AVANCES DE MAZARIN
quand il Toudrait s*en aller à Rome^ il lui sera fourni des vaisseaux pour lui et tout ma équipage^ pour le porter où il voudra ^ »
Ma2arin se crut au but de ses vœux : des pouvoirs furent aussitôt envoyés à d'Estrades « pour traiter d'une nouvelle alliance avec la République d'Angleterre.... Et jugeant^ faisait-on dire à Louis XIV, que le sieur Cromwell pourrait envoyer vers nous quelqu'un pour être davantage éclairci de mes bonnes intentions, vous aurez à les lui faire connaître et vous ouvrir en toute confiance, non-seulement sur ce qui s'y peut traiter avec la République, mais encore avec la personne dudit sieur Gromwell, tant pour le bien commun des deux royaumes que pour ses intérêts particuliers, vous donnant, par la présente, pouvoir d'agir, négocier, traiter et promettre en mon nom tout ce que vous jugerez à propos audit Cromwell, et je ratifierai et exécuterai tout ce que vous aurez promis en mon nom *. » Cependant d'Estrades ne quitta point Dunkerque; un mois seulement après la date de ses pouvoirs, il reçut des instructions précises et une lettre de Mazarin qui les commentait. Le cardinal voulait vendre cher la reconnaissance de la République, et ne l'accorder qu'en échange d'un traité immédiat qui non-seulement mît fin aux différends des deux États,
1 Lettres, Mémoires et Négociations du comte d'Estrades, t. I, p. 103-107; — le comte d'Estrades au cardinal Mazarin (7 mars 1652) {Archives des Affaires étrangères de France).
2 Louis XIV au comte d'Estrades (24 mars 1652) ; Bibliothèque impériale ; Manuscrits de Brienne.
A CROMWELL (mars-avril 1662.) 250
tuais qui assurftt à la France Falliance^ ou du moins l'appui caché de T Angleterre contre l'Espagne. Dans cet espoir^ il autorisait même d'Estrades à reprendre Taffaird de la cession de Dunkcrqne aux Anglais ^ Averti sans doute par ses amis de Londres quïl aurait peu de cliances de succès^ d'Estrades ne partit pas davantage. A sa place , des instructions à peu près semblables furent données à M. de Gentillot qui eut ordre en outre de remettre à Cromwell une lettre de Louis XIV luimême portant : « Monsieur Cromwell ^ envoyant exprès à Londres le sieur de Gentillot^ gentilbomme de macliambre^ avec lettre de créance au Parlement de la République d'Angleterre et au conseil d'État pour leur hire entendre mes bonnes intentions^ et comme H est avantageux à l'un et à l'autre Etat de \ivre en bonne Toisiuance^ paix et amitié^ je l'ai chargé de cette lettre pour vous^ pour vous assurer de ma bonne volonté et disposition entière à faire ce qui servira à la sûreté et liberté du commerce, bien et utilité récipi*oque des deux nations ; et m'a^surant que vous contribuerez volontiers à un si bon eifet, je me remets audit sieur de Gentillot de vous en dire davantage, vous priant de lui donner créance comme à une |)ersonne en qui je prends unç oonûance entière ^ » Soit qu'elle ne s'accomplit point, iK)it qu'elle éctiouàt obscurément, la mission de Gentillot n'eut pas plus de suite que celle de d'Estrades. De part
1 23 avril 1652 ;—Itid. {Documents histonques, n" XVIII). 1 !•' mai 1652 ;— I6id.
ieO MENEES DE CONDÊ ET DES
et d'autre, on tâtonnait sansayancer. Cependant Mazarin était de plos en plus inquiet et pressé : quelques mois auparaTant, au m^e moment où il entamait ces négodaticHis, le prince de Condé et les Frondeurs de Bordeaux aTaient aussi euYoyé à Londres deux agents, MM. Barrière et de Cugnac, chargés de solliciter Fappui de la République et d'offrir en retour le libre commerce avec la Guyenne, certaines faveurs pour les protestants français, et même la cession de Tile d'Oleron. Ces agents n'eurent d'abord aucun caractère public ; ils s'adressaient à tous les hommes considérables, à Cromwell surtout, colportant partout dans Londres leurs demandes et leurs offres. Mais le 3! mars 1652, Torateur informa le Parlement qu'il avait reçu une lettre signée Louis de Bourbon, et adressée « au Parlement de la République d'Angleterre , » pour accréditer M. Barrière. La lettre fut lue et renvoyée au conseil d'État qui reçut Barrière et entendit ses propositions. Whitelocke en rendit compte au Parlement. Cette mission semblait prendre de la consistance; l'ambassadeur d Espagne l'appuyait chaudement; le comte du Daugnon, gouverneur du Brouage, qui s'était allié avec le prince de Condé, envoya aussi à Londres des agents et des promesses. Enfin la ville de Bordeaux, elle-même et en son propre nom, fit partir deux députés spéciaux, MM. de Blarut et de Trancars, chargés de « demander à la République d'Angleterre, comme à un État puissant et juste, des secours d'hommes, d'argent et de vaisseaux, pour soutenir la ville et commune de Bordeaux, unie avec messeigneurs les