‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 2)Chapitre 2 sur 109 · VI PREFACE · texte numérisé non relu

VI PREFACE

les monuments nationaux, un grand drame historique, il reste un témoin important à interroger, le public qui y a assisté sans y être engagé. Ce public, ce sont les gouvernements et les peuples à la fois étrangers et voisins, spectateurs curieux, mais sans passion ni intérêt suprême, des événements qui se passent près d'eux mais hors de chez eux, sous leurs yeux mais non par leurs mains ; liés de trop près aux acteurs pour être indifférents au spectacle, et assez séparés pour l'observer avec liberté d'esprit et impartialité. C'est surtout dans les correspondances des agents diplomatiques qu'est déposé ce témoignage : ils ont pour mission essentielle de bien regarder et d'être bien instruits ; ils ont dit sans gêne tout ce qu'ils ont vu, appris et pensé. Leurs relations sont le complément indispensable et le meilleur contrôle des documents nationaux. Pour tout ce qui s'est passé en Europe depuis trois siècles, nulle histoire n'est définitive tant qu'elle n'a pas subi cette épreuve et puisé à cette source.

Pendant la Eépubliqne et sous Cromwell, la France et l'Espagne se disputaient, à Londres,

l'alliance de l'Angleterre. J'ai publi(î, dans les volumes prémlents, les lettres de leurs deux ambassadeurs à cette époque, M. de Bordeaux et don Alonzo de Cardenas. Soua Cromwell et pendant l'anarchie républicaine qui précéda le retour des Stuart, la France seule était présent^' à Londres; l'Espagne, en guerre avec l'Angleterre, n'y avait plus de représentant. Je publie aujourd'hui la correspondance de M. de Bordeaux avec le cardinal Mazarin et le comte de Brienne durant cet intervalle. J'y joins huit lettres adressées par Mazarin à Bordeaux, au moment de la mort de Cromwell , et où l'intimit^^ du cardinal avec Cromwell est vivement empreinte. Aux approches de la restauration des Stuart, je trouve, dans les correspondances espagnoles entre Bruxelles et Madrid, quelques pièces où se manifestent clairement la situation et la pensée de la cour d'Espagne dans ses relations avec l'Angleterre et son roi. Je les joins aux dépêches de Bordeaux et de Mazarin, Je mets ainsi , pendant tonte cette période et presque jour par jour, les rapports des agents diptomatiqaea français et espagnols en face

Tiii PREFACE.

des récits anglais. J'ai renfermé dans ces limites les documents historiques que je publie. C'est assez, je crois, pour compléter et éclaircir Thistoire. Je ne pense pas que ce soit trop.

Si Hume, dans le siècle dernier, et M.Villemaîn dans le nôtre, avaient eu ces documents à leur disposition , je n'aurais probablement jamais entrepris l'œuvre dont, à travers tant de vicissitudes publiques et privées, je poursuis, depuis trente ans, Taccomplissement.

En joignant à cette Histoire et aux Documents qui l'accompagnent mon Etude sur toute la vie de Monk, et mes Études biographiques sur ses principaux contemporains , Hollis, Ludlow, Lilburne, Fairfax, etc., on aura, je pense, sur la période révolutionnaire, de l'avènement de Charles P' au rétablissement de Charles II, des notions précises et complètes.

Page 1