APRES LA DISSOLUTION DE LA CHAMBRE
leurs prédicateurs, leurs pamphlets. Lambert, aussi actif dans l'intrigue pour saisir le pouvoir qu'inhabile à l'exercer, les courtisait et les exploitait toutes au profit de son ambition et de sa vanité. Une mesure de réaction, dont les généraux ne purent se dispenser, accrut encore leurs embarras : ils dépouillèrent de leurs régiments Whalley, GofTe, Ingoldsby, tous les officiers qui avaient soutenu Richard jusqu'au bout, et en «lonnérent le commandement aux colonels Okey, Saunders et autres disgracies de CromwoU, fanatiques indomptables que leurs souffrances et leur constance rendaient populaires. Tant de dissensions et de tiraillements aggravaient d'heure en heure l'anarchie, dans l'armée comme dans le pays ; les soldats quittaient leur corps, les uns pour prêcher, les autres pour se Uvrcr à toutes sortes d'actes d'avidité ou d'insolence, hardiment indocilesà des cliefs trop attentifs à les ménager pour les commander fermement; et la responsabilité de cet état plein d'alarmes sociales [lesait sur les auteurs de la chute du Parlement et du Protecteur. On redemande le gouvernement à ceux qui l'ont détruit'.
Pour se décharger de ce fardeau, les officiers n'avaient qu'une ressource : ces vieux chefs républicains, longtemps leurs ennemis, et que naguère leur antipathie commune pour les royalistes et pour la cour de Richard
1 Ludlow, Mémowei, dans ma CoUeelion.t. 11, p. <49, 456, 446 ;— Porl. Wil., t. XXI, p. 369 ; — Thiirloe, Slate-Papert, t. VU, p. 666 ; - Ciarendon, StaU-Papcn, t. III, p. 459, 461-462; — Bordeaux à MaiaTin, !> et 13 mai 1659 inocvmmts hiiloriques. n' XXVIII).
ia6 LIVRE II.— L'ARMÉE RAPPELLE
venait de rendre leurs secrets alliés. Ils entrèrent avec eux en négociation pour le rétablissement d'un pouvoir, du pouvoir de ce Long Parlement que, six ans auparavant, Cromwell avait si brutalement chassé. Que restait-il de cette assemblée? Trouverait-on dans ses débris de quoi refaire un gouvernement? On ne le savait pas bien : le chapelain Oi^en demanda à Ludlow des renseignements sur les noms des membres qui avaient continué d'y siéger après la mort du roi, et Ludlow lui donna une liste d'environ cent soixante membres, encore vivants, dit-il. Ludlow promettait plus qu'il ne pouvait tenir; quand le Long Parlement fut effectivement rappelé, ils eurent grand'peîne, ses amis et lui, à retrouver quatrevingt-dix membres qui voulussent y reprendre leur place. Quelques-uns même des plus fermes républicains, entre autres le colonel Hutchinson, n'y consentirent qu'en hésitant et avec répugnance. Mais la promesse suffisait à la négociation. Des conférences s'ouvrirent chez sir Henri Vane entre les principaux chefs de l'armée, Lambert en tête, et quatre répubUcains éprouvés, Vane, Haslerig, Salloway et Ludlow. De part et d'autre, on eut l'air de faire ses conditions : les officiers demandèrent d'abord un acte d'amnistie qui les mit à couvert, eux et leurs camarades, pour tout ce qu'ils avaient fait sous le gouvernement de Cromwell ; puis, quelque part dans le pouvoir et un revenu convenable pour Richard à qui ils avaient promis de prendre soin de lui ; le maintien, dans la constitution de la république, d'un^nat nommé par le gouvernement à côté de la Chambre élue par le
LE LONG PAKLEMLNT. H:
people ; enfin, dani« la l^iflalîna cÎTfle et ecdèâKtîque , lootes les n4«iinie$ dt- f 4iis si k Kutemi^ desKves. Les réfioliiîcains l'O^mivnt rainnt>tie elles ivf ormes; SOT b sitiKdîon de Richard et sur le st-nat , Os rk-^èrvtit des obiedioDs; on dûctita. Les K4es étak^nt chan|cvs : pressés de sortir de ranarcfaie quHs aTaient faîte, les cbeCs militaires^ maitres la TeiUe, étaient maintt-naiit presque à b merci des diefs parlementaires dont ik demandaient axec inquiétude le concours. Xi de Tune ni de Fantre part les dif&iiltés n'étaient sérieuses; on se sépara sans avoir tout ré^lê , mais bien dêcklés à se retraiter d*acconL Peu de jour» après, dans une nonreDe entrevue, les officiers déclarèrent, au nom du ConseQ général de Tannée, qu*Q était ur^rent que le Long Parlement fût rétabli; et, sans discuter davantage, on oonrint qu*on se réunirait cfaex Tancien orateur de b Chambre, William Lenthall, pour rinriter à reprendre ses fonctions^
Le 6 mai, en effet, seize parlementaires et autant d'ofOciers se rendirent chez Lenthall : les officiers, au nom de Fleetwood et du G)nseil général de Tarmée, étaient porteurs d*une déclaration officielle de leur résolution et de ses motifs : « A travers de longues vicissi- « tndes de dangers, de délivrances et de défections, ^ (, « les grands intérêts de cette république ont
< Ludlow, Mrmujiret, dans ma CoUectitm, t. II, p. 446-453 ;— MistrÎM HolchinsOD, Méwunret, ibid,, U U, p. 274-775 ;— Baker, Ckramàde, p. 099: — Bordeaux à Mmsarin, 12, 15 et i6 mai 1659 Documents kittoriques, n* XXIX].
138 LIVKE II.— RENTREE
« été amenés au triste état dans leqyel ils sont aujour- « d'hui ; nous y avons nous-mêmes contribué en nous (( écartant plus d'une fois des voies droites et légitimes; (c et quoique bien 'des essais aient été tentés pour guérir « ces maux et rétablir ces nations en paix et en prospé- « rite, ils sont tous restés inefficaces.... Dans nos ré- « flexions, nous avons reconnu que le Long Parlement, « composé dés membres qui ont continué d'y siéger jusa qu'au 20 avril \ 653, avait toujours fermement soutenu « la bonne vieille cause, et que, par une faveur spéciale, a Dieu, présent au milieu d'eux, les avait soutenus dans a cette œuvre. D'accord avec les vœux d'une foule de a gens de bien, nous avons jugé de notre devoir d'invi- « ter les membres susdits du Long Parlement à repren- « dre l'exercice de leurs fonctions ; et nous serons prêts, « dans les nôtres, à leur donner, comme il convient, « notre plus énergique appui pour qu'ils siègent en « sûreté. » Lambert et ses compagnons remirent à Lenthall cette pièce qu'ils venaient, en même temps, de publier*.
Mais un embarras imprévu survint : Lenthall refusa son concours. Il était vieux, dit-il, infirme et hors d'état de rester assidu à une longue séance. Les assistants ne s'y trompèrent pats : Lenthall voulait conserver, dans la nouvelle Chambre des Lords, ce qu'il appelait déjà sa pairie; en intelligence secrète avec Richard Cromwell, il lui avait promis de s'employer pour faire échouer le
* JoumaU ofthe h. ofC, t. VU, p. 644 ; — Pari, hist,, t. XXI, p. 367.
I DU LONG PARLEMENT (7 mai 1659.) 130
retour du Long Parlement : il était peu enclin à courir de nouveaux hasards. Les républicains le pressèrent vivement; ils lui demandaient d'écrire^ selon le droit de sa charge^ à tous les anciens membres^ présents à Londres ou dans les environs^ pour les engager à se rendre, le lendemain même, au Parlement, dans la saUe de la Chambre des Lords, et à aller de là, dès qu'ils seraient en nombre, reprendre leurs sièges à la Chambre des Communes. Lenthall persista dans son refus, alléguant de plus, pour ce jour-là, un motif pieux : il se préparait à participer à la sainte cène. Vane et ses collègues irrités lui déclarèrent qu'ils se passeraient de lui, et expédièrent eux-mêmes de tous côtés des messagers pour convoquer les membres dont Ludlow avait dressé la liste. Le lendemain matin, 7 mai, trente seulement s'étaient présentés; il en fallait au moins quarante; on les attendait, on les cherchait impatiemment; on sut que deux des survivants, lord Munson et Henri Martyn étaient dans Londres, en prison pour dettes; on les en fit sur-lechamp sortir, et ils se joignirent à leurs collègues. Lenthall, qui se tenait informé du nombre des arrivants, s'aperçut qu'il tarderait peu à être complet, et ne voulut pas qu'on se passât de lui; il arriva à son tour. Quarantedeux membres enfin étaient présents : ils se mirent en marche, leur orateur en tête, et passant entre deux haies d'officiers rangés dans les salles qu'ils traversaient, ils rentrèrent solennellement, vers midi, dans la Chambre des Communes. Les officiers généraux s'étaient placés près de la porte même de leur salle, et les félicitaient à