles on essayerait de forcer la main aux collèges de département en leur présentant les mômes candidats au nom de tous les arrondissements. En définitive, la commission proposait l'adoption du pirojet avec quelques amendements de peu d'importance.

La lecture de ce rapport, dont l'argumentation superficielle et incomplète se ressentait des embarras de la situation , était à peine terminée que quatre-vingt-neuf membres de la chambre se firent inscrire pour en combattre les conclusions et trente-quatre pour les appuyer. Oh n'avait jamais vu d'exemple d'un pareil empressement.

Le 15 mai s'ouvrit enfin cette discussion mémorable. Le public qui, par une sorte de pressentiment,* l'appelait d'avance la bataille des élections, s'y était porté avec une telle ardeur que, dès le point du jour, les avenues des tribunes étaient assiégées par une multitude dont l'attitude et l'extérieur indiquaient qu'elle appartenait aux classes éclairées. Le général Foy prit le premier la parole. Membre des deux commissions auxquelles avaient été soumis les deux projets de loi successivement pré-

sentes à la chambre, il raconta ce qui s'y était passé, et son discours fut en quelque façon un contre-rapport. Il fit un brillant éloge de la loi du 5 février qui, selon lui, était combinée de telle sorte que le sentiment hational y trouvait infailliblement le moyen de réagir contre les fautes du pouvoir et les excès des partis. Développant cette donnée, il montra, dans les ressentiments inspirés par l'invasion étrangère et par le régime de 1815, la cause véritable de l'esprit démocratique et militaire qui avait présidé aux dernières élections, et il fit entendre que, le jour où la nation se verrait en présence d'autres dangers, d'autres griefs, ses choix auraient un auti-e caractère. Sans approuver, à beaucoup près, le projet présenté jpar M. Decazes, il laissa comprendre qu'il aurait pu*devenir la base de quelque transaction, mais, quant à celui que le nouveau ministère lui avait substitué, qui établissait une division arbitraire entre des électeurs issus de la même origine et qui, en fait, déclarait les quatre cinquièmes d'entre eux incapables d'exercer leurs droits, il le repoussa comme radicalement mauvais et non susceptible d'amendement. Il soutint que le système des candidatures, tel qu'il y était posé, était inconstitutionnel, qu'il devait avoir pour effet inévitable de faire triompher les candidats des ministres et de réduire la représentation nationale à un pur simulacre, comme sous le régime impérial. Si une telle loi pouvait être votée, le pouvoir passerait promptement, non pas dans les mains des hommes sages et modérés du parti aristocra*

tique, mais dans la portion la plus violente de ce parti, dont les funestes entraînements ne tarderaient pas à provoquer une réaction terrible, et la France se partagerait de nouveau en deux nations, en deux, camps, sous deux bannières hostiles, t Arrêtons-nous quand il en est temps encore » s'écria le général Foy. t Nous qui ne voulons d'autre Charte que la Charte ni d'autre roi que le Roi, arrêtons-nous pour sauver le Roi et la Charte. Gardons notre loi électorale que le peuple a adoptée avec passion. Mettons nos autres institutions en harmonie avec elle. C'est dans l'assimilation des administrations départementales aux formes représentatives que les notabilités personnelles ou héritées, les bonnes renommées et toutes les influences légitimes trouveront leur place, et c'est là que les suffrages populaires iront les prendre pour les porter à la direction du corps social. Mais malheur à nous, malheur au pays, si, rebelles aux arrêts du destin, vous entreprenez de placer la puissance politique ailleurs qu'où se » trouvent la puisssance morale et la force matérielle! » Adosser le trône à l'aristocratie, c'est commencer une » révolution. »

Un des traits caractéristiques de cet éloquent discours, c'est l'expression de l'aversion profonde qu'à cetle époque leslibéraux, môme ceux dont l'esprit était le plus large et les sentiments les plus élevés, ressentaient encore contre l'ancienne aristocratie. « Notre histoire, » dit le général Foy, « n'est que le récit de la longue guerre du

tiers-état et de la royaulô contre la noblesse. Depuis que celle-ci a perdu une partie de ses propriétés pour avoir voulu sauver ses privilèges, elle a vécu quelquefois ennemie et presque toujours détachée de la masse des citoyens. Elle pleurait quand les autres se réjouissaient, et ses joies ont commencé avec nos douleurs. Faut-il s'étonner qu'elle ait excité des préventions et qu'elle soit éloignée des élections?... Et Ton attribuerait le monopole du principal des pouyoirs institués par la Charte à ceux qui se sont constamment signalés par leur haine de la Charte?... Et on les rendrait plus absolus, plus despotes qu'ils n'étaient au temps où la considération du clergé, les prétentions du Parlement et les franchises des villes balançaient leur puissance?. . . Et la pairie, que nous avons tant de peine à acclimater dans le pays de l'égalité, consentirait à pâlir devant cette aristocratie inconstitutionnelle?... » M. de La Bourdonnaye monta à la tribune après le général Foy. Il déclara que la proposition du gouvernement lui paraissait insuffisante en ce qu'elle obligeait les collèges de département à choisir les dépulés parmi les candidats des collèges d'arrondissement, lors môme que ces derniers collèges ne leur auraient présenté que des hommes dangereux ou incapables. Néanmoins, il annonça qu'il voterait pour un projet de loi qui rendait à la grande propriété une partie de l'influence dont la loi de 1817 l'avait dépouillée au profit de 4a dernière classe des censitaires, de celle qui était le moins attachée au sol.

Il paria ayec indigaation ^e cette loi du S février qui fi'a- Yait pas seulement enroy^ uq rëgicidq h la chambre des députés, mais encore lai arâit doiiné des d^fense^rs dans cette assemblée. Il dit que, par lleflet du systëofie suivi depuis la Restauration ^ la Révolation arrivait à grands pas, qu'un plan d'attaque se suivait av«c persévérance contre la dynastie légitime, que de grandes ambitic^ns arrêtées dan§ Içur cours, de granc^es espéraj[\ça^ déçues s'étaient coalisj6es avec un fanatisme toujours subsistant, quune vaste conspiration s^était formée^ que timide d'à* bord, elle n'avait pas tardé à s'enhsMrdir^ que terr^ssè^. à Lyon et k Grenoble, maïs non pas déti^uite^ elle ^ relevait plus audacieuse et menaçait ses vaiifiqueurs, qu'elle se riait de la religion du serment, que c^que|oar on la voyait renouveler ses teinta tiyes lïomiciçles, qu'elle n'attendait qm ravéneiQent d'une cbs^mbre dévoilée pgur élever sur les ruines du trône constitutionnel ou le lauteuil modeste d'un nouveau Washinglq^ ou la tr^ne sanglant d'un usurpateur militaire, qu'en ce moment, résolue à vaincre où à mourir, elle s'était retranchée dans la loi des élections comme dans sa dernière forteresse, qu'il fallait à t»ut prix l'en arracher, et que la question n'était pas celle d'une nuance d'opinion, mais cel le cVêtre ou de nêtre pas.

M. de Donald, appuyant aussi le projet de loi, essaya de démontrer la nécessité d'introduire l'aristocratie dans la chambre des députés elle-même, pour que la chambre des pairs ne fût pas seule à lutter contre le torrent démo-

cratique, et il signala les dangers de la loi qui aboutissait, par le partage égal, au morcellement indéfini des propriétés, loi incompatible, suivant lui, avec la royauté et Tordre social.

Le ministre de l'intérieur, dans une dissertation peu remarquable, s'attacha à faire ressortir les avantages du projet et son caractère pleinement constitutionnel. Gomme on reprocbait aux membres du cabinet de se mettre en .contradiction avec eux-mêmes en demandant l'abrogation d'une loi qu'ils avaient jadis vivement défendue, il dit que des législateurs qui persévéreraient à maintenir une mesure dont l'expérience leur aurait fait reconnaître les mauvais effets ne seraient pas des hommes conséquents, mais des hommes inconsidérés, et que le devoir d'un ministère était de consulter sans cesse les besoins créés par les circonstances. A ceux qui se faisaient un argument de l'agitation des esprits et reprochaient au gouvernement de l'avoir imprudemment provoquée, il répondit qu'elle ne provenait pas de la présentation du projet de loi, mais de la manière dont on le combattait et des appuis que l'opposition était allée chercher en dehors de la chambre.

De tous les discours prononcés^dans cette discussion, aucun ne produisit un plus grand effet que celui de M. Royer-GoUard. Le chef de la doctrine puisa, dans une théorie longuement développée du gouvernement représentatif, ses objections contrôle projet ministériel. D'après cette théorie, la nécessité, minisire de la Providence et maîtresse des peuples, qui a son empire dans le monde

moral amsi bien qtiedans le monde physiqtie, et qui assigne à chaque peuple, à une époque donnée, dans un certain état de société, une seule espèce de gouvernement possible, faisait, en ce moment, de la monarchie légitime et de la liberté, les conditions absolues de l'organisation de la France. Vouloir les séparer, c'était ramener ces horribles combats où elles avaient péri Tune et l'autre. La Charte n'était autre chose que l'acte de leur alliance indissoluble ; c'était par là qu'elle était forte comme la nécessité. Ce n'était point une conception arbitraire et systématique de l'esprit, mais l'expression vraie, fidèle, obligée, des intérêts, des mœurs, de Tétat de la société. L'antiquité même ne lui manquait pas, bien qu'on l'eût vu écrire six ans auparavant. Les premiers linéaments en avaient été tracés par Louis-le-Gros le jour où il avait affranchi les communes; ils avaient été rendus InefTaça-^ blés par Philippe-le-Bel lorsqu'en appelant ces mêmes communes aux assemblées nationales il avait réduit les classes qui, jusqu'alors, avaient constitué toute la nation, à n'être plus que des ordres. Mais, pour leur malheur, pour celui de la France, elles ôlaient restées des ordres privilégiés. Alors avaitcommencé sourdement, pour éclater au temps marqué, la guerre légitime, mais terrible, du droit contre les privilèges. La Révolution avait consommé le triomphe des communes en mêlant à ce triomphe des crimes qui n'étaient nullement nécessaires, la Charte avait consacré la Révolution en lui imposant, à titre de transaction, l'hérédité de la pairie; mais, la pairie

exceptée, la société nouvelle était instituée sur la base de la complète égalité des droits. Toutes nos libertés consistaient dans l'égalité. Elle avait pour garantie \e gouvernement représentatif, et la chambre des députés était la sanction de la Charte. Que si, môme en conservant cette chambre avec ses attributions, ou modifiait son caractère, on la faisait dériver d'une autre source, on la formait d'autres éléments, non-seulement on altérerait plus ou moins profondément les garanties de la Charte, maison pourrait aller jusqu'à les faire tourner contre la Charte elle-même. La composition de la chambre ne pouvait donc pas être changée au gré de tous les caprices de l'esprit, de toutes les arguties de l'interprétation, suivant la nécessité de toutes les circonstances. Cela équivaudrait à la négation de la Charte. Bien loin de là, la Charte, quoi qu'on pût dire, contenait tous les éléments de la formation de la chambre et lui donnait, dans son existence actuelle, une véritable légitimité, c'est-à-dire une nature propre et inaltérable. La différence de la souveraineté des peuples à la souveraineté constituée des gouvernements libres, c'est que, dans la première, il n'y a que des personnes et des volontés, tandis que, dans l'autre, il n'y a que des droits et des intérêts. Cette dernière situation était celle de la France. Dans un tel état de choses, toutes les individualités disparaissent, tout s'élève du particulier au général, et la société passe tout entière dans son gouvernement où réside seulement la souveraineté, parce qu'en lui seulement, c'est-à-dire dans la royauté et dans les deux chamviu. 33

brcs, les intérêts ont leurs orgs^nes et I$s droits lei^r sanvegarde. De ce grapd fait, q^i dominait la délibération, il résultait qq'il y ayait, dans la théorie de la QhartQ, si côté des intérêts communs à tou$, d's^utres qui ne l'étaient pas^ des diSërences, des inégalités dans les sitifations soçûiles. Elles résultaient 4^ grandes sup^norités de tout genre,^ la gloire, la naissance, qui n'çst que la perpétuité de la glaire, la propriété on la richesse à, ce degré oU ellç est une dignitéy^ ^ne force, un f np^pire exercé sur les homipes. I4^ chambre des pairs n'étsiit auti^e chose que ces iné^alit^l reçonni^es, consolidées, érigées en un pouvoir social et^ par là m^niç, rendues inviolables et immortelles, le privilège traQsféré^ de la société qu'iLopprimait au sein àv^ gouvernement qu'il devait affermir. Mais, après que Tinôgalité, retranchée ainsi au sotniuet du gouvernement^ avait appelé à elle tous Içs intérêts qui n'étaient pas ceux de tous, ce qui restait, c'était l'égalité pure ; la chanabçe élective n'avait plus à représenter que les intérêts coipmuns, et l'on s'exprimait mal, on suivait les traditions révolutionnaires, lorsqu'on disait qu'elle représentait la nation, qui n'était représentée en effet que dans le^ trois pouvoirs. Tout ce qui était aristocratique devait rester étranger à cette chambre. Les intérêts dont elle devait se constituer l'organe étant essentiellement homogènes, chercher encore en elle et dans les éléments de sa composition la diversité, la pluralité, Tinégalité, c'était chercher des différences entre les rayons d'un cercle. La Charte, en établissant des capacités et des incapacités en matière

d'électorat, n'avait pas entendu offrir une prime à la richesse, elle ne connaissait ni la grande ni la petite propriété. En principe, tout citoyen était électeur à une seule condition, celle de payer une contribution exigée seulement comme garantie morale des lumières de ceux qui Tacquittaient, de l'intérêt qu'ils avaient à la bonne gestion des affaires publiques. Cette garantie, la Charte l'avait fixée à 300 francs d'impôt direct, nul n'avait le droit d'élever ni d'abaisser cette limite. Tous les Français qui, l'acquittaient étaient appelés à prendre part aux élections, ils étaient, sous ce rapport, complètement égaux ; on ne pouvait les séparer en classes distinctes, et il n'y avait de députés légitimes que ceux qui avaient été élus par la majorité d'entre eux. L'élection par la minorité, telle que la proposait le gouvernement^ n'était pas seulement une violation de la Charte^ un coup d'état contre le gouvernement représentatifs c'était un coup d*Eiat contre la société, une révolutio7i contre légalité^ la vraie contrerévolution^ le rétablissement du privilège. Mais si le privilège peut être imposé à un peuple par la conquête, le monde ne l'a jamais vu imposé par la délibération à une grande nation. Le sol politique de la France, si longtemps dominé par lui, avait été conquis par Tégalité non moins universellement que jadis le sol gaulois par le peuple franc. Le privilège* était descendu au tombeau, aucun effort hunaain ne l'en ferait sortir ; ce serait le miracle impossible d[un effet sans cause^ il ne pourrait rendre raison de luirmêm^. La loi proposée serait en vain votée, elle

BI6 HISTOIHE DE LA BESTAUftAT

succomberait bientôt sous la résistance Uiii aux objections alléguées contre la loi d' possibilité qu'une majorité factieuse jw cette loi, à dominer fa chambre èle( môme du pouvoir executif, celte pos?

doute, un tel péril était iabéreut ;iii présentatif, les constitutions n'étant /• pour le sommeil, mais l'ensemble rt par la Charte donnait les moyens que la faction, un moment viclorif "

desseins coupables par quelques- ^B est impossible à une faction de U I

nislère digne du Roi cl de la Fr' face à la tribune et dotmanl au d'en appeler à son peuple, \w de la France qui ne vonlail. -■ devint le prisonnier d'une it condition était indispensabl^ïSÉ^— ment constitutionnel dans- ^^^ nistère que la Franco avi élevassent au-dessus dv la France fût gonvern< six ans. Tel était le mn' dit en finissant l'élin|

> les mesures qui *■ 1 à la pensée de i>

> légitimité... qnn i • si nous ne In ■

lëgitimitë est Tidée la plus profonde à la fois et la plus féconde qui soit entrée dans les sociétés modernes; elle rend sensible à tous, dans une image révérée, le droit, ce noble apanage de Tespèce humaine... sans lequel il n'y a rien sur la terre. La légitimité nous appartient plus qu'à aucune autre nation, parce qu'aucune autre race royale ne la possède aussi pure et aussi pleine que la nôtre et... n'a produit un aussi grand nombre de princes populaires... Une révolution avait changé la face de notre territoire; sur les débris de la vieille société... une société nouvelle s'était élevée, gouvernée par des hommes nouveaux et des mœurs nouvelles. Comme tous les peuples conquérants, cette société était barbare...; elle n'avait pas acquis, dans Tusage immodéré de la force, le vrai principe de la civilisation, le droit. La légitimité, qui seule en avait conservé le dépôt, pouvait seule le lui rendre... Avec la race royale, le droit a commencé à lui apparaître, chaque jour y marque son progrès dans les esprits, dans les mœurs, dans les lois. En peu d'années, nous avons recouvré les doctrines sociales que nous avions perdues, le droit a pris possession du fait, la légitimité du prince est devenue la légitimité universelle... Son caractère est la bonne foi. On la profane si on l'abaisse à la déception... à l'astuce. La loi proposée fait descendre le gouvernement légitime au rang des gouvernements de la Révolution en l'appuyant sur le mensonge... » Une simple analyse ne peut donner l'idée, même ap-

proximatife, de ce discotirs, tant f e tissti en est serrè^ tant la beauté, l'énergie, la précision'du langage en complètent les partiesïortes et en dissimulent les côtés faibles. Écouté avec une attention soutenue et interrompu plus d'une fois par les murmures de la droite, il provoqua sur les bancs de la gauche et dans les tribunes de vifs applaudissements, bien que plusieurs des idées qu'il exprimait fussent peu en rapport avec l'opinion ultra-libé<^Ie; Le ministre des affaires étrangères se chargea d'y répondre aussi bien qu'à celui du général Foy, et il le fit avec beaucoup de talent. Ce que le général Foy avait présenté comme un des avantages de la loi du 5 février^ ta variété, ia mobilité des résultats qu'elle devait donner d'année en année suivant les moindres modifications de l'opinion, il le signala comme un danger réel dans l'état de la France.* Il fit ressortir d'une manière piquante Kétrangeté

de ia théorie de M. Royer-GoUard qui montrait dans la Charteun code d'égalité politique tempérée seulement par

quelques exceptions, alors que ces exceptions, épargnant seulement 80,000 Français, écartaien t de Turne électorale tout le reste de la nation. 11 soutint que le savant orateur avait confondu deux choses parfaitement distinctes, les droits individuels que la Charte avait, en effet, départis sans distinction à tous les citoyens, et l'organisation électorale qu'elleavait fondée en vue delà société, en subordonnant les intérêts privés à l'intérêt général. Repoussant comme une absurdité le reproche de vouloir créer une oligarchie en appelant 15 ou 20,000 Français au second degré derélection.

il démontra que malheureusemenl la France ne possédait pas même les éléments aristocratiques qui devaient figurer dans les institutions établies par la loi fondamentale et que le temps seul pourrait lui donner. Il rappela à ceux qui accusaient le projet de loi de rapetisser le système électoral, de dépouiller une partie des électeurs de leurs droits et d'affaiblir la chambre, qu'on leur avait d'abord présenté un autre projet conçu, au contraire ; dans la pensée de donner de plus larges bases au système parlementaire, d'augmenter le nombre des députés, d'assurerune représentation à tous les intérêts sociaux, que c'étaient eux >qui l'avaient fait échouer par un aveugle attachement au principe de l'uniformité en matière électorale, et que, par là, ils avaient réduit le gouvernement à chercher, dansd'autres combinaisons, une garantie contre les orages que^ cette uniformité était trop propre à soulever. 11 supplia la chambre de ne pas fermer les yeux sur les périls dont le pays était menacé et qui n'étaient certes pas ceux du retour de l'ancien régime, de ne pas oublier les leçons de l'expérience dont une jeunesse présomptueuse n'élait que trop portée à tenir peu de compte, et il prédit que, si la Révolution recommençait, la liberté ne refleurirait plus sur le sol de la vieille Europe qu'après qu'elle aurait subi les terribles épreuves de la dissolution de l'empire romain.

M. de Villèle, réfutant aussi M. Royer-Gollard, soutint que l'article de la Charte relatif aux censitaires de 300 francs leur conférait une aptitude et non un droit, que

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la faculté laissée an législateur de modifier l'organisation des collèges électoraux suivant Jes circonstances était indispensable à la consolida tiofi du système représentatif, que l'égalité devant la loi cpnsacrée par la Charte n'interdisait pas un établissement hiérarchique conforme aux besoins de la société, et que reconnaître au pouvoir électoral une origine indépendante, une organisation fon« dée sur des droits imprescriptibles, en dehors de toute action du législateur, ce serait lui livrer l'ordre social tout entier, ce serait, en présence des partis en proie à la plus violente exaltation, briser entre les mains du monarque le droit de dissolution, puisqu'il n'y aurait plus aucun moyen d'obtenir une autre chambre composée d'éléments différents. Il s'étendit sur les vices d'un système assez exclusif dans ses résultats pour écarter dé la représentation nationalatous les intérêts qui ne seraient pas en rapport avec les intérêts et les passions d'uH corps électoral si * faible par le nombre et par la fortune relativement à l'ensemble du pays, d'un système qui abandonnait le sort de la nation à la cla^e d'hommes chez laquelle on rencontrait au moindre degré la garantie de fortune exigée par la Charte, aux habitants des villes de préférence à ceux des campagnes, à la richesse mobilière plutôt qu'à la richesse territoriale. II fit voir que, si l'on tardait à remédier à cet état de choses, la guérison en deviendrait impossible. Il protesta vivement contre l'accusation de vouloir créer un privilège au profit d'un parti et ressusciter l'ancienne aristocratie, morte depuis plus longtemps

HISTOIRE DE LA HESTAUBATION. 5îi

que ne le supposaient peut-élre les hommes qui en faisaient un ëpouvantail. A ceux, enfin, qui prétendaient que la chambre des pairs suQisait à la défense des intérêts de la grande propriété, il demanda ce que deviendrait cette chambre, avec ses privilèges et ses mRJorals, si, au lieu d'Être appuyée par une chambre des députés fondée sur la propriété, elle avait à combattre une assemblée dont les élémenls et les tendances seraient en opposition directe avec les siens.

Dans un ordre d'idées tout différent, M. Ternaux s'efforça de démontrer, par des calculs statistiques, que le projet sacrifiait les intérêts de la moyenne propriété à ceux de la grande. M. Capelle, commissaire du Roi, produisit d'autres calculs tendant 'à prouver que l'aucienne noblesse n'entrerait que pour un cinquième dans les collèges de département. M. Courvoisier se refusa à admettre l'exactitude de cette proportion qu'il jugeait bien inférieure à la réalité, et repoussa énergiquement l'aristocratie nouvelle que le projet avait pour but de créer, aristocratie bien plus réelle, bien plus puissante, bien plus forte que celle de l'ancienne féodalité, parce qu'elle serait fondée sur la loi, parce qu'elle exercerait le pouvoir électoral au nom de la liberté, de la Charte et de la justice sociale. M. de Sainte-Aulaire eomballit aussi le projet comme destructif de la liberté, comme devant avoir pour résultat d'avilir la chambre au moyen de candidatures préparées par des combinaisons de partis qniylDtroduiraient, à la place des hommes recomman-

m HISTOIRE DE LA RESTAUUATIOIi.

la faculté laissée an législateur de modifier l'organisation des collèges électoraux suivant Jes circonstances était indispensable à la consolidatioià du système représentatif, que l'égalité devant la loi cpnsacrée par la Charte n'interdisait pas un établissement hiérarchique conforme aux besoins de la société, et que reconnattre au pouvoir électoral une origine indépendante, une organisation fondée sur des droits imprescriptibles, en dehors de toute action du législateur, ce serait lui livrer l'ordre social tout entier, ce serait, en présence des partis en proie à la plus violente exaltation, briser entre les mains du monarque le droit de dissolution, puisqu'il n'y aurait plus aucun moyen d'obtenir une autre chambre composée d'éléments différents. Il s'étendit sur les vices d'un système assez exclusif dans ses résultats pour écarter dé la représentation nationalatous les intérêts qui ne seraient pas en rapport avec les intérêts et les passions d'un corps électoral si * faible par le nombre et par la fortune relativement à l'ensemble du pays, d'un système qui abandonnait le sort de la nation à la cla^e d'hommes chez laquelle on rencontrait au moindre degré la garantie de fortune exigée par la Charte, aux habitants des villes de préférence à ceux des campagnes, à la richesse mobilière plutôt qu'à la richesse territoriale. Il fît voir que, si l'on tardait à remédier à cet état de choses, la guérison en deviendrait impossible. Il protesta vivement contre l'accusation de vouloir créer un privilège au profit d'un parti et ressusciter l'ancienne aristocratie, morte depuis plus longtemps

que ne le supposaient peut-être les hommes qui en faisaient un épouvantail. A ceux, enfin, qui prétendaient que la chambre des pairs suffisait à la défense des intérêts de la grande propriété, il demanda ce que deviendrait cette chambre, avec ses privilèges et ses majora ts, si, au lieu d'être appuyée par une chambre des députés fondée sur la propriété, elle avait à combattre une assemblée dont les éléments et les tendances seraient en opposition directe avec les siens.

Dans un ordre d'idées tout différent, M. Ternaux s'efforça de démontrer, par des calculs statistiques, que le projet sacrifiait les intérêts de la moyenne propriété à ceux de la grande. M. Capelle, commissaire du Roi, produisit d'autres calculs tendant t prouver que l'ancienne noblesse n'entrerait que pour un cinquième dans les collèges de département. M. Courvoisier se refusa à admettre l'exactitude de cette proportion qu'il jugeait bien inférieure à la réalité, et repoussa énergiquement l'aristocratie nouvelle que le projet avait pour but de créer, aristocratie bien plus réelle, bien plus puissante, bien plus forte que celle de l'ancienne féodalité, parce qu'elle serait fondée sur la loi, parce qu'elle exercerait le pouvoir électoral au nom de la liberté, de la Charte et de la justice sociale. M. de Sainte-Aulaire combattit aussi le projet comme destructif de la liberté, comme devant avoir pour résultat d'avilir la chambre au moyen de candidatures préparées par des combinaisons de partis qui y Introduiraient, à la place des hommes recomman-

SIO HISTOIRE DE |.A REi^TAURATION.

II parla arec indigna tioii ^e cette loi du S février qui n'a- Tait pas senleiiicmt enroyè un régicide à la cbanibre des députés, mats encore lui ayait donné des défense^irâ dan^ cette assemblé^. Il dit que> par Ilelfc^t du système su'^vj depuis la KeslauraUoQ , la Révolution arrivait à grands pas, qu'un plan d'attaque se suivait avec persévérance contre la dynastie légitime, que de graiides ambitions arr^ées dani$ Içur cours^ de grandes espérs^^^ce^ déçues s'étaient coalisées avec un fanatisme toujours subsistant, qu*une vaste conspiration s'était formée,, que timide 4'a* bord, elle n'avait pas tardé ^ s'enhardir, quQ terr^sée, à Lyon et à Grreppble, mais non pas d^.truite^ elle $a r^t^ vaitplus audacieuse et menaçait ses. vaîpqueurs^ qu'elle se riait de la religion du serment, que cbs^que jour on la voyait renouveler ses te^ntatives bomici^es, qu'ellçi n'atteudait qile ravénexpent d'une cbambre dévoi;iée po^ur élever sur les ruines du tr6ne constitutionnel ou le fauteuil modeste d'un nouveau Washingiou ou ]e trône sanglant d'un usurpateur militaire, qu'en ce moment, résolue à vaincre où à mourir, elle s'était retranchée dans la loi des élections comme dans sa dernière forteresse, qu'il fallait à tout prix l'en arracher, et que la question n'était pas celle d'une nuance d'opinion, mais celle cVêtre ou de nêtre pas.

M. de Donald, appuyant aussi le projet de loi, essaya de démontrer la nécessité d'introduire l'aristocratie dans la chambre des députés elle-même, pour que la chambre des pairs ne fût pas seule à lutter contre le torrent démo-

cratique, et il signala les dangers de la loi qui aboutissait, parle partage égal, au morcellement indéfini des propriétés, loi incompatible, suivant lui, avec la royauté et Tordre social.

Le ministre de l'intérieur, dans une dissertation peu remarquable, s'attacha à faire ressortir les avantages du projet et son caractère pleinement constitutionnel. Comme on reprochait aux membres du cabinet de se mettre en contradiclion avec eux-mêmes en demandant l'abrogation d'une loi qu'ils avaient jadis vivement défendue, il dit que des législateurs qui persévéreraient à maintenir une mesure dont l'expérience leur aurait fait reconnaître les mauvais effets ne seraient pas des hommes conséquents, mais des hommes inconsidérés, et que le devoir d'un ministère était de consulter sans cesse les besoins créés par les circonstances. A ceux qui se faisaient un argument de l'agitation des esprits et reprochaient au gouvernement de l'avoir imprudemment provoquée, il répondit qu'elle ne provenait pas de la présentation du projet de loi, mais de la manière dont on le combattait et des appuis que l'opposition était allée chercher en dehors de la chambre.

De tous les discours prononcés^dans cette discussion, aucun ne produisit un plus grand effet que celui de M. Royer-Gollard. Le chef de la doctrine puisa, dans une théorie longuement développée du gouvernement représentatif, ses objections contre le projet ministériel. D'après cette théorie, la nécessité, minisire de hi Providence et maîtresse des peuples, qui a son empire dans le monde

moral aussi bien que dans le monde physique, et qui assigne à chaque peuple, à une époque donnée, dans un certain état de société, une seule espèce de gouvernement possible, faisait, en ce moment, de la monarchie légitime et de la liberté, les conditions absolues de l'organisation de la France. Vouloir les séparer, c'était ramener ces horribles combats où elles avaient péri Tune et l'autre. La Charte n'était autre chose que l'acte de leur alliance indissoluble; c'était par là qu'elle était forte commue la nécessité. Ce n'était point une conception arbitraire et systématique de l'esprit, mais l'expression vraie, fidèle, obligée, des intérêts, des mœurs, de l'état de la société. L'antiquité même ne lui manquait pas, bien qu'on l'eût vu écrire six ans auparavant. Les premiers linéaments en avaient él.é tracés par Louis-le-Gros le jour où il avait affranchi les communes; ils avaient été rendus ineffaçables par Philippe-le-Bel lorsqu'en appelant ces mêmes communes aux assemblées nationales il avait réduit les classes qui, jusqu'alors, avaient constitué toute la nation, à n'être plus que dos ordres. Mais, pour leur malheur, pour celui de la France, elles olaient restées des ordres privilégiés. Alors avaitcommencé sourdement, pour éclater au temps marqué, la guerre légitime, mais terrible, du droit contre les privilèges. La Révolution avait consommé le triomphe des communes en mêlant à ce triomphe des crimes qui n'étaient nullement nécessaires, la Charte avait consacré la Révolution en lui imposant, à titre de transaction, l'hérédité de la pairie; mais, la pairie

exceptée, la société nouvelle était instituée sur la base de la complète égalité des droits. Toutes nos libertés consistaient dans l'égalité. Elle avait pour garantie \e gouvernement représentatif, et la chambre des députés était la sanction de la Charte. Que si, même en conservant cette chambre avec ses attributions, on modifiait son caractère, on la faisait dériver d'une autre source, on la formait d'autres éléments, non-seulement on altérerait plus ou moins profondément les garanties de la Charte, maison pourrait aller jusqu'à les faire tourner contre la Charte elle-même. La composition de la chambre ne pouvait donc pas être changée au gré de tous les caprices de Tesprit, de toutes les arguties de Tinterprétation, suivant la nécessité de toutes les circonstances. Cela équivaudrait à la négation de la Charte. Bien loin de là, la Charte, quoi qu'on pût dire, contenait tous les éléments de la formation de la chambre et lui donnait, dans son existence actuelle, une véritable légitimité, c'est-à-dire une nature propre et inaltérable. La difîérence de la souveraineté des peuples à la souveraineté constituée des gouvernements libres, c'est que, dans la première, il n'y a que des personnes et des volontés, tandis que, dans l'autre, il n'y a que des droits et des intérêts. Cette dernière situation était celle de la France. Dans un tel état de choses, toutes les individualités disparaissent, tout s'élève du particulier au général, et la société passe tout entière dans son gouvernement où réside seulement la souveraineté, parce qu'en lui seulement, c'est-à-dire dans la royauté et dans les deux chamviii. 33

t^ HISTOIRE DE lA RESTAURATION.

de ce mot d* une femme forte à un prime faible^ c'est-àdire de Ca^theriqe de Méiicis à Henri lU ; i Q'ç^ biéB » cQiipé, m\s il fai^t coudre, t ^\\x argunieûte, ^m déclamaticms qui m rattachaient k is^ question électaral^\sc^ m^jaien^ h olPi^que ii^stant des questions incidénte$^ des digressions s»r d^ fait^ extérieurs ^t i ussi m ^ %omm

J^e 3^ mai^ h dOture de la discussion çénér^le^ d^ demandéepiusieurs fois, fut prenonc^^ preaqae^^s^ns of fKlsitiQu* Le débat allait doua s'engs^er sur les ^ti^tf^v ^ deux côtés, qu çeçueillaiï siçs feroes* ou e$s$i;aiv^ laj^ des xecruçs. Le parti du gouyemenoeut yeii^it ^ ri^MMiyrer un çuissaut athlète. î BU. de Sew ^it reYei^i|4f N\ce,incoiupi^teui.ëut guéjci, mais eu 4ta| de par?Wirei U tribpç.^ jusqu'au dçrujer Dwp^nt^ ses anpaus aî^li 1^ doctrinaires, s^^taiient liattéa de Vf^p^iiiiçe df^ ^^M^ cher du cabinet. M. Gakpt lui irait ^rU ^ue \mm ^ttre dans laqi:^IIei, lui pj^é^ntaut copn^ désesp^i^ Il position où s'était placé le ministère^ il le suppliait de m pas s'associer à une politique contraire à tous ses antécédents, de donner sa démission et de se réserver pour te moment où le trône aurait besoin de secours. Mais M. de Serra était peu disposé âk écouter de tels conseils. Les excès de la gauche révolutionnaire et les imprudences de langage de quelques-uns même des libéraux plus modérés avec lesquels il avait marché jusqu'alors, avaient réveillé dans son ^e mobile et passionnée toute la» vivacité de ses vieux, sentiments monarchiques*. Il s'était d'ailleurs

habitué au pouvoir, et il y tenait plus qu'il ne le pensait probablement lui-môme. Dès les premières explications que les doctrinaires eurent avec lui après son retour, ils reconnurent qu'ils n'avaient plus à compter sur sou appui. Cependant, s'il était décidé à ne pas abandonner ses collègues dans la voie politique où ils étaient maintenant engagés, ce n'était pas sans regretqu'il avait vu substituer au premier projet de loi électorale, fondé, sur les bases libérales qu'il avait lui-môme posées, un autre projet inspiré par un tout autre esprit. Bien que, dès le 18 mai, il eût repris sa place dans la. chambre des députés où sa réapparition avait produit une sensation profonde, il ne s'était pas encore môle à la discussion.

En dehors de l'enceinte législative, la gauche travaillait à exciter les esprits pour peser sur la représentation nationale. Chaque jour voyait paraître de nombreux pamphlets remplis des plus irritantes provocations. L'idée d'un appel à la force s'y manifestait presque ouvertement. On y parlait d'organiser la résistance. On y exprimait l'espoir que l'armée, sortie du sein du peuple, ne voudrait pas servir des projets inconstitutionnels, et l'exemple de l'Espagne était invoqué.

Des proclamations clandestines venaient à chaque instant augmenter cette effervescence. Il n'était bruit que de conspirations. On venait, disa^it-on, d'en découvrir une qui devait éclater par le massacre des autorités, des nobles et des prêtres dans le département du Jura, d'où les conjurés se seraient portés par Dijon sui: Pairis et y

aaraient égorgé laramllleroyale eo proclamaat l'Empire. Ou racontait qne, le 14 mai, plusieurs des conjurés s'étaient dirigés rers Ddle, snr le passage du duc d'Angonlémequi, comme je l'ai dit, visitait les départements de l'Est, avec l'intention de l'attaquer, maïs qu'ils y avaient renoncé ea voyant des troupes échelonnées sur la route, et l'on rattachait à ces sinistres projets les démonstrations des agitateurs qui, à Grepoble, avaient accueilli ce prince aux cris de vive la Charte, Les journaux, du gouvernement confirmaientjusqu'à un certain point ces rumeurs, en disant que des artisans de troubles et de sédition, partis de Paris, s'étaient rendus, les uns à Besançon, les autres à Lons-le-Saulnior, pour y organiser des mouvements ; que plusieurs d'entre eux avaient iiè arrêtés dans ces deux villes, particulièrement un ancien colonel et deux commandants de corps francs pendant les Cent-Jours, et que d'autres étaient parvenus à s'évudcr.

Jusque dans les rangs tes plus élevés de l'opposition, des complots commençaient à s'ourdir. Lorsqu'on vent raconter des faits de cette nature, on éprouve une grande difficulté à leur donner leurs véritables proportions, leur juste degré d'importance. Autant les partis, loiïqu'ils sont vaincus, mettent de soin à dissimuler leurs trames et d'audace à les nier, autant, lorsque le gouvernement contre lequel ils conspiraient a succombé, ils s'empressent de faire valoir, d'exagérer leurs moindres tentatives pour se donner plus de titres aux faveurs de l'opinion victorieuse ou seulement pour se procurer une satisfaction d'amour-

propre. Ce n'est donc qu'avec quelque hésitation que je rapporterai les détails publiés longtemps après sur les machinations qui eurent lieu à cette époque.

La plupart des membres de la société des Amis de la Ziberté de la presse^ dissoute par le gouvernement vers la fin de 1819, avaient d'abord continué à se réunir en secret, à des intervalles inégaux et assez éloignés pour ne pas appeler l'attention de la police; mais ces réunions, et en général toutes celles qui s'étaient formées dans le sein du parti ultra-libéral, avaient cessé après l'assassinat du duc de Berry, sous le coup de l'espèce de terreur que l'irritation des royalistes avait jetée un moment parmi les ennemis des Bourbons. Bientôt,^pourtant, les plus hardis avaient cherché à renouer et même à étendre leurs relations. Vers la fin du mois d'avril, après la présentation du second projet de loi sur les élections, plusieurs des membres les plus considérables du parti se trouvant rassemblés chez M. Merilhou, « Ce projet, » dit M. de La Fayette, t est une déclaration de guerre à mort contre 1 la Révolution, les rovalistes veulent en finir avec Té- » galité et la liberté. Nous n'avons plus que la ressource 1 d'une résistance à coups de fusil, mais le concours actif > des déparlements est nécessaire pour tenter quelque » chose à Paris. Ne pourrait-on pas s'assurer de leurs 1 dispositions, essayer d'y organiser quelques mouve- » ments?» Cette ouverture futardemmentsai&ie. Quelques jours après, un sieur Villalon, qui avait assisté à la réunion, partit pour la Bretagne où il se concerta avec les viif. 34

K30 HISTOIRE DE h% RESTAURATION.

soi-disant patriotes de Nantes, de Rennes et de Saint-Malo dans le sens de l'idée exprimée par M. de La Fayette. M. d'Argenson en écrivit en Alsace ; M. Rey, de Grenoble, etM. Bérenger, de laDrômeJravaillérent k appeler h un rôle actifles différentes unions qui s'étaient formées, tant à Grenoble que dans les villes voisines. Des tentatives analogues furent faites sur d'autres points de la France. Des commis voyageurs, d'anciens militaires étaient les émissaires dont on se servait pour y faire parvenir les communications' des directeurs de cette agitation, et la conspiration de TEst, dont je parlais tout à l'heure,. se rattachait probablement à l'ensemble de ces manœuvres. J'ai fait mention du*comité créé peu auparavant dans la sein de rassociation pour la souscription iiationale en faveur des victimes de l arbitraire ,hdi plupart des membres de ce comité, MM. Lai&lte, Casimir Périer, Benjamin Constant, M. de Keratry, M. Odilon Barrot, M. Etienne, les uns par prudence, les autres par loyauté, n'entendaient pasalier au delà du but avoué de l'institution, et ils restèrent étrangers à toute idée de conspiration ou de révolte, mais il n'en était pas de même de plusieurs de leurs collègues. Gts derniers conçurent la pensée de se servir, pour préparer la résistance à force ouverte, de l'association et des correspondances qu'elle avait établies. S'adjoignant quelques hommes dont ils connaissaient l'énergie, ils fondèrent un comité spécial où siégeaient MM. de La Fayette, d'Ârgenson, Manuel, Dupont de l'Eure, Merilhou, de Gorcelle, Beauséjour, Rey, de Gre-

noble, et le général Tarayré. De ces nQi^f pjBrspnnqges, sept étaient dépptés. h^s, efforts de ce comité ^e j^orqi^T rent d'abord à dp yagues préparatifs de cpmpipts, à (Jeii projets de soulèvement dans quelqu(B§ villes de proviflcp. A Pari§, les éléments sur lesquels il pouvait compter se cofliiposaieRtde jeijnps avocats, de journalistes, d'étijdi^qtç, de clercs d'avoijés, de commis de banque, po^r 1^ plupart li|)éraux ardents et sincères plutôt que révojptionr naires, vf^m faciles i^ égarer à raison mêi^e de leur bpnn^ foi et de Tenthousiasoie que Ipujr inspiraient le$ cbef^ 4h parti. Pe3 rëunipns formées parmi les étiidiant^ k l'époque des troubles suscités l'année précédente par le cour^ de M. ^avoux, et qui continuaient à sub$ister, ^'ëtai^i^t mises en rapport avec M. de La Fayette et recpyqiientpar lui le$ directions 4u comité* Des militaires en pop-^ctjyité^ animés {dp sentiments moips généreux qui se rés^maipp^ dan$ unp baine implacable de$ Bourbops, mais §e couvrant 4u masque dfi libéralisme, étaient aussi, pt d'i^pe manipre bjep pl)is ;|bsolue, ^ la disposition des factieux. Un perlaip nombre d'pfBciers employés dans la ligne e môme dan^ la garde partageaient ces disposition^. Qpant à la masse populaire, elle se montrait alors assez indiiïérente; le travail abondait, la vie était à bon marché, pt les ouvriers paraissaient peu portés- à écouter les agitateurs. Sous ce rapport, la situation de Lyon pt des départements de TEst se présentait comme moins rasspranlp pour le gouvernement.

Qp touchait au dénouement du procès de Tassa^sinat

du duc de Berry, et cette circoDstance contribuait, dans UD autre sens, à entreleuir rémotion des esprits. Rien n'avait été néglige de ce qui pouvait éclaircir la question de savoir si Louvel avait des complices, si son crime était un crime isolé, ou si, comme le prétendaient les ultraroyalistes, il fallait y voir Teffet d'une vaste conspiration. On avait délivré cinquante commissions rogatoires ; plus de douze cents témoins avaient été entendus, un certain nombre de personnes mises en état d'arrestation sur des indices qui pouvaient faire supposer qu'elles avaient connu le crime avant sa consommation et qu'elles l'avaient approuvé. Cette procédure, prolongée pendant trois mois, n'avait eu qu'un résultat négatif. La chambre des pairs s'étant réunie en cour de justice le 15 mai, un des commissaires chargés de l'enquête, le comte de Bastard de TËtang, lui présenta un rapport très-soigneusement élaboré, vrai chef-d'œuvre de méthode, de sagacité et de patience, dont la lecture occupa plusieurs audiences, et qui, dans ses longs et minutieux développements, mettait à peu près hors de doute l'absence de toute complicité. Il en ressortait, en effet, que toutes les dépositions qui avaient paru indiquer le contraire émanaient, soit de personnes crédules, inconsidérées ou pressées de se faire valoir, qui avaient dénaturé des paroles ou des circonstances insignifiantes pour y attacher un sens qu'elles n'avaient pas, soit de malfaiteurs détenus dans les bagnes ou dans les prisons, qui prétendaient avoir reçu des propositions ou des confidences coupables parce qu'ils espéraient que ces

prétendues révélations leur vaudraient la remise de leur peine ou simplement que leur translation à Paris^ où ils demandaient à être conduits pour les compléter, leur faciliterait les moyens de s'évader. Le procureur général prononça ensuite un réquisitoire dont les conclusions tendaient, d'une part, à faire déclarer qu'il n'y avait pas lieu à suivre à Tégard de dix-huit individus arrêtés sous la prévention de complicité, mais contre qui on n'avait pu établir aucune charge, de l'autre, à faire prononcer la mise en accusation de Louvel. Bien que tout cela se fût passé en audience secrète et que ni le rapport, ni le réquisitoire n'eussent encore été publiés, la substance de ces documents, communiqués à une aussi nombreuse assemblée, ne pouvait rester secrète. Les ultra-royalistes en témoignèrent une extrême irritation. Comme ils avaient toujours voulu voir dans le crime de Louvel l'œuvre d'un parti, comme ils n'avaient cessé de prédire qu'on s'arrangerait de manière à faire disparaître les traces de la culpabilité de ce parti qu'ils accusaient le gouvernement de vouloir ménager, ils prétendirent trouver, dans le rapport de M. de Bastard, la preuve de cette connivence. La Quotidienne se livra à des attaques injurieuses contre le rapporteur, disant qu'un homme pénétré de Vimportance de ses fonctions neût pas mis ses opinions à la place de ses devoirs et étouffé la question judiciaire sous une foule de questions incidentes. Cette agression plus qu'inconvenante fut vivement relevée dans la chambre des pairs, où elle donna lieu à une longue discussion. Plusieurs des

iiiémbrfes qni y ihtervihrent eh prirent occasion de slgttâ- Ifer les vices d'un régime de censure qui n'avait pas ptè- Venu un pareil écart et qui, en le tolérant, lui avait donné une gravité qu'il n'aurait pas etieâi la presse avait été libre. Tous étaient d'accord sur ce point, qu'une réparation était due au rapporteur et à la cK^mbre, mais, en Tabsehced'une législation qui lui permit, comme en Angleterre, de se faire justice à elle-même, les voit étaient partagées sur les moyens d'obtenir cette réparation. Lé. débat se termina par uri arrêt rendu à la presque unanimité, qui éludait la difficulté plutôt qu'il ne là résolvait : il portait qu'attendu que l'article de là Quotidienne était injurieux envers la cour tout entière dans la peN sbnne d'un de ses membres exerçant près d'elle les fônc^ tiohs de rapporteur, le prbéuréùr général le détiottcerail à qui de droit pour être procédé contre ses auteurs, éditeurs et distributetirs conformément à la loi. Le rédacteur de la Quotidte7im fut traduit devant la Cour d'assièes, mais son défenseu^ M. Berryer fils, ayant établi que l'article incriminé n'avait paru que par inadvertance et seulement dans quelques exemplaires, il fut acquitté.

La cour des pairs, après avoir vidé cet incident, ouvrit la délibération sur le fond de l'affaire. La discussion remplit trois audiences, mais, bien qu'assez animée, elle ne roula que sur des détails de forme et de jurisprudence. Le 23 mai, la cour déclara, par un arrêt à peu près conforme aux conclusions du ministère public, qu'à l'égard de sept des prévenus il n'y avait lieu à suivre parce qu'il

HISTOIRE DE LA RESTAÙftATlON. 535

li'existait contre 6ux aucune trace de déliu 6t à l'égard de six parce qu'il n'y avait pas d^indices Bufflsants de culpabUité ; elle renvoya devant qui de droit cinq autres prévenus qui lui paraissaient pouvoir être poursuivis pour d'autres délits dont le jugement ne lui appartenait pas, pour non-révélation, offense envers un membre de la famille royale et violence envers la force publique ; enfin elle ordonna la mise en accusation de Louvel et l'ouverture des débats publics du procès pour lé S juih*

Les choses en étaient là lorsque la chambre des députés se décida, comme nous l'avons vu, à fermer la discussion générale de la loi des élections. Lé lendemain, 26 mai, le rapporteur, M. Laine, résuma et réfuta les objections présentées contre le projet et exposa fortement lés dangers de la législation existante qui, frappant d'exclusion les hommes les plus dévoués au maintien de l'ordre et du trône et annulant de fait entre, les mains du Roi le droit de dissolution, pouvait amener une situation telle qu'on verrait la chambre des députés, dominée, envahie par les factions et devenue souveraine, s'emparer ellettiême du droit de dissoudre la monarchie. Suivant lui, toute la question se réduisait à ceci : fallait-il changer la loi du 5 février pour conserver la monarchie ou changer là monarchie légitime pour conserver la loi du 5 février?

L'article 1" du projet disait qu'il y atirait dans chaque département un collège de département et des collèges d'arrondissement, et la commission y avait ajouté une disposition portant que, dans l^es départements où le nom-

195 HISTOIRE DE LA RESTAURAtlON.

bre des âecleors n'excédait pas 300, ils seraicDl lémis dans un seol collée, en d'antres termes, qoe la loi dm 5 fëTrier y resterait en ligueur. M. Benjamin Delesserl demanda qne cette disposition fftt aussi appliquée aa dèptptement de la Seine où, les électeurs se tronYant très-près Jes nns des antres, on ne pondait alléguer, comme aill^us, que Fexisteoce d*nn seul coll^ les obligeait i des dépb* céments onéreux. Cet amendement était trop pea ea accord ayec l^riLdu projet pour qu'il pAt être admis. On ne s'j arrêta même pas, et, i roccasîon de ce promer ' article qui semblait contenir en germe tonte la loi, h lutte recommença sur l'ensemble di| projet ayec un redoublement de yi^acité. C'étaient toujours, de pail et d'autre, les mêmes arguments. Le ministre de l'intèrienr, dans un discours bien lait, mais firoid, prit encore la dfrfense du sjstéme proposé. M. de Wendel, pour déoimtrer la nécessité de changer la loi du 5 fémer, dont le raais^ tien ne pouvait manquer d'amener, une majorité d'oppo? sition, se livra contre la gauche et le parti libéral, contre leurs exigences croissaotes, coolre les projets qu'il leur supposait, à des attaques ipjnrieases qui émurent d*autant plus les esprits que roratenr passait pour le confident intime de M. de Serre. La violence de ces attaques provoqua de dures représailles. M. de La Fayette déclara que lorsqu'il était venu, comme député, prêter serment à la constitution, il s'était flatté de l'espérance que les partis allaient, par un échange de sacrifices et sans arrière-pensée, chercher la liberté et le repos dans Texercice des

droits garantis par la Charte; mais qoe cette espérance avait été déçue, que la contre-révolution était dans le gouvernement, qu'on voulait la fixer dans les chambres, qu'il avait dû, aussi bien que ses amis, le faire savoir à la nation, et que, pensant que les engagements de la Charte étaient fondés sur la réciprocité, il en avait loyalement averti les violateurs de la foi jurée. Passant en revue les actes du ministère, il montra la France successivement dépouillée de toutes ses libertés et menacée en ce moment de perdre la seule qui lui restât. 11 accusa le parti de l'émigration d'avoir été, par ses imprudences, par ses folles provocations, le véritable auteur du 10 août, du 21 janvier, de la Terreur et du 20 mars. En réponse aux déclamations de quelques membres de la droite contre les trois couleurs, il les remercia ironiquement de lui avoir fourni l'occasion de défendre ce signe d'émancipation et de gloire que Louis XYJ avait accepté des mains de la nation, que son auguste successeur s'était honoré de porter et dont le moindre titre était d'avoir flotté sur toutes les capitales, d'avoir reçu les hommages de tous les potentats et abattu devant lui pendant plus de vingt ans les drapeaux les plus puissants, c Nos concitoyens, i dit-il, c sont » las de révolutions, rassasiés de gloire, mais ils ne se t laisseront pas ravir des droits et des intérêts chèrement t acquis. Notre jeunesse, l'espoir delà pairie, mieux ins- 1 truite que nous ne l'étions, éclairée de ses propres 1 lumières et de notre expérience, ignore les factions, 1 n'entend rien aux préjugés, n'est accessible qu'aux in-

tentions ptirefe et aut moyens généreux, mais elle veut la liberté avec une ardeur raisonnée, et, par là, plus irrésistible. Que toutes ces générations soient laissées, sous la sauvegarde de la liberté constitutionnelle, à leurs souvenirs, à leur industrie, à leurs études... mais ne les obligez pas, en les menaçant de perdre tous les résultats utiles de la Révolution, à ressaisir le faisceau sacré des principes d'éternelle vérité et de souveraine justice, principes applicables à tous les gouvernements libres, et auprès desquels toutes les autres combinaisons personnelles ou politiques ne peuvent être, pour un peuple de bon sens, que des considérations secondaires. »

Gediscours hautain, dédaigneux et remptid'insinuations menaçantes excita à plusieurs reprises les murmures de la droite. Lorsque M. de La Fayette eut quitté la tribune, il futà accueilli l'extrême à gaucHe par une sorte d'ovation. En présence de ces audacieuses provocations, M. de Serre se décida à rompre le silence qu'il avait gardé jusqu'alors. Il dit qu'il ne se proposait pas de traiter en ce moment le fond de la question, que ses forces ne le lui permettaient pas, mais bien de s'expliquer sur certaines choses que son devoir et son honneur lui interdisaient de. laisser sans réponse. Prenant à parti M. de La Fayette, il lui reprocha de vouloir, contre toute justice, rejeter la responsabilité entière de la Révolution sur les hommes qui en avarient si cruellement souffert. Il lui demanda si ces temps désastreux ne lui avaient pas laissé aussi de doulou-

reuses expériences él d'titileis souvenirs, si pltisd'tine fois, il n'avait pas senti, la mort dari^ Vâme et la rougeur sur le fronts qu'après avoir ébranlé les masses populaires, non-siBulement on ne petit pas toujours les arrêter quaiid elles courent au crime, mais on est souvent forcé dé les suivt'é et presque de les conduire. Cette cruelle allusioh aux souvenirs du 6 octobre fut Évaluée, à la droite et.àii centré, iJàr des cris d'adhésion, t Lé jptéôpiilànt i^ dit ensuite le garde des sceaux, à déclaré qu'il est Venu, dans > cette enceinte, prêter serment à la constitution; il au- » rait dû dire: au Roi et à la Charte, tJt que ce sernient » était réciproque; il déclare que les actes dé la législa- » ture... ont violé cette constitution et qu'il se croit déi gagé de feés serments... Il ajoute à toutes cesdéclara- » lions Un éloge aussi affecté qu'inutile de ces couleurs » qui ne peiivént plus être aujourd'hui que les signes dé » la rébellion. Et ce scandale... est renouvelé pour la » seconde fois à la tribune l... Quel peut en être le biltî » Et si déà insensés... excités par ceà paroles criminelle- » ment imprudentes, se portent à la sédition, je le de- » mande, sur qui devra retomber le sang versé par le » glaive de la révolte ou par le glalte de la loi? Et lors- » qu'un homme qui, lui-même, après avoit* précipité les » peuples dans les résolutions extrêmes, a vu se tourner » contre lui les fureurs qu'il avait soulevées, lorsque cet » homme, honorable à certains égards... » Interrompu à ces mots par M. d'Ârgenson et d'autres membres de la gauche qui lui cfiàicnt que c'étaient là d'itldécetiteô pér-

sonnalités, M. de Serre expliqua qu'il n'avait entendu parler que des actes publics de M. de La Fayette, parmi lesquels il y en avait d'honorables qui, par l'infliience même qu'ils le mettaient en mesure d'exercer, rendaient plus dangereux et plus coupable le langage qu'il tenait en ce moment, c II me reste, » ajouta-t-il, c à tirer les con«

> séquences des observations que mon devoir m'a obligé

> défaire. C'est que cet honorable membre, qui devrait

> avoir si bien appris à connaître le parti révolutionnaire^ t vous dissimule complètement... l'existence de ce parti, » que, d'une part, il seconde ce parti par les éloges don*

> nés aux couleurs de la rébellion, que, d'une autre part,

> il déclare à la nation, en son nom et en celui de plu- 9 sieurs de ses collègues, qu'il se croit délié du serment

> prêté à la Charte, que d'ailleurs ces honorables mmn^

> bres professent la souveraineté du peuple, laquelle, » telle qu'ils l'expliquent, n'est autre chose que rinsur- » rection... N'est-ce pas là un appel à la révolte et un » manifeste pour la justifier? Et cela ne vous indique-t-il » pas vos devoirs envers une opposition qui prend un tel » caractère ? *

A la voix du puissant athlète qui venait de reparaître dans la lice, la droite et le centre reprirent courage et, d'une défensive un peu timide, ils semblèrent passer à l'offensive. A gauche, au contraire, on paraissait embarrassé, incertain. La grande majorité de ropposition était loin de partager les doctrines de M. de La Fayette, de s'associer à ses appels à la révolte. M. Benjamin Constant prétendit

que ses paroles avaient été mal comprises et, sous prétexte de les justifier, il en fit un commentaire qui était presque un désaveu. Il protesta qu'en aucun cas l'opposition ne manquerait à ses serments. Il rappela les dangers auxquels M. de* La Fayette s'était exposé, en 1792, pour défendre le trône. Il parla d'ailleurs de M. de Serre avec ménagement, regrettant d'avoir à combattre un ministre dont il avait plus d'une fois admiré le zèle pour les idées libérales et constitutionnelles.

M. Pasquier monta ensuite à la tribune. Il s'attacha particulièrement à combattre ce qui dans le discours de M. de La Fayette, pouvait être considéré comme portant atteinte à l'inviolabilité royale. Sans accuser ses intentions, il soutint qu'on était en droit d'accuser sa faiblesse, sa longue et déplorable impuissance, t M. de La Fayette, » dit-il en finissant, t a terminé son opinion par un appel » solennel à la jeunesse. Il lui a déclaré qu'il comptait » sur ses lumières et même -sur son expérience... et » moi, je lui dirai avec franchise, sans nulle complaisance, 1 qu'elle doit plus que jamais se défier de ces éloges sans » mesure, de ces imprudents appels qu'on affecte de lui » prodiguer. Il faut qu'elle sache que les lumières vérita- » blés ne sont jamais le fruit que des études patientes, » consciencieuses, prolongées... Il ne lui appartient pas... » de prétendre au bénéfice de l'expérience que les an- » nées seules amènent à leur suite... La jeunesse doit » donc se tenir dans une salutaire circonspection qui lui > fasse porter respect au passé, à l'expérience, aux déci*

> sioQs de ses pères, et je ne pense pas que ce soit la ser^ ii yir, que ce soit servir çon pays que d'pn appeler sans « cessa à elle dans une discussion où la sagesse et la pri;* » dence la plus consommée ne sauraient être trop iq- » Yoquées... »

Oq entendit encqre, en faveur du projet de loi, de trèsbons discours de MM. Roy et Portai, ministres des finan* ces et de la marine. M. Manuel, M. Dupont de l'Eiirâ * parlèrent avec force dans le sens oppose. JM. Royer-Colr lard, à qui on avait reproché de soutenir des doctrines qui conduisaient à celle de la souveraineté du peuple^ repoussa vivement cette accusation et s'efforça, avec beaucoup de subtilité et de profondeur, d'établir que c'étaient sps adversaires eux-mêmes qui, à leur insu, imbus da l'esprit du temps, inclinaient vers ce funeste principe, f^coclamant avec une nouvelle énergie celui de l'égalité dans les limites où la Charte l'avait posé, il se refusa à admettre rimpossibilité dans l'avenir d'une société qui ne fût pas divisée en rangs, en conditions, en classes diverses, impossibilité que l'on fondait sur ce fait qu'il n'y en avait jamais eu de semblable, comme s'il n'était jamais rien arrivé dans le monde de nouveau et d'imprévu. Il soutint qu'on avait tort de s'effrayer de l'existence des partis, que c'étaient des éléments nécessaires, inséparables d'un gouvernement libre, que le rôle du gouvernement était de les attirer dans l'action régulière et constitutionnelle, de les empêcherde se confondre avec les factions; que, pour celles-ci, il devait les combattre, les réduire à l'impuis-

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 5i3

sâDce^t préparer ainsi 1^1)r anéantissement; qu'il isn existait deux, Tune née de la Révolution^ de ses mauvaises doctrines et de ses mauvaises actions, qui cherchait toujours l'usurpation, parce qu'elle en avait le goût encore plus que le besoin, Tautre née du privilège, que Tégalité indignait et qui avait besoin de la détruire ; qu'il reconnaissait la première à sa haine de toute autorité légitime, politique, morale, religieuse, l'autre à son mépris instinctif pour tous les droits publics et privés et à la cupidjté arrogante qui lui faisait tout convoiter dans lè gouvernement et dans la société; que, réduites à elles-mômps, elles étaient également faibles en nombre et odieuses à la nation, mais que si, par la faute du gouvernement, elles étaient destinées à déchirer, à ensanglanter la France, il déclarait par avance à la faction victorieuse, quelle qu'elle pût être, qu'il détestait sa victoire et lui demandait de Tinscrire sur les tables de ses proscriptions. Il persista) à repousser un projet qu'il juges^it radic^lemeqt mauvais, mais il reconnut que, dans les circonstances où l'on se trouvait, la loi du 5 février, coupable ou non, devait être modifiée, parce qu'il était dû quelque chose aux inquiétudes qu'elle faisait naître ; qu'en maintenant les bases essentielles de l'élection directe et de l'égalité des votes, •on pourrait, pour éviter la prise que les assemblées électorales trop nombreuses offrent aux factions, scinder les collèges, prendre encore d'autres précautions, et que, pourvu que les libertés du pays restassent intactes, lu[ et ses amis accorderaient, au delà mêmQ de le!|rs cpnyic-

ttons, ce qu'on leur demanderait dans Tintërêi da 1x>n ordre on seulement pour calmer les esprits.

Ce second discours de M. Royer-Gollard avait produit plus d'effet encore que le premier. M. Corbière en combattit finement les théories, et n'eut pas de peine à faire ressortir l'insuflSsance des modifications que le prëopiûant consentait à apporter à la loi du 5 février.

Le 29 mai, on ferma la discussion sur le premier article du projet. On approchait du moment décisif . Quelque violemment divisés que fussent les deux partis, h presque égalité de leurs forces, l'incertitude du résultât, lès périls imminents d une collision disposaient à une conciliation tout ce qui n'était pas animé de passions implaca^ blés et décidé à courir les grandes aventures. Nous venons de voir que M. Royer-GoTlard avait fait entendre dans ce sens quelques paroles qui, bien que vagues et obscures, avaient, de la part d'un homme aussi grave, une signification importante. D'un autre côté, M. Paisquier, M. Laine et d'autres orateurs de la majorité avaient dit et répété que, si ropposition croyait avoir à se plaindre de la présentation d'un projet hostile à là liberté publique, elle devait s'en prendre à ceux qui avaient repoussé un premier projet qui, suivant l'expression de M. Pasquier, entrait plus profondément dans les entrailles du système représentatif.

Deux amendements furent proposés sur l'article 1": c'étaient, en réalité, deux lois nouvelles. L'un, de M. Dclauney^ membre du centre gauche, consistait à partager les

électeurs de chaque département en deux collèges comprenant en nombre égal, le premier, les plus imposés des censitaires de 300 francs, Taulre, les moins imposés, qui se présenteraient mutuellement des candidats entre lesquels ils choisiraient les députés. Cette combinaison bizarre fut longuement développée par son auteur : suivant lui, elle réunissait les avantages et évitait les inconvénients des deux systèmes qui semblaient partager rassemblée.

L'autre amendement, œuvre. de M. Camille Jordan, divisait chaque département en autant d'arrondissements qu'il avait de députés à nommer et établissait dans chacun de ces arrondissements un collège électoral composé de tous les censitaires de 300 francs, lequel devait nommer directement un député. Dans la séance du 30 mai, M. Camille Jordan prit la parole pour le développer. Sa présence à la tribune où il n'avait pas paru depuis longtemps produisit une très-vive sensation. D'une voix affaiblie par la maladie dont tout son extérieur présentait les signes trop évidents, il déclara qu'il se croyait obligé de repousser un projet funeste, comparable aux mesures qui avaient perdu les Stuarts; mais que, voulant remédier à des abus réels, calmer des craintes respectables bien qu'exagérées et donner au gouvernement un gage de dispositions conciliantes, il s'était décidé, de concert avec un grand nombre de ses collègues, à présenter une proposition qui, tout en maintenant les grands principes de la loi du 5 février, celui de l'èlcclion directe et celui VIII. 35

546 HISTOIRE DE LÀ RESTÂURATtON.

de l'égdlité du droit électoral^ satisfaisait M% objections raisonnables des adrersaires do celle loi» Ces objections reposaient principalement sur les facilités qtie des réunions électorales trop nombreuses donnaient à Tespril d'opposition et d'intrigue, sur l'influence excessive que le système d'un collège unique assurait au cheMieu db département^ sur Texclusion dont il frappait, de fait, tin grand nombre d'électeurs à qui leurs occupations et leur peu de fortune ne permettaient guères de se dôpla"" cer pour aller voter si loin de leur domicile, sur la nature des scrutins de liste, nécessaires lorsqu'un collège â plusieurs députés à nommer, et dont il résulte que trop souvent les premiers noms portés sur la liste sont les seuls qui expriment la pensée sérieuse des électeurs, les autres n'y étant inscrits qu'au hasard et pour faire nom'' bre. L'amendement devait faire disparaître tous ces in» convénients. M. Camille Jordan, avant de quitter la tri« bune, fit un appel pathétique aux députés des centres qu'il invita à se rallier, pour sauver le pays, à leurs anciens amis, à ceux qui avaient fait avec eux les campagnes de 1815 et 1816 et dont il connaissait rattachement à la légitimité^ l'horreur pour les révolutions. « Si les » ministres, » dil-il, c veulent entendre avec vous cet ho- » norable appel, avec quel empressement ils seront ac- » cueillis dans nos rangs 1 Mais s'ils y demeurent » insensibles, si, après avoir si souvent changé de pro- » jets et de vues dans ces derniers temps, ils ne re- » trouvent de la persévérance que pour s'obstiner dans

» la plas déplorable des erreurs, qu'ils soient alors aban- > donnés par tous et par noas, qu'ils courent seuls à i leurpertei... »

Une longue et vive agitation suivit ce discours. La pro^ position de M. Jordan avait d'autant plus de chances de succès que l'idée qui en faisait le fond n'était pas nou^ telle, que, dès 1818, elle s'était offerte à M. Decazes, et que ce ministre l'avait longtemps considérée comme devant constituer une amélionration suffisante de la loi du 8 févrieTé Des deux amendements soumis à la chambre, celui de M. Delauney, lui ayant été présenté le premier, semblait devoiféirc aussi discuté le premier, mais M. de Sainte*Àulaire demanda la priorité pour celui de M. Jordan. Le président ayant consulté l'assemblée, la gauche, la plus grande partie du centre gauche et quelques mem^ bres du centre droit se levèrent pour accorder cette prio* rit&, la droite, le centre droit presque entier et une mino^* rite du centre gaucho pour la refuser. L'épreuve ayant été déclarée douteuse, il fallut recourir à l'appel nominal. Il se fit avec lenteur et solennité. Jamais la chambre n'a-^ vait été aussi nombreuse. Quatre députés seulement, dont trois malades et un démissionnaire, ne se présentèrent pas à la tribune pour y déposer leur vote. Au moment du réappel, on vit arriver. M. do Chauvelin qui, retenu chez lui depuis plusieurs jours par* la goutte, s'avançait péniblement, soutenu par deux de ses collègues. Il s'assit sur un fauteuil placé dans le couloirde gauche et, informé de ce qui se passait, se souleva pour essayer d'aller aussi

déposer son Tote à la tribune; mais, sur le Tœu exprimé . par un cri presque général, on lui en épargna la peÎM en lui apportant les boules et les urnes. Puis, au milieii de l'anxiëlé la plus vive, on procéda au dépouilleiiieiit du scrutin, et, lorsqu'il fui terminé, le présid^il-aof* noBça que la priorité a?àit été accordée à ramendem^l^ de M. Camille Jordan à la majorité d'une seule Toix,l9SS contre 127. L'opposition l'emportait donc. La ma^rtté était bien faible, le succès qu'elle tenaii d'obtenir bb porf tait que sur un point préliminaire, mais il pouyattfeBi, faire espérer de plus décisifs. La chambre était botit^ef^ sée. Plusieurs salves d'applaudissements éclatèrent à fau»: che et dans les tribunes. Un grand nombre de députés siB^ pressèrent autour de M. do Ghauvelin pour le reEi^roM»^^ du secours si opportun qu'il venait de leur a^^orter^' D^autres allèrent annoncer le vote à la foule qui se pre&?f sait aux portes du palais Bourbon et qui mêla ses appiau^^ ♦ dissements à ceux du dedans. : n^

La situation devenait dangereuse pour le gouvernement et pour son projet de loi. M. de Serre, malgré la faiblesse où le réduisait son état de souffrance, sentit que le moment était venu de livrer un combat sérieux. II demanda la parole pour combattre Tamendement. Un profond silence s'établit aussitôt. Posant d'abord la question, il constata qu'une partie de l'opposition désirait modifier la loi du 5 février tandis que l'autre ne voulait y admettre aucun changement, que la grande majorité de la chambre reconnaissait la nécessité d'une loi nouvelle pour prévenir

une crise redoutable, que la loi de 1817, avait perdu un grand nombre de ses partisans, que les anciens ministres qui l'avaient proposée, que lui môme, qui, sans l'avoir approuvée dans le principe, avait cru depuis devoir la défendreen attendant que l'expérience eût prononcé, cédant maintenant au sentiment de leur devoir et de leur responsabilité, venaient en demander le changement, que la chambredes pairs qui l'avait votée s'était élevée contre elle, qu'il avait fallu, l'année précédente, créer mxante nouveaux pairs pour lui rendre une majorité, et que, pour conserver cette majorité, il faudrait peut-être en ce moment en créer cent autres, que, quant à la chambre môme des députés, ce n'était pas sans effort qu'en 1819 oii l'avait amenée à repousser la proposition de M. Barthélémy et que, malgré l'élection d'un nouveau cinquième issu de cette loi, il serait difficile d'y réunir un nombre de voix suffisant pour en assurer le maintien intégral. Pour expliquer les effets qu'elle avait produits et la réprobation qui en était la conséquence, il fit voir. que le principe sur lequel elle était fondée était un principe d'exclusion, qu'elle écartait, non-seulement des masses d'individus, mais des nuances d'opinions entières, et que ce qui la rendait plus effrayante, c'est que ce principe était en elle une puissance progressive qui, chaque année, augmentait d'intensité, en sorte que la section môme de la chambre à laquelle la loi servait pour le moment de véhicule serait infailliblement forcée d'en demander un jour le changement dans l'intérêt de la liberté, si la liberté était réelle-

aSO HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

ment ce qu'elle avait en vue. Il rappela -que lorsqu^on .commençait par l'exclusion on finissait par la prôserip^ tion. Admettant la distinction fort juste que M. Royer- Gollard avait établie entre les partis et les factions, il si* gnala l'action de la faction révolutionnaire, de cette Aietion irréligieuse, immorale, amie de Tusurpation, ennemie de tout frein, de toute autorité légitime, dont Ve%\^ tence lui était démontrée, non-seulement par sa convie* tion personnelle, mais par les preuves positives que sa position officielle lui avait permis de recueillir. Il prédit à ceux des députés qui se seraient alliés à elle, qu'ils éuo^ comberaient sous la diffamation et la calomnie dès qii*iis essaieraient par la suite de l'arrêter. Il développa ensuite les vices de la loi du 5 février qui, en comptant les suflflirages au lieu de les peser^ en paralysant ainsi la portion des éiéc^ teurs la plus riche, la plus éclairée, la plus intéressée h l'ordre, avait créé dans la monarchie une démocratie pure. Il prouva que l'amendement proposé par M. Camille Jordan n'y remédiait que très-incomplétemenl. Il réfuta avec une grande vigueur la théorie de M. Royer-Gollard sur une égalité absolue de droits, théorie contraire à la Charte qui, d'accord avec la justice, la raison et la saine politique, admettait la diversité des droits et des intérêts en leur accordant une représentation et une protection égales. Il expliqua que si, en son absence, ses collègues s'étaient cru obligés de retirer le projet de loi électorale présenté avant la retraite de M. Decazes et de lui en substituer un nouveau strictement conforme au texte de

la Charte, c'était par suite de la violente opposition qui s'était manifestée contre deux des clauses de ce premier projet, le renouvellement intégral et l'augmentation du nombre des députés au moyen d'une représentation spé* ciale accordée aux plus imposés. Il ne dissimula pas que oe système, qui permettait de conserver l'élection directe, D^avait pas cessé d'avoir sa préférence, qu'il y voyait encore la seule base d'une véritable, d'une grande, d'une honorable conciliation. Il invita très-clairement les adversaires du second projet de loi à prendre l'initiative d'une pareille transaction, c Que si, au contraire» » ajouta-t-il, on veut se renfermer dans le texte de la Charte sous le rapport du nombre, alors je déclare, en mon âme et conscience, que, me trouvant loin de mes collègues au moment où le projet actuel a été conçu, rédigé^ présenté, l'ayant examiné avec autant d'attention que d'indépendance, peut-iètre même avec une prévention contraire puisque je tenais fortement à d'autres idées, je ne conçois pas d'autres moyens d'arriver à une représentation juste, impartiale, protectrice de tous les intérêts, que la loi qui vous est soumise. C'est à vous maintenant, messieurs, à décider dans votre conscience et dans rinlérét de votre pays inséparable de celui de la royauté.... Vous êtes placés à ce moment décisif où vous pouvez vous élever vers une prospérité grande et durable ou vous lancer de nouveau dans l'effroyable carrière des révolutions... »

Ce discours, plein d'une émotion contenue, produisit

dans l'assemblée des impressions aassi fortes que diverses. L'état de souffrance de l'orateur et ses efforts visibles pour le surmonter ne contribuèrent pas peu à en augmenter l'effet. Un moment, la voix parut lui manquer, il sembla défaillir; on lui cria de toutes parts de se reposer, un siège lui fut apporté à la tribune mème^ et il s'assit pendant quelques instants avant de reprendre la parole. La droite donna de vifs témoignages d'adhésion à ses vigoureuses apostrophes contre les révolutionnaires, mais elle accueillit par de sourds murmures une phrase dans laquelle il faisait l'éloge de la loi de recrutement, et loi*squ'il indiqua la possibilité d'une transaction sur la base du maintien de l'élection directe, on put remarquer, dans les rangs de ce parti, un mouvement de surprise et de mécontentement. Il crut, et tout le monde crut y voir une avance faite par le gouvernement à l'opposition. II était, en effet, difficile de supposer que M. de Serre se fût avancé à ce point sans s'être entendu avec les antres ministres, sans avoir obtenu l'autorisation du Roi. Il est pourtant certain qu'il ne s'était concerté avec aucun de ses collègues, et en proposant de modifier ou, pour mieux dire, de remplacer par un autre projet celui qu'ils avaient mis en délibération, il cédait, suivant toute apparence, à une de ces inspirations irréfléchies etsoudaines qui étaient dans sa nature. Ils en ressentirent une contrariété d'autant plus vive que plusieurs d'entre eux avaient une préférence marquée pour le système de l'élection indirecte. Le duc de Richelieu fut surtout très-blessé d'un procédé

qa*en sa qualité de président du conseil il avait le droit de trouver plus qu'inconvenant envers lui, et on eut beaucoup de peine à lui faire comprendre que la prudence lui commandait de contenir son mécontentement pour ne pas aliéner un homme tel que M. de Serre,

Quoi qu'il en soit^.une base était posée pour une transaction, mais, pour le moment, personne, dans l'opposition, ne se montra disposé à répondre à l'invitation du garde-des-sceaux. Le succès obtenu au commencement de la séance donnait à la gauche l'espoir d'une victoire complète, et elle espérait que l'amendement de M. Camille Jordan aurait la majorité.

L'anxiété des esprits était plus grande que jamais, et le corps diplomatique étranger était lui-même livré à de vives inquiétudes. Les représentants des grandes puissances avaient repris l'habitude de conférer ensemble, comme en i816, sur la situation de la France. Dans une de leurs réunions, les ministres de Russie et de Prusse, le général Pozzo et M. de Goltz, doutant beaucoup de l'adoption du projet de loi et considérant son rejet comme le prélude d'un changementde ministère et d'une révolution, avaient exprimé l'avis que, le cas échéant, il faudrait, si le gouvernement se sentait assez fort pour cela, renvoyer la chambre et résoudre la question par voie d'ordonnance; mais l'ambassadeur d'Angleterre et le ministre d'Autriche pensaient qu'on n'en aurait pas la force et que le seul résultat d'une telle tentative serait de préparer une justification aux révolutionnaires. Quelques jours après, le gd-

WMk HISTOIRE DE LA RESTAUBâf IOêH»:.

serai Bouo semblait lai-mâme oroire que, faute 4%ii* t^ meté sufBsaBte de la part des ministres^ un tel tmp d'Étui aérait impraltosible. 8a grande prteocupatbQ, ç^ilaU la craiote que le Roi, regrettant M. Iteeases, niaelidàt ii^^ tement à la formation d'un cabinet libéral. U t^nibra^ yeyait'plns daps Tayeniri qae pifilsi que ealai|m{dupsi et, en dernier rèsnltai, iino gaerre généi^^

La dissuasion se prolongea peqdant trois sâaneii awr ramendement de M. Camille Jordan. Gombatta papletaf» porteur , par U. de Viilèle^ par le ministre ^ liftiiriè étrangères et par M. Benoît oomme contraire i lHii|tiii^ tire royale et comme laissant subsister le début prine^l^ de la loi du 0 férrier^ Taseendant eKclusif qu'elle aamfiât à la petite propriété, il fut défendu par M. QeliiNil|ii Frainville, par M. Gounroisierv par Jf , de 8ainle*àlBilÉi|e et parle général Pey. On disait, de eeeôté, qu'il rèHiéAiiil très^uflBsaminent aui ineonTénients réels de la légisbiiiûil eiistante sans subordonner lé tosu de la majorité à^edui des grands propriétaires et sans créer une aristocratie me* naçanle pour les intérêts nés de la Révolution. Ces derniers orateursprotestalent avec chaleur de leurattachoment au Roi et à la monarchie légitime, mais ils se livraient, contre Taneienne noblesse et le parti de l'ancien régime, à des attaques dont la viruFence nous étonne aujourd'hui de la part de pareils hommes et prouve quelle était alors la force de Tesprit de parti. La gauche applaudissait à ces attaques, le côté droit s'en irritait. Il demanda le rappel à l'ordre de M. Gourvoisier pour une phrase dans la-

quelle il avait semblé accuser les ul Ira-royalistes d'imputer à la garde nationale de Paris la responsabilité des crimes qui avaient souillé Paris pendant la Révolution; il demanda aussi celui du général Foy qui avait reproché à l'ancienne aristocratie, représentée par la chambre Introuvable, d'avoir ensanglanté le sceptre de nos rois ; mais ces deux propositions n'eurent aucune suite, bien que M. de La Bourdonnaye, M. de Gastélbajac, M Benoit et M. Corbière fussent successivement montés à la tribune pour soutenir celle qui concernait le général Fov.

La clôture ayant ensuite été prononcée, on vota sur Tâmendement de M. Camille Jordan. Un seul membre manqua à Tappel nominal. L'amendement fut rejeté à la majorité de 133 voix contre 123. L*anxlété avait été extrême pendant le dépouillement du scrutin. Lorsque le président en eut proclamé le résultat, une vive agitation se manifesta sur les bancs de la gauche qui, après avoir tant approché de la victoire, la voyait échapper de ses mains. La nouvelle, promptement répandue dans la foule qui remplissait les abords du palais législatif, y produisit une émotion pénible.

Le déplacement qui venait de s'opérer dans la majorité était le résultat de négociations ouvertes les jours précédents, par rintermédiairedeM. Beugnot, avec cinq députés que Ton était parvenu à détacher de l'opposition. Leurs noms circulaient dans le public qui attribuait à leur conversion des motifs peu honorables.

680 mSTOIRE DE LA RESTAUIiATION«

Le leBdemain, 2 jain^ la chambre, a[Nrès nn léger dé'* bâti rejeta, à la presque unanimité, TamendemeAt de, M. Delauney, celai qui divisait les électeurs de chaque département en deux collèges se présentant mutneller ment des candidats. M. Desrousseaux en prësentaau^sit6t un mtre d'après lequel chaque collège départeîoentd aurait été divisé en autant de sections qu'ily aurait eu d'arrondissements dans le département, le recensem^ se faisant au che£-lieu par les bureaux des sections rëums^^ Une modification aussi insignifiante de la loi du 5 février eût été pour la gauche la victoire la plus complète. Auss^ le ministère et la droite, M. Pasquier ei M. de Serrer M. de Villèle, M. Benott et d'autres encore réclamèmit^ . ils la priorité pour l'article 1^' du projet de Ipi, disasl » que le prétendu amendement, n'ayant aucun rappcnrt avec le projet, constituait un empiétement i^r la préro^ gative royale, et que, si l'on permettait à l'oppositicm d'introduire ainsi successivement dans le débat de nouvelle^ ? propositions, il dépendrait d'elle de rendre la discussion interminable. Cette opinion fut combattue par MM. Benjamin Constant et Manuel, par M. de Sainte- Aulaire, par M. Courvoisier, par M. Royer-Collard, par le général Sëbasliani. Suivant eux, la distinction que l'on voulait établir entre un amendement et une propodlion nouvelle était purement arbitraire, et, si elle venait à prévaloir, ce serait un instrument commode à l'aide duquel la majorité pourrait toujours étouffer la voix de la minorité. Après un long débat mêlé d'arguties et de violences.

M. Royer-CoIIard ayant demandé qu'on repoussât par la question préalable la priorité réclamée pour le projet du gouvernement, la question préalable fut rejetée à la majorité de 129 voix contre 123.

L'amendement de M. Desrousseaux semblait donc écarté. Néanmoins, le lendemain, sur la proposition du général Foy, énoncée avec beaucoup de mesure et de convenance et acceptée, dans un langage très-conciliant, par le ministre des affaires étrangères, on décida que cet amendement serait discuté en même temps que le premier article du projet ministériel et qu'on ne résoudrait la question de priorité qu'après la clôture de la discussion. Le débat recommença pour la troisième fois sur le principe même de la loi. Le système des candidatures fut encore attaqué avec beaucoup de chaleur par M. deKeratry, par M. Constant, par M. Guittard. M. Constant, dans un discours vif et pressant, reprochante ses adversaires de se refuser à toute transaction, exprima sa surprise de ce que personne ne donnait suite à l'idée émise par M. de Serre. Un membre de la droite, M. de Salis^ combattit seul l'amendement de M. Desrousseaux. La priorité ayant ensuite été accordée à l'article l^'^ du projet du gouvernement, cet article fut adopté à la majorité de 130 voix contre 125. M. de La.Bourdonnaye, dans l'espoir d'amener une crise qui aurait livré le pouvoir à la droite en renversant le ministère, avait eu d'abord la pensée de se joindre à l'opposition ou de s'abstenir, mais, au dernier moment, les efforts de MiM. de Yillèle et Corbière, peut-ôtre même

im UlfiTQlRB IIB LA RESTÂUBATIOm

riiitdrviBUoii p^nôanelle dd Monsieurv lill firent kbakp doiio^r eette résoltitioti.

L'ariicle adopté porianU comme je Tai dtti qpiit ]r al^ rait dans ebaqae départefiient un coHége dO âé^^ri^MI et d«a odiégéa d'arnmdmra&eBt^ la Ytctoire Su gotfer* âéiàeât paraosiit complète* Ansai^ la' prodamatio» dtt rémltatda aeruttD, en exaspéttnt le paru yaifiOQ v A^'^^tt éclatet*, en ddioit de ia ehambre^ l'omge qui iè ptéfi^ rail dépôts quelfaetMipi»

Dbi toi premiera jouni da mim de mai^ le gotifini^ meot avait appris qee l'on projetait de former de$|a# à^blementi autour de la cbambre pour iiifl«^^ t^ était possible^ aur Tiasee de k diseuaéiorié H eouneMilt^ auaii lea mauoMivres pratiquées daos les édates où, eoÉAMi nous ratons y») il s'était formé des oomit^ qui aniiwi établi des communications arec M. do La Fayette^ le * grand comité directeur^ en relations euiL^mémes aTM M rérotutionnaires d^ départements. Suivant toute eppi» rence, aucun projet n'était encore bien formellement ar* rètéf on devait agir d'après les circonstances, mais le but évident était de créer, à côté des chambres, un moyen d'action capable de les entraîner et de les dominer. Pour déjouer ces coupables desseins, le gouvernement avait ordonné au maréchal Oudinot, commandant de la garde nationale, d'augmenter la force du poste du palais Bourbon et de lui donner des chefs dignes de toute confiance» Les doyens des écoles de droit et de médecine avaient été invités à avertir les ôlovcs qu ils étaient l'objet d'une sur-

HISTOIRE DE LÀ RESTAURATION. ô{»

veillance particulière. Enfin, on 8'élait décidé à rapprocher de Paris ceux des régiments de la garde qui étaient en garnison dans des villes éloignées.

Dès le second jour de la discussion, le 16 mai, des groupes s'étaient, formés devant le péristyle du palais Bourbon. Us étaient peu considérables encore et semblaient se composer uniquement de curieux» Les jours suivants, ils devinrent progressivement plus nombreux et plus animés. On y discutait i haute voix la loi électorale et d'autres questions politiques, et on y tenait des propos violents. « Si la loi est adoptée par la chambre, » disaient quelques agitateurs, < les déparlements sauront 1 bien la rejeter, i Cependant, ces groupes, qui se formaient entre cinq et six heures de l'après-midi et se dispersaient après la levée de la séance, n'attiraient pas encore l'attention du public.

Le 30 mai, ils prirent un caractère plus prononcé. Dès deux heures^ Taffluence était considérable aux portesdu palais législatif; les élèves des écoles y abondaient, et l'attitude de la foule était plus tumultueuse, plus hardie. Les noms de plusieurs députés étaient invoqués au milieu de protestations passionnées contre les lois votées pendant la session. C'est ce jour-là que M. de Chauvelin, se faisant porter, malade, à la chambre, assura, par sa présence, un triomphe momentané à la gauche. A sa sortie, quel-^ ques jeunes gens se rassemblèrent autour de sa chaise à porteurs en criant vive la Charte^ vivent les députés fidèles/

Le lendemain, reconnu an moment où il amyatt à la chambre, il fut encore accueilli par des brams. iM mèmeâ acclamations le saluèrent lorsqu'il en sortit. Oii' l'accompagna jusqu'à sa demeure en criant vive Chauve^ lin/ Le cortège ainsi rassemblé autour de sa chaise 8« composait de quelques centaines de jeunes gens.

Le 1*' juin, M. de GhauTelin eut encore une escorte semblable^ bien que le mauvais temps eût éclairci le$ rangs de la foule. Les journaux commençaient à parler de ces manifestations et le public à s'en préoccuper. ' >

Le jour suivant, les rassemblements commencèrent^l très-bonne heure, en même temps que la séance. Ltà^ groupes, plus nombreux, n'étaient plus stationnaires en , Tant le palais. Ils parcouraient la place aux cris cte #i# la Charte^ mab, cette fois, les cris de vive le Roi se B^^ laient à ces acclamations. Ils étaient proférés pard^autpei' jeunes gens qu'à leur tournure et même à lair costuiAe on reconnaissait pour des militaires, bien qu'ils ne fus^ sent pas revêtus des insignes de leur profession. C'étaient des gardes du corps et des officiers de la garde royale qui, s'irritant des scènes des jours précédents, venaient protester à leur manière contre les manifestations libérales. Lorsque M. de Ghauvelin parut dans sa chaise à porteurs, ces jeunes gens, portant des signes blancs à leurs chapeaux et armés de gros bâtons, Tenlourèrcnt, assaillirent violemment ceux qui Tescorlaient, et voulurent le contraindre à crier avec eux vive le Roi. Des rixes s'engagèrent. Les élèves des écoles, qui^ pour la plupart,

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 56i

n'étaient pas armôs comme leurs adversaires, furent maltraités, et, s'il faut en croire les plaintes que fit entendre depuis le parti libéral, les patrouilles de la garde nationale et les ofiSciers de paix qui s'interposèrent pour empêcher de plus graves excès ne les protégèrent qu'assez faiblement.

Le lendemain 3 juin, le jour même où fut voté le premier article du projet de loi, le gouvernement avait cru devoir prendre des précautions extraordinaires. Pour intimider les agitateurs, les moyens de répression, jusqu'alors tenus en réserve, avaient été mis en évidence. Plusieurs commissaires de police, un grand nombre d'officiers de paix, de forts piquets de gendarmerie, occupaient dès le matin les environs du palais Bourbon. Des ordres sévères étaient donnés pour faire respecter le caractère des députés. Ces dispositions étaient d*autant plus opportunes que, depuis la veille, les éléments de trouble s'étaient accrus. Des placards avaient été affichés dans les écoles pour inviter les étudiants à se rendre sur la place Louis Xy, et beaucoup d'entre eux, qui s'en étaient jusqu'alors abstenus, irrités de ce qui s'était passé le jour précédent ou poussés par la curiosité, s'y portèrent en effet. Les gardes du corps et les officiers de la garde, toujours en habit de ville, s'y réunirent aussi en grand nombre. Les uns et les autres, ce jour-là, étaient armés de cannes. Des deux parts, l'exaltation était grande. Les cris de vive le Roi ne tardèrent pas à dominer ceux de vive la Charte. Les jeunes gens des diverses opinions, vm. 36

su UISTOIBE. DE LA RESTAUBATlONi

formés &a gronpes séparés, se keartaieot, s'iojariaieiit, se livraient à dos voies de fait. Plusieurs itudiatits îâtmi blessé^. ENjs persQQQe? inoEIeiisives furçat uAipa meu^ cëes et frappées, et lefsqaa les députés sortireat Aft la cbanltre, co ne fat pas ï^ans peine qu'ils purent se

■ frayer un passage à travers la foula. Quelques-uns, appartenant à la g^iuctie, farent grlèvemL'nt insultés, poursuivis jusqB '4 leur» ^itores, et M. de Chauveliu fut assailli daQssacbaisel prieurs. Une multitude de curieux, rénolssur les terrasseaiâes Tuileries, assistait à ccl étrange

. spectacle.

Sçc l'ordre du coxomissaire de police, la gendarmerie &t évacuer la place Louis XV, ou feima les Tuileries, et la tranquillité parut rétablie. Cependant, les perturbateur», en s'écoulaut par les quais et la rue de Rivoli, contional^t i faire entendre le cri de Vive la CUarle^ïks groupes commençaient à se rerormer dans h rue do It Lvolt où Ul force armée les dispersa encore, et au Carrousel que parcouraient des patrouilles de la g;irde. Au milieu da tumulte, un étudiant en droit, Lallcmand, fiis d'un marcliund grainetier, tomba morlcllemenl blessé d'une balle parunsoIdatsuiîse.LescirconsIances de ce fait déplorable ont été diversement racontées. Suivant la version officielle, uae patrouille avait arrêté un jeune homme qui tenait des propos violents, et ses camarades l'ayant arraché des maius des soldats, c'est en ce moment que partit le coup de Tusil qui eut un résultat si fatal. Quoi qu'il en soit, Lallemnnd, rapporté chez son père, expira trois heures après.

Le lendemain la chambre ne se réunit pas. Celait un dimanche, le jour de la Fête-Dieu, qui fut célébrée avec la pompe habiluelle à cette époque. Malgré une pluie abondante, Monsieur et Madame suivirent à pied, conformément à l'usage, la procession de la paroisse de Saint- Germain-rAuxerrois. La journée se passa paisiblement, en ce sens qu'il n'y eut aucun rassemblement, aycun désordre matériel, mais Tagitation morale était extrême. Les insultes faites à quelques députés, la mort de Lallemand, présentée comme un meurtre volontaire et non provoqué, étaient venues fournir aux agitateurs un thème spécieux de déclamation, un moyen d'enflammer les imaginations. L'idée d'un coup de main populaire s'était

' déjà offerte à bon nombre d'esprits. Elle prit alors plus (le consistance. Il n'était question de rien moins que de se porter aux Tuileries pour forcer la main au Roi, et si les uns ne pensaient qu'à obtenir le reirait du projet de loi électorale, d'autres bien certainement rêvaient une révolution. Beaucoup de militaires, les généraux Pajol, Solignac, Berlon, Fressinet, le colonel Fabvîer, exaspéré par les conséquences qu'avait entraînées pour lui sa participation aux affaires de Lyon, les colonels, de Bricquc-

. ville, de Grouchy, Duchamp, Barbier Dufay, Fabreguette, Simon Loriêre, Duvergier, paraissaient disposés à se mettre en avant. Le général Fressinet, arrivé dépuis peu de jours d'Amérique où il avait passé le temps de son exil, témoignait surtout beaucoup de zèle : il s'offrait à prendre la direction du mouvement, et on dit qu'il

S6i HISTOIRE DE LA RESTAURATION.

avait déjà disigoé ses aides de camp. D'antres, bien qa'apporlenaat aussi à l'oppoûtion, répugnaient ou hésitairat , à s'engager dans une pareille tentative. On nommait, parmi ces-deraters, leduc de Rovigo, les généraux Gérard et Exelmans.

Qoelques vieux jacobins relevaient aussi la télé : Félix LepeleUer, EOusuD déguisement, allait, aveclegénènl Fressinet, visiter le faubourg Saint-Antoine pour s'assorerdn parti qu'on pourrait en tirer. Ce n'i^Lait pas de la loi électorale qu'on parlait aux ouvriers, celte question les louchait peu, mais on s'efforçait Je les soulever en leur présentant sous les couleurs les plus sombres ce qui s'était passé à la place Louis XV et au Carrousel ; on prêtait, comme en 17S9, aux commandants de la force armée des propos atroces et sanguinaires. Ces manœuvres commençaient à produire quelque eflet.

Les écoles de droit et ilo mMecine ëtaienl eu proie à la plus vive fermentation. On y avait aHichi!: des placards qui invitaient les étudiants à se réunir pour tirer vengeance des insultes qu'ils avaient eu à subir de la part des gardes du corps, el du meurtre de Lallemand.

Le comité directeur, où siégeaient, comme je l'ai dit, sept députés, no prenait pas une part directe à ces préparatifs d'insurrection, mais il ne les ignorait pas elil se tenait en mesure de profiter de l'événement. La vieille ardeur révolutionnaire de M. de La Fayette s'était réveillée. On assure qu'il formait, à tout hasard, des plans de gouvernement provisoire et mémo d'un goureruement

définitif consistant dans une présidence républicaine, et qu'avec cette générosité naturel Te qui se mêlait toujours en lui aux plus déplorables entraînements, il -se préoccupait déjà des moyens de sauver ceux dont la défaite lui paraissait certaine, d*arracher les ministres à la fureur populaire^ Ceux-ci recevaient des lettres anonymes remplies de menaces.

Le gouvernement, informé de ce qui se passait par les révélations journalières d'un officier qui s'était glissé parmi les conspirateurs, ne négligea rien de ce qui était en son pouvoir pour repousser l'attaque et, s'il était possible, pour la prévenir. Tandis que, pour calmer l'opinion, on ouvrait deux enquêtes judiciaires, Tune sur la mort du jeune Lallemand, l'autre sur les insultes faites aux députés, une ordonnance du préfet de police défendit toute réunion ou attroupement de plus de trois personnes sur la voie publique et enjoignit d'arrêter et de traduire devant les tribunaux les individus qui, sommés de se séparer, ne se retireraient pas sur-le-champ, à plus forte raison, ceux qui se rendraient coupables de résistance, d'injures ou de voies de fait envers les agents de l'autorité. La Commission de l'instruction publique prit un arrêté portant que tout étudiant convaincu d'avoir participé à des attroupements illicites et à des troubles et voies de fait serait rayé des registres de la faculté. Les gardes du corps, par une mesure qu'on aurait dû prendre plus tôt, furent consignés dans leur hôtel, et les officiers de tous les corps eurent l'ordre de ne

On âéjpittyâ un gÉiind*âp)ihi«{i Mmm\ mmip^ imoatii^t ntà mixnmm «pe jpëtii' ëtfê bi eut m ^f

Tim die M gaMe Qttt «tait albil» dé séHtërtiil à^))ëfê itt cottitlattd«ttiëHt de làUté » féFeU àM6k de PaHl et ètlfillt son- quartier-général aux Tuileries. Tous m pilKii fàWfX

dotibiei^ btttK la geudâMW» mm sëp {Hed; Le 5 juifa,

dàiil ia âiftUttéé, de» tetëWé» nbdfiiittsei Itlieât iédttiH séY reuplatiadé diM Inniidéi et iiui ehàSitil-Éi^s»^: tiM regifliébtl d'tUfaHteHë de \ï piûi 18 tcMll>ht ^H à Bll^

cher àt ^miet aignâu II f>fii!f!iit mi ië ijfttêffiê Aô dèi

féâs« «dopi& t«f Itt ptiveH)(>iflëtat dK tlHif l rëëiirt tt

gitdë natid»iiiié atitëiit p'ii ferait peisibiedëtè îimim m téHitiij^ëi' MVëmfflëtit m la dèftafteë-, a ^m» m pm\m ligtie u gehaafMéFte idf iài}n«tié eu éFoyan

p6tt¥0it' cdinpf d'Utaë iiiilHi«l>ë àbébittë et dôfit bfl fë» nftlt d'ati^ènter » km tttl)iiët'i){ué; dé mbmt iMm à la garde foyale, enfin de conSigtië? lëé trdupëte de lipë dont on était moins sût*, et, s'il fallait ateoliiment s'éh sijtVir, de les mêler à la garde.

Pdf une coïncidence qùé l'on pouvait botisidérer comme malheufetlàei c'èlëil-fcô joiiNlà riiônie qu'allaient s'ouvrir les débats publics à(i prbtès de Lbiifël | mais ce procès qui, en tout aiitre temps, attrait âbsbrbë l'attention ptibliqtle, n'occupait plus qd'aitsei^ fhlblé' ment les esprits, tout remplis de l'alteUle des disciiissions [que les èvêrtctrtents de ratant'VtlIie tie potl-

vaienl manquer d'amener dans la chambre des députés. La séance était à peine ouverte que M. Camille Jordan se présenta à la tribune. Il demanda si le gouvernement avait pris des mesures pour prévenir le renouvellement de ces scèhes déplorables et t)our en punir les auteurs. € Je retrouve; » dit-il^ « dans ces outrages à la repré- » isentation nationale le même caractère que dans ceux » qui provoquèrent le 18 fructidor. Qui peut mieux s'en » sotivenir que moi ? Les auteurs de ces insultes étaient » bien différents de ceiix d'nujourd'hui. C'étaient, pour » la plupart, des gens couverts de haillons, ramassés » dans la lie du peuple. Ils nous insultaient lorsque nous » sbrtibns de nos séances, mais jamais ils ne se permirent » aucune voie de fait: Dans les scènes d'avant-hier, des » voies de fait ont eu lieu et... la représentation natio- » nale a été insultée. Pour donner le change à l'opinion, » quelques journaux, visiblement protégés pnr la cen- » suro^ ont annoncé qu'une foule de peuple de tous » rangs entourait avec des démonstrations de joie le » palais de la chambre lorsque la nouvelle de l'adoption » du prcTiier article du projet de loi se répandit dans le » ptiblic, que quelques cris forcenés se firent entendre, » mais qu'ils ont été aussitôt réprimés par l'autorité. Il » est impossible de souffrir qu*on donne ainsi le change » à l'opinion des provinces,.. Il n'est pas vrai que deux » partis aient été en présence et se soient mutuellement t provoqués avant-hier, i L'orateur annonça ensuite que plusieurs députés viendraient faire à la tribune le récit

' JitiS HISTOIRE DE LA KESTAURATla».

des faits doiit ils avaient été témoiqs, des. désordres aM- ^els s'étaient liyrées des troiipes de ftfceBés €smp&B6m^ son pas d'hommes du peQple« mais de |[eii&^.biea Tètm, habillés àe redingotes bleues et armés de eannés^liiiitk* sant des cris de Vive le Rùi et usant de yiol^e6.|iottr forcer les passants à crier comme eux, degeB&pfUfsMtt tonsle même état^ sortis du même iieu, g^ép prtes ' mêmes chefs, obéissant à Timpul^n des fiêmesti^aits, et doàt les excès n'avatent pas été »ti&ammefit ti|n^ mes. c Je n'accuse pas rautoritôv»'i^oiita H;. Ciiïttte lérâ»i, € elle était frappée de terreur, eIIe4à«%iiaH de > trouver parmi les coupables des hommes puîaÉasls«> A ces mots, la droite fit entendre des mnimmr^^ If j^Jèè* dan dematidav en finissant, que toute déUbém^ fit suspendue jusqu'à ce que les minisU'es euss^tdmtiidèl garanties sùfEisantes de la liberté de l'asseaddéé é^éa rétablissement de l'ordre.

M. Laffitte lut. ensuite à la ohambre «ne iéltié^ du père du jeune Lallemand, dans laquelle il affirmait que son fils n'avait pas essayé, comme le prétendaient les journaux de la droite, de désarmer un soldat, qu'il ne portait pas d'arme et qu'il avait été frappé par derrière. M. Laffitte ajouta, d'après les renseignements qui lui étaient parvenus de plusieurs côtés, que cette lettre, dont la censure avait interdit la publication, était conforme à la réalité des faits. On entendit ensuite M. de Girardîn, M. Casimir Périer^ M. Benjamin Constant, M. de Kératry et d'autres députés qui racontèrent successivement.

les uns les mauvais traitements, les autres les menaces, les insultes grossières dont ils avaient été l'objet de la part de ceux qui voulaient les contraindre à crier vive le Roi en leur interdisant d'y ajouter le cri de vive la Charte^ et le peu de protection qu'ils avaient obtenu de la part des agents de police qui semblaient favoriser les agresseurs et quelquefois même- s*associer à leurs excès. Us parlèrent aussi des violences commises, en leur présence, sur d'autres citoyens. M. Méchin déposa sur le bureau une déclaration de M. de Ghauvelin qui, retenu chez lui par l'état de sa santé, n'avait pu venir rendre compte à la chambre de ce qui lui était personnel. Le président, que M. de Girardin avait accusé de n'avoir pas pris toutes les dispositions nécessaires pour que les députés fussent en sûreté dans rintérieur et à l'extérieur de la salle, expliqua qu'il avait donné des ordres à cet effet à l'autorité militaire, et que c'était tout ce qui dépendait de lui.

Tous les députés successivement entendus avaient conclu, comme M. Camille Jordan, à ce qu'on suspendit la discussion de la loi électorale. La position du ministère était embarrassante. Il avait eu le tort de ne pas réprimer assez tôt le zèle malencontreux des gardes du corps. On pouvait aussi lui reprocher de n'avoir pas su diriger l'action de la censure qui, rigoureuse à l'excès pour la presse libérale,' tolérait, de la part des journaux ultraroyalistes, les plus odieuses provocations et permettait, par exemple, à la Quotidienne^ d'applaudir par d'indécentes railleries aux insultes faites à M. de Ghauvelin. Gela

m HtStOlhË tt tk RESTACftATH&n.

ptfânttâbtiâerllétk6âe Hcheoset rét^riniitntions. M; de S^ rà 6hài^ àb dsibddré lé eabînet; Ses force*} ^MSS pét lé di^ttft qa'il avait prononcA peu de jotin aàttttinni, &6 lui araieni pas [wmis, depuis, dé n^littirfe a la cUatlit^ei mais la grarité de la crise nuiikM sSft igiiët^t!: Ài)r6fi BVbil* ttitMira la eaoé pmnlfen ditt alM^tl^éiits d«AS i'ê9apt>ël8 faits arant ron^tûn db la ïltsfciifôioti II la multitude et ensuite à la jensfisse^ tbl« le* efffir» fefites pal- ùii pant Btiarchlqne pour semer la iflftilàb'cë, étttl&mmet- les pasMqAS et exercer ainsi sur les detttieHiUoii&'âë lé bbaâlbre àbë ftifldenCé irrégulière, il dit qilë M d^btiStt^tioUs d'ttti bet-taln nombre de jeunes g^Hh l'bdHIiHtir de M. ib ChStltefiii avaient eu pour etibt %Wiré\ de ït^oiMl|ttëh de la pztt d'attlKë jëttbes |iëtts aUiUeJ d'ÂJltf es SËnllmentb, des (bétiifestàtlotiâ Ëtihtraitttt qM lëbH de bfî^ f(ï Charte, ti'atait sans doute Heà de coupable, que, cbiiilho le i:H de t>itii! fô R0! par leifnisl Oâ y âVill rétieMab; il d'ëk^Hittall tJHé ce qui était ddnà le cftiji" de tbaS les bons Français, mais que ces deux cris séparés l'un de l'autre pouvaient devenir les signes de ràlllBihëht des factions, toujours portées à se faire une arhle dés choses les plus saintes. 11 expliqua qui si l'autorité lié s'était pas trouvée en mesure de réprimer ces désoMi-és dès le coinmencement, c'était parce qu'en mettant Sur pied, sâtis une nécessité évidente, une force arméb cbasidérable et en la plaçant autour du palais de M tbambt'e, on aurait craint d'exciter de trop vives alarmes et atissi de (larallrc gêner la liberté des délibéra-

HISTOIRK DE LA RESTAURATION; 57i

lions. Lederniier jour, cependant, on nvaitprisdes mesures préventives plus énergiques que les jours précédents^ mais lès râssembletaents avaient été beaucoup plus nombreux^ et il avait fallu tbut le zèle des agents de ràutoritô pour qu'il n'en résultât pas dés suites bien graves. Quant atix incidents ijrii avaient eu lieu à Tégard de plusieurs députés^ tout ce qufe pouvait faire l'autorité, c'était de dissipier les iissetnblements et de protéger autant que po^iblc ceux des meijabres de la chambre qui s'y trouvaient malheureusement engagés. Plusieurs dé ces dernîët*s feé jilâigtiaient de li'avoir pas obttenil une piiDtectiOii sûiBsântls; C'était un tort grave dé la part des agents char^ gés d* reiller à la sécurité de tous, el pàrticuliéremertt à celle des députés; on le rechercherai!^ on le punirait pairtbtitt)ft 11 serait constaté; mais des torts, des délits dé cette espèce n'auraient pu être prévenus d'une maniéré abâdlue que par de grandes mesures auxquelles il n'était pâ^ pferhllô de recourir avant l'éVéïiement^ parce qu'elles avâîeiit besoin d'étré lêgitltûéëspar cet événement ttiômé; Mâinteiiarlt, cestHesures étaient prises. La justice, iqUi' atall déjà demandé à M* de Chautelin, Sur les insUltéâ dôiit il avait été l'Objet, des renseignements qu'il n'avall pas vbùlii donner, recevrait les dépositions que voudraient faire d'autres députéà^ elle les provoquerait même. L'instruction serait suivie avec fermeté^ avec impartialité, et tous les Coupables, en quelque lieu l}U*ils pussent se rencontrer^ seraient traduits devant lès irlbu-^ natix. Le fait déplorable qui atait^privé tin jeûne homme

V7% HISTOIRE DE LÀ BBSTACitATlOfr.

de la TÎe 6tàii trop grave pour qu'un d<!^posîtairc de l'aa- Utriti pût s'expliquer sur les causes qui l'avaient amené. Li jtuUoe'i stine de l'alTaire, devait être laissée à toute son iltdipendiiiee. QaaDt aux reproches diriges contre la ttnsAre, on loi srait prescrit d'écarter des journaux tout ce qoi ponnit troubler la tranquillité pnblique, mais il dtâit difficile qu'en essayant de se conformer à celte reconmandatioD elle satisfit tout le monde. M. de Serre, sttnna, SOQSBaresponsabititè, que toutes les dispositions ilécMsaires avaient ëté prises pour assurer l'exécution des lois, qu'il y avait sécurité pour tous, particulièrement pour la chambre, et il la supplia de ne pas donner, en stuqmidailt ses délibérations, un signal de détresse et d'agitation publiques, de ne pas donner une dangereuse consistance h ce qui n'était encore que la fermentation d'une jeunesse égarée par quelques malveillants.

Ce discours ferme et sensé ne mit pas Cn au débat. M. Manuel, le général Demarçay, le général Foy, U. Benjamin Constant, réclamèrent une enqufite sur les violences commises l'avant-veille, soutenant que les excès ne provenaient que d'un seul parti et que le gardedes-sceaux avait eu tort de confondre dans la même réprobation les opprimés et les oppresseurs, les victimes et ■ les assassins. Le général Demarçay ût un pompeux éloge de la jeunesse, • de cette jeunesse instruite, libérale, 1 respectueuse, qui, par ses études, ses occupations, son > émulation, semblaitappartenirà l'âgemùr, qniaimait • la liberté, et qui, loin d'avoir été le principe du dé-

> sordre, en avait été la victime. » « Il est impossible, » dit M. Benjamin Constant, « que la loi des élections soit » votée sous de tels auspices... La chambre ne voudra » pas qu'après avoir été précédée de bâillons et de lettres » do cachet, elle soit encore entachée du sang qui a été » versé, i — Del'autre côté de l'assemblée, M. Laine, tout en reconnaissant la nécessité d'informer sur le^ excès qui avaient été dénoncés et de faire respecter Tindépendance de la chambre, dit qu'après les déclarations rassurantes faites par le ministère il ne convenait pas d'ajourner la délibération, c'est-à-dire de proclamer, contre toute vérité, qu'on n'était pas libre. M. Courvoisier conclut dans le môme sens et ajouta que, le danger fût -il aussi réel qu'on le prétendait, la chambre devrait continuer à délibérer, même sous les poignards; mais il exprima le regret qu'il éprouvait de l'existence de la censure dans des circonstances où il eût été si nécessaire à la paix publique que la vérité fût pleinement connue, et son espoir que le ministère, averti par les tentatives d'un parti implacable, ne persisterait pas à armer du pouvoir légal les bras qui s'agitaient pour l'arracher avant même que la loi ne les en eût saisis, qu'il ne repousserait plus le solide appui dont les institutions constitutionnelles entouraient l'ordre public, le gouvernement et le trône. Ces dernières paroles excitèrent un vif mouvement d'adhésion dans les rangs de la gauche et d'une partie du centre. Le ministre des affaires étrangères, reproduisant et développant les explications du garde des sceaux, démontra

rùapossibilité d'alleadre, poBr r<^[H«DâE& la âUcassisn delà loi ilectorale, la 6fi d'uke enqaâte j^uliciaiie ^i oceuperait nécessairemeol ap temps coosidénUe, «t, bisint un appel asi sentimeriis généreux do ceux, des députés qfti avale&t i rormer des plaintes personnel t(.'s, leor demanda s'ils vouclraicol que, pour venger leurs ipjiiroi, la marche du j^ouvernomeiit coustiLutiounel fiU inUEropipao, an préjudice de la chose publique. M. Bourdeaa, difeDdaiiUvec moins de mesure le même avis que M. Pasqiiier, s'efforça de prouver que la manifestalion liMrale était le résultat d'un complot et qu'il s'y était mélA des clameurs séditieuses. U dit que l'oppositioD, quel que fât le vote de la chambre, avait atteint son but puisqa'tlle était parvenus à faire perdre mie séance. Ds violcBts murmures éclatèrent dans la càtè gaoebc. MM. de Girardin et Benjamin Constant demaDdèfent le rappel à l'ordre do l'orateur, mais cette demande n^eut pas do suite. M. .Camille todan ayant insisté poar l'ajournement, au moins jusqu'au lendemain, et, tout en parlant avec égards du garde-des-sceaux qu'il appela h» grand citoyen^ ayant reprocbtiau gouvernement ses ménagements pour un parti dont sa faible politique avait fini par lui rendre l'appui indispensable, M. de Serre repoussa ce reproche avec une vivacité amure : « Il faut, » dit-il, rendre les armes égales dans l'attaque et dans > la défense. Si vous cherchez à chaque instant à ôécon- » sidérer le gouvernement du Roi en disant qu'il est * courbé sous le joug d'un parti, nous vous dirons à

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. o7o

» notre tour... : c'est vous qui êtes sous lejaugd'uaa I faction, et c'est la faction qui vous fait p^rlef. »

La clôture de la discussion fut ensuite prononcée par la droite et par les deux centres malgré la bruyante op-r position de la gauche dont une partie refusa de voter, et l'heure étant trop avancée pour qu'on pût ^•éprendre k délibération sur la loi électorale, elle fut ajournée au le»demain.

Pendant la durée de cette orageuse séance, une foule plus considérable que celle des jours précédents assiégeait, en quelque sorte, le palais Bourbon. Des milliers d'étudiants en cravates blanches, armés de grosses cannes, marchant deux à deux, par suite d'un mot d'ordre, pour éluder les prohibitions de l'ordonnance de police, s'étaient d'abord réunis au quai d'Orsay. La gendarmerie les en ayant expulsés pour dégager les avenues dç la chambre et assurer la libre sortie des députés, ils se rassemblèrent de nouveau sur la place Louis XV où leurs rangs se grossirent d'une multitude d'agitateurs et de quelques officiers à demi-solde. On criait vive la Charte, vive la liberté. Quelques voix isolées proféraient môme, dit-on, des clameurs injurieuses pour la famille royale et le cri de vive l'Empereur. De nombreux spectateurs, placés aux fenêtres du ministère de la marine et des hôtels voisins et sur les terrasses des Tuileries et appartenant aux classes élevées ou moyennes de la société, assistaient à ce spectacle comme à une représcnlalion dramatique des scènes de la Révolution. D'autres, postés plus près

de la fonld et protégés seulement par les barrières en bois des GhaDlpB-Él^ée& ou par les parapets des fossés de la placeLouîsXV, croyaient voir les débuts d'une révolation Téritable à laquelle bon nombre d'entre eu\ sese- ' nient Tolontiers ralliés. On ferma tes grilles des Tuileries ■et OD s'occupa ensuite de dissiper les rassemblements. Les -exhOTtations et les sommations 'multipliées des officiera de paix n'ayant pu les décider à se dissoudre, il fallut recoorir Ji la force. La gendarmerie à pied essaya vainement de les disperser; ils se reformaient derrière elle. On les fit alors charger par la gendarmerie à cheval et par an escadron des dragons de la garde qui les refoulèrent hors de la place et en poussèrent au loin, dans les directions les plus diverses, les tronçons séparés. Les uns s'eorairent rers tes Champs-Elysées, la rue de Rivoli et le quai des Tuilenes. Les groupes les plus animés, ayant à lear tite le colonel Duvergier que l'on reconnaissait à son bras mutilé etd'autresanciens militaires, se dirigèrent par la nie Royale vers la ligne des boulevards, marchant avec une sorte de régularité, se grossissant à mesure qu'ils avançaient, criant fine la Charte et forçant ceux qu'ils rencontraient à répéter ce cri. Tout à coup quelques individus firent entendre ces paroles qui rappelaient de sinistres souvenirs: aiix faubourgs, aux faubourgs!\A colonne, forte, dit-on, à ce moment de quatre à cinq mille personnes, s'ébranla aussitôt pour s'y porter. Elle occupait toute la largeur de la chaussée, les voilures s'arrêtaient sur son passage, les fenêtres se garnissaient de

curieax qui souvent la saluaient en répétant ses clameurs. A la hauteur du faubourg Saint-Marlin, quelques ouvriers se joignirent à elle. La cavalerie la suivait à peu de distance, au pas, se bornant à la tenir en observation. Arrivés vers cinq heures du soir à l'entrée du faubourg Saint-Antoine, les séditieux, résistant aux sommations légales, entourèrent, toujours en criant vive la Charte^ un corps-de-garde de gendarmerie et voulurent forcer le factionnaire à crier. avec eux. L'approche de la cavalerie délivra les gendarmes, et tandis qu'une partie de la colonne s'arrêtait sur la place de la Bastille, l'aulre se répandit dans le faubourg, excitant ses habitants à prendre part à la révolte. Ces provocations, sans amener un mouvement général comme les chefs du complot avaient pu l'espérer, ne restèrent pas tout à fait inefficaces. Un certain nombre d'ouvriers répondirent à l'appel qui leur était fait, et la multitude se précipita dans la rue Saint-Antoine pour revenir sur l'Hôtel-de-Ville. On criait même, dit-on, aux Tuileries^ aux Tuileries! mais un régiment de cuirassiers, venant de l'Arsenal, s'était mis à la poursuite de ces forcenés, un corps nombreux de gendarmerie les attendait sur la place de Grève. Une pluie battante, survenant fort à propos, prévint une collision en mettant le désordre dans les rangs des insurgés qui, atteints par la cavalerie à la place Baudoyer, se dispersèrent sans résistance. Trente ou quarante furent saisis et envoyés en prison. Dans le même moment, la portion du rassemblement

qui, chassée de la place Louis XV, s'était rejetée sur les vin. - 37

S7a HISTOI&Ë DE LÀ HËSTAURÂUCiPi*

quais des deux mes de la Seine et qai^ suprÎT^ à h |^^ leur de la place, de Grève, s'élait réunie de iioiiYe%ii^ une masse compacte pour se diriger sur le^ffLi^boiit^ S^^tr Antoine, était également dispersée par la (^yal^^i^P^ groupes isolés tentèrent de faijre une diT^^n Yfopf i^ Palais-Boy al. Dans un de ces groupes, ^Q poftait ^u^r^p^ rouge. Pendant quelques instants, l'alarmii {||( tîtq de ce çOtô« les boutiques furent fermées, mais qael<|Ui^ ^* trouilles de gendarmerie su$rent pou^r rétabUi^ l'^ldri^ On arréla, dans la soirée, le général Fçi^pe^ (e ^Im^

Duvergier et quelques autres meneurst '

Ainsi se passa la journée du 5 Juin, I^j^ % V^ut(wp ajouta des précautions nouvelles à cèlle& qu'Ole aLva^déji prises. On muUiplia les postes militaires. Qes ^atfcy^l^ do garde nationale et de gendarmerie parçouriiy^eui les quartiers populeui. On ai^réta eucQre plusieurs k^vi^us qui répandaient des nouvelles alarmantes^^ V

La séance de la chambre commença comma la pr^ëdente. M. Beauséjour, un des membres du comité directeur, M. Benjamin Constant, M. de Lameth, demandèrent la parole pour s'opposer à l'adoption du procès-verbal qui constatait le vote par lequel s'était terminée la séance* de la veille, une grande partie de l'assemblée ayant déclaré ne pas prendre part à ce vote. M. Constant, avec une violence de langage qui n'était pas dans ses habitudes, se plaignit de la partialité du ministère qui, rejetant tous les torts sur les victimes des derniers désordres, sur ceux qui n'avaient fait que répondre à d'odieuses provo-

fc. ,

catio&s,et protëgeantlesyrau coupables, s'efforçati d'éA garer l'opioioDt de tromper les départements snr ce qui se passait à Paris et de les abuser sur le but et Timportance des rassemblements forts, suivant lui, de vîiigl, de trente, de quarante mille hommes. II Taccusa d'injurier cette admirable jeunesse qui aimait à la fois son Roi et la Charte, qui préparait une génération indépendante, sour mise aux lois, studieuse^ paisible, sur laquelle on devait fonder tant d'espérances. Interrompu plusieurs fois par des murmures et des dénégations, il conclut à ce que toute délibération fût suspendue jusqu'à ce que la chambre eût reçu sur la 'situation des renseignements de nature à lui prouver qu'elle avait la liberté nécessaire pour délibérer.

M. de Serre répondit avec une grande énergie à ce discours vraiment factieux. Revenant avec des détails étendus sur les scènes de désordre qui troublaient Paris depuis plusieurs jours et sur les dispositions prises pour y mettre fin, il fit remarquer que si, dans les troubles de la semaine précédente^ on avait vu deux partis en présence, un seul s'était montré dans ceux de la veille* Je voudrais savoir, » dit-il, < comment le préopinant qui, en faisant ouvertement l'apologie des événements de la journée de hier, a fait véritablement l'apologie de la sédition, entend justifier les rassemblements qui ont eu lieu... Ils ont résisté à toutes les injonctions des oificiers chargés de la police municipale,... ù laclion modérée de la gendarmerie;..* pour les faire

reénlerv il alalia faire intervenir les U^oupes.' *rr^'* Il a fallmles tuer I > cria unemx delà gauche^ — ^ < N(m« messieurs^ » reprit M. de Serre, < on n'a tné p^Esrase, mais... pour le maintien des lois et de la sâreCè {mblique, force est restée à la loi. Des hommes perrers, des factieux... qui mettent cette jeunesse en mouvement, savent bien que ce moyen est le plus daç^ereux de tous, et que la placer en présaice de la forGea^ëe« c'est commander à cette force des ménagements qui pravent devenir favorables à la révolte méme^ Tous les ménagements compatibles avec l'ordro publie ont eu lieu... Au surplus, rhonorable préopinant voulait je ne sais pourquoi, grossir énormément les flots dé la sédition, vous a parlé d'un rassemblement deqmiàiilfi mille personnes. Le fait e$t complètement faux. U ne s'est pas trouvé la dixième partie de ce jnombi^ iféunie sur unjnéme point... Voilà les faits tels qu'ik se sont passés hier. Ils doivent se)rvir à éclairer tous les loyaux députés, tous les fidèles amis du Roi, sur la tendance de celle faclion révolutionnaire que nous signalons depuis longtemps. »

La droite demandait la clôture, mais il fallut encore entendre M. Manuel qui eut l'audace d'affirmer que ceux qu'accusait le garde-des-sceaux étaient aussi dévoués au Roi qu'à la Charte, et de parler de ses propres préoccupations pour la sûreté du trône comme pour le repos du pays. On sait qu'il faisait partie du comité directeur. Il reprocha à M. de Serre de s'abandonner à de telles

préventions que désormais on ne pouvait plus attendre de lui ni impartialité^ ni vérité, ni justice, de calomnier les adversaires du projet de loi en présentant comme des factieux des hommes dont le seul tort, peut-être, était de s'être écartés de la rigueur de leur mandat pour offrir des concessions, de s'obstiner à ne pas reconnaître que le vœu qu'ils manifestaient était celui de la nation entière, exprimé dans une forme énergique, mais légale, par cent mille pétitionnaires, d'oublier enfin que la pensée de ces pétitions était celle du gouvernement lui-même à l'époque de la proposition de M. Barthélémy. M. Manuel ayant dit que si, la veille, aucun conflit, aucune violence n'avait eu lieu, c'était parce que les assassins avaient été consignés, un des chefs de la garde royale, M. d'Ambrugeac, s'écria que la calomnie ne pouvait rien contre l'honneur de l'armée, et que la seule réponse était dans le plus profond mépris. M. Manuel, sans s'émouvoir de cette apostrophe et des vives acclamations par lesquelles la droite et le centre semblaient y adhérer, affirma qu'il n'avait pas entendu parler de la garde royale, mais invita le ministre à déclarer si, parmi ceux qu'on avait vu assommer des citoyens sans défense, il n'y avait pas des militaires déguisés. Puis il fit l'éloge des rassemblements de la veille qui, suivant lui, n'avaient rien de séditieux, rien de coupable. Enfin, après avoir dit qu'en considérant la conduite du ministère, il avait peine à croire que ce ministère pût sauver la France des dangers qui la menaçaient, il protesta que l'opposition ne se laisserait pas

Sn HISTOIIIE DK LA RËSTAtTAATlON.

dAcoanger et que, certaine d'obtenir l'aBBeniiment de la nation et l'ettlme Ses gens de bien, elle resterait fttmt dans la roie ob eHe s'était placée.

Ce discoors avait jeta nne gnnde agitation dans la

chambre. La discussion fnt ensuite feroiëe el le procës-

^ Térbal adopté, non sans nne rive opposition de u pari

de la gatiche qui se refusa en«)re à voLef. < Pour tiue la

* chose soit bien Aette, * s*écrla M. Casimir Perler, t fions dëctaronsqne nous nç délibérons pas; noussom-

* mes sons l'oppression. > En dépit de ces proicsiations, la chambre reprit la discussion de la loi électorale dont le premier article, êtablisfahl-ao-dessus dos collèges d'arrondissement des collèges Àe département Tormês du quart plus imposé des électeurs, avait été adopté trois jours auparavant. Le débat, qui roula d'abord sur quelques dispositions accessoires de peu d'importance, ne pouvait offrir beaucoup d'intérêt ajirfts les scèiies émonvanles qui, depuis deux jours, s'étaient succédé dans la chambre; mais deux amendements préFenlès par MM. Courvoisier et Busson et qui tendaient à changer, par une transaction, îe caractère de la loi en faisant disparaître le système de la candidature, m tardèrent pas à réveiller l'attention. Aux termes de l'amendement de M. Busson, les collèges de département, élus par les collèges d'arrondissement, auraient choisi les députés sans listes de candidats. La proposition de M. Courvoisier, suggérée par M. Beugnot, porlailde 258 à 4301e nombre des députés, en d'autres termes, l'augmentait de deux

cinquièmes, et attribuait aux collèges de département, c'est-à-dire aux plus imposés, la nomination de ces deux cinquièmes en laissant le reste aux collèges d'arrondissement. C'était un retour partiel à la loi proposée par M. Decazes.

Il y avait déjà deux jours qu'on parlait d'une t)roposition de cette nature qui devait, disait-on, être faite par M. Beugnot, avec l'assentiment de M. de Serre. Dans la portion la plus modérée des deux côtés de la chambre, le besoin d'une conciliation se faisait vivement sentir. Les désordres de la rue, le tumulte qui, dans la chambre môme, commençait à entraver les délibérations, l'extrême faiblesse numérique de la majorité ministérielle, la crainte de la voir s'évanouir d'un moment à Tautre par le revirement de deux ou trois voix, la crainte non moins fondée qu'une loi émanée d'une telle majorité n'eût pns toute rautorité morale nécessaire, c'étaient là bien des motifs pour désirer une transaction, et le langage tenu par le garde-des-sceaux dans une des précédentes séances, était propre à faire croire que le gouvernement la d.ôsirait aussi. Rien, cependant n'était venu, depuis, confirmer l'insinuation do M. de Serre. M. Cou rvoisier déclara qu'il ne lui était pas possible de présenter utilement son amendement si le gouvernement ne se montrait pas disposé à l'accepter. A cette interpellation si directe, tous les yeux se tournèrent vers le garde-des-sceaux qui resta immobile à son banc. M. Benjamin Constant exprima sa surprise du silence gardé par le ministre après l'espèce d'appel

su HISTOIRE DE LA RESTAURATION,

qu'il avait fait à un arrangement. Il y mpntra la cons6quence de la pression menaçante exercée SDf le.goar^nement par ses aonveani alliés de h droite qui ne lui laissaient plus sncnne liberté d'action. Il déclara que, par esprit de conciliation, il aurait accepté lu pruposition de Mj Conrvoisier, mais qne, si elle était retirée, il se rallierait à celle de H. Basson, quoique la première lui semblât bien préférable. M. CourvoJsier, ain^i interpellé, ayant répété ce qu'il arait déjà dit, qu'il ne pouvait maintenir son amendement si le minislërc n'y donnait son adhésion, M. de Serre se décida enfin à prendre la parole, llexpliqua que, pour son compte, il persistait à préférer, an projet de loi en discussion, celui qui avait été présenté au mois de février et dont l' amendement de' H. Courvoisier paraissait se rapprocher, mais qne le ministère ne pouvait abandonner la proposition royale sans connaître exactement le système qu'on entendait y substituer et sans savoir s'il obtiendrait dans la chambre un appui considérable, qu'alors seulement il verrait ce qu'il aurait à faire.

Il était impossible de ne pas voir dans ces paroles un consentement au moins éventuel à la transacti(»i proposée par M- Courvoisier. Aussi, la chambre en éproava-t-elle une émotion profonde. Quelques observations échangées entre le général Foy, le garde-des-sceaux et le ministre des afTaircs étrangères ayant paru, malgré l'aigreur qui s'y mêlait encore, ne laisser aucun doute sur ce consentement, M. Courvoisier consentit â développer son amen-

dément qui, comme il le fit entendre, avait pour but de conserverie grand principe de l'élection directe et, en laissant subsister l'égalité des suffrages dans les collèges d'arrondissement, d'assurer dans ceux de département l'influence de la grande propriété. Il adjura les membres de la droite de ne pas repousser ce dernier moyen t^e conciliation. La chambre leva ensuite la séance dans un état d'incertitude et d'anxiété facile à concevoir. Aux deux centres, l'amendement trouvait beaucoup de faveur, mais il n'en était pas de même dans les deux côtés extrêmes dont la surprise et le mécontentement se trahissaient par des signes visibles. La droite, surtout, était dans un complet désarroi. Personne, d'ailleurs, ne connaissait bien positivement la pensée du ministère, et bien que celle de M. de Serre ne fût pas douteuse, bien que l'on pût conjecturer que M. Pasquier était, jusqu'à un certain point, dans des sentiments analogues, il n'était pas difficile de s'apercevoir que M. de Richelieu, M. Siméon, M. Mounier voyaient avec regret l'abandon du système des candidatures.

Leur perplexité était grande. Gomme, pourtant, le succès de la combinaison qu'ils auraient préférée était évidemment impossible après ce qui venait d'avoir lieu, comme on ne pouvait penser à rompre avec M. de Serre en le désavouant, les ministres se décidèrentà entrer dans la voie qu'il leur avait ouverte; mais il leur fallait y amener la droite, sans quoi ils se seraient trouvés à la discrétion de l'opposition libérale. On tint, ^près la séance, une

espèce de conseil anqnel furent appelr's MM. He Villèle et tlorbîèreqni, ioformèsde la sitaation, cnn sentirent à s'interposer anprés de lenrs amis politlqnes pi^ur leur en faïrd comprendre les nécessités. Ces derniers étaient, eii cemoinènl, réunis che2 M. Piet où ils allèrent les trouver. Il» rencontrèrent de la part de plusieurs d'entre eu\, de M. de La Bourdonnaye surtout, une InVvive opposition, et la soirée se passa en allées e*t venues sans qu'on pût arriver à nn résultat.

L'agitation populaire était loin de se calmer. Les obsèques du jeune Laliemand avaient eu lieu le matin, Plasieurs milliers de jeunes gens s y étaient rendus, bien qoe^ le temps fût très-mauvais. Ils avaient suivi le convoi dal'église de Bonne-Nouvelle au cimetière du père Lachaisë où l'un d'eux avait prononcé un discours en l'honnenc de cet infortuné et on l'on avait décidé qu'un monument lui serait élevé par souscription. Tout cela s'était passé avec ordre, et l'on s'était séparé sans tumulte et sans cris, mais, le soir, des rassemblements se formèrent encore sur la place Louis XV. On y remarquait moins d'étudiants, d'hommes décemment vêtus, mais beaucoup d'ouvriers en habit de travail ou même en haillons. Les cris étaient les mêmes que les autres jours. Entre six et sept heures, les sommations des officiers de paix ayant été impuissantes pour les disperser, les troupes déblayèrent la place et la rue de Rivoli. Quelques individus bircnt blessés ou maltraités dans ce mouvement. Lesémeullers exécniérent la même manœuvre que la veille, c'est-â-dire

HÏSTÔIRE t)E LA RESTAURATION. 587

qu'ils se portèrent par les boulevards vers le faubourg Saînt-Antoîne. Ils se séparèrent vers la rue de Charonne, à rapproche d'un détachement de gendarmerie.

Ce même jour vit finir le procès de Louvel, dont les débats publics avaient commencé le jour précédent. Là physionomie de Louvel fut, devant la haute cour, ce qu^elle avait été jusqu'alors, sombre et calme. Interrogé par lé chancelier et par plusieurs pairs sur les motifs et les circonstances de son crime, il répondit qu'il le méditait depuis six ans, que le prince ne lui avait jamais fait aucun mal, aucune injure, mais qu'il en voulait à tous ceux qui avaient porté les armes contre leur patrie et à la. famille royale dont le retour avait fait le malheur de la France; que, dès 1815, il avait conçu la pensée d'assassiner le Roi, qu'il était alors allô à l'île d'Elbe pour se distraire des idées qui le possédaient, qu'il en était revenu sans avoir eu de rapports avec Napoléon, ni conféré avec personne sur ses projets, ni reçu aucun encouragement. On lui demanda quels étaient ses sentiments religieux, ses lectures habituelles, ses liaisons. Il déclara qu'il n'avait d'autre religion que celle de tous les hommes, que, né en 1783, il était catholique, il le croyait du moins, tantôt catholique, tantôt théophilanthrope, qu'il ne lisait ni journaux, ni pamphlets, mais seulement les droits de rhomme et la constitution, il ne se rappelait pas laquelle. Adjuré plusieurs fois, surtout par M. de Lally, au nom de son avenir éternel dont bien peu d'instanis le séparaient, de faire savoir s'il avait des com-

plices, s'il avait rérélé son dessein i quelqu'un, il lé nia constamiDent. Il reconnut qa'it arait commis nn crime affreux, mais il ajonU qn'il y arait été forcé dans l'intÂ*. rét de ta Fnince et qa'il s'était sacrifié poor elle, et il ne , dÎMmiila pas que, s'il était paireon & s'échapper, il annit tenté d'assassiner aussi le dnc d'AngoulËme et successif Temeot tons les antres princes. L'audition des témoins ne révéla ancnn fait nonvean, maigre l'espèce d'acharnement qoe mirent plnsiéurs pairs à s'emparer de certains témoignages, à les commenter, k les torturer en quelqne sorte pODr en faire ressortir la présomption que LouTel avait des complices et qoe des preuves avaient été soastrailes. Le doyen de l'ordre des avocats, M. Archambaud, et H. Bonnet, un des membres les plus considërnbles dq ^arreaa de cette époque, avaient été design^ d'office pour défendre J'accosé. M. Bonnet contesta la compétepce de la coar des pairs, l'attentat commis par Loavel ne pouvant, à la rigneor, être qualifié de complot contre la sûreté de l'État. Pnis, il montra son client, travaillé depuis longtemps d'idées atroces, atteint de cette espèce de folie que les physiologistes traitent de monomanîe et qni détruit la responsabilité morale. IKallégua le pardon du prince mourant, demandant grâce pour son assassin. Le procureur-général n'eut pas de peine à réfuter des arguments aussi peu sérieux. Louvel voulut aussi être entendu. D'une voix faible et entrecoupée, il lut un discours incohérent dans lequel il réclamait pour lui seul la responsabilité de son crime, soutenant d'ailleurs que tout

homme qui avait porlë les armes contre son pays méritait la mort, que celle de Louis XYI avait été juste puisque la nation y avait adhéré, que tous les Bourbons étaient coupables et que la nation serait déshonorée si elle se laissait gouverner par eux. La cour entendit avec une sorte de stupeur cette profession de foi qui ne fut pas transcrite au procès-verbal et dont la censure ne permit pas la publication. Louvel fut condamné à mort à l'unanimité.

L'exécution eut lieu le lendemain, 7 juin, à six heures de Taprës-midi. Une foule immense et silencieuse couvrait la place de Grève et tous ses abords. Une grande force militaire avait été mise sur pied. Le condamné, suivant certaines versions, resta jusqu'à la fin ferme et impassible. D'autres disent qu'en montant sur l'échafaud il paraissait troublé et que ses forces l'avaient abandonné. On n'est pas d'accord, non plus, sur la question de savoir si, au dernier moinent, il accepta les consolations de la religion qu'il avait jusqu'alors refusées.

Ce jour-là encore, la séance de la chambre des députés s'ouvrit par un violent débat sur les scènes de la place publique. M. Benjamin Constant raconta que, la veillé au soir, un bijoutier qui se promenait tranquillement avec un de ses amis sur la place Louis XY et qui ne faisait entendre aucun cri, pas même celui de vive la Charte^ avait été apostrophé injurieusement par le commandant d'un détachement de dragons qui lui avait percé le bras d'un coup de sabre. M. Martin de Gray

al^ma qiie« dao» U ri^ S^ Rivolî, les ârag^i^ «T^i^^t p^r^iÛTi ^i Ue86$ 4ef ^îtoyena paisible» )i^qil% 4t0i )» galerie Dôlçroif» Le g^ràrai Deoiarçay iraqppite dTti^ laila analogo^t M.|iaffil(e4em949 ^e qiml^UMIs^^

fépr^ei^iMe c Vous n'^i^erei^ p^s le jkm^ p. liimm'^t % les {aita a<mt patente» le saog coule aiit^o^ déjiMet*t Qiie les mbUt^ea nom diaeat pourqucH on m e'^k pas

i servi de la garde nationale, comme on Ta toujoimiJbit, » pour p^yepir le défM^rdre avcN^ modération. Cfesi fraî- » xaml un ^^clacle seaadaleax que de voir des ptoes de n fomill^t des firdea naiionaaxt consigate chex e» et V çOQ^^mn^s à voir ms^saerer leura enfanla par deaaé^ i\dât9t Lorsque poserai éclaira suriou&ceefBÛtSyîçi^iii^ » riî M je p^ia délibérer libcesdent dans eetta mmsàt* > II, de (jiÎPM^iu présenta des oliservaiions smoèbMe^et dilqie ne paa appeler k garde naiioaal^ c'était, m téa- Uté« Im déclarer la guerre. A"Bes vîtes attaqués^ le gtaéral d'Âmbrugeac répondit en se plaignant ^ ce que, depuis trois jours, au lieu de chercher a calmer les passions, on se servait de la tribune pour les exciter, pour jeter aux soldats la qualification d'assassins. Il expliqua que si l'on avait mis en mouvement la garde royale, c'était parce que la tranquillité publique était sérieasement menacée, que les ordres les plus précis avaient été donnés de dissiper doucement, sans violences^ les attroupements, mais que plusieurs avaient résisté en criant vive r Empereur. Tout en rendant justice à la garde nationale.

HISTOIHE DE LA RESTAURATION. o9i

I rappela qu'en 1792, faute d'être appuyée par des troupes réglées, sa bonne volonté n'avait pu empêcher ni le 20 juin, ni le 10 août. Ces explications furent souvent interrompues par les dénégations et les mui;^ures de la gauche. Lorsque le général parla des cris de vive l'Empereur proférés par les séditieux, on lui dit que c'étaient les agents de police qui les avaient fait entendre!

M. Méchin, M. Casimir Perier, M. Laffitte répliquèrent à M. d'Ambrugeac. M. Perier s'exprima avec uji extrême emportement. Il raconta que le$ dragons de la garde, en complet état d'ivresse, avaient chargé, dans la rue de Rivoli, des hommes, des femmes, des enfants, qu'un riche marchand avait été assailli par eux et qu'un de ces forcenés lui avait mis un pistolet sur la poitrine. Il demanda aux ministres s'ils pensaient qu'on pût plonger impunément des sabres dans le sein des citoyens.

Le débat, égaré dans ce cercle d affirmations, de dénégations et de violences, menaçait de se prolonger indéfiniment et sans résultat, lorsque l'intervention du gardedes-sceaux lui rendit un carfictëre vraiment politique. Comme il parlait des excès commis par un parti dont les préopinants, loin de blâmer la conduite, avaient fait l'éloge, € citez ces excès, i lui cria M. d'Argenson. « Ces » excès, r répondit-il, t son.t des attroupements tumul- » tueux qui ont troublé la tranquillité publique ; c'est la • résistance avec violence et voies de fait envers les agents > de Tautorité qui, conformément à la loi, essayaient de t dissiper les attroupements; des officiers de police, des

<m HISTOIRE DE LÀ RESTAURATION.

gendarmes, des troupes ont élè chargés le bfttos à la main ; ces excès, ce sont dès cris séditieux qai se ànÀ fait entendre en différents sens. Il ne peut y aroir ki qu'un juge entre vous et moi, c'est la chambre. > -f- C'est la nation, » dit une voix. — c Une telle réponse, ». s'écria H. de Serre, c me donnerait trop d'aràntage; c'est évidemment toujours le même système. On rejette toute autorité légale, même les plus respec-' tables; la chambre elle-même, cette àtt&rilé populaire, on la récuse, on en appelle à la nation, et la nation^ dans ce sras, c'est l'mMirrection, c*éirtk révolte. C'est comme cela qu'on l'entendait dam lé cours de la RéYolution ; c'est comme cela qu'on tbudr^t encore le faire entendre aujourd'hui. Quand uHèio^ surrection s'est portée aux derniers excès, ^Q'ètlé a renversé les pouvoirs existants , elle (^sse i^WH re^ gardée comme insurrection par ceux qui s*èai^pfessent de succéder au pouvoir, ils rappelléiit ïâ volonté de la nation. > Le garde des sceaux démontra ensuite que l'ordonnance du préfet de police qui interdisait les rassemblements ne faisait que rappeler à l'exécution des lois. Il affirma que, pour assurer cette exécution, l'autorité avait agi avec tous les ménagements possibles, et qu'aucun rapport ne disait qu'il y eût eu des blessés dans la soirée de la veille. Quant au reproche de n'avoir pa& employé la garde nationale, il aurait pu, ditil, se borner à rappeler qu'au Roi appartenaient l'administration et la police du royaume; mais, en fait, les

gardes nalionaux avaient élé employés sur plusieurs points, concurremment avec la troupe de ligne : t Vous nedevez jamais, » dit-il enfin, t perdredevue l'origine, la cause et la tendance de ces mouvements. Je me suis déjà expliqué sur l'origine et la cause, je dirai un mot sur la tendance. Hier, le mouvement était encore dirigé sur le faubourg Saint-Antoine, et là, les perturbateurs ont trouvé une population fidèle, et les ouvriers eux-mêmes ont mis dans les mains do l'autorité les agitateurs qui cherchaient à ébranler leur fidélité... Ce ne sont pas des citoyens de la capitale qui ont fait le 20 juin ou le 10 août..., qui ont commis toutes les horreurs qui ont souillé la Révolution; elles ont été commises malgré eux, et si votre fermeté ne soutenait pas le gouvernement, il pourrait arriver que, malgré Jes bons citoyens... ces horreurs se renouvelassent... La situation tout entière doit être présente à vos esprits; tout ce qui la prolonge l'aggrave infiniment, et dès ce moment, après tout ce que vous avez laissé dire ici, comptez que vous êtes associés à notre responsabilité. La France vous demandera compte, comme à nous, de ce que, dans l'ordre de vos fonctions, vous aurez fait et de ce que vous n'aurez pas fait pour éteindre la sédition... Ce qui peut y mettre fin, , c'est d'abréger les discussions qui nous occupent depuis vingt-cinq jours; c'est de donner une solution définitive aux grandes questions dont vous êtes saisis... Au nom de la responsabilité qui viii. 38

59t HISTOIRE DE LÀ RESTAURATION.

» nous est commune, je vous conjure de le faire, n

Un vif mouvement d'adhésion, des acclamattom

bruyantes et prolongées accueillirent ces aoceuls d'une

si

vigoureuse éloquence. Malgré la résistance de M. Benjamin Constant qui, par Temportement de son langage, faillitse faire rappeler à Tordre, une immense majorité vota la clôture; la gauche elle-même ne se leva point à la contre -épreuve, et on reprit la discussion de la loi électorale.

Depuis la veille, l'amendement de M. Gourvoisier avait été l'objet de nombreux pourparlers. Tandis que le ministère, avec le concours de MM.de Yillèlect Corbière, s'efforçait de lui concilier l'appui de la droite, un tah vail en sens contraire se faisait du côté de la gauche. Quelques membres de ce côté s'étaient mis en çommuni* dation avec M. Courvoisier pour savoir dans quel seps cet amendement devait être entendu, si les ëlect^rs composant le quart plus imposé dont devait être formé le collège do département feraient aussi partie du collège d'arrondissement et seraient, par conséquent, pourvus d'un double vote, ce qui semblait constituer un privilège. M. Courvoisier s'était engagea faire droit à cette observation. M. de Corcelle, qui ignorait celte négociation, étant venu à la tribune combattre en termes violentsel le projet du gouvernement et Tamenderaent lui-même, comme détruisant la base de la loi du 5 février, M, Courvoisier expliqua qu'on avait mal compris sa pensée et qu'il n'entendait pas que les ôiccleurs

des collèges do déparlemont votassent dans ceux d'arrondissement. Le garde-dcs-sceaux déclara alors que Tarticle ainsi compris, en retranchant des collèges d'arrondissement les propriétaires les plus imposés, y donnerait trop d'avantages à la démocratie, qu'il y avait un malentendu sur ce point, que rien n'était donc fait, et qu'il ne restait plus qu'à continuer la discussion sur le projet du gouvernement.

Des colloques animés, s'engageant sur tous les bancs de la chambre, suspendirent la séance pendant quelques instants. M. Courvoisier, reconnaissant que sa proposition constituait un nouveau projet plutôt qu'un amendement et ne pouvait, par conséquent, être discutée sans le consentement du pouvoir, la retira formellement; mais un membre obscur du centre gauche, M. Boin, la reprit avec le sens que le ministère y avait attaché, c'est-à-dire avec le double vole, et s'efforça longuement de prouver que cette combinaison donnerait à 'tous les intérêts, à toutes les opinions, une représentation proportionnée à leur force réelle et à leur importance. La séance fui levée après son discours, et la chambre se sépara dans un état d'incertitude absolue, personne ne prévoyant ce qui allait arriver.

Au dehors, la journée s'était passée paisiblement , l'attente de l'exécution de Louvel avant retenu vers la place de Grève les masses populaires. Mais, à neuf heures du soir, un rassemblement qui s'était formé sur la place Louis XV^ d'où on l'avait expulsé, et qui, moins

596 HISTOIRE DE LÀ RESTÂUl(ÀTION.

considérable que les précédenls, renfermait f>oiirtant un pins grand nombre d'ouvriers, d'enfants des âemièHQs classes du peuple, parcourut les boulevards en ponsstsft des clameurs séditieuses^ et ne se di^ersa à Tapprodia de la gendarmerie qu'après avoir jeté des pierres à un pçh loton de la garde nationale qui avait voulu le ebtfgm^r. Trois gardes nationaux avaient été sérieusement multraités. r r

Le préfet de police, par une nouvelle ^rdonnince, venait de rappeler les dispositions du code pénal contre les rassemblements et les dangers auxquels on s'exposait en y prenant part, d'interdire encore une fois lies attroupements sur la voie publique, d'enjoindre de les âi^rscr par la force après les trois sommations légales, M aifin de prescrire la traduction des délinquants devant les tribunaux. Les deux préfels publièrent une adresse aux Parisiens dans laquelle ils les engageaient à rest^ paisibles. On invita les maires, les adjoints, lesjt^esdepabi à user de leur influence sur les classes ouvrières poor déjouer les projets des agitateurs.

Pendant la nuit suivante, un accord s'établit enfin entre le ministère, la droite presque entière et le centre gauche, sur la base de la proposition que venait de faire M. Boin. Au commencement de la séance du 8 juin, M. de La Bourdonnaye demanda que cet amendement ne fût mis en délibération, conformément aux termes de la Charte, que s'il était accepté par le gouvernement, et que, dans ce cas, il fût renvoyé à l'examen préalable

des bureaux. Le garde-des-sceaux répondit que la pratique avait aboli, en fait, la nécessité du renvoi aux bureaux, que les ministres ne pouvaient engager Tassentiment royal sur un amendement non encore discuté, mais que le Roi les avait autorisés à ne pas s'opposer à la discussion. Après cette déclaration, qui produisit une sensation très-vive, la discussion commença, en effet, et elle dura deux jours. La proposition de M. Boin fut appuyée par M. Beugnot, par M. Devaux et par d'autres députés du centre gauche, qui y voyaient le seul moyen de conciliation dans les circonstances graves où se trouvait le pays. M. Casimir Perier, tout en disant qu'il la trouvait très-défectueuse, donna à entendre que si le ministère s'expliquait franchement, s'il donnait, par quelques concessions, des garanties aux intérêts nationaux, lui et ses amis pourraient y voir un motif ou une excuse pour s'écarter des principes et oublier en quelque sorte leur mandat. S'indignant des variations, des hésitations, de la faiblesse des ministres qui, suivant lui, se livraient de plus en plus au parti ennemi des libertés publiques, il se tourna vers M. de Serre et lui jeta celte vive apostrophe : « Et vous, » M. le garde-des-sceaux, vous dont le début dans la » carrière politique a été si brillant, vous dont les pre- » mières paroles comme ministre annonçaient un si noble » avenir et donnaient tant d'espérances aux amis de la » liberté et de leur pays, pouvez-vous associer voire » caractère et votre responsabilité morale à une telle V conduite t » M. de Serre ayant interrompu l'orateur

m HISTOIBB SB JLA BBftTA0RAtlllff.

pmt M Ûm ^«11 fi'lUit pfts dint les usagoi de k eteiibre d'ioterpetler aiMi direofemsiil Qb nûaktre on w députèi « Monsieur) t rqnritM^ Gasûnir Porier^ c^m^is I T0i»8 fairo boQMiir ai m'adroisaiil ainii à tous fânofit Beiiemenli »

Ut ïknm% M. lobik« Mé do Gifirâm^ M^ MiAiN, II* TtàmkB inyponsièimt la^^ofieaiUoQ e^mo iîiMMiit* tnHoo&eUé, éottom* fi^dani «a priftl^ jl oràiiU tles Ateotears ot doi députés d'êXéèpUô». M. do Oilirdtoî lii- 8A»i allitiioo é la moftdo LalteitiaDd) dit^ boo aaai on^ tor do violon ts launiifireS) i|iio lo projet de toîiaël4âiil rofB lo Impiéffio do iaûg» Mi Taisoiro âéelarà^iÉ wfioo d'un affroox tomtiUoi pé la loi iira^eUo ao pmitiâlffodoiro que les plos déplorables résaltaUi pàreo^pi^^jorilé ^oi la votait n*éuU eompcNiéo qio de iÉiMtii% de fooctiooMtr^i de aoMel et d'anoblis. Un smobni de l'oiu^mo droite, ll« do GistolbijaO) <»i^ttii oBiai lamondement do M. BoiA cotomo violant les ditpoiMtiMde là Charte^ comMe tie donnant pas de garanliel aoffisantes à la grande propriété^ et enfin comme une concession faiie aux factions qui tendaient à diviser la majorité. Cependant, au milieu de ceâ débats si animés, il ëiait évident que la proposition gagnait du terrain. Depuis longtemps, déjà, on demandait la clôture de la discussion & A la lin de la séance du 8, la chambre avait été sur lo point de la prononcer, et elle ne Tavait ajournée que sur les pressantes instances d'un député du centre gauche^ le général Brun de Vllleret, qui avait fait entendre ces paroles signi-

i^AL^..i

ficatives : « Nous sommes dans des circonslances extrême- )» ment graves; un grand nombre de nos honorables col- A lègues, effrayés de ces circonslances, sont décidés à » céder de leurs opinions, peut-être même de leurs prin- » cipes. Gomme moi, ils reculent devant la crainte.de la » guerre civile ; ils ont besoin de se concerter pour savoir » si le sacrifice de leurs opinions ne sera pas inutile; ils » vous demandent de renvoyer le vote à demain. » Le 9j)(iin, enfin, après avoir écarté plusieurs sous-amendements combattus par le garde-des-sceaux, un, entre autres, du général Foy, qui, en supprimant le double vote, ramenait la proposition de M. Boin à celle de M. Courvoisier, et un autre de M. Manuel, qui voulait que, comme dans le projet présenté par M. Decazes, les électeurs du département fussent élus par les collèges d'arrondissement, la chambre, à la majorité de 185 voix contre 66, vota Tamendement de M. Boin. La minorité se composait de l'extrême gauche, de M. de La Bourdonnaye, de M. de Castelbajac et de deux autres meml)res de l'extrême droite, que Ton disait avoir été encouragés dans leur opposition par iM. de Talleyrand.

On fut généralement surpris de la force de cette majorité. Elle s'explique par le caractère que prenait peu à peu l'agitation à laquelle Paris était livré depuis le commencement du mois et par l'effroi qu'en éprouvaient tous ceux qui ne désiraient pas une révolution.

Les bruits les plus alarmants circulaient dans le public. On n'ignorait pas les rapports établis entre le co-

fiOQ HISTOIRE BE LÂ^ RESTAURATION. s

mité directeur que préâdait M. de La Fayette et lés chefs du mouYemeut populaire. On parlait d^uniformès de la garde nationale secrètement commandés pour en rerétir les émeutiers, de demandes d'argent faites iW capitalistes libéraux qui les avaient repoussëes. '

Depuis deux jours, les rassemblements ëtaiMl -détenus bien diflèrents de ce qu'ils araient été d'abc»é« Oe n'était plus sur la place Louis XV qu'ils se lorBÊid^t, mais dans l'espace qui s'èt^d, sur 1^ boa}e?atê», enlre la porte Saint-Denis et la porte Saint-liartta; Iteit de réunion ordinaire des ouvriers après la fin de léQrs travaux. Le 8, à neuf heures du soir, un grand n<»&ble de ces ourriers s'y étaient montrés^ formés en groupes, fa plupart armés de bftlôns ferrés et m^nt vwe h CSmU. Ces groupes n'avaient pas tardé à se grossir d'^i^iÉiie de jeunes gens attirés par la proximité des théâtres^ #ëiifants, de gens sans aveu. Les boutiques s'étaient IM^iies à leur approche. Ils avaient parcouru les boulev^s^Nls^'eQ mêlant à leurs acclamations habituelles en faveur de la Charte, des vociféralions séditieuses et grossières. Ils avaient rësislé à Taction de la gendarmerie et de la garde nationale, mais quelques escadrons de cavalerie, arrivant au trot, les avaient dispersés sans peine.

Le 9, le jour même où fut voté l'amendement de M. Boin, deux rendez-vous avaient été assignés aux factieux, l'un à la place de TÈstrapade, d'où Ton devait se porter au faubourg Saint-Marceau, l'autre sur les boulevards Saint-Denis et Saint-Martin. L'autorité, instruite de

HISTOIRE DE LA RESTAURATION. 60i

ces dispositions, prit toutes les mesures dont elles indiquaient la nécessité. Des forces considérables furent placées autour de la place de TEstrapade et .échelonnées de manière à pouvoir, au besoin, en fermer toutes les issues; mais personne ne se présenta sur ce point, apparenunent parce que les conspirateurs comprirent qu'il n*y avait là f our eux aucune chance de succès. Il en fut autrement du côté des boulevards. Quinze ou vingt mille individus, appartenant pour la plupart aux plus basses classes de la population, s'y trouvèrent réunis vers neuf heures du soir, comme la veille, criant vive la Charte^ à bas les chambres, à bas les royalistes^ les émigrés^ les missiofh' naires! Quelques-uns ajoutaient : vivent nos frères de Manchester^ et même vive l'Empereur! L*alarme se répandit rapidement sur toute la ligne des boulevards, du faubourg Poissonnière au faubourg du Temple. Les boutiques se fermèrent en un moment. Encore une fois, tous les efforts des agents de police, de la gendarmerie et de la garde nationale furent impuissants à rétablir l'ordre. Les émeutiers n'y répondaient qu'en lançant des pierres qui blessèrent grièvement deux gendarmes. On alla avertir le général Defrance, commandant de la division militaire de Paris, qui vint prendre la direction des mouvements de la force armée. Les sommations, les exhortations, les menaces, étant restées sans effet, on ordonna une charge de cavalerie qui eut bientôt dispersé le rassemblement, et quelques pelotons envoyés successivement contre ceux des séditieux qui tentaientd'en réunir les débris épars com-

4(â HISTOIRfi^fi Lit RESTAURATION.

l^étèroit sa déroute* Un gar^ eorroyew fat itaé d'un jswp de 8il»^ quejqoeaautres reçur^t dds blessuras ptas 011 mooysgrites^ Glaqaauie enviroo fnrent arrttéj» ôt jsoiidaUs ea prison. Daas le désordre, le maréchal Ondip^ conuBaBdant de la garde nattonale, qui se ironTait Hi jiaiis miUormet fat renversé et frappé d'an emip de pied deoberalé

Comme il arrive toujours lorsqu'il faut recourir à l'action de la force pour répriiper rép^euto, les es»i^ paUes u'êifai^t pas seuls sw&rt : plus d'uuikinoeenti trayersant le Uiéfttre de ce tumulte ott>#%é par une imprudente curiositéi avait été maltraûté^ el les soMatSi les agents de police^ irrités par les proTteatii^is dmil ils étaient l'objet depuis plusieurs joursv n'aviMUt pas tous apporté dans la répression la patience et la iim*défi^îon désirables* L'opposition s'^para de oea acMdents. à peu prés inévitables pour recommencer dai» is chambre la lutte qui venait de se terminer dans la ntô. A l'ouverture de la séance du 10, M. Laffitte demanda, comme député de Paris, à entretenir la chambre de la situation delà capitale, c Cette situation est telle » dit-il, € que nous pouvons être autorisés à déclarer que nous ' ne sommes pas libres dans nos délibérations. Depuis » trois jours, io sangn*a pas cessé de couler... Hier, il » a été répandu d'une manière plus effrayante encore, » et il est plus que temps de mettre un terme aux dan- » gers qui nous menacent. » M. Laffîtte donna ensuite lecture d une lettre écrite aux députés de la Seine par

HISTOIRE DE LA RESTAUnATÎON. 603

un grand nombre d'habitants du quarllcr do la porte Saint- Denis, négociants et propriélaires, qui^ comtmiéê^ c'était leur expression, des déplorables événements de la veille, le priarient de les exposera la chambre pour invoquer sa protection. Suivant leur récit, les boulevards, depuis celui de Bonne-^Nouvelle jusqu'à la porte Sainl^Martin, étaient couverts de plus de cent mille personnes, hommes, femmes^ enfants, et aucun cri, aucun acte n'y avait troublé l'ordre lorsqu'on avait vu arriver plusieurs détachements de troupes, entre autres des cuirassiers de la garde, brandissant leurs sabres. Accueillis par le cri de me la Cliarte^ ils avaient, sur Tordre de leurs chefs, chargé cette immense population et l'avaient fait refluer dans les ' rues adjacentes, particulièrement dans la rue Saint-Denis, en sabrant tout ce qui se trouvait devant eux. Un homme avait été frappé à mort, deux autres et une femme avaient reçu des coups de sabre. « Nous ne doutons pas^ » ajoutaient les signataires de la lettre, c que cène soitcont tre les intentions du gouvernement que de tels excès » ont été commis, mais nbus demandons instam- I ment que la police de notre quartier soit confiée à la t garde de ses habitants, intéressés pins que tous .les > corps armés au maintien de Tordre et de la tranquillité V publique. » M. Laffltte cita ensuite d'autres faits analogues à ceux que dénonçait la lettre. Il parla d'un grand nombre de vieillards, de femmes, d'enfants grièvement blessés» Il prétendit que les soldats étaient égarés, exaspérés^ animés à dessein contre les citoyens, qu'on leur re-

ejM HISTOIRE DE LA RESTAURATION^

présentait comme des factieux. < Ces désordres, i dtt41 encore, c sont intolérables. Il est impossible que noits ne » fassions pas partir de cette tribune des ay^tîssemfflils i qui puissent parvenir jusqu'au pied du trône. Le Rot > est trompé-, trabi peut-être, et je crois ie dangorplus » grand qu'on ne l'imagine. C'est arec une douleur » profonde que je suis monté à cette tribune, parce que i je n'ignore pas que les paroles que je prononœ,^eai » étendant la connaissance des faits, augmenteront 1%- » dignation qui était hier à son comble, la rendnmt t plus générale ; mais puis-je* me taire, moi> député d^ i Paris,. quand je Tois mes concitoyens impitoyablotuent » sabrés ? • L'orateur, poursuivant sa déclamation, affirm que pas une seule sommation n'avait été faite aux attroih pements par les officiers civils, que des personnes sortant des spectacles avaient été sabrées. Il dit qu'il ne voulait certes pas faire l'apologie des attroupements, mais'qii'il fallait examiner si les citoyens qui en faisaimt partie étaient aussi coupables qu'on voulait le faire croire, et de qui venait la provocation. Il soutint qu'elle venait des ministres eux-mêmes, des lois d'exception qu'ils avaient fait voter sous les prétextes les plus fallacieux, de leurs mesures odieuses, illégales, de leur révoltante partialité, du rejet des vœux exprimés pour le maintien de la loi du 5 février par cent mille pétitionnaires qu'on avait repoussés en les traitant de factieux. Il demanda si, dans un tel état de choses, il y avait lieu de s'étonner de ce qu une nation qui avait si longtemps combattu pour ses

libertés ne se les vît pas ravir de sang-froid, de ce qu'après avoir vainement tenté de faire pénétrer ses vœux dans la chambre, elle eût cherché à les exprimer au dehors de la manière la plus légale, si les électeurs qu'on voulait dépouiller de leurs droits ne devaient pas manifester leur inquiétude, si c'était à coups de sabre qu'on pouvait leur persuader d'y renoncer, et si, sous le gouvernement représentatif, on pouvait considérer comme coupables des attroupements sans armes qui ne proféraient aucun cri contraire aux lois. Comme de vives dénégations s'élevaient contre cette dernière assertion, il recourut à l'expédient ordinaire, d'imputer les clameurs séditieuses qui avaient été poussées, non pas à la foule, mais à la police occulte. Après avoir répété que, d'ailleurs, on n'avait pas accompli les formalités, les sommations légales sans lesquelles tous les coups portés sur une multitude sont des assassinats, « vous le voyez, » s'écria-t-il, « déjà il ne » s*agit plus seulement de ces jeunes gens que vous di- » siez égarés et qui exprimaient un vœu éclairé pour le » maintien de nos institutions. L'agitation gagne tou- » tes les classes du peuple... Un pareil état de choses > n'est pas tolérable... Depuis huit jours les troubles » augmentent successivement. La journée d'hier a été la » plus désastreuse, la journée de demain pourra l'être » davantage. C'est un jour férié, les ouvriers ne seront » pas à leur travail, les désordres peuvent être plus con- » sidérables... L'agitation paraît faire des progrès d'après » les mesures qu'on a prises... On a parfaitement établi

» polirqpoi les désordres ayaieBt eommoRcé : e'ast que... » la garde nationale n*&Uit pas en mouTement; ceUe » garde nationale, qui, à deux éfMïqiies, a saiiTè la eap^ » laie, est arrivée à un étal complet de désorganisa tbii... » Elle n'a été mise ep moiivement que quand la demande > e& est parlie de cetle tribuue, et encore son action a i été dirigée de manière à la rendre presque nulle. » M. Laffîtte demanda, en finisutnt, que les ministres qui, jusqu'à ce moment, n'avaient communiqué à la chambre que des renseignements complètement insuffisants ^ en donnassent enfin de plus propres à la rassurer, et qu'en attendant toute délibération fût suspendue,

La droite et le centi» n'avaient pas entendu palbok meni cetle apol<^ie de la sé(Jition, Les aposUi^phes les plus violentes avaient souvent interrompu M. Laffitte, et ce' n'était pas sans peine que M- de Villèle, qui présidait an ce moment par suite d*une indisposition de M, Ravezj lui avait maintenu la parole. M. Bourdeau, M. de Montcaim, pour le réfuter, parlèrent des cris séditieux qu'ils avaient entendus sur les boulevards. M. Casimir Perler, tout en protestant qu'il était loin de sa pensée de prononcer aucune parole qui pût exciter les passions ou affaiblir le respect des lois, insista, comme M. Laffitle, pour qu'on employât la garde nationale, seul raoyen de mettre fin aux troubles qui avaient déjà fait couler le sang d'un grand nombre d'habitants. Il cita l'exemple du maréchal Oudinot, renversé et sabré par los soldats, pour prouver à quels périls étaient exposées les

personnes les plus paisibles, les plus éloignées de toute intention factieuse. Il montra, dans l'impunité accordée aux provocations, aux violences des premiers jours, à celles qu'avaient commises les gardes du corps, la cause originaire de tous les troubles qui les avaient suivies. Il signala enfin le danger de développer chaque jour l'appareil de la force militaire au milieu d'une population immense où chacun pouvait se souvenir d'avoir été soldat. Ces derniers mots excitèrent une vive agitation et de longs murmures.

Il fallut encore que M. de Serre vînt repousser ces attaques. Depuis qu'il était rentré dans la lice, tous ses collègues semblaient avoir disparu, t On vient de cher- » cher, » dit-il, t à exciter votre douleur et votre indigna- • tion; ces sentiments sont justes, ils doivent être pro- » fonds. La douleur doit être grande puisque le déve- » loppement d'une rébellion systématique et organisée a » amené de nouveaux malheurs. Mais l'indignation doit » surtout remonter aux auteurs de cette rébellion, aux » hommes qui l'ont organisée, préparée depuis long- » temps et qui maintenant la dirigent. Cette indignation » doit embrasser aussi le système que vous venez d'en- > tendre développer, système qui attente à la liberté de » la chambre et du pouvoir législatif. Ce système con- ' » siste à soutenir qu'après avoir vainement essayé de » repousser dans la chambre des résolutions qui déplai- » sent, après avoir inutilement appuyé l'opposition par » des pétitions, il est permis de la soutenir par... la

> yiolence. Il faut bien se placer dans ce sysiëme lonh » qu'on présente comme innocents ces attr^upem^ts,

> ces menaces, ces attaques, et lorsqu'on Veut tourner

> Tanimadversion publique contre les moyens empl&yës

> pour les réprimer... De soutenir un pareil sy^ème à

> organiser la^ révolte, il n'y a qu'un pas. Nous allons

> donner à la chambre quelques détails sur 16s moure- » ments qui ont amené les déplorables événements

> d'hier. » Après ce vigoureux exorde, le garde-dessceàux fit un récit succinct des faits que j'ai racontés. Il établit qu'on ne s*était décidé à employer la force armée contre les rassemblements ^tU'après avoir épuisé tous les moyens de douceur et de persuasion, lorsque les gendarmes qui, le sabre dans le fourreau, essayaient de les dissiper^ s'étaient vus pressés, entourés, assaillis à coups de * pierres et de bâtons ferrés, et avaient dû envoyer chercher du secours pour se dégager. II établit aussi que Içs trois sommations légales avaient été faites dans la forme ordinaire^ et qu'on n'y avait répondu que par des coups de pierre et de bâton accompagnes de clameurs séditieuses. Se tournant ensuite vers l'extrême gauche, il lui demanda si elle supposait que ces ouvriers comprenaient les questions que la chambre venait de discuter sur l'élection directe ou rélection à deux degrés, si c'étaient bien là les questions qui les enflammaient, si les cris qu'on leur avait entendu pousser, Vivent nos frères de Manchester^ à bas les Chambres^ les royalistes, les émigrés^ les missionnaires y les cuirassiers ^ les dragons^ mots d'or-

dre, cris de ralliement qui leur avaient sans doute été donnés par les meneurs, n'indiquaient pas la vraie pensée de la révolte. « L'organisation systématique de pareils mouvements, » ajouta M. de Serre, t ne peut être l'objet d'aucun doute. Il est évident qu'ils reçoivent une direction. Le gouvernement est à la recherche de ses auteurs, et nous avons tout lieu d'espérer que nous obtiendrons des preuves matérielles. Alors, sans doute, et quand on aura pu saisir ainsi cette première direction, on mettra fin aux troubles. Maintenant, messieurs, que penserez-vous de tous les efforts tentés aujourd'hui à celte tribune pour enflammer les esprits et pour justifier les actes séditieux, pour les pousser aux dernières extrémités, pour diriger toute l'animadversion contre le gouvernement qui cherche à réprimer la rébellion, pour ajouter aux malheurs, à l'effusion du sang? Nous la redoutions, cette effusion du sang, aux premières paroles incendiaires qu'à notre arrivée dans cette chambre nous entendions proférer ; nous nous élançâmes à la tribune, et nous dîmes : si la révolte éclate, le sang versé retombera sur vous ! Que pensez-vous de ces attaques violentes dirigées contre les lois que vous avez vous-mêmes rendues dans cette session? Je dirai qu'alors, loin de vous, je voyais avec douleur rendre ces lois qui ne me paraissaient pas suffisamment nécessaires, mais dont les événements d'aujourd'hui ne justifient que trop bien la nécessité. J'en appelle à la conscience de la chambre : si, dans celte Mil. 39

Ôia HISTOIRE D£ LA RESTÂURATIOt«.

» circoDslance, le gonvernemeot étatt désarmé, si Fon » pouvait, avec la licence des journaux, souffler le hn > flaj^ant de la rébellion... où en eeraii la royaulé, où en » sérail la patrie? » Le ministre opposa ensuite une déné^ gation absolue à l'allégation de M. Laffitte sur la désoi^ani^ sation de la garde nationale; il assura .qu^elle pouvait mettre sous les armes 25 ou 30,000 hommes. Il repou^ k proposition de suspendre les délibérations delà chambre. €o n'est qu'un prétexte, > dit41, « mais un honteux prétexte, ce qu'on vous propose serait une lâcheté. Si, Tëritablement, il y avait danger pour vous,... il faudrait faire ce que font en tout pays les assemjblé^ délibérantes dans les circonstances périlleuses : elles se déclarent en permanence. C'est alors que lesj^n^ conseils nationaux entourent le trône de leurs forces et de leurs secours. »

Les applaudissements de la majorité couvfii*ent les murmures que le discours de M. de Serre excite, à plnsieurs reprises, sur les bancs de la gauche. On réclamait à grands cris la clôture, mais M. Benjamin Gonslanl demanda à répondre au garde-des-sceaux. A droite on refusait de Tentendre; à gauche, au contraire, on insistait pour qu'il pût s'expliquer. L'agitation était au comble. Plusieurs membres des deux côtés s'étaient précipités ensemble à la tribune. Le tumulte devint tel que cinq députés du centre, auxquels se joignirent beaucoup de dé|nitôs de la gauche, proposèrent le comité secret. Déjà on allait faire sortir le public, lorsque

HISTOIKE DK LA RESTAURATION. 611

M. de Serre signala l'effet fûcheux que pourrait produire une telle mesure. Par une sorte de transaction, la discussion continua en public, et on entendit M. Benjamin Constant. Bien qu'il eût annoncé que ce qu'il avait à dire, loin d'irriter les passions, ne pourrait'que contribuer à les calmer, les explications dans lesquelles il entra amenèrent bientôt un nouvel orage : il voulut faire voir la seule cause des troubles dans les assertions inexactes, les accusations partiales par lesquelles le gouvernement avait affecté d'incriminer les innocents pour justifier les coupables; il pnria encore des agressions dirigées conlrc M. deChauvelin et deux autres députés de la gauche, et qu'il présenta comme l'effet d'un complot organisé par le gouvernement occulte, complot dont il affirma que les preuves étaient consignées dans des rapports, faits à la police et à l'élat-major. Interrompu par de violents murmures <»t sommé par M. de Castelbajac de dire ce qu'il entendait \)tJiV cq (jouvernement occulte^ de nommer les coupables, il répondit que l'auteur des troubles élait celui des fameuses circulaires. Il donna ensuite lecture d'une lettre d'une personne qu'il ne nomma pas, qui> racontant les événements de la veille, disait avoir vu les cuirassiers de la garde sabrant la foule dans une rue trèsétroite où le passage élait obstrué par des décombres, et avoir entendu leurs officiers qui leur criaient : tue^ tue l À ces mots, un mouvement d'indignation se manifesta dans l'immense majorité de la chambre. Des démenlis. des cris de rappel à l'ordre éclatèrent de toute part.

ut

M. CouryoUier s'écria qa*on nepoQYait laisser, aa mq^eii d'uoe lettre anoDyine dont personne n'acceptait If rm^ ponsabilitë, souffler sur la France le fea do la guerre civile. Bien que chaudement appuyé par M. llanuel, M. Constant consenlit à ne pas achever la lecture 4e la

lettre. U adjura le ministère de s'affranchir du joug de la faction contre-réyolutionnaire pour se rallier francbe^ ment au système constitulionneU lui promettant qa*alofô il trouverait des amis dans ceux qu'il considérait coowe des ennemis inflexibles, et il conclut à la suspensUm ^

ute discussion jusqa'à la Gn des troubles.

Dans une réplique très-vive et que.la majorilé t^onvrit de ses applaudissements, M. de Serre rappela que la ré* beliion était organisée longtemps avant les incidents dans lesquels on voulait en faire voir la cause déterminant^; il nia que, dans aucun des rapports reçus par te gouvernement, il fût question d'un projet d'assassiner trois dé» pûtes; il prolesta de nouveau contre les odieuses catem* nies sous lesquelles on s'efforçait d'accabler un ministère dont le seul tort était d'avoir réprimé un mouvement qui menaçait le trône el l'ordre public. La clôture fut enfin prononcée malgré les bruyan tes réclamalions de la gauche.

Ce fut, si Ton peut ainsi parler, le dernier jour de Témeutc parlementaire, comme la veille avait été le dernier jour de rinsurrecCTon. Malgré les sinistres prévisions de M. Laffillc, les d^^so^dres de la rue ne se renouvelèrent pas. Grâce au déploiement d'une force militaire considérable, tant de troupe réglée que de garde nationale, tout

se borna, dans la soirée du 10, à des cris isolés, à de faibles tentatives d'attroupement, tentatives qui furent abandonnées à rapproche de quelques patrouilles et dès les premières sommations. Les mômes précautions furent prises le lendemain qui était un dimanche, mais on n'eut plus à réprimer ni cris, ni rassemblements. La révolte était définitivement vaincue. Plusieurs de ses chefs réels ou présumés étaient sous la main de la justice. Outre le général Fressinet et le colonel Duvergier, on avait arrêté le général Solignac, le colonel Barbier-Dufay, et un obs- / cur pamphlétaire, Sauquaire-Souligné, un des confidents^! de M. de La Fayette à qui, dans Toccasion, il prêtait le j secours de sa plume. *

Une proclamation des deux préfets remercia les habitants de Paris de leur excellente conduite au milieu de ces désordres, du calme, de la sagesse dont avaient fait preuve la classe la moins favorisée par la fortune^ ces artisans estimables qjii munissaient leur famille du fruit de leur travail. Peu de jours après, le préfet de la Seine présenta au Roi une adresse du corps municipal qui protestait contre des agitations auxquelles la masse de la population était restée étrangère. Louis XVIII, dans sa réponse, dit que la Charte lui était plus chère qu'à ceux quiavaient oséabuserde son nom. Il déplora les malheurs .qui avaient eu lieu. Non content de charger le ministre de rintérieur d'exprimer sa satisfaction à la garde nationale, il voulut recevoir les chefs de celte garde pour la leur témoigner directement, aussi bien qu'aux chefs de l'armée.

«14 HIBTOIRfi DB hX RfiSTAVBAtfÛîfé

sioA de la toi électorale) el^ oofflme ies baaea iNseôlMtes eh étaient âéjà posées^ il Hé loi faillit pi» pltts âe datiK géanëes pour la terminer^ malgré les efaieanes el to eob^ lilités aafis neflàbre élixqnellei» la gauehd eilt reeôurs pdtif entfarer ee trUfail. 11 était déji décidé p^W y fiurtil« dans éhëque départ^ent^ u» mltëgè de dépërtiAeAI el dca t^llégeé d'arrODditaëflieBl) qae^ Béatimeinsi iem les ôleeteiirs se réuniraient M un seul aellégè défis les départements ^ni n'ëfaie&t eu jusqti'alors (|«'uià m%\ député à nomtner^ dans eëtixM le dômbfe des électeurs A'ekeédait pas 800 et dani ceux qui) dtfiils en iiiltt i^ rondissements do sous*prëreclures, n'avaient pie plus dé iOO électeurs) quâ les celié|es de départetuenl mSbmr {leseriiientdes électeurs les plus imposés^ en nôbittre égal ati quart de la totalité des éiëcteurli qu'ils noiMtttfiBateni 173 nottreluft députée) que le ôboii des SfiS d^uiis doifit se coÉipoâlit aétilellemént la cbambi^ étiH attrtbdé aux collèges d'arrondissement^ notfiraatlt ôhacun un dè^ puté el composés de la totalité des électeurs à 300 francs^ que la circonscription des arrondissemenls électoraux, moins nombreux que les arrondissements administratifs^ Ferait provisoirement délerminéB^ Sûr l'avis des conseils généraux, par des ordonnances royales qui seraient soumises, dans la prochaine session^ h l'approbation législative, et que les listes des électeurs seraient imprimées et affichées un mois avant la réunion des collèges; Un a^ ticle du projet portait que les contributions directes ne

seraient comptées pour l'éleclorat et l'éligibilité que lorsque la propriété foncière aurait été possédée, la location faite, la patente prise et l'industrie sujette à patente exercée une année avant la convocation du collège électoral. Cet article, dont l'objet était de mettre un terme à l'abus par lequel certains individus, étrangers en réalité au commerce, se constituaient électeurs en payant un terme seulement d'une patente prise immédiatement avant l'électioni ne passa que malgré une opposition assez vive de la gauche. Une autre disposition, pour éviter des surprises, imposa aux électeurs l'obligation d'écrire leurs votes sur le bureau ou de le faire écrire par d'autres électeurs de leur choix. Sur la proposition de M. Méchin, on décida que les sous-préfets ne pourraient être élus dans les collèges des arrondissements soumis à leur administration; une interdiction analogue frappait déjà les préfets. Il fut réglé qu'en cas de vacance d'un siège, le collège serait convoqué dans le délai de deux mois pour y pourvoir. M. Legraverend, renouvelant une proposition faite, en 1817, par M. de Villèle, demanda que les députés promus à des fonctions publiques fussent soumis à la nécessité d'une réélection ; mais MM. Pasquier, Laine et de Serre repoussèrent cet amendement, recommandé par l'exemple de l'Angleterre, en alléguant la différence des mœurs politiques des deux pays, la nécessité de fortifier en France l'élément monarchique, de faciliter la formation d'une majorité et d'écarter tout ce qui avait le caractère d'une défiance injurieuse envers la royauté, tout ce

qui pouvait être un obstacle à l'union si nécessaire d<fê trois pouvoirs. A ce dernier argument, M. Manuel répondit que cette union ne devait pas être achetée par l'asservissement et la déconsidération de Tun de ces pon- YoirSi L'amendement n'en fut pas moins rejeté, ausd bien que d'autres qui avaient trait à des questions moins importantes. Au moment où Ton allait mettre auit voix le dernier article du projet, M. Dupont de l'Eure, pre«nant solennellement la parole, déclara qu'il voirait contre 1^ loi tout entière parce que, présentée sous tinfluence d'une catastrophe déplorable et de la c(^Mania<^ tion publique, sa délibération avait été troublée par les funestes événements qui avaient répandu l'eSroi dans la capitale, p^rce qu'après une longue discussion sur un projet dont on avait signalé tous los Vices, on lui a^ait substitué subitement un autre projet qui avait é^déli* béré sans qu'une discussion approfondie eût pu suffisamr ment éclairer les esprits, parce que ce dernier projet de* truisait une loi devenue chère à l'immense majorité des Français et renversait en entier le système électoral qui garantissait au pays une véritable représentation nationale, et parce que, tandis que la Charte établissait des droits égaux entre tons les électeurs, il créait un privilège au profit de quelques-uns et au préjudice de tous les autres, privilège institué dans l'intérêt de la grande propriété territoriale; comme si, dans l'état actuel de la société, les grandes propriétés garantissaient, de la part de ceux qui les possédaient, plus de lumières

.ijai

et d'indépendance, et comme si de telles distinctions ne tendaient pas à compromettre le repos de la France en y jetant de nouveaux germes de discorde. L'orateur, continuant à énumérer les griefs sur lesquels il appuyait son vote négatif, prétendit que le projet violait la Charte de l'aveu même de ses auteurs, qu'il tendait à consolider les autres atteintes déjà portées à ce pacte fondamental, qu'il sapait toutes les bases du système représentatif, détruisait toute confiance dans l'avenir, affaiblissait les liens qui devaient unir le trône et le peuple, encourageait et protégeait le ministère dans la route funeste de Tarbitraire, et ne laissait à la nation que le désespoir de se voir arracher le fruit de trente ans d'efforts et de sacrifices, de gloire et de malheurs. Il dit encore que le pouvoir usurpé par le ministère et dont le projet de loi avait pour but d'affermir l'usurpation était déjà et serait bientôt plus complètement la proie d'une faction toujours ennemie de la liberté pu* blique, dont la haine pour nos institutions s'était de nouveau et si clairement manifestée, et qui, à une époque récente et tristement mémorable, avait offert de terribles témoignages des maux attachés à sa domination. M. Dupont de l'Eure termina ainsi qu'il suit cette protestation concertée avec ses amis politiques : t Je rejette enfin le • projet parce que, fortement repoussé par l'opinion pu- » blique, il ne se présente à la France que comme un » sujet d'épouvante et de désolation et que je veux en » éloigner de moi la terrible responsabilité. Lorsque je i résume ainsi les graves motifs qui déterminent mon

m HISTOIRE tE &A REfrTADfUiAtftlKé

» Y#le.i« j'iM erlMre qto j'e»f)rtme les téHliiaeAta dlitte t frande |Mrtle de me» ooliigttes;. t

hà dmto et le tmin mtondireiit ibi» bu ]pi^)rà tSiênte eetto ddèhn^idn. ifmdènieiit i:riolei|t6^ i^^ M^ D«petit de i'£of8.6Qi omi dit pirtert Iks irtâEd^m Ad l*ektMne{^«ch#8e léTèreot eômim e& ^èi'Émi^ tiinenl et arrie de brayante téiâiHgiuifis d'âpprotetfUfi. On alla eut voix sûr ie projet de ton ^ il ih^ adopti^iihiM ton enaernblè, à la ibajCHrité de 194 totx ewtiè^* ^ C'était le IS jaio qde Bnisêàit cet^ âi)taiorabte4^E^ avril eêteaSiBDéëe le 18 ûiai^ Deii« j^fi ip^ M i^b^ tr« de rifttériear porta le |)rojet I Ift fta^tbbi^ duefeM» Diâi rexpoaè dea motffe^ il Mh^ 1# eirconstsAmf li Milieu deaqiiellea ee prfojet «t»it M^ ëicpoai le iil6c»iliiltt du ttéttVèati iyatMié Alecldral (p'il ititl^liiMiti ^ it valoir IM anntages M rèftata lea dbjielbiii èltfètii iMitire le ddttblft vote:

faei^ftpp^Hfetpi^ebté^ to!itljttitt4^^t^^ M. dé F«ii*taoe$ ati nom de la éômtaisdlDii à laquelle la loi avait étô renvoyée et qui se prononça tout entière pour Sbn adoption. Il y parlait sévôretûent de la loi dii

.5 février. Il reconnaissait que le but de la loi nouvelle était de foniRer.lâ grande propriété. Il la défendait contre Taccusation de porter atteitile à la Charte et de violer l'égalité constitutionnelle. Il admettait que cotte loi pouvait être encore imparfaite^ t mais^ % âjoutait-il, c elle

» porte en elle-itiôme dos germes de perfectionnement.

• Nous sommes loin sans doute de lui prédire on entier

» succès; nos espérances sont plus modestes... Lcsloisne • sont pas faites parce qu'elles sont écrites, il faut qu'elles » rirent au fond des cœurs et qu'elles animent toutes i les pensées; leur sort eist remis au zèle qui les exécute. « Les ministres le sarcnt, et les paroles éloquentes qu'ils > ont fait en tendre., i attestent leurs dispositions. Tout » lésa suiris dès qu'on a ru se relerer les signaux de » la monarchie... i

La discussion s'ourrit le 24 juin. Bien qu'oti ne pût douter du résultat, elle fut rire et animée. M. Lanjuitiais^ M. de Ségur, M. Boissy d'Ànglas, le maréchal JdurâaU^ M. Daru/M. Gornudet combattirent le projet par des arguments à peu près semblables à ceux qu'araietit einployés, dans l'autre chambre^ les oratetirs de la gauche, comme contraire à la Charte et à l'égalité, comme propre à semer la dirisioh par la tentatire de rétablir une aristocratie impopulaire. Rappelant les troubles qui renaient d'agiter Paris et dont le niinistère n'arait pas inforiiié officiellement la chatnbre des pairs, M. de Ségur lui reprocha d'aroir, par un tel silence^ un peu trop négligé la œnsidération due à la seule aristv^ cratie constitutionnelle qui pût exister, La loi fut défendue par M. Portails, commissaire du Roi> et par le minisli'e des alTaires étrangères^ Le premier, réfutant les doctrines qui plaçaient toute la représentation nationale dans la chambre des députés et tendaient a y transporter Tinitiatire des lois, s'efforça d'établir que cette chambre n'était que le conseil électif dn la nation, que l'électorat :.c

Û» HISTOIRE 0S LA RES^ACHA^f lOH.

eoDsiUaattpasBA droit, mais nue foôettoo, et que^ ^ emééqvieùU le doBUè tôle n'était pas qd pritiUg^ .mis HiMdoQbie fonction eoni&rèe à eeiix qui avaient le . plus grand intérêt au maintien de l'ordre de dioses eiiistânt; il déclara nettement qne le but essmtid de la loi .était de donner pins de stabilité anx institotions, dlnflmooe Ah grande propriété, de force et d'af^ni à lan^naidûe» M. Pasqnier, dans nn des mtillenrs dtsoonrs fait ait prononcés, défait balMl«nent le système dn projet, tout en ^primant le r^pret qu'on n^eûtpu y mtrodnnroleMnoQ- Tellement int^rai, et fit justice des exi^érations ^ridioulsi qui Toulaient faire Toir, dans les collèges de déparlàMnt» le principe d'une aristocrate oi^ressi?e, d'une autre ftodalité. S'adressant à ceux qui demandaient si la Cbafle pouvait être modifiée dans la forme employée pour la confection des lois, s'il ne fallait pas^ prar y p<»;ter atteinte, quelque chose de plus solennel, â c'était ime simple loi qui pKit étire (Rangée au gré du pouToir légls^ latif, si enfin, l'on prétendait créer en France l'omnipotence parlementaire des Anglais, il leur répondit que, dans sa conyiclion, cette omnipotence était la seule base possible do gouvernement représentatif. Sans elle, dilil, rÉtat et la constitution seraient toujours en danger de périr, parce qu'il est dans les choses humaines un principe de ruine toujours agissant et qui doit être constamment combattu, tellement que toute constitution qui ne porterait pas en elle-même un moyen simple et facile de se procurer les améliorations dont elle aurait besoin serait

condamnée à une très-courte durée. Il fit remarquer qu'en recourant pour cela à des formes extraordinaires, on arriverait nécessairement à établir une sorte de droit supérieur au droit de la puissance législative accoutumée et Ton tomberait, de proche en proche et par une conséquence nécessaire, dans le système des conventions, terrible émanation de la souveraineté du peuple, dont les œuvres seraient presque toujours des destructions. Il posa en principe, en s'appuyant sur l*exemple de TAngleterre, que la puissance législative, composée du Roi et des deux chambres, avait, en fait et en droit, toutes les facultés, tous les pouvoirs nécessaires pour la construction et le perfectionnement de Tordre conslitutionnel.

Le projet de loi fut aussi défendu par des membres de la droite, les ducs de Doudeauville et de Brissac, M. de Polignac, M. de Castellane; mais la plupart ne dissimulèrent pas que les améliorations qu'il apportait au système existant n'étaient, à leurs yeux, qu'un premier pas vers des améliorations nouvelles, et quelques-uns exprimèrent le regret qu'on n'eût pas maintenu le principe des candidatures. Les doctrinaires, le comte Germain, M. de Barante, le duc de Broglie, reconnaissant les vices de la loi du 5 février, approuvèrent, dans le projet en discussion, l'augmentation du nombre des députés, la division des collèges électoraux et, ce qui en était la conséquence, la suppression du scrutin de liste dans les collèges d'arrondissement, mais ils soutinrent que ces dispositions seraient insuflisantes tant que l'établissement du renouvellement

Ô9t HISTOIRE DE LÀ RESTAURATION.

icriégral n^aarait pas mis fin à e^ élections anaoeHes qui étaient pour le pays une source permanente â^agitatiM et qni empêchaient la formation d*iine SMJorilé fixe mt laquelle le gonTernement pût s^appnyer/ Ils se moaiièr^t généralement pen fafonibies an pririiége dont on voulait investir le quart plus imposé d^ électeum. %m disc<mrs du duc de Broglie est un véritable traité mt ta niatière. Il y démcmtra à merveille que, dans te ^au de ta C&arte, dans la pensée.de ses auteurs, tes deux chaBi* bres n'étaient pas appelées à exercer sur legouyornement une action aussi puissante qu'en Angletenre et à se méter aussi activement de ta potitique, mais que ta force des choses ayant brtsé les entrave par tesquettes on arriti^i^ sayè de les contenir, tt Mfait donner àla chambre éiee^ tive une organisation qui garantit ssr sagesse aussi bi^ que sa force.

Un amendement de M. deBaranloqui, en supprfaBMi^ les collèges dû département, reproduisait purement é simplement la proposition faite dans Tautre chambre par M.Camille Jordan, fui, sur la demande de M. de Montmorency, écarlée par la question préalable. Un autre amendement de M. de Monlalivet, laissant subsister le collège unique par département et la nomination au scrutin de liste comme dans la loi du 5 février, n'y apportait d'autre modification que d'établir dans chaque chef-lieu d'arrondissement une section de collège pour éviter aux électeurs la peine de se déplacer. M. do Monlalivet, en le développant, se montra surtout préoccupé

des dangers qui s'attacheraient à Texistence des grands collèges formés des plus imposés, affirmant que toute rinfluence y serait acquise aux partisans de l'ancien régime, restés en possession delà plupart des grandes propriétés. Cet amendement, chaudement appuyé par M. Boissy d'Ânglas dans un discours dont la chambre r^cfusa d'ordonner l'impression, fut combattu par M. de La Tour du Pin et surtout par M. de Serre qui fit ressortir avec beaucoup de force et d'habileté les avantages d'un système électoral dans lequel, la chambre devant provenir de sources diverses et se composer d'éléments variés, une opposition démocratique pouvait y exister sans danger. A l'exemple. de M. Pasquier, il se prononça pour la doctrine de l'omnipotence parlementaire qui fut auss défendue par M. de Lally. La question préalable fut adoptée sur l'amendement de M. de Montalivet comme sur celui de M. de Baranle. M. de Broglie avait demandé que les collèges de département fussent composés de tous les électeurs payant 500 francs de contributions, mais il retira sa proposition avant qu'elle ne fût mise aux voix. On écarta encore par la question préalable celle de M. de Valence, qui voulait que les membres de ce grand collège fussent élus par des assemblées cantonales et pris dans la moitié des électeurs la plus imposée: celle de M. Germain, qui* demandait que les 172 députés attribués aux grands collèges ne fussent pas nommés simultanément pour la première fois, mais chaque année dans l'ordre des séries auxquelles appartenaient leurs départements et en

M* HISïOlllE DE LA BESTACBATION.

mtoe temps que les députés d'arrondissement, el celle de i H. Boissy d'Ân^las, qui avait pour objet d'allouer an\ dipulAs une indemnité de vingt fnncs par jour. Le duc de La Rochefoucauld proposa de dûcidcr que les pairs de France ne pourraient prendre part aux élections; mais, sar l'observation qui lui fut faite qu'une disposition pareille serait mieux à sa place dHns une loi spéciale, il la retira en se ri^servant de la présenter do nouveau sous celle forme.

L'ensemble du projet de toi fut voté, le 2S juin, à la majorité de 141 voix contre 50. Trois bulletins blancs avaient été déposés dans l'urne. On remarqua que le nombre des tuembrcs de la minorité restés fidèle à la loi ■ du t! février n'égalait pas même celui des pairs créés l'an- Dée précédente pour la défendre.

Dans le cours de celte discussion, la chambre des pairs eut l'occasion de donner un témoignage non équivoque du sentiment qu'elle avait de sa dignité et de. sa ferme résolution de là maintenir à l'abri de toute atteinte. M. de Ségur ayant envoyé à un journal le discours trèsvif qu'il avait prononcé contre le projet de loi, et la commission de censure n'ayant pas permis à ce journal de le publier, il s'en plaignit à la chambre où des voix nombreuses signalèrent l'inconvenance de ce refus sans que personne osât en prendre directement la défense. La commission de cinsure offrit alors de laisser publier le discours à condition que le grand-référendaire en donnerait l'autorisation. Ce consentement conditionnel parut

pins choquant encore qu'un refus formel, et la chambre chargea son président d'aviser aux mesures qu'il jugerait les plus convenables pour empêcher que rien de semblable ne pût avoir lieu à Tavenir. Les ministres avaient à peine essayé d'excuser les intentions de la commission, et M. de Richelieu, exprimant le regret que les chambres n'eussent pas un moyen direct d'obtenir la réparation des offenses commises à leur égard, avait dit qu'il étaità désirer qu'une loi leur conférât le pouvoir d'appeler à leur barre ceux qui leur auraient manqué de respect. Il n'est pas besoin d'ajouter que la censure renonça à ses exigences. Tel fut le pénible enfantement de cette loi électorale, la meilleure, à mon avis, qu'ait jamais eue la France, bien qu'elle fût née d'un compromis qui ne satisfaisait complètement aucun parti. Peut-être faut-il voir, dans cette circonstance même, le cause de sa supériorité. Elle n'était pas fondée sur une de ces théories absolues auxquelles les Français sont trop accoutumés à tout sacrifier. Elle donnait à l'élection, des origines diverses. En conservant à la petite et à la moyenne bourgeoisie l'ascendant qu'il n'eût été ni juste ni prudent de leur refuser dans l'état social où se trouvait la France, elle faisait une large part à l'influence des classes supérieures Pour compléter l'œuvre, il eût été bon que les classes populaires fussent aussi admises, dans une porportion et par un moyen quelconques, à se faire représenter, mais alors le parti démocratique lui-même n'en demandait pas tant. À peine ses organes les plus ardents faisaient-ils entendre de vm. 40

^ HI&TOIRE D£ LA RESLTÂI7BATI0N.

temp^e^ ^mps, coppie pour 1^ fpjrin^, (ui Tnp ^m a^vor iiir plus ou ipoips éloigné, quelque vague projteisl^^oa contre le cens électoral exigé par la Charte^ et plus b^bituellement ils faisaient, honneur aps^ prolétaires du bon sens avec lequel ils se reposaient sur les cla^s bourgeoises de la défense de leurs intérêts* Daps, une telle situation, uile gouyernement^ ni les chambres u'eusseat agi sagement en allant au delà du yçeu populaire qu'i^mci faut saps doute> pas méconnaître trop iQDgtemps lor^u^il se manifeste avec évidence, mjds qu'il fau( auss^ se ^rder de trop devancer. Ce que les démocrates reprç^l^i^^ à la loi nouvelle, ce n'était pas l' explqsipu des prolétaire^, c'était le dpuble vote des plus imppsés, qpalifiédeprit^i/^f^ et, à ce titre, frappé d'uue impopularité qôi devait, plus, tard s'af&iblir, mais qui ne disparu tjan^aiscompléAçauent,, jusqu'au jour où une révolution eooparta cette loi,

Peut-être n*a-t-on pas assez remarqué que la crise dont je viens de raconter les incident^ compliqués présente un spectacle bien rare dans l'histoire, dan^ l'histoire de France surtout, celui de partis ardents, passionnés, suspendant leurs lulles en présence d'un grand danger public et, sans conclure un traité de paix définitif, détournant ce danger par une trêve d'un n^oment et par des concessions mutuelles, au lieu de risquer le tout pour le tout. Si Ton en excepte l'extrême gauche et quatre ou cinq membres de la droite, tous les partis, d'accord avec le gouvernement, donnèrent un grand et noble exemple qui semblait indiquer que la France

Histoire de La restauration. eW

était apte à la liberté et au gouvernement représenta tif.

Deux hommes grandirent beaucoup dans cette crise, M. de Serre et M. de Villèle. M. de Serre, surmontant ses souffrances physiques pour intervenir dans la discussion au moment où il paraissait presque impossible de la faire aboutir à un rësullat satisfaisant, pesant aussitôt lès bases d'une transaction, y amenant peu à peu et presque malgré eux ses collègues et la grande majorité de la chambre, puis, se retournant contre les dissidents et, à force d-énergie et d'éloquence, domptant l'émeute parlementaire et donnant au pouvoir la' force nécessaire pour dompter aussi celle qui s'était organisée sur la place publique, M. de Serre était dévenu, pour longtemps, le ministre indispensable dans la lutte des partis monarchiques contre la Révolution. Sa rupture avec la gauche était maintenant complète. Elle l'avait, jusqu'alors, plus ou moins ménagé, espérant toujours le reconquérir. N'attendant plus rien de ces ménagements, c'était contre lui qu'elle allait, à Tavenir, diriger ses attaques les plus passionnées, et lai-méme, animé à l'égard de ses anciens alliés de ce ressentiment qu'on éprouve envers les partis et les hommes en qui l'on croit découvrir des intentions malveillantes et coupables qu'on s'est longtemps opiniâtre à méconnaître, poussé à bout par les accusations d'apostasie, par les injures et les outrages dont il se voyait assailli, excité encore par son état maladif, il devait désormais traiter ses adversaires comme des ennemis déclarés, sans ménage-

■ 31 " ■ 628 HISTOIRE DE LÀ flESTAURATION^

menl et souvent sans mci^re. Le r61e de M. de Yillèle fut moins éclatant dansjes grandes scènes qui remplirent les premières journées de juiU) mais non pas moins efficace. En assura Ait, par Thabile direction qu'il donna à son parti, la Tictoire du gouverneoient, en s'eSaçant adroitement, lui et les siens, dans les instants où leur action trop évidente eût pu inspirer de la défiance aux opinions incertaines et où il était à propos que la lutte se passât entre le centre et la gauche, il se fraya à lui-méine et à ses amis, pour un avenir prochain, la route du pouvoir. U sut aussi tirer parti de Tindisposition qui obligea M. Bavez à lui laisser pendant: quelques joui^ les fonctions de la présidence. Pans Texercice de ces fonctions auxquelles la netteté, la lucidité de son esprit le rendaient particulièrement propre, il porta une impartialité qui lui concilia la faveur de l'opposition et que M. Casimir Perier crut devoir reconnaître à la tribune, t Je ne puis résis- » 1er, > dit-il, « au désir de rendre hommage à la dignité, 9 à rimpartialité avec laquelle M. de Villèle a présidé... » celle assemblée. Je suis persuadé que mon sentiment » à cet égard sera partagé par tous nos amis et qu'il, ne » sera pas désavoué par ceux de nos collègues qui siègent » sur d'aulres bancs. Cet exemple pourra prouver qu'avec » des Français, quelle que soit la divcrsilé de leurs opi- » nions,... on est toujours sûr de trouver approbation » lorsque, dans Texercice de ses fonctions, on fait exé- » cuter les lois et les règlements sans se laisser influencer » par les passions des partis. » Cet hommage rendu au .

chef de la droite était surtout, à vrai dire, dans la pensée de l'orateur, une satire indirecte de M. Ravez, que la gauche accusait de présider d'une manière partiale. M. de Villèle, sans se dissimuler cette arrière-pensée, était flatté des éloges qu'on lui prodiguait. tVous ne sauriez croire,»

écrivait-il gaîment à une personne de sa famille, • comme » mes quatre jours de présidence ont réussi. J'en reçois

> des compliments de tous cô(és, mais particulièrement, » je l'avoue à ma honte, du côté gauche, que je n'ai pas

> cependant ménagé. Ils s'attendaient sans doute à être » mangés tous vifs par un ultra. Ils ne tari{*ent pas d'é- » loges. Ceux à qui je ne parle jamais viennent mV » border maintenant pour me faire mille compliments. » Je crois qu'il y a là un peu de malice de leur part » contre M. Ravez... Si on nommait un président main- » tenant, j'aurais la presque totalité des voix... 11 ne » m'en coûte rien d'être impartial, je ne vois que la •• réussite des affaires dont je suis chargé et n'y mets - pas la moindre passion contre les individus; je suis » né pour la fin des révolutions. »

M. de Villèle, on le voit, sentait que son heure approchait, il comprenait jusqu'à un certain point ce qui aurait pu consolider le trône en mettant un terme aux révolutions, mais il s'exagérait sa puissance sûr son propre parti et ne prévoyait pas les obstacles qui lui viendraient de ce côté.

FIN nu IILITIÈW'K VOLUMK

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