LIVRE I.— LE CONSEIL GÉNÉRAL DES OFFICIERS
obtenu son assentiment : « Puisqu'on propose une telle a adresse^ » dit lord Broghill^ a j'en propose à mon a tour une autre ; il faut qu'on sache aussi qui a con- « seiUé au Protecteur de réunir un Conseil de guerre « sans la connaissance et Taveu préalable du Parle- « ment; on verra lequel de ces deux conseils est le plus « coupable. » La franchise hardie impose aux plus emportés; l'embarras fit échouer la colère ; l'une et l'autre propositions demeurèrent sans résultat. Peu s'en fallut que la Chambre n'écartât aussi brusquement^ et sans les discuter^ les résolutions des Communes; à la majorité d'une seule voix , elle décida qu'elle les prendrait en considération et leur transmettrait sa réponse par ses propres messagers. Les Communes en attendant prenaient des résolutions nouvelles qui attribuaient au Protecteur, de concert avec les Chambres, le commandement de la force armée, et l'autorisaient à casser et à remplacer tout officier qui refuserait de lui obéir. La situation devenait d'heure en heure plus tendue; de part et d'autre , on se précipitait vers l'événement , moins par impatience de l'atteindre que par impossibilité d'y échapper *.
Malgré les défenses du Protecteur et de la Chambre des Communes, le Conseil général des officiers continuait de se réunir à Walllngf ord-House , ralliant ses
t JoumaU ofthe h, ofC, t. VII, p. 642; — Pari. hisL, t. XXI, p. 349 ; — Ludlow, Mémoires^ dans ma OollecHon, t. II, p. 437-438; — Morrice, Mefnmrs ofHo^m-, Bafï bfOrrtryy c. V, p. 29.— fiordeaux à Mazarin, l«*"mai 1659 {Documents hiHvHqwes, t^ KXV).
forces et préparant ses coups. Le docteur Owen s'y rendait toigours pour le service des prières, avant les délibérations. Un autre ancien chapelain de Cromwell, le docteur Manton y plus modéré qu'Owen , arrivant un jour un peu tard et quand la réunion était déjà formée, entendit de la porte ces paroles : a n faut qu'il tombe, et il tombera ; » et reconnaissant la voix d'Owcn qui demandait la chute du Protecteur, Manton se retira sans entrer, ne voulant pas s'associer à tant d'animosité^
A Whitehall, d'autre part, les officiers dévoués à Richard, lord Faulconbridge, lord Howard, WhaHey, lord Broghill, Goffe, Ingoldsby, se réunissaient autour de lui et l'exhortaient à prévenir ses ennemis : a II est a temps de penser à vous, » lui dit Howard; « ce n'est « plus seulement de l'empire, c'est de votre personne a et de votre vie qu'il s'agit; vous êtes le fils de Crom- « well; soyez vraiment son fils; ne vous laissez pas « écraser. H faut ici une main hardie soutenue par a une bonne tête; Lambert, Desborough, Fleetwood, « Vane, sont les meneivs de tout ceci ; je vous en débar- « rasserai; avouez-moi seulement, et pour votre hon- « neur, prêtez à mon zèle l'appui de votre nom. Ha tête « répondra des conséquences. » Ingoldsby joignit ses instances à celles de Howard, et otTrit de se charger personnellement de Lambert qu'on regardait comme le plus dangereux. Richard était en proie à une perplexite douloureuse : « Je n'ai jamais fait, je ne veux faire de
< Neal,^M^ oflhê F«n/««u^ t. IV, p. IW ^r^Miqxêim Baxtéhanm, L. I, part. 1, p. 101.
m LIVRE I.-RICHARD CROMWELL
a mal à personne, » dit-il; « je ne ferai pas verser une « goutte de sang pour conserver une grandeur qui m'est a un fardeau. » Howard insista vivement : a Croyeza vous que votre modération réparera le tort de Téléa vation de votre famille? Votre père a fait mourir vio- « lemment le feu roi et tenu ses ûls dans Texil. La pitié a n'est pas de saison dans des affaires comme les vôtres; « laissez là ces faiblesses et agissez; nous perdons ici le a temps à délibérer. » Richard persista : « N'en parlons a plus; ma résolution est prise; je vous remercie de a votre amitié, mais les conseils violents ne me vont a pas. » Howard sortit de Whitehall, et, quitte envers les deux Cromwell qu'il avait loyalement servis, il ne ne pensa plus, comme lord Broghill, qu'à préparer le retour de Charles Stuart ^ i
On fit des efforts pour engager Richard lui-même dans ce dessein; beaucoup de Cavaliers se flattaient toujours qu'il finirait par s'y prêter. L'amiral Montagne, qui commandait la flotte de la Baltique, était, assure-t-on, disposé et prêt à agir. Le ministre de Danemark à Londres, qui avait sans doute des instructions de son maître, offrit son entremise pour lui faire parvenir des avis et des ordres. Richard s'y refusa : il était honnête presque autant que faible, et bien que royaliste par goût, il répugnait à trahir la cause de son nom, comme à tenter, pour sa propre cause, de rudes combats*.
* Noble, MemovrsoftheProiecioràlhouse, 1. 1, p. 330-331;— Oldmixon, Hisi. of the Stuarts , p. 433-435; — Baker, Chronicle , p. 697-698;— Hea4h, Chtomcle^ p. 744 ;— Whiteîocke, p. 677.
* Heath, Chronicle, p. 744.