LIVRE I.— DISPOSITIONS DU PARLEMENT
mains; par ses propres fautes, Thérédité monarchique avait succombé ; mais Dieu avait suscité Cromwell, et lui avait donné le pouvoir avec la victoire. Vainqueur et maître en fait, Cromwell entouré de ses compagnons de guerre, et traitant avec une Chambre élue par le peuple, avait fondé, pour son successeur comme pour lui-même, le Protectorat et sa constitution. C'était là ce pouvoir antérânsir et indépendant, né des événements, non de la volonté <hi peuple, et que le peuple ne pouvait détruire à sa fantaisie, pas plus qu'il ne Tavait créé. On ne pouvait mettre en question ce grand fait, accomph sur les ruines de Tancienne monarchie et au nom de la nécessité, par le génie d'un grand homme soutenu de Dieu; on n'avait qu'à le reconnaître.
Issus l'un et l'autre de la révolution, et seuls libres sous sa loi, les deux partis répubUcain et Cromwellien exprimaient seuls tout haut leurs idées; mais à côté d'eux, puissant, quoique proscrit, le parti royaliste gardait aussi les siennes. Il pouvait, pour servir sa cause, se prêter aux plus menteuses alliances; mais il persistait dans sa foi politique, et repoussant également et la répubUque érigée par les Communes au nom de la souveraineté du peuple , et la monarchie fabriquée par les régicides au nom de la nécessité, il ne reconnaissait de pouvoir légitime que celui de Charles Stuart, héritier du trône, gouvernant avec les deux Chambres du Parlement, selon les lois traditionnelles du pays.
Avec leurs principes, ces partis conservaient leurs passions* La forte domination de Cromwell les avait
ENVERS mCHARI) CkOMWELL. M
foiiiprimés ; mais elle avait été trou coiirlc pour li-a user. Rendus à oux-inèines et remis en présence, ils se retrouvaient avec ces rancunes, ces niùBances, ces colères dunt les luttes religieuses ou politiques avaient rempli leurs cœurs; et si quelquefois, pur patriotisme ou {lar pnideiice, ils essayaient de s'en (aire, plus souvent ils s'y laissaient em|M)rter, ou même, ils mettaient, à les témoigner comme à les ressentir, leur devoir et leur bonnour.
Animés de tels sentiments et attacliés à des maximes si contraires, ces hommes ne pouvaient s'accorder, ni fonder ensemble un gouvernement, quelque intérêt qu'ils y eussent d'ailleurs : le débat suscité jtai' la proposition de Tburlœ ne iirda ])as à le prouver. Le jour où il s'ouvrit, au détint de la séance, fiersonnc no prenait la parole; tous semblaient frappés d'une anxiélé immobile; Uaslerig s'agitait à sa jilace; ou le provoqua à parler, en lui en supposaul le dessein; sa vanité surmonta sou béfiit<ition : « Je ne m'étonne pas de ce « silence dans une si grave affaire,» dil-il; u je me u sens bien faible; » et il se lança aussitôt, avec sa pétulance accoutmiiée, dans un discours qui dura titiis heures, reprenant toute l'histoire de son twys, la conquête normande, la grande chai'te, la fondation des deux chambi-es, le despotisme des rois, celui de Charles l" en particuUer, sa lutte avec le Long Parlement, son procès et sa mort, la république proclamée, le Long Parlement chassé par Cromwell. Ici il s'arrêla : a J'auu rais ]>ronoucé, » dit-il, h sur ceux qui conunirent Wit
<x acte horrible y la sentence la plus sévère qui ait (f jamais été portée contre des hommes^ et j'en aurais^ a de grand cœur^ été moi-même l'exécuteur. Je leur « pardonne maintenant^ et à ceux qui sont morts^ et à
a ceux qui vivent Mais certainement tout le sang
a anglais n'a pas été répandu en vain. Ce fut l'œuvre « glorieuse de notre Sauveur de mourir sur la croix a pour notre salut spirituel; ce fut aussi une œuvre a glorieuse^ pour notre salut civil^ de mettre fin au a roi et aux Lords. Originairement le droite sans nul a doute^ réside dans le peuple ; quand le pouvoir tombe^ a indubitablement le droit revient au peuple. En 1653^ a notre général considéra le pouvoir comme dévolu (( tout entier à lui^ et à lui seul; énorme erreur! le « pouvoir était au peuple. » Haslerig discuta le gouvernement de Cromwell^ l'établissement du Protectorat^ la Pétition et avis: a Et ce serait là^ » dit-il^ a toute la « loi pour nous^ le fondement de tout ! Ce serait là tout « le fruit que nous recueillerions de tant de sang versé^ a de tant de trésors prodigués ! Pardonnez-moi ; il faut « que je vous dise toute ma pensée; le Parlement qui a « fait cet acte était un Parlement asservi^ un Parlement a imparfait^ un Parlement mutilé^ car beaucoup d'entre a nous en avaient été chassés. Nous sommes aujourct dlmi les plus libres, les plus avérés, les plus incon- « testables représentants du peuple qui se soient réunis « depuis la ruine des trois états du royaume, le roi, les
a Lords et les Communes Nous pouvons faire tout ce
(( qui sera iK>ur le bien du peuple; nous avons pou-
ENVERS RICHARD fUOMWELL. 49
|)asBioiis. Il leur fallait ces satisfactions mondes que le jtouvoir, même sage et doux, ne siiuniit (ionncr à ceux dont il offense, par son existence seule, les convictions et les sentiments.
Les répulilicains soutenaient la pleine souvcrainelc du peuple et sa toute-puissance. Selon eux, tous les I>ouvoira devaient émaner du peuple et ressortir â lui ; nul n'était légitime si le peuple ne l'avait créé et n'en restait maître. Et la Chambre des Communes, élue par le peuple, le représentait seule, et était, en son nom, le gouvernement souverain, soit directement, par les pouvoirs qu'elle exerçait elle-même, soit indirectement, par sa suprématie déclarée sur les dépositaires des [Hiuvoirs qu'elle n'exerçait pas.
Les Cromwelliens , par exjwrience et instinct politique plutôt (pie {lar un principe clairement compris et déQni, ne pensaient pas que le i)euple suffit à faire le gouvernement tout entier, ni qu'il eût le droit de le défaire et de le refaire à son gré, A leur avis, jHJur lo maintien et le hon ordre de la société, il fallait au gouvernement quelque base subsistant par elle-même, reconnue du peuple, mais antérieure et, dans une cei^ laine mesure, supérieure à sa mobile volonté. Dans l'origine la conquête, plus tard l'hérédité monarchiquo et la pi-épondérance des grands propriétaires du sol uviiient créé, dans le gouvernement de l'Angleterre, ces pouvoirs indéiwndants et immuables en droit, dont la société ne pouvait se ptisser. Par le cours des choses, lu propriété territoriale avait, en partie, changé da
« hommes.... Pourmoi^ je serai content si Ton met sur a mon tombeau que j'ai été Tun des juges du* roi. » Yane seul s'empressa de répudier^ conrnie il en avait le droit , cette solidarité sanglante : a J'ai cherché , » dit-il , a avec une extrême anxiété , et dans toute « la clarté de mon jugement^ ce qu'il y avait à faire c( quant au procès du roi ; j'ai été six semaines absent « de mon siège dans cette enceinte; j'ai horreur du a sang. Mais enûn^ conmie tout pouvoir réside origia nairement dans le peuple^ je suis entrée après cela^ « dans les affaires. » Et sa conscience ainsi satisfaite en se distinguant des régicides , il fut ^ conune républicain y plus sincère et plus hardi qu'aucun autre : (( Quand le Long Parlement a été dissous^ ditril^ a vous avez perdu votre possession y mais non pas « votre droit; l'office de premier magistrat a été a pris alors sans aucune loi.... C'est de cet office qu'il « s'agit maintenant sous le nom de Protecteur ; de droite a l'office réside en vous, et c'est à vous qu'appartient « l'honneur de le donner ou de ne le pas donner, selon « ce qui vous conviendra.... Point de reconnaissance « soudaine et précipitée; placez votre premier magistrat a sur une base si solide que vous puissiez le maintenir a contre l'ancien système. Si vous revenez à l'ancienne « forme de gouvernement, vous ne serez pas loin de a l'ancienne famille.... 11 serait dangereux de recon- (( naître un titre conmie existant par lui-même et ne « venant pas de vous, car il n'y a nulle obligation a d'obéir à un pouvoir que vous n'avez pas confé-
RECONNAISSANCE DU PROTECITEIIR. 55
a ré' Passe encore pour Olivier Cromwell. Il avait
■ violé son serment de fldélité au Parlement, son devoir H envers le puhiic , le respect qu'il devait au grand a corps de qui il tenait son autorité; il avait usur|)é le
• gouvernement. Mais son mérite était si eKtmordiiiaii-e
• (pie nos jugements et nos cœurs en (touvaient être o aveuglés. I) s'était frayé le chemin â l'empire par les « actions les plus illustres; il avait à ses ordres une 8 armée qui avait fait de lui un conquérant , et ua s peuple qui avait fait de lui son général. Mais Richard a Cromwell , son fils, qu 'est-il? Quels sont ses titres? a Nous avons vu qu'il porte au côté une épée; mais a l'a-t-il jamais tiréeî Et ee qui importe encore plus a aujourd'hui, est-il propre à obtenir l'obéissance d'une a grande nation , lui <)ui n'a jamais pu se faire obéir pr a un laquais? Et c'est cet homme que nous devons recona naître comme notre i-oi, sous le nom de Protecteur ! a un homme sans naissance, sans courage, sans con- « duite! Pour moi, je le déclare, jamais on ne dira que, a d'un tel homme, j'ai fait mon maître'. »
I Biirtoa.Diary. t. 111, p. 107-113, 145, 159.
• BurtOQ, Diari/. t. III, p. 171-180, aiT;— Oldmiïon, Hial. oftht Stttarti, f. i30-43i ;— Biographia britanniea. t.TI, p.;)913;— Pur- Bler, Slalamm oflhe Commonioaollfc, t. III, p. 177-187. IW-aOO ; — BoTdiaux à Mtiarin , 90 fi^vricr ie&9 iDocumenli hàtoriqua, n°XV). — M.ForBlera r>l(,de1a demièrs partie du discouru da Vane, un discours séparé qu'il a placé deui «lois e( demi plus tard, au momeul où Hiohard se laissa contraindre par l'irml^e k dissoudre le Parlemeal. Mais OldmixDn, et la plupart des histo- TÎena qui [oui mention de ce discours de Vane. le pincent tout entier dans le débat relatif à la reconnaissance de Richard
Cette franchise rude et hautaine demeura sans réponse et sans écho; les Cromi^elliens s'en indignaient^ miûs avec trouble ; la plupart des républicains la trouvaient inopportune; les honunes modérés et sans engagements de parti demandaient qu'on en finît promptement du \ débat^ alarmés de voir les périls de la situation aggravés par tant de passion. Quelques royalistes essayèrent^ à la faveur d'une discussionsi libre^ de laisser entrevoir leurs vrais sentiments : « Ce qu'a été le Long Parlement Je a dois m'en taire^ pour des raisons d'État^ » disait le colonel Gorges ; a je ne ferai non plus aucune réflexion sur a te lord Protecteur ; cpi'ils restent l'un et l'autre en a paix dans leur tombeau ; j'espère qu'ils n'en sortiront a jamais. » — « Je suis pour la constitution sous laquelle a nous avons si longtemps vécu^ » disait H. Stephens; a relevons l'ancien édifice. » Hais ce n'était pas aux amis suspects de la royauté déchue qu'il appartenait de combattre efficacement les doctrines et les prétentions républicaines; les Cromwelliens déclarés et les membres nouveaux, partisans de l'autorité, convenaient mieux à cette lutte, et ils ne s'y épargnèrent point : <i II est trop tard, » dit le major Beake, « pour prétendre a que tout le pouvoir réside dans cette Chambre; a regardez à votre constitution : il peut y avoir bien
diquent positiTex^ent ; et le témoignage de Bordeaux, qui en rend compte à Mazarin le lendemain même du jour où le dis* cours fut prononcé, ne laisse aucun doute à cet égard. Si Burton, dans son Diary, ne cite rien de cette dernière partie du dis> cours de Vane, c'est probablement qu'il fut effrayé de sa violence contre le Protecteur etn'osa pas en reproduire les termes.
KECOKNAIS8ANCE DU PKOTECTEUK. 97
B des choses à discuter diinfl la Pétilion et avi», mais u non (las les fondements ; vou» no pouvez toucli6r tan a deux colonnes du temple de SiiLomon; cela n'apa jtartient jas au peuple;; je reiiarde comme très-eon-
I teslablc que tout pouvoir soit dans le pintple. » — u Moïse, D.reprit un memlire inconmi, o n'avait pas éto « choisi parle peuple; comment l'auraient-ils choisi, « eux (jnivoulaientà peine le reconnaître'!... Est-ce que « le |)eu|)le choisît Samuel ou Saiil? Nos rois étaient « rois avant que le Pai'lenient les eût déclarés tels.... u C'est quand toute rè({le lé^itlc a été alwlie que Im
II novateurs on sont venus à une prétendue rÔRle de n nature , et que , jHiur s'approprier le ftouvernod nient , ils ont dit que tout |)ouvoir résidait dans a le peuple.... C'est la main de la Providence qui 0 a élevé le Protecteur ; il était Protecteur avant que H nous vinssions ici. n — • Nous l'avons déjà nKT>nnu, » dit M. Starkie, u en nous réunissant dans cette enceinte 0 et en prêtant serment « la jxjrte. »— u Piu- quelle auto- « rite siéneons-nous idî » demandait M. Manley ; « s'il o faut des fondements nouveaux, il en faut pour nous a ej)mme pour Son Altesse, et nous sommes en (juestion « aussi Inen (pi'EUe. » — « Il n'y a qu'une ([uestiun, » s'écriait M. Steward ; n c'est de savoir si nous ferons tous a ensemble ce que nous avons fuit chacun séparément, « avant d'entrer ici. » Un avocat obscur, M. Freeman, alla (tins loin : a Son Altesse, » dit-il , « aurait pu nous « forcer à fain^ ce que nons devons faire ; elle aurait pu a amener une armée à votre barre, n Le héros de la
guerre civile^ le général en chef de Tarmée du Lmg Parlement , Fairfax^ qai siégeait silencieusement dans cette Chambre^ se leva avec indignation^ et demanda que le membre qui venait de se rasseoir fût appelé lui-même à la barre^ pour avoir parlé d'y faire venir une armée. Les conseillers du Protecteur^ en désapprouvant M. Freeman, réclamèrent pour lui le droit de s'expliquer. Il s'expliqua sans faiblesse : a n y a, » dit-il^ a des exemples a d'un tel emploi de la force. Je ne veux point justifier a ce qui est illégal. Je désire que nous soyons gouvernés « par les lois. Je demande que Son Altesse soit reconnue d avec les honneurs qui lui sont dus^ et de telle sorte a que les Communes ne puissent plus chasser les Goua ronneSy ni les Couronnes les Communes ^ »
Pendant sept jours ce débat continua sans avancer^ de plus en plus acharné. Le discours de Haslerig avait rempli toute une séance : a Les Hollandais , » dit Maynard^ a vous donneront volontiers S^OOO liv. a st. par jour pour que vous marchiez toujours de a ce pas^ car ils auront ainsi le temps de faire^ dans « la Baltique ; leurs afEaires. » Le 14 février enfin ^ après divers incidents élevés par les républicains pour retarder une résolution qu'ils prévoyaient contraire à leurs vues^ la Chambre vota « qu'elle reconnaissait et « déclarait S. A. Richard lord Protecteur et premier « magistrat d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande, et de « tous les territoires qui en dépendent; » mais en même
1 Burton, Diary, t. III. p. 157, 158, 114, 229-223, 115, 117, 131,
EST RECONNU PROTECTEVR, 59
icinps que le mot reconnaitre fut admis, ve\u\ d'indubitable fut étartù, ft la Clianilirc déclara en outre que le bill contiendrait « des clauses additionnelleit, destinéesà « limiter le jwuvoir du premier magistrat et à garantir « les droits et privilèges du Parlement, ainsi que les n droits et libertés du peuple, et <)u'auounc disiiosition n de ce bill ne serait en vigueur ni obligatoire poiua personne jusqu'à ce que le bill tout entier eût été 0 adopté'. B
Thurloe seul vota contre cet amendement, proposé ii l'improviste et adopté sans contestation. Ce judicieux raisonneur ne voulait pas admettre ipi'au moment môme où la Chambre reconnaissait le Protecteur comme un {)OUvoir préexistant par lui-même, en droit et en fait, elle tînt ce |iouvoir en suspens et sulmrdonné aux limites ipi'elle jugerait à proi)os de lui assigner*.
Prise dans son ensemble, la décision était sans doute une victoire pour le gouvernement du Protecteur ; mais une de ces victoires qui, dans les Cbambres connue dans les camps, coûtent plus cher qu'elles ne valent, et présagent les grands revers. Ce long combat, terminé par un succès incomplot, avait exhumé tous les souvenirs de diseonlc, rcnflammé toutes les passions, profondément divisé les partisans de la révolution, et remis la République aux prises avec le Protectorat, sous les yeux <ies
' JaurnabofthehouseofC, l. VU. p. 603;— Pari. hi»t.. i.XXl, p. 983-28J; — Burlon, Oiary, t. III. [.. 117, a5B-287; — Tliiirlue. Slale-Papert. l. VII. p. «0!>.
00 LIVKE I.— DÉBAT SUR
royalistes ardemment immobiles et attentifs : « La dis- 0 sension est telle dans Westminster^ » écrivait à Hyde son correspondant John Barwick^ <x qu'elle finira proba- « blement par la confusion; un parti croit que le Pro- <f tectorat ne peut pas tenir ; l'autre^ que la République « ne iHîut ims se relever ; et les indifférents espèrent que « Tun et Vautre auront raison. Il est aisé de prévoir et « de prédire le dénouement*. »
Quand on en vint à la seconde des questions fondamentales dont le Parlement avait à s'occuper^ à la question des deux Chambres, le mal devint bien plus grave encore et le péril plus apparent. Le bill pour la reconnaissance du Protecteur avait été proposé à l'autre Chambre, que Ridiard et ses conseillers appelaient toujours la Chambre des Lords, en même temps qu'à la Chamhiv d(^ Communes,; et elle en avait, le jour même, ordonné la première et la seconde lecture; mais elle en était restoo là, timide au fond et n'osant faire acte de puissance tant qu'elle était elle-même en question. Les républicains désiraient que cette situation se prolongeât, car cUo laissait les Communes presque souveraines en enlovant au Protecteur Tappui que Tautre Chambre tk^thiitivemont coustitmV eût pu lui prêter. Aussi, quand cH^ ttiHvHt s'ouvrit, Haslerig et Vane demandèrent-ils qu'il tVkt ;\jwuiH\ et quWsVxxnipàt d'abord de régler compléteuu^ut la situation ilu lht>tcoteur en fixant les limites de $i>n (HMivoir; ils msisK'ront surtout (tour que la Chambre
t rUttH<^, ^Nit*^^*|»^^, i vu, |i.«W.
LES DEUX CHAMBHKS. 81
sUituilt sur les questions du commandement de la force armée et du vélo lépislalif, les plus imiwrlaules île toutes, disaient-ils, pour déterminer la nature du ifouvernement : u Je ne sais fias, » dit Haslerig, « lequel est lu w plus ^and d'un Protecteur ou d'un Roi ; j'esjière que H nous l'apprendrons dans ce débat; c'était autrefois une u maxime légale que le roi ne peut mal faire...; si cette o maxime est encore vraie, et si le Protecteur n'est jws a plus ^-and que le roi, je serai sûr alors qu'il ne ()eul « iHis avoir le veto législatif, car, s'il l'avait, il pourrait a faire beaucoup de iiiul.ii — a Je souhaite, n dilH. Trevor, u que nous réglions l'état du premier magistrat de n telle sorte qu'il ue puisse faire aucun mol; mais « alors , il sera fort douteux qu'il puisse faire aucun o bien. » — n Tmitons loyalement les uns avec les au- « très, « dit M. Swinfen ; « nous n'avons pas examiné la fl question de savoir si nous voulions une république ; a discutons-la ouvertement, et n'essayons pas de nous « entrainer par des votes indirects, a Vane et Haslerig n'hésitèrent {«iot : « Tout le [touvuir législatif et suu prème est ici, » dirent-ils ; « vous seuls avez droit de u lier le peuple ; et c'est |)récisérntiiit à cause de cela B que vous devez sLatuer, et statuer à vous seuls, sm- le n conmiandement de la force armée et sur le veto, avant u de vous occuper <le l'autre Chaiulire. » Leur prétention fut vivement a'poussée : « Je ne veux [hib, b dit sir John Lenthull, « monter si haut que de voter un roi ; « mais je ne veux pas non plus desccndj-e si bas que lie II croire et de décloi'er que tout le [wuvoir réside dans
n cette Chambre ; que d'extravagances n'a-t-on pas corn- (( mises dans cette supposition ! » — a Dire que nous avons « tout le pouvoir, » s'écria M. Manley, « qu'est-ce donc « sinon la république ? * »
Ce mot détesté suffisait pour décider les incertains : la Chambre repoussa la proposition de Haslerig et vota, à 217 voix contre 86, que, laissant de côté tout autre objet, die s'occuperait sans délai de la constitution du Parlement en deux Chambres*.
Il semblait que, dans ce débiat, la première question : a Y aura-t-il deux Chambres? » ne dût pas même être élevée : l'acte constitutionnel du Protectorat l'avait tranchée ; la seconde Chambre existait; et les chefs républicains avaient eux-mêmes déclaré qu'ils regardaient un Sénat comme nécessaire. Hais les hommes, même les politiques, sont gouvernés, plus qu'on ne le croit communément, par leur pensée intime et générale ; et quand ils ont fait , même sincèrement , une concession à la pensée contraire, ils ont grand'peine à la maintenir tant qu'ils conservent le pouvoir de la rétracter. Au fond, les républicains ne croyaient qu'à une Chambre élective, unique et souveraine, et confiant à un Conseil d'État, mobile et responsable, le pouvoîr exécutif. C'était là, à leurs yeux, le droit naturel et le seul gouvernement légi-
< Thurloe, State-Papers, t. VII, p. 604 ;— Journal* ofthehouse ofCt t.VII, p. 605;— Pari. hisU, t. XXI, p. 290;— Burton, Dtary, t. III, p. 316-345.
* Jov/maU of the howe ofC, t. VII, p. 605; — Burton, Diary, t. III, p, 345.
LKS DËU\ CHAMBRES. 63
time. Ils concédaient aux préjugés publics Tinstitulion d'un chef unique à la tête du gouvernement^ mais à condili(»ique; par son origine et par les limites de son pouvoir^ il serait la création de la Chambre élective et demeurerait sa créature. Sur la question des deux Cham* bres> leur disposition était la même : quoiqu'ils eussent, par bon sens pratique, combattu les démagogues et les niveleurs, ils étaient, en principe, aussi peu aristocratiques que monarchiques, et une autre Chambre, indépendante et forte, leur était aussi odieuse qu'un roi héréditaire. Ils mirent la Chambre des Lords de Cromwell en question comme ils avaient mis en question le Protecteur. On proposait de voter que « le Parlement était com|H>sé de deux Chambres; » Vane demanda qu'on dit : « Le Par- « lement sera composé de deux Chambres. » La Chambre ne céda point à la demande de Vane, et vota, selon la première proposition, que a le Parlement était coina posé de deux Chambres ; » mais aussitôt, iiar une faiblesse que les assemblées timides et inconséquentes prennent ix>ur de l'impartialité, elle vota a qu'elle discute- « rait les limites qu'il convenait d'assigner aux [louvoirs 1 « de l'autre Chambre. » C'était ouvrir le débat au mo-
ment même où l'on prétendait le fermer : tous les opposants s'y précipitèrent par cette voie ; on discuta la constitution de l'autre Chambre comme si elle n'existait pas, sa formation, ses attributions, ses rapports avec la Chambre des Communes et le Protecteur. Les uns demandèrent qu'elle fût élue par le peuple, et seulement à vie ; les autres, que la Chambre des Communes et le Pro-
lecteur se présentassent mutuellement des candidats parmi lesquels, et chacun par moitié, ils en choisiraient les membres. Presque tous, de quelque façon que cette Chambre fût choisie, lui refusaient absolument l'hérédité. Ses pouvoirs ne furent pas moins débattus que le mode de sa nomination ; on lui contesta le droit de rejeter les lois adoptées par les Communes, car c'était, dît-on, donner indirectement, au Protecteur qui la nommait, le veto législatif. Au fond, tous les efforts des républicains tendaient à n'avoir qu'une seconde Chambre élective, complètement subordonnée à celle des Communes ; et la Chambre des Lords de Cromwell, celle que la Pétition et avis avait instituée, et qui, à cette heure même, siégeait dans l'enceinte de Westminster, tombait pièce à pièce dans ce débat. Les Cromwelliens inquiets essayèrent d'arrêter les coups : « Nous n'avons pas reçu, de ceux « qui nous ont envoyés ici, la mission de nous mêler de « la constitution, » dit M. Drake; « il a plu à Dieu de c< ramener le gouvernement du pays à un chef unique « et à deux Chambres du Parlement, comme il était « jadis ; c'est notre devoir de regarder en avant, non pas c( en arrière, et d'agir en fondateurs, non en destruc- « teurs. » — c( Je ne discuterai pas l'autorité de la Péti- « tion et avis y »'dit M. Stairkey ; « je la regarde comme « l'arche qui nous a sauvés dans le déluge de l'anar- « chie. ... Je trouve une autre Chambre embarquée avec « nous dans cette arche. . . . Je ne sais lequel des deux est a le frère aîné.... Nous venons d'un même père; nous « sommes des jumeaux; ne nous détruisons pas mu-
a tuellement. » Hais ces appels à la modération^ ces hommages à l'acte constitutionnel du Protectorat soulevaient des tempêtes : « Vous |)ouvez changer la Péii" c( lion et avis, » disait Haslerig, o partout où vous lui trou- « Terez des inconvénients.... S'il y a un pouvoir auquel « nous ne puissions pas toucher, il ne nous reste qu'à « lui ôter notre chapeau. » — a Cette Pétition et avis , » s'écriait M. Hobart, « si le pape Alexandre, César Borgia a et Macchiavel s'étaient concertés, ils n'auraient pu u fonder une pins absolue tyrannie *. n
Ces colères démesurées et imprévoyantes, le travail caché des royalistes, surtout les instincts et l'impulsion du pays lui-même amenèrent promptcment dans ce débat un fait auquel ni les républicains, ni les Cromwelliens ne s'attendaient guère, Téloge et le regret hautement exprimés de l'ancienne Chambre des Pairs, des anciens barons, de l'élément aristocratique dans l'ancienne constitution nationale : « Les anciens barons « ont été le l)oidevard et les défenseurs des lil)ertés a publiques; que de batailles ils ont livrées pour la (c grande Charte ! Combien de fois ils se sont engagés c( pour le Parlement contre le roi ! n Je suis charmé, » dit M. Higgons, « de voir qu'on peut plaider fouv a notre ancienne constitution ; la Chambre des Lords « existait longtemps avant qu'il y eût une Chambi*e
a des Conununes Si Dieu, dans sa providence, u
(( laissé tomber la noblesse. Dieu n'approuve pas tou-
* JournaU of the house ofC, t. VII, p. 605-608; — Pari kùt., t. XXI, p. 290-293 î— Burton, Diary, t. III, p. 347-348.
66 LIVKE I.— DÉBAT SUK
<c jours ce qu'il permet; aucun bon chrétien ne peut a arguer au nom de l'événement seul; parce que (( Constantinople a été enle\ée aux chrétiens^ en faut- « conclure qu'ils ne doivent pas essayer de la reprendre ? a .... Si on mettait la question aux voix dans le pays^ c( cinq cents personnes contre une seraient pour la « Chambre des Lords. . . . Nous n'avons fait que chanceler « et déchoir depuis qu'elle n'est plus. » On ne s'en tint pas à ces souvenirs et à ces regrets; on en vint promptement à leurs conséquences pt'atiques : <c Les anciens c( lords,» dit M' Drake, « ont encore un droit; il soma meille, mais un jour ou l'autre, il se réveillera. » « — J'ai toujours été contre l'abolition de la Chambre des «c Lords,» dit M. Stephens; a ce fut un coup de surprise.. « — Nous oublions trop , » dit M. Terrill, « que de nos « jours, quand les Parlements étaient tombés dans le décri c( et€[ue personne n'osait en prononcer le nom, ce furent « des lords, douze au moins, encore vivants, qui eurent a le courage d'aller trouver le roi au milieu de son « armée , leur pétition dans une main et lem* vie dans « l'autre , et de lui demander la convocation d'un a Parlement. — Je proposerai, » dit sir Richard Temple, a ce qui n'a pas encore été dit; sans nul doute> il y « a là, devant vous, un droit, le droit des anciens pairs; (c l'évoquez l'acte qui les a abolis; rappelez-les dans leur a Chambre ; vous pouvez le faire par une adresse au Pro- « tecteur ; ils ont des terres pour soutenir leur rang *. »
r Burton, Diary, t. III, p. 356, 361, 363, 349, 357, 616; t. IV, p. 40.
A ce langage^ parmi les vieux membres du Long Parlement et les vieux soldats de Cromwell, beaucoup frémissaient de surprise et de colère : « Si la loi qui a aboli a les lords n'est pas valable^ n s'écriait le major général Kelsey^ « celle (jui a aboli le roi ne l'est pas non plus, « et Charles Stuart est roi de droit aigourd'hui^ aussi a bien que les pairs sont pciirs de droit, n — « Si les anciens a lords n'ont pas été légitimement supprimés^ » dit M. Scott^ (( je n'ai pas le droit de siéger ici en vertu du a vorit du pouvoir qui m'y a appelé. » — « Je n'entends a personne faire immédiatement la motion de rappeler a Charles Stuart^ n dit l'avocat général Prideaux ; « mais « peu importe^ il est au fond de ceci ; si vous ramenez * « les uns^ je sais bien qui ramènera l'autre *. »
Républicains ou CromwcUiens^ les vrais meneurs des partis étaient plus réservés^ et observaient en silence cette explosion de réaction aristocratique^ se flattant^ les uns et les autres, qu'ils en tireraient parti contre leurs adversaires. Les républicains espéraient que la Chambre des Lords de CromwcU périrait dans cette comparaison avec les anciens barons, et qu'il leur serait facile alors de s'en défaire ou de la refondre à leur gré. Le Protecteur et ses conseillers se promettaient au contraire de raffermir leur aristocratie née d'hier en l'amalgamant avec celle que les siècles avaient faite, et au lieu de repousser le retour des anciens pairs dans leur Chambre, ils se montraient disposés à les accueillir : <t La Pétition
' BUrtOlii Ùiary, t. III, p. 407, 526 j t. IV, p. 34.
68 LIVRE I.— DÉBAT SUH
« et avis »^ dit Thurloe^ « n'exclut point les anciens « pairs ; plusieurs ont déjà été appelés ; d'autres pource ront l'être. » Cette perspective devint l'objet d'une l>roposition formelle, et les Cromwelliens demandèrent à la Chambre de déclarer, d'une part, « qu'elle traiterait « avec les personnes actuellement siégeant dans l'autre a Chambre, comme avec une Chambre du Parlement, » de l'autre, « qu'elle n'entendait point dépouiller de leur « droit d'être dûment convoqués à cette Chambre les « anciens pairs qui avaient été fidèles au Parlement '. » Quand ils virent la question ainsi posée, la colère des républicains fut au comble; ce double vote, s'il était adopté, était pour eux une double défaite, car il consacrait à la fois le pouvoir de leurs récents et le retour de, leurs anciens ennemis. Leur passion s'exliala en attaques violentes et personnelles contre les hommes dont Cromwell avait composé sa Chambre des Lords : a Cette Cham- « bre est pleine d'hommes d'épée et de juges, de soldats « et de salariés. — Vous les payez pour jouer le rôle de « la balance des pouvoirs. — Vouloir faire de ces gens-là « des lords, c'est vouloir que douze sous soient pris pour « vingt schellings ; quel bien peuvent vous faire des c( pairs qui ont besoin d'emprunter douze deniers pour « acheter un ruban bleu qui .fasse reconnaître leurs sei- « gneuries? — Ce n'est là qu'une caricature de la Chambre « des Lords ; un singe est la plus ridicule caricature du « monde , car il ressemble à un homme et n'en est
« Journals ofthehouse ofC, t. VII, p. 605-608; — Burton, Dtary, t. III, p. 509-504 ; t. IV, p. 1-86.
a pas un. — Ces hommes^ dit M. Hungerford^ ont violé « tous les privilèges de notre Chambre et se sont rendus a coupables envers elle des plus grands crimes. — Je a vous conjure^ disait Ludlow, de ne jamais traiter avec et eux ; ce sont les auteurs de tous les attentats contre a les libertés du peuple. — Ce sont vos serviteurs^ et s'écriait Scott; il ne convient pas d'en faire vos mat- « très. » Haslerig^ selon sa coutume , fut le plus emporté dans son éloquence : « Pensez donc à ce que sont a ces gens-là^ » dit-il; « ils vous ont pris votre argent a pour se maintenir sur pied, eux et leurs trouiies; ils tt ont établi des droits de douane a perpétuité ; ils ont a donné, à perpétuité, 1,300,000 livres sterl. par an a an Protecteur. Le roi n'aurait pas eu besoin d'argent a s'il avait eu 1,3(K),000 livres sterl. pour nourrir ses a courtisans affamés. Est-ce que les grands lords en «( avaient jamais fait autant quand on les a chassés a d'ici?... J'honore les anciens lords;... je voudrais, de « toute mon âme, qu'ils fussent ici, à la place de ces et liommes qui ont deux épées dans leurs mains et doux tt cordes à leur arc, qui ont brisé les Parlements, jeté a votre orateur à bas de son fauteuil, et qui vous coupent (c la bourse en attendant qu'ils vous coupent la gorge.... (( Oh ! que ne donnerais-je pas pour être ramené où a nous étions jadis! Notre condition est bien pire que si a nos ennemis lavaient emporté ^ »
A ces rudes attaques , les Cromwelliens n'avaient
* Burion, Diary, t. IV, p. 10 278.
qu'une réponse : les services que les officiers membres de la nouvelle Chambre des Lords avaient rendus à la bonne vieille cause, et le danger du retour de Charles Stuart.Ils la reproduisaient incessamment : «Est-ce donc un crime « d'être un homme de Tarraée? — Ce qui rend les hommes u qu'on attaque bons pour siéger dans la Chambre des a Lords^ c'est précisément qu'ils sont des soldats; quelle a fidélité a été mise à une plus rude épreuve? Us ont « supporté le froid et le chaud^ la sécheresse et la pluie^ a Feau et le feu. — Ce sont lés meilleurs officiers de la a meilleure armée du monde; leurs épées sont faites du « même métal que la massue d'Hercule. — Un honnête a savetier^ parmi eux^ vaut mieux que cent anciens a lords. — Du même coup qui renversera cette autre et Chambre, vous renverserez le Protecteur actuel; son a prédécesseur pouvait rester en selle, quelque mouvea ment qu'on fit autour de lui ; il n'en serait pas de a même aujoiird'hui. » Mais ces arguments étaient de peu d'effet ; la fortune et la tyrannie des majors généraux avaient décrié leurs anciens services , et parmi les gens qu'on menaçait du retour de Charles Stuart, beaucoup ne s'en inquiétaient guère plus. Les chefs républicains étaient d'ailleurs des orateurs plus éloquents et des meneurs du Parlement plus exercés que leurs adversaires; ils gagnaient du terrain à la prolongation des débats; ils étaient battus au vote, mais souvent à quelques vchx seulement de majorité. A la fois irrités de leurs défaites et enhardis par leurs progrès, ils tentèrent enfin le coup qu'ils méditaient , sans
oser le risquer^ depuis rouverture de la session; ils attaquèrent^ comme radicalement illégales et nulles, les élections des soixante membres écossais et irlandais, presque tous Crom^elliens, qui siégeaient dans la Chambre, tt Ceux-là n'avaient , dirent les républicains, aucun a droit d'y entrer, car aucune loi ne les y avait appelés; a aucune n'avait réglé le mode de leur élection ; un poucr voir arbitraire et illégal y avait seul présidé; unPara lement anglais ne pouvait les recevoir dans ses rangs, a ni les admettre a faire des lois pour F Angleterre.» La probité internationale et le droit public repoussaient cette prétention; TÉcosse et lirlande, incorporées à TAngleterre, devaient avoir des représentants dans le Parlement qui gouvernait les trois pays devenus un seul État; on le leur avait promis; et si leurs députés actuels avaient été élus selon des formes arbitraires et sous Tinfluence du gouvernement, ils siégeaient d^uis six semaines dans la Chambre; ils avaient pris part à toutes ses délibérations; il y avait là un principe d'équité et un fait accompli contre lequel ni les susceptibilités légales, ni les passions de parti ne devaient prévaloir. Après onze jours d'un débat aussi confus qu'acharné, les républicains essuyèrent un échec complet; la Chambre décida que les membres écossais et irlandais continueraient de siéger dans son sein pendant la durée de ce Parlement; et cinq jours après, le 28 mars 1659, la question des deux Chambres, discutée pendant vingt-trois séances, reçut également sa solution définitive; les Communes votèrent, à 198 voix contre 125, « que, pendant la durée du Parlement
tt actuel j elles traiteraient avec les personnes actuelle- (( ment siégeant dans l'autre Chambre^ comme avec une a Chambre du Parlement; n'entendant nullement par-là « dépouiller de leur droit d'être dûment convoqués y (( comme membres de cette Chambre^ les anciens pairs a qui avaient été fidèles au Parlement*. »
C'était^ pour Richard et ses conseillers^ une grande victoire : le défilé périlleux était franchi; dans une Chambre des Communes librement élue^ après un libre et solennel débats le gouvernement protectoral était reconnu dans ses deux bases essentielles et contestées^ le Protecteur et la nouvelle Chambre des Lords; la succession appartenait au fils de Cromwell et le privilège aristocratique à ses compagnons d'armes et de politique ; la révolution avait son roi et ses barons. Malgré les dangers qui pesaient encore sur le pouvoir, malgré la modestie de Richard et la prudence de Thurloe, une joie orgueilleuse perçait dans l'attitude des vainqueurs. Les opposants^ républicains ou royalistes^ étaient tristes et découragés. Les républicains avaient essayé de s'entendre avec les mécontents de l'armée et de concerter leurs coups; Lambert^ qui siégeait à la fois dans la Chambre des Communes et dans le petit Conseil des officiers^ s'était fait le meneur de cette intrigue; il avait été convenu que les officiers présenteraient à la Chambre une pétition exprimant leurs griefs contre le gouvernement
^ Joumah ofthe house ofC, t. VII, p. 621 ; — Pari. hist.,. UXXl, p. 296-297 ; — Burton, Diary, t. IV, p. 1-294 ; — Bordeaux à Mazarin, 6 et 13 mars 1659 [Documents historiques, n" XVI).
du Protecteur; mais Richard^ informé du projet^ se rendit en personne chez Fieetwood^ au moment où les officiers mécontents s'y trouvaient réimis, et là^ avec une fermeté inattendue^ il leur déclara qu'il ne south^iratt pas de telles menées^ ruine de la cause commune^ et que^ s'ils persistaient dans leur dessein^ il se porterait, envers eux, aux mesures les plus fortes, sûr que l'appui du gros de l'armée, comme de la majorité de la Chambre, ne lui manquerait pas. Intimidés ou gagnés, les officiers s'arrêtèrent; la pétition ne fut pas présentée; Fleetwood et Desborough se montrèrent satisfaits et ralliés au Protecteur. Le travail hostile des royalistes n'avait pas mieux réussi que celui des réptiblicains; dans la Chambre, malgré quelques velléités de concert entre les meneurs des deux partis, les intérêts contraires et les vieilles passions prévalaient; plusieurs Cavaliers, à ce titre seul, avaient été ardemment signalés, déclares inéligibles et expulsés, sans qu'aucun de leurs secrets amis républicains osât les soutenir; en dehors de la Chambre, diverses propositions d'alliance, faites par des niveleurs aux agents de Charles II, n'avaient abouti qu'à des conversations et à des correspondances vaines. Après les deux votes sur la reconnaissance de Richard et sur les relations des deux Chambres, il fut clair que, si le gouvernement était faible et mal uni, les oppositions l'étaient encore davantage, et qu'on s'était trop tôt flatté de brouiller le Protecteur soit avec l'armée, soit avec le Parlement».
1 Clarendon, fitate-Paptr», t. ITI, p. 426, 430-432, 440-442, 449: