‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 3)Chapitre 51 sur 132 · CONTRE LES VAINCUS · texte numérisé non relu

CONTRE LES VAINCUS

tion de prononcer dans ces controvarses; je prie Dieu de faire prospérer, pour sa gloire, ceux qui ont le bon droit; et je tous souhaite autant de prospérité et de paix que j'en vais trouver au delà de tout ce que vous possédez ici. » Soit que de tels discours des vaincus parussent, au Parlement, plus dangereux que le châtiment n'était utile, soit que la grandeur du triomphe rinclinât à la modération, il ne multipUa point ces san* glaiits spectacles; les autres prisonniers de marque relièrent détenus à la Tour. La multitude fut traitée durement, mais sans bruit ; on vendit ou l'on donna {mr milliers les soldats royalistes à des négociants et à dés planteurs, pour les travaux dos colonies ou des mines d'Afrique. Enfin il fut décrété et solennellement pro* clamé partout qu^une récompense de mille livres ster* ling serait donnée « à quiconque amènerait au Parlement Charles Stuart, ûls du dernier tyran^ »

Pendant que le Parlement rendait à Londres ce décret, ses soldats pai*couraient en tous sens les comtés de l'ouest, cherchant partout le roi et trouvant sa trace partout, mais lui nulle part. Ciq(| jom*s après la bataille, un détachement d'infanterie arriva brusquement à White-Ladies, ancien monastère devenu la demeure de M. Giffard, gentilhomme cathoUque, et le somma,

* Jovrnals ofthe Uouse of communs, t. VII, p. 12-16 ; — PaWiam. Hist., t. XX, ip.l^r-SUite'Trialti. t. V, p. WlSiSi—Boscobel Tracts, p. 187, 193-198; — Whitelocke, p. 508 ; — Clareiidon, Hist. of the Rébellion, 1. xiii , c. 7G-82;— Godwiii, Hist. of the Cominomrealth, t. lîT, p. 273-276.

le pistolet sur la gorge^ de déclarer où était maintenant le roi que naguère^ lui dit-on^ il avait caché chez lui. H. Giffard nia résolument^ demandant qu'avant de mourir on lui donnât le temps de faire ses prières : a Si vous ne nous donnez pas des nouvelles de Charles Stuart, point de prières. » Il persista dans son silence, et les soldats, après avoir rudement fouillé toute sa maison , s'éloignèrent sans lui faire plus de mal. White-Ladies avait été en effet le premier asile de Charles ; arrivé là, le 4 septembre, au point du jour, douze heures à peine après s'être écliappé de Worcester, il avait aussitôt coupé ses cheveux, teint ses mains et son visage, pris un grossier habit de paysan, et cinq paysans, les frères Penderell tous laboureurs , bûcherons ou domestiques au service de H. Giffard , s'étaient chargés de sa sûreté : «Voici le roi, avait dit M. Giffard àWilUam Penderell; tu auras soin de lui, et tu le défondras comme tu me défendrais. » Us emmenèrent Charles à Boscobel-House, leur chaumière, et le cachèrent dans les bois. D pleuvait violemment : Richard Penderell se procura une couverture et rétendit au pied d'un arbre; sa sœur^ mistriss Yates, apporta du pain, du lait, des œufs, do beurre : « N'est-ce pas, bonne femme, lui dit Charles, vous serez fidèle à un Cavalier malheureux? — Oui, Monsieur, je mourrai plutôt que de vous découvrir. » Des soldats passèrent sur la Usière du bois, mais sans y entrer, à cause de Forage qui éclatait plus violemment sur le bois même qu'au dehors. Le lendemain, ce fîit dans les branches touffues d'un grand chêne que le roi

se tint cachée et de là il voyait rôder dans la campagne des pelotons de soldats ardents à sa recherche. Une nuit, il quitta son asile pour essayer de traverser la Saverne et de se réfugier dans le pays de Galles; mais comme il passait avec Richard Penderell , son guide, auprès d'un moulin : « Qui va là? cria le meunier. — Des voisins qui rentrent chez eux , répondit Penderell. —Si vous êtes des voisins, arrêtez-vous ; sinon, je vous

assonune. » Ils s'enfuirent à toutes jambes, jwursuivis par plusieurs hommes sortis du moulin avec le meunier. Dans une de leurs tentatives d'évasion, ce fut le roi, nageur habile, qui soutint, au passage d'une petite rivière, son guide hors d'état de nager. Il erra ainsi sept jours dans cette contrée, changeant presque chaque jour d'asile, tantôt enfoui sous le foin d'une grange, tantôt enfermé dans quelqu'un des réduits obscurs qui servaient de retraite aux prêtres catholiiiues proscrits, entendant ou voyant, à chaque instant, les soldats republicains près de le découvrir. De concert avec ses fidèles gardiens et avec lord Wilniot qui l'avait rejoint, il résolut de gagner le rivage de la mer, du côté de Bristol, dans l'espoir de fréter là un bâtiment pour passer en France. Il changea de déguisement, prit une hvrée de domestique au heu de son habit de paysan, et partit à cheval, sous le nom de WiUiam Jackson, portant en croupe sa maîtresse, miss Jane Lane, sœur du colonel Lane, de Bentley, son dernier refuge dans le comté de Stafford : « William, lui dit le colonel au moment du départ, donne la main à ma sœur pour

Taider à monter ; » le roi, peu expérimenté, se trompa sm- la main qu'il fallait donner : « Qu'est-ce donc que ce beau cavalier qu'a là ma fille pour la porter en croupe?» demanda en riant la vieille mistriss Lane, mère du colonel, qui assistait au départ sans en savoir le secret. Ils partirent; mais à peine avaient-ils marché deux heures que le cheval du roi perdit un de ses fers; ils s'arrêtèrent dans un petit village pour en faire remettre un; Charles tenait lui-même le pied de son cheval : « Quelles nouvelles? dit-il au maréchal. — Je n'en sais point, sinon que ces coquins d'Écossais ont été bien battus. — N'a-t-on pris aucun des Anglais qui se sont joints aux Écossais? — On en a pris quelques-uns, mais je n'ai pas entendu dire que le coquin de Charles Stuart ait été pris. — Ce coquin-là, dit le roi, mériterait plus que tous les autres d'être pendu pour avoir amené ici les Écossais.— C'est parler en honnête homme, » dit le maréchal,- et Charles remonta à cheval et reprit sa route*.

Arrivé le 12 septembre à Abbotsleigh, près de Bristol, chez M. Norton, cousin du colonel Lane, il acquit bientôt la triste assurance qu'il n'y avait, dans le port de Bristol, aucun navire sur lequel il pût s'embarquer, et il fut obligé de rester là quatre jours, passant pour un jeune domestique malade, et enfermé, à ce titre, dans une petite chambre où, sur la recom-

* Bo8cob9l Tracts, p. 184, 190, IQÎ, «18, 40-46; 186-146 ;— 8^886; •239-241,

mandation de miss Lane^ on prenait de lui des soins fiarticuliers. Il était effectivement harassé et défait, mais peu disposé à supporter imtiemment la faim ou l'ennui ; le lendemain de son arrivée, il quitta de bonne heure sa chambre pour aller chercher à l'office son déjeuner ; le sommelier de la maison, Pope, et deux ou trois autres domestiques s'y trouvaient, et Charles y resta, mangeant et buvant avec eux : « J'avais là , dit-il lui-même, à côté de moi , un grand garçon , vrai campagnard , qui se mit à raconter aux autres la bataille de Worcetter avec des détails tels que j'en conclus qu'il était un des soldats de Cromwell. Je vouhis savoir comment il était si bien instruit de ce qui s'était passé là ; il me dit qu'il servait dans le régiment du roi, et je reconnus, en le questionnant, qu'en effet il avait été dans le régiment de mes gardes. Je lui demandai alors quelle espèce d'homme J'étais ; il décrivit exactement mon costume et mon cheval, et me regardant il ajouta que le roi était de trois doigts plus grand ((ue mol. Je jugeai prudent de sortir de l'office, de peur qu'il ne me reconnût, car j'étais phis inquiet, le sachant un de mes soldats, que lorsque je le pi^enais i)our un de mes ennemis. » Charles était à peine rentré dans sa chambre qu'un de ses compagnons y vint fort troublé, disant ; « J'ai peur que le sommelier Pope ne vous ait reconnu ; il m'a affirmé que vous étiex le roi ; j'ai nié absolument ; que Îhnir4l faire î » Charles avait déjà appris que, dans les situations périlleuses, la confiance liardie est souvent une sûreté aussi bien qu'inie nécessité : il fit venir le

sommelier^ lui dit tout, et reçut de lui, pendant son séjour chez M. Norton, les soins les plus intelligents et les plus dévoués K

Mais les soins même les plus discrets sont des indices compromettants ; au bout de quelques joyrs, il fallut changer d'asile ; Charles partit d'Abbotsleigh le 14 septembre pour aller, dans le même comté de Somerset, à Trent-House, chez le colonel Wyndham, royaUste éprouvé. En 1636, six ans avant l'explosion de la guerre entre Charles 1" et le Parlement, sir Thomas Wyndham, père du colonel, avait, sur le point de mourir, dit à ses cinq fils : « Mes enfants, nous avons vécu jusqu'ici dans des temps sereins et tranquilles ; mais préparez-vous à des jours d'orage ; je vous ordonne d'honorer et de servir notre glorieux souverain et d'adhérer toujours à la couronne : fût-elle suspendue à un buisson, ne l'abandonnez jamais. » Les paroles du mourant furent obéies ; trois de ses fils et un de ses petits-fils se firent tuer pour Charles P"^ sur les champs de bataille ; et le colonel Wyndham , qui avait aussi servi avec honneur dans l'armée royale, était, en 1651, prisonnier chez lui sur sa parole. Il reçut le roi avec un dévouement absolu, et se mit sur-le-champ à l'œuvre pour lui procurer, dans quelqu'un des ports voisins, un moyen d'embarquement. 11 crut y avoir réussi à Southampton ; mais le bâtiment qu'il avait arrêté fut requis , par les agents du Parlement, pour transporter des troupes à Jersey. Un

* Boscohel Tracts, p. 54, 108-110, 146-150, 243.

patron de Lyme, nommé Limbry , s'engagea, non sans hésitation, à transporter à Saint-Malo quelques gentilshommes royalistes compromis à Worcester ; tout fut coni^enu, le prix, le jour, l'heure, le lieu d'embarquement ; le bâtiment devait mettre à la voile le 23 septembre, de Charmouth, petit port voisin de Lyme, et une chaloupe devait aller, pendant la nuit, prendre, sur un point de la côte, les royalistes fugitifs. Charles, guidé par le colonel Wyndham, se rendit au point déterminé, où lord Wilmot vint le rejoindre ; ils attendirent là toute la nuit; la chaloupe ne vint pas. Le patron Limbry, au moment d'embarquer ses effets pour partir, avait vu éclater le désespoir et la colère de sa femme ; on avait, ce jour-là même, à la foire de Lyme, proclamé l'acte du Parlement qui promettait 1,000 livres sterl. de récompense à quiconque arrêterait Charles Stuart, et qui menaçait en même temps des peines les plus graves quiconque lui donnerait asile. La femme de Limbry, sans se douter qu'il s'agissait du roi lui-même, déclara à son mari qu'elle ne souffrirait pas qu'il prît à son bord aucun royaliste, ni qu'il l'exposât, elle et ses enfants, à une ruine complète pour aucun de ces seigneurs, n'importe lequel ; et avec l'aide de ses deux filles elle enferma son mari chez lui , le menaçant, s'il persistait, d'aller sur-le-champ tout dénoncer au capitaine Macy qui commandait, à Lyme, une compagnie de troupes du Parlement. Limbry céda aux craintes et aux violences de sa femme. La situation du roi devenait dangereuse ; la présence et les allées et venues de plu-

sieurs étrangers à Charmouth avaient été remarquées ; le cheval de lord Wilmot eut besoin d'être ferré ; le maréchal chez lequel on le conduisit dit en Texami^ nant : « Voilà trois fers qui ont été mis dans trois comtés différents, et il y en a un qui vient du comté de Worcester. » Des soupçons se répandirent; le ministre puritain du lieu, républicain ardent, alla trouver Thôtesse de Tauberge où s'était arrêté Charles : « Eh bien 1 Marguerite, lui dit-il , vous voilà donc fille d'honneur? — Que voulez-vous dire, monsieur le curé? — Oui, Charles Stuart a couché chez vous la nuit dernière et vous a embrassée en partant ; vous ne pouvez manquer d'être fille d^honneur. » L'hôtesse se fâcha : a C'est une indignité à vous, monsieur le curé, de me mettre, par vos propos, moi et ma maison, dans une telle peine ; mais si c'était le roi, comme vous le dites, je penserais avec plaisir à mes lèvres tous les jours de ma vie ; sortez de chez moi , je vous prie ; sans quoi, j'appellerai des gens qui vous en feront vite déguerpir. » Charles quitta Charmouth en toute hâte ; mais en arrivant à Bridport, petite ville voisine, il trouva les rues encombrées de soldats ; c'était le régiment que le Parlement faisait partir pour aller s'emparer de Jersey : « Qu'allons-nous faire ? » dit le colonel Wyndham un peu troublé ; Charles avec sa présence d'esprit accoutumée, et jouant toujours son rôle de domestique, mit pied à terre, prit par la bride son cheval et ceux de ses compagnons, et passant hai^ diment à travers les soldats, rudoyé par eux et les rudoyant à son tour, il alla droit à la meilleure auberge

APRES LA BATAILLE DE WORCESTEK. l«;j

du lieu, et ils n'en repartirent qu'après y avoir tranquillement diné. Pendant ce temps, à Charmouth et dans les environs, le bruit que Charles Stuart était là avait pris de la consistance ; le capitaine Macy monta à cheval avec quelques hommes de sa troupe, arriva à toute bride à Bridport, et ayant pris là quelques informations, se remit sur-le-champ à la poursuite des fugitifs ; mais à peu de distance de la ville, Charles et ses compagnons avaient quitté la route pour se jeter dans des chemins de traverse. Macy perdit leur trace; et de village en village, ils regagnèrent le comté de Somerset et la maison du colonel Wyndham, partagés entre une perplexité croissante et le plaisir du repos après le danger*.

Charles passa encore onze jours à Trent-House, cherchant toujours, mais sans succès, un moyen d'embai- (|uement; la nécessité de changer de résidence se fit de nouveau sentir; le colonel Wyndliam fut averti que sa maison devenait de plus en plus suspecte; quelques troupes arrivèrent dans les environs. Le roi quitta Trent- House le 6 octobre, pour aller prendre refuge à Heale- House, chez mistriss Hyde, dans le Wiltshire, et se trouver ainsi plus près des petits ports du comté de Sussex, où ses amis se flattaient de lui procurer un bâtiment. Ils y réussirent enfin, et, le 13 octobre au matin, Charles sortit de son dernier refuge, escorté de quelques roya-

i Bo$ooh0l Traetê , p. 5^7-67, 112-119, lôM5ô, 244-348, 376-

tu AVENTURES DE CHARLES II

UBt438 du pays qui emmenaient leurs chiens^ comme pour une partie de cliasse dans les dunes. Ils couchèrent à Hambledon^ dans le Hampsliire, chez un beau-frère du colonel Gunter, Tun des guides du roi ; et le maître de la maison, en rentrant chez lui, s'étonna d'y trouver à table des hôtes inconnus dont la gaieté allait, dit-on, un peu au delà d'une hilarité décente. Les cheveux rasés de Cliarles et quelques paroles (jue le roi prononça en l'entendant jurer redoublèrent sa surprise; il se pencha vers son beau-frère, lui demandant si cet homme ne serait pas le fils de ([uelque coquin de tète-ronde. Le colonel le rassura; il [)rit place à table avec ses hôtes, et porta gaiement une santé au roi en lui disant : a A vous, frère tête-ronde! » Ils se rendirent le lendemain, 14 octobre, à Brighthelmstone, près deShoreham où devaient 86 trouver le patron du bâtiment et le négociant royaliste qui l'avait engagé. Ds étaient tous à table dans une auberge du lieu ; le patron, Antoine Tettersall, portait et reportait à chaque instant ses regards sur le roi ; après le souper, il tira à part le négociant : «Vous n'avez pas agi loyalement avec moi ; vous m'avez donné un trèsbon prix pour enunener ce gentilhomme; mais vous ne m'avez pas tout dit ; c'est le roi ; je le connais bien. » Le négociant l'assura qu'il se trompait, a Je ne me trompe pas ; en 1648, il a pris mon bâtiment à Brighthelmstone, avec beaucoup d'autres bateaux pêcheurs, quand il coidmandait la flotte du roi son père; mais ne vous inquiétei pas ; je sais que je sers Dieu et mon pays en sauvant k roi; avec la grâce de Dieu, je risquerai ma vie pour

lui, et je ramènerai sain et sauf sur la côte de France.» Au même moment, dans un autre coin de la salle, le maître de l'auberge s'approcha du roi qui était debout auprès du feu, la main appuyée sur une chaise, et lui baisant brusquement la main : « Que Dieu vous protège partout où TOUS irez! lui dit-il; je ne doute pas maintenant qu'avant de mourir, je ne devienne un lord et ma fenune une lady. » Charles sourit, passa dans une autre chambre, se confia pleinement à l'aubergiste; et le lendemain, 15 octobre, à cinq heures du matin, le roi et lord Wilmot étaient à l)ord d'un petit bâtiment de soixante tonneaux qui n'attendait que la marée pour sortir du port de Shoreham. Dès qu'ils furent en pleine mer, le -patron Tettersall entra dans la cabine où se tenait le roi, se jeta à ses genoux, lui baisa la main, et protestant de son dévouement, lui demanda, pour prévenir toute difficulté, d'engager lui-même les hommes de son équipage, qui ne se croyaient embarqués que pour le port anglais de Pool, à faire voile vers la côte de France, en se donnant à eux pour un négociant endetté qui craignait d'être arrêté en Angleterre et allait chercher de l'argent à Rouen. Charles s'y prêta volontiers, et sut plaire aux matelots qui insistèrent eux-mêmes auprès du patron pour qu'il se détournât de sa course en faveur de ses passagers. Le temps était beau, le vent favorable, et le 16 octobre, aune heure après-midi, la chaloupe du bâtiment jeta le roi et lord Wilmot dans le port de Fécamp. Ds se rendirent le lendemain à Rouen, si mal vêtus et de si mauvaise mine que, dans l'auberge où

186 RETOUR DK CROMWELL

ils se présentèrent, on hésita à les recevoir, les prenant pour des malfaiteurs. Charles envoya chercher un négociant anglais établi à Rouen, et écrivit sur-le-champ à la reine sa mère qui était, à son sujet, dans la plus vive angoisse ; les bruits les plus contradictoires avaient circulé; on Tavait dit tantôt pris parles soldats de Cromwell, tantôt débarqué en Hollande. Dès qu'on le sut à Rouen, les. réfugiés anglais affluèrent vers lui; il en partit le 29 octobre, et le 30 il rencontra d'abord, àMagny, le duc d'York son frère, puis à Monceaux, près Paris, la reine sa mère, le duc d'Orléans son oncle, avec un grand nombre de gentilshommes anglais et français, venus à cheval au-devant de lui, et il rentra le soir même au Louvre, sauvé de tout péril et vaincu sans espoir ^

11 avait erré pendant quarante-deux jours à travers l'Angleterre, successivement caché dans huit asiles différents; quarante-cinq personnes de toute condition, dont les noms sont connus, et sans doute plusieurs autres qu'on ignore, avaiept su qui il était et où il était. Pas une ne trahit, même par une indiscrétion, le secret de sa présence on de ses n^ouvements. Un dévouement sincère donne aux plus simples de l'habileté et aux plus faibles de la vertu.

Pendant que Charles éprouvait ainsi à la fois les rigueurs de sa destinée et la fidélité de ses amis, Cromwell

1 Ëoiedhèl Traetà, p. 67-73 ; 119-122 ; 166-168 ; 361-fl6Ô î— Clarendont State^Pâperê, t. III^ p. 30, 31} — Bâtes, Elenohus mohiumfhipêrorum, p. 226-266.

A LONDRKS (U septjîmbkk 1«51). 187

rentrait triomphalement dans Londres, précédé des prisonniers qu'il avait faits et entouré des officiers qui avaient vaincu avec lui. Les quatre conmiissaires délégués par le Parlement allèrent, le 1 1 septembre, à sa rencontre jusqu'au delà d'Aylesbury : a Nous venons, lui dirent-ils, au nom du Parlement, féliciter Votre Seigneurie de rbeureux rétablissement de sa santé après sa dangereuse maladie ; vos infatigables efTorts en Ecosse pour le service de la République, votre zèle à poursuivre Tennemi quand il s'est enfui en Angleterre, les périls auxquels vous vous êtes exposé, notamment dans la récente bataille de Worcester, l'habileté et la fidélité avec lesquelles vous avez conduit cette grande afTaire que le Seigneur a couronnée d'un si glorieux succès, tous ces mérites de V. S. ont déteiminé le Parlement à vous en témoigner par notre bouche, à vous et aux officiers et soldats qui ont servi sous vos ordres, sa profonde satisfaction et sa cordiale reconnaissance. Maintenant que, par les bénédictions de Dieu siirV. S. et sur Tarmée, l'ennemi est si coii^)léte0ient défait, et que Tétat des affaires, en Angleterre comme en Ecosse, dispense V. S. de tenir plus longtemps la campagne, le Parlement désire que, pour l'entier affermissement de votre santé, vous preniez tout le repos que vous jugerez nécessaire, et qu'à cet effet vous fixiez votre résidence à peu de distance de Londres, afin que, dans les importantes délibérations auxquelles il a à se livrer pour TétabUssement définitif de cette République, le Parlement puisse avoir le secours de votre présence et de vos conseils. » A l'entrée de

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