‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 52 sur 132 · RETOUR DE CROMWELL · texte numérisé non relu

RETOUR DE CROMWELL

Londres, Cromwell trouva réunis l'orateur du Parlement avec un grand nombre de membres, le président du conseil d'État , le lord maire et les aldermen de la Cité, et plusieurs milliers de citoyens notables qui l'accompagnèrent à Whitehall, au bruit des décharges d'artillerie et des acclamations populaires; et lorsque , quatre jours après , il reparut pour la première fois à la Chambre , l'orateur lui renouvela les remercîments solennels du Parlement et du pays^

Cromwell recevait tous ces honneurs avec une modestie pieuse, parlant peu de lui-même et reportant à Dieu d'abord, puis à ses soldats, le mérite de ses succès. Cependant , à travers son humilité , perçaient les élans d'une joie orgueilleuse et mal réprimée; son affabilité avec les commissaires que le Parlement avait envoyés à sa rencontre fut empreinte de magnificence et de grandeur; il fit présent à chacun d'eux de trèsbeaux chevaux et de quelques-uns des prisonniers de marque qu'il menait à sa suite, et qui ne pouvaient manquer de se racheter à haut prix. Whitelocke en eut deux pour sa part et les renvoya sans rançon. Cromwell cheminait lentement, recueillant sur sa route les hommages de la population, s'arrêtant même quelquefois pour prendre part aux chasses des gentilhommes qu'il rencontrait. A Aylesbury, on remarqua qu'il s'entretint longtemps à part avec le grand juge Saint-

* Joumals of the House of commons, t. VII, p. 13, 18 ; — Whitelocke, p. 509.

A LONDRES (11 septembre 1651). 189

John^ Tun des commissaires et aussi l'un de ses plus intimes afûdés. Son air, ses manières, son langage, semblaient subir une transformation naturelle; et Hugh Peters, sectaire sagace, déjà accoutumé à le comprendre et à le servir, dit en le regardant : « Cet homme là se fera roi ^ »

La fortune de Cromwell s'étendait sur ses lieutenants: en quittant l'Irlande d'abord, puis l'Ecosse, il avait laissé dans l'une Ireton, dans TautreMonk, l'un républicain, Tautre royaliste au fond de l'âme, mais tous deux sensés, habiles et rudes, très-propres à poursuivre une œuvre de gueiTe et de gouvernement par l'épée après la victoire. Dis obtinrent l'un et l'autre im plein succès. Monk rencontra sur quelques points , entre autres au siège de Dundee, une résistance acharnée; Ireton continua le système de rigueurs cruelles que Cromwell avait pratiqué, et mourut du typhus % après le siège et la prise de Limmerick. Mais, à la fin de l'année 1651, l'Irlande et l'Ecosse étaient soumises; Ormond, dès l'année précédente , avait repassé sur le continent ' ; les montagnards écossais, hors d'état de rien entre|)rendre , défendaient à grand'peine , dans leurs âpres retraites, un reste d'indépendance. En même temps, les vaisseaux et les troupes du Parlement avaient fait rentrer sous son pouvoir les îles de Jersey, de Guernesey, de Scilly,

» Whitelocke, p. 509; — Mémoires de Ludlow, t. II, p. 185, dans ma Collection; — Carlyle, CromirelVx Lettern, \. II, p. 148. « Le 27 novembre 1651.

» Le 11 décembre 1650.

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