LIVRE I. -CARACTERE
proclamé. Cette cérémonie terminée, le lord maire, en grand cortège, vint à \NTiitehall le féliciter et lui remettre son épée, que Richard lui rendit aussitôt. Le chapelain Goodwin invoqua, sur la personne de Son Altesse, sur son gouvernement, sur ses forces de terre et de mer et sur tout le peuple, les bénédictions de Dieu. Richard prêta le serment prescrit par l'acte constitutionnel, et, passant avec le Conseil dans une autre salle, il signa immédiatement une proclamation qui maintenait dans leurs emplois, jusqu'à nouvel ordre, tous les fonctionnaires, civils ou militaires, institués par son père. Le Conseil privé se retira ; les officiers de Tarmée arrivèrent en foule pour rendre au Protecteur leurs hommages. Toutes les formalités étaient remplies; aucun obstacle ne s'était rencontré, aucun dissentiment n'avait paru; tout le pouvoir de Cromwell passa en quelques heures dans les mains de son fils, de l'aveu, exprès ou tacite, de tous les partis de larçyolution *.
Richard lui-même ne fut pour ses amis, dans cette crise de son avènement, ni une force ni un embarras. 11 désirait peu le rang suprême, mais il ne s'en défendait point. Tant que son père ne l'avait pas appelé auprès de lui pour l'associer à sa grandeur, il avait vécu dans son manoir de Hursley, en gentilhomme de campagne oisif, joyeux et un peu licencieux, grand amateur de chevaux et de chasses, lié avec les gentilshommes des environs.
* Baker, Chronicle, p. 692; — Heath, Chronicle, p. 737; — PaW. hist., t. XXI, p. 223, 228, 230 ; — Thurloe, Staie-Papers, t.VJI, p. 372, a7a, 376, 377. 378, 382, 384;— Whitelocke, p. 675.
DB RICHARD CROMWFLL. f)
pres*nie ious CaTalifrs, enclin à leurs sentiments en partageant leurs iilnisirs, et luivnnl quelquefois avee eux à lu Banté de a leur seigneur, » (pi'ils n'osaient nommer ouvertement le roi. Aussi le rcf^arduit-on, dans le parti, comme à demi royaliste, non sans quelque espoir que, si un jour le pouvoir lui arrivait, il s'en servirait jiour rendre la couronne à son légitime possesseur. On rappelait, à l'appui de cette attente, qu'au moment de l'exéailion de Charles 1" le jeune Richard, saisi d'horreur, s était jeté, disuit-on, aux pieds de son [téro ])our le ilétourner d'un tel attentat. Même lorwpt'il fut venu preudi-e sa place à la cour de Whitehall, Richard resta ce qu'il avait été dans son comté, adonné à ses goîtts, insouciant des affaires, vivant bien avec les Cavaliers et lenr prèlant quelquefois, dans leurs épreuves, un appui sincère quoique peu effleace. Hais c'était le Imn vouloir d'un compagnon de plaisir, non le fruit d'aucune intention politique, ni d'un désintéressement sérieux. L'ogoïsnie se rencontre aussi dans la faiblesse indolente et douce. Esprit dégagé, incertain et timide, sans conviction comme sans passion religieuse on (loUtique, Richard jouissait corn plaisamment, l>ien que sans y compter, de la forhme que lui avait faite son père, et n'était guère plus disposé à la sacrifier que capable de la conquérir. Il paraît même que, (lu vivant de Cromwell et dans les salons de Whiti'haU, il se préoccupait déjà de ce que serait un jour son gouvernement à lui, ajuès tant d'orages; » une médtoa crité dorée, disait-il, un juste milieu entre la tête dans « les nues et la queue dans la boue. » Quand il fut seul