‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 2)Chapitre 104 sur 109 · ADDITION DE LA MAIN DU CARDINAL · texte numérisé non relu

ADDITION DE LA MAIN DU CARDINAL

Lorsque le courrier que vous avez dépêché était sur le point de partir, il est arrivé l'autre avec la nouvelle de la mort de M. le Protecteur, que Leurs Majestés ont reçue avec un sensible déplaisir; et en mon particulier j'en ai la dernière affliction, non-seulement pour les raisons de Tintérét public, puisque je suis persuadé que la continuation de sa vie aurait à la fin contraint les ennemis à donner les mains au repos de la chrétienté, mais par l'amitié que je sais bien que Son Altesse avait pour nous. Je vous prie de témoigner mes sentiments à toute sa famille, et l'assurer, commençant par M. son successeur, que je ne perdrai aucune occasion de le servir. Vous direz , s'il vous plaît, la même chose à M. le secrétaire d'Ëtat, de l'amitié duquel je souhaiterais fort d'être assuré, ayant grande estime pour son mérite, et étant persuadé que d'une solide correspondance entre nous les intérêts des deux royaumes pourraient recevoir grand avantage. Enfin, vous devez être en une continuelle action , pour faire connaître, de la part du roi, à toute la famille de M. le Protecteur, et à ses bons amis et adhérents, que la France ne manquera point de les assister de tout ce qui pourra dépendre d'elle, et qu'en se confiant en vous ils peuvent vous faire connaître ce

qu'il y aura à faire de votre côté; et je tâcherai de faire confirmer les offires que vous aurez faites : mais je vous prie de prendre seulement garde qu'il serait impossible au roi de donner assistance d'argent^ car Sa Majesté n'en a pas^ ni moyen d'en trouver présentement^ pour les choses mêmes qui regardent son service^ qui sont très-pressées ; et d'ailleurs il y a apparence que Son Altesse aura laissé un très-grand fonds. Il faut aussi qu'on donne de bons ordres pour la conservation de Dunkerque et de Mardyk, car il ne faut pas douter que les Espagnols se serviront du duc d'York et du roi même pour tâcher de détourner les Anglais qui sont dans notre armée et dans les places, se prévalant de cette conjoncture. J'ai dépêché de delà là dessus à M. l'ambassadeur Lockhart. Je n'oublierai rien de ce qui pourra contribuer à l'avantage de la cause commune. Je vous prie de présenter mes compliments en particulier à milord Faulconbrige, et de lui dire qu'il peut compter sur moi comme sur un serviteur qui lui est assuré. J'ose représenter que les plus grandes diligences doivent regarder la ville de Londres et l'armée ; car si on peut bien assurer ces deux points y tout le reste ira bien. Je vous prie aussi d'assurer M. l'amiral de mon amitié, et de nous donner souvent de vos nouvelles, et de vous servir de la voie de l'ordinaire, car on reçoit les lettres avec plus de sûreté.

âo Minute d'une lettre du cardinal Mazarin

à M. de Bordeaux.

Sans dftte.

Monsieur,

Vous avez vu par les lettres que je vous ai écrites de Fontainebleau que , sans attendre de voir quelle face prendraient les affaires d'Angleterre, et si la dignité de Protecteur serait conservée en la personne de M. le milord Richard , l'intention du roi était que vous assurassiez celui-ci et toute la famille qu'ils pouvaient faire^ en toutes sortes d'événements^

HISTORIQUES. «e

mi fondanait certain sur Tamilië et protecftiwi de Sa Majeslé et sur mon très-hamble aenrice; de sorte que la proclamation de M. le Protecteor d'à^résent donne bien ici une joie extraordinaire par le concours nnÎTersel de tons let tufliraget de ceux du Conseil^ des officiers de Tannée el des boni^geois de Loodies^ el par tontes les antres circonstances dont elle est accompagnée ; mais elle n'ajonle rien à la pasàon qu'on avait déjà de le senrir; on a aussi prérenn le désir que Son Altesse a témoigné qu'on portât le deuil de la mort de fen monsienr son père, puisque Leurs Majestés et toute la cour Pandent déjà pris avant que j'eusse reçu votre lettre, et je ▼ons puis dire sans exagération que c'est là la moindre démonstration que le roi veuille faire de la considération que Sa Majesté a pour la mémoire de M. le Protecteur et de son amitié pour celui qui lui succède si dignement. Aussi a-t-elle fort approuvé les termes auxquels vous avex parlé là-dessus et la résolution que vous avei prise d'assister aux funérailles d'un prince de qui la mort lui a donné beaucoup de douleur. Je vous ai déjà témoigné combien j'en étais touché en mon particulier; mais je vous avoue que ce que j'ai su depuis des dernières marques qu'il m'a données de son estime et de sa confiance et de la manière avec laquelle il s'en est expliqué avec monsieur son fils, m'a donné de nouveaux mouvements de tendresse et de reconnaissance qui ont redoublé la douleur que j'avais d'une si grande perte, à ce point que je ne puis vous l'exprimer, et sur quoi vous ne sauriez trop vous étendre avec monsieur son fils, en lui faisant mes compliments. Je crois donc que Son Altesse demeurera satisfaite sur les deux premiers points que vous lui avez fiût insinuer; mais je serais bien fâché que vous vous fussiez engagé sur le troisième, qui regarde quelque assistance d'argent. Car le roi se trouve dans une impuissance absolue d'y pouvoir donner aucune en a assez de connaissance, et

que l'on est obligé d'emprunter de tous c^s pour soutenir la guerre de Flandre. En mon particulier, je suis en défaut d'argent comptant pour fournir aux dépenses qu'il a fidlu

4» DOCCMENTS

faire en ADemagne etinxsîéges^e Dmkatpieetde Gat»linef , croyant pooToir dire arec la dernière sineérilé • . . • . • . y arec plos de joie ce que je ferais pcNir a^îstcr Son Altesse dans la nécessité présente où elle pe«t être; et ▼otre protestation ne pent paraître suspecte, poisqoe qoand je n'agirais par sèle et inclination^ je le foais pir politiqiie, connaissant asses combien il importe aux intérèlsde la France que le présent régime d'Angleterre se-santienne dans Fêtât où il est. le voos prie donc de représenter cette impniwance et le déplaisir que f en reasens le pins fortement çie tous poorrea^ pour en rendre M. le Protecteor bien persuadé, el afin de sortir de ce mauvais pas arec Totre adresse oïdî* naire, de sorte que Srai Altesse ne doute point de la bonne Tolonté de Sa Majesté et du lèle que j'ai pour ce qui le regarde.

3* Le cardinal Mazarin à M. le Proieeteur.

D« Pari», l« 25 Mftf fcw 1S58.

Monsieur, J'ai tant de raisons d'être sensiblement touché de la mort de feu Son Altesse Sérénissime M. le Protecteur, que je n'emploierai pas beauoup de paroles pour témoigner à Votre Altesse Sérénissime la douleur qu'elle m'a causée, laquelle j'éproure bien être de celles qu'on renferme dans un triste «lence, parce qu'elles sont au-dessus de l'expression; et yéritablement quand je ne regarderais pas l'intérêt du roi et de l'État dans la perte d'un prince si illustre et si bien intentionné pour celte couronne, il m'a donné, même dans les derniers moments de sa vie, des marques si obligeantes et si glorieuses d'estime, de confiance et d'amitié, que je ne puis assez regretter sa perte ; ce qui adoucit en quelque façon mon déplaisir dans ce funeste accident, c'est de voir que Votre Altesse Sérénissime ait été proclamée son successeur, avec un apjrfaudissement si universel, et d'être fort persuadé que non-seulement elle se conformera à ses sentiments, pour

établir une union indiM^iluble a%ec b France, mais qu'elle voui'ra bien mlionorer de la nu^me bienveillance que Son Altesse avait pour moi, puisque j'ai une trei^forte paMÎon de les mériter par mes services^ et la qualité de, etc.

4o Lt cardmal Mazarin à M. de Bardeaux,

Monsieur, j'ai reçu votre lettre du % du mois passé : je vous remercie de la ponctualité avec laquelle vous m'informez de l'état oii^sont les aflairr;^ en An^W-t/rrre , et je vous prie de continuer* Je suis bien ai^e de voir que le présent régime s'affermisse de plus en plus, et que M. le Protecteur s'aci|uiére l'estime et l'affection de t/iut le monde. Je demeure d^sucjtrd que l'assemblée d'un Parlement priurrait espr;ser les cti/>ses k quelque changement, mais je ne vois pas quels moyens on trouvera de pouvoir s/HJtitiirla gui'rre et UtuUtn les autres dé|ienses qu'il y a âi Une, Mun U'AU* i://nv#K:ationdu Parlement* Je vous prie de m'éclancir un [iifu Uwb^ssua; et ci^fienilant vous devez éviter, annute je vous ai déjlb man^léi de laisMfr espérer aucune a»nt%iHnai de œ (utU^^j, f^rm que tunm sommes dans une impuin^^ui^:^; nSf^Mut d'en AtmuttVf qu/iique le roi ait pr^ur cela t/^uti; la disfi^Miti^/n et la br^rine volonté imaginalile;ç'aété M. I>ir:klfart qui a difUtrééVat/xuUtr Tordre qu'il avait reçu de venir a U cjfur, |iour faire k'Sf'^;mplirni;nts de son nouveau umUit^ %nT tÀ* que je lui ai ttmuAîk que ^n Majesté Ten di«[f<;ri4aitpré¥;nt/fnM'nt, airnant i^'au^^z/iip mieMX qu'il demeurât à Dunkerque |iour la s^iMrté de i'A*\U*, pl/M^, où il peut être utik en divervr» tttnvjtuir^tn m mtn'u'At uihim de ladite Majifsté. Mais cofittsm il {l'/urra n*tuu\utiUtr de sa commission dans quelque Ututfpn, il f/iut qui; tous ibi'Um d'empécber qu'on n'envoie quelque ;iMUe iHUtutiiim U'4m sa place, parce qw5 <;e tui Mirait qu'un 4*mUiWn^ et une iU^imiim superflue it^^nr M. le VroU*rM*t$r et poui nous; k smur Lockhart peut aussi fort aisén^foi faire les fofM;tious d^ s^/ri

ambafisade^ s'il conserve son gouTernemenl; cai* Fhiver il est en liberté de venir ici^ et le roi étant à la campagne presque tout Véiéf il peut demeurer dans sa place pendant ce temps-là^ qui eft celui auquel elle pourrait courir quelque risque. 11 est même de la satisfaction de Sa Majesté que cela soit ainsi; c'est pourquoi vous devez contribuer en ce qui pourra dépendre de vous, afin que Ton n'y apporte aucun changement. Cependant je demeure^ etc.

5o Le cardinal Mazarin à M. le président

« de Bordeaux.

De Paru, le 19 oelobre iC58.

Monsieur,

J'ai reçu toutes vos lettres^ dont la dernière est du iO de ce mois. Je m'étonne que vous n'eussiez pas encore reçu celles du roi que vous a adressées M. de Brienne, et les miennes en créance pour le compliment de condoléance que vous devez faire à M. le Protecteur, dont je ne doute point que vous ne vous soyez à présent acquitté , et que vous n'ayez aisément détruit les méchantes impressions qu'on voulait prendre occasion de ce délai de faire concevoir des sentiments de Sa Majesté à l'égard du présent régime d'Angleterre.

Sur ce que M. l'ambassadeur Lockhart m'avait écrit qu'il avait ordre de venir à la cour, je lui ai mandé qu'à présent il devait hâter son voyage , le roi devant partir dans peu de jours pour celui qu'il a résolu de faire du côté de Lyon^ de sorte que je crois qu'il sera bientôt ici, et on examinera avec lui les propositions qu'il fera sur une assistance d'argent, dont cependant il sera bon à dire que nous sommes dans une si grande nécessité que vous ne croyez pas que Sa Majesté soit en état de satisfaire à la passion qu'elle aurait de donner cette nouvelle marque de son àfiection à M. le Prolecteur.

M. de Brienne a été chargé de vous faire savoir les

intentions du roi sur la difliculté qui se pourrait rencontrer à la cérémonie des funérailles de feu M. le Protecteur; sur quoi je m'assure que vous tous serez réglé.

Je me réjouis de la liberté de M. le duc de Buckingharo^ à qui je vous conjure de nouveau de continuer à rendre tous les bons offices qui seront en votre pouvoir.

Si vous jugez qu'en faisant quelque régal au mi lord Faulconbrige, ou à sa femme, cela réchaufferait davantage pour les intérêts de cette couronne^ on le fera très-volontiers^ et vous n'aurez qu'à me mander ce qui sera le plus de leur inclination.

Mandez-moi aussi si le sieur Bodquin est un homme de qui l'on puisse tirer quelque utilité, car en ce cas-là on pourra lui donner encore quelque gratification.

6» Le cardinal Matarin à M. de Bordeaux.

L« f5 octobre 1658.

Monsieur, vous savez mieux que personne quels étaient les sentiments de feu M. le Protecteur pour les intérêts du roi de Suède. Je ne doute point que M. le Protecteur d'aujourd'hui n'en soit le successeur, aussi bien que de sa dignité, et ne veuille suivre les errements et la conduite d'un père si intelligent et si habile. Combien la France et l'Angleterre sont intéressées à procurer l'affaiblissement de l'ennemi commun, avec lequel elles sont en guerre , la chose est assez visible. Elle l'est encore par le même principe que cette couronne et cette république contribuent selon leur portée à la subsistance et à l'affermissement du roi de Suède, afin qu'il occupe directement ou indirectement les forces de la maison d'Autriche d'Allemagne, toutes dévouées au service de celle d'Espagne. Mais il est nécessaire que ce ne seit pas seulement par démonstration et par mine que l'Angleterre contribue à ce dessein; il faut que ce soit par des effets proportionnés à son pouvoir et à l'exigence des occasions, comme fait la France.

L'entreprise où le roi de Suède se trouve embarqué aujourd'hui est d'une telle conséquence pour lui et pour la cause commune, qu'elle mérite bien que TAngleterre fasse un effort aussi bien que nous , pour l'aider à en sortir avec honneur. L'effort pourtant ne sera pas trop grand pour elle ^ puisqu'il ne s'agit que de l'assister de quelques vaisseaux, et qu'elle est si puissamment armée par mer. Vous conférerez du détail de cela avec le résident de Suède, et appuierez ses offices de toute la force des vôtres. C'est l'intention du roi que je vous explique et pour laquelle je vous ai fait cette lettre d'un style si précis. Vous ménagerez pourtant en ceci de telle sorte votre conduite qu'il ne paraisse point que nous visions directement « qu'à la conservation d'un allié qui nous est fort considérable,» et comme quelques autres de nos alliés croient |)OUVoir assister son ennemi sans nous désobliger et sans rompre avec nous, il nous est permis d'user du même privilège sans les désobliger aussi et sans rompre avec eux, et suivre la lui de notre intérêt, comme ils suivent celle du leur. Cela doit être réciproque. Vous jugerez bien de qui j'entends parler.

7<» Le cardinal Mazarin à M. de Bordeaux.

lyAazerre, 1« 51 octobre 1658.

Monsieur,

J'ai reçu votre dépêche du 17 octobre. Il est bon que vous preniez soin de continuer à nous informer de ce qui se passe de delà, et surtout de tâcher à découvrir quelle est l'inclination du présent régime à l'égard des Hollandais et des affaires du Nord , car il est très-important de savoir au vrai ce qui en est.

M. l'ambassadeur Lockhart a fait ses compliments au roi et à la reine, et à Monsieur; il m'a vu aussi deux fois, et m'a parlé de l'assistance d'argent. Je lui ai fait connaître que nous n'étions pas en état d'en pouvoir donner; et néanmoins, pour lui témoigner l'affection que j'ai pour tout ce qui peut regarder la satisfaction de M. le Protecteur, je lui ai offert de

mes pierreries qui valent au delà de deux cent mille écus^ et je Tai fort pressé de les prendre. Mdis après m'avoir fait connaître à quel point il était touché de la manière dont j'en usais^ il m'a fait de grands rcmcrciments de Toffre^ sans 4es avoir voulu recevoir. Il m'a dit seulement qu'il espérait que, dans le voyage que nous faisons, nous deviendrions assez riches pour pouvoir assister nos amis ; et moi je lui ai répliqué que très- volontiers le roi le ferait avec grande joie, quand il en aurait les moyens. C'est tout ce que je vous écrirai à pré« sentj remettant à vous entretenir plus particulièrement une autre fois.

S"* Le cardinal Mazarin à M. le président de Bordeaux.

Du IS Botrenbre 1658.

Monsieur^ J'ai été bien aise de voir par votre dépêche du dernier du passé de quelle manière s'était passée votre audience publique sur les compliments de condoléance et de congratulation que vous avez eu ordre de faire à M. le Protecteur, et que Son Altesse ait reçu si obligeamment les assurances de mon trèshumble service, que vous me ferez plaisir de lui confirmer en toute occasion le plus vivement que vous pourrez ; j'espère qu'elle dissipera aisément les factions qui commençaient de s'élever contre son autorité ; mais je vous prie de prendre soin d'être bien averti de tout ce qui se passera sur ce sujet , et de m'en informer ponctuellement. Quand je serai de retour à Paris, je ferai chercher deux beaux barbes pour les envoyer au milord Faulconbrige ; cependant mandez-moi de quelle valeur doivent être les pierreries dont on fera présent à M'°<^ sa femme, et me croyez toujours, etc.

{Archives des Affaires étrangères de France.)

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