‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 108 sur 116 · LIVRE HUmÈME. (16/i7-16/i · texte numérisé non relu

LIVRE HUmÈME. (16/i7-16/i

De grand matin^ en effet, dans une chambre de Whilehall, à côté du lit où Ireton et Harrison étaient encore couchés ensemble, Cromwell, Hacker, Huncks, Axtell et Phayre, s'étaient réunis pour dresser et expédier le dernier acte de cette redoutable procédure, Tordre qui devait être adressé à rexécdteur : a Colonel, dit Cromwell à Huncks, » c*est à vous de récrire et de le signer. » Huncks s*y refosà obstinément : « Quel entêté grognon! » dit Cromwell. — « En vérité , colonel Huncks , lui » dit Axtell , vous me feites honte : voilà le vais- » seau qui entre dans le port , et vous voulez plier » les voiles avant de mettre à l'ancre ! » Huncks persista dans son refus : Cromwell s'assit en grommelant, écrivit lui-môme Tordre et le présenta au colonel Hacker, qui le signa sans objection (*).

Presque au même moment, après quatre heures d'un sommeil profond Charles sortait de son lit : <^ J'ai une grande affaire à terminer, dît-il à Her- » bert , il fout que je me lève promptement ; » et il

[Mémoires, p. 143), que du reste M. Godwin a ea tort de méconnaître (Attf. ofihe commomoeaUhf t. II, p. 681) Taoeedole diaprés laquelle presque tous les historiens ont prétendu qulretoa et Harrison avaient passé ce temps-là en prières avec Fairfai , pour lui cacher ce qui se passait.

(1) State-TrkOs, t. V, eol. 1U8, 1180. Procès d*Aitell et de Hacker.

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86 mit à sa toilette. Herbert troublé le peignait avec moins de soin : « Prenez , je voua prie^ lui » dit le roi y la même peine qu'à l'ordinaire , quoi- » que qta tête ne doive pas rester longtemps sur »mes épaules; je veux être paré aujourd'hui » comme un marié. » En s'habillant y il demanda une chemise de plus : « La saison est si froide, » dit-il , que je pourrais trembler ; quelques per- » sonnes l'attribueraient peutrétre à la peur : je ne » veux pas qu'une telle supposition soit possible, » Le jour à peine levé , révoque arriva et commença les exercices religieux; comme il lirait, dans le xxvn* chapitre de l'Évangile selon saint Mathieu, le récit de la passion de Jésus-Christ : « Milord, » lui demanda le roi , avez-vous choisi ce chapitre » comme le plus applicable à ma situation? — Je » prie votre Majesté de remarquer, répondit l'ôvê- » que, que c'est Tévangile du jour, comme le » prouve le calendrier. » Le roi parut profondément touché^ et continua ses prières avec un redoublement de ferveur. Vers dix heures, on frappa doucement à la porte de la chambre. Herbert demeurait immobile : un second œup se fit entendre, un peu plus fort , quoique léger encore : « Allez »voir qui est là, » dit le roi : c'était le colonel Hacker. « Faites-le entrer, dit-il. — Sire, dit le

» colouel à voix basse et à demi tremblant , voici » le moment d'aller à WhitehaU : votre Majesté )i>^ aura encore plus d'une heure pour s'y reposer. » —Je pars dans Vinstant^ répondit Charle»; lais- » 8ez-mdi« x> Hacker sortit : le roi se recueillit e&core quelques minutes ; puis^ prenant Tévéque pat la maia : «( Venez y dit-il, partons. Herbert , » ouvrez la porte ; Hacker m'avertit pour la seconde » fois ; » et il descendit dans le parc, qu'il devait traverser pour se rendre à WhitehaU (*).

Plusieurs compagnies d'infenterie Ty atten-r daient, formant une double haie sur son passage; un détachemwt de hallebardiers marchait en avant, enseigne& déployées; les tambours bat* trient; le bruit couvrait toutes les voix. A la droite du roi était Tévéque; à la gauche, tête nue, le colonel Tomlinson , commandant de la garde, et à qui Charles , touché de ses égards, avait demandé de ne le point quitter jusqu'au dernier moment. Il s'entretint avec lui pendant la route, lui parla de son enterrement , des personnes à qui il désirait que le soin en fût confié, l'air serein, le regard brillant, le pas ferme, marchant même plus vile que la troupe, et s'étonnantde sa lenteur. Un des

(>) Mémoires de Herbert , p. 133-140 ; — de Warwick , p. 293.

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officiers de service^ se flattant tons doute de le troubler, lui demanda s'il n'avait pas concouru , avec le feu duc de Buckingham , à la nu^t du roi son père : « Mon ami^ lui répondit Charles avec » mépris et douceur, si je n'avais d'autre péché » que celui-là, j'en prends Dieu à témoin^ je t'as- » sure que je n'aurais pas besoin de lui demander » pardon. » Arrivé à Whitehall, il monta légèrement l'escalier, traversa la grande galerie et gagna sa chambre à coucher, où on le laissa seul avec l'évéque , qui s'apprêtait à lui donner la communion. Quelques ministres indépendants, Nye et Goodwin entre autres , vinrent frapper à la porte, disant qu'ils voulaient offrir au roi leurs services : « Le roi est en prières , » leur répondit Juxon ; ils insistèrent : a Eh bien ! dit Charles à l'évéque , » remerciez-les en mon nom de leur offre ; mais » dites-leur franchement qu'après avoir si souvent » prié contre moi, et sans aucun sujet, ils ne prie- » ront jamais avec moi pendant mon agonie. Ils » peuvent, s'ils veulent, prier pour moi, j'en serai » reconnaissant. » Us se retirèrent : le roi s'agenouilla, reçut la communion des mains de l'évéque, et se relevant avec vivacité : c< Maintenant, » dit-il , que ces drôles-là viennent ; je leur ai par- » donné du fond du cœur, je suis prêt à tout co

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» quiva m'arriver. » On avait préparé son dtner;

il n'en voulait rien prendre : «Sire, lui dit Juxon, €>

» votre Majesté est à jeun depuis longtemps , il

» fait froid; peut-être, sur l'échafaud, quelque

» foiUesse... — Vous avez raison , » dit le roi; et

il mang^ un morceau de pain et but un verre de

vin. Il était une heure : Hacker frappa à la porle.

Juxoû et Herbert tombèrent à genoux : « Relevez-

» vous, mon vieil acai, »dit le roi à Févéque en

lui tendant la main. Hacker frappa de nouveau;

Qiarles fit ouvrir la porte : « Marchez , dit-il au

» cokHstel, je vous suis. » Il s'avança le long de la

saDe des. briquets , toujours entre deux haies de

troupes; une foule d'hommes et de femmes s'y

étaient précipités au péril de leur vie, immobiles

derrière la garde, et priant pour le roi à mesure

qu'il passait : les soldats , silencieux eux-mêmes ,

ne les rudoyaient point. Â l'extrémité de la salle ;

une ouverture, pratiquée la veille dans le mur,

conduisait de plain-pied à l'échafoud tendu de

noir, deux hommes debout auprès de la hache, tous

deux en habits de matelots et masqués. Le roi

arriva, la tête haute, promenant de tous côtés ses

regards et cherchant le peuple pour lui parler :

mais les troupes couvraient seules la place ; nul

ne pouvait approcher : il se tourna vers Juxon et

526 RÉVOLtTTïON D*AIf6LteTEItRlâ.

Tomlînson : « Je ne puis gitère être entendti que » de voUs y leur dit41 ; ce sera donc i vous que » j'adresserai quelques paroles ; >:> et il leul* adressa^ en efflél, un petit discours qu'il avait préparé, grave él calme jusqu'à fa firoîdeur, uniquement appliqué à soutehir qu'il avait eu raison, que le mépris des droits du sfouverÀin était la vraie causedes malheurs du peuple , que le peuple ne devait avoir auPctiné part dans le gouvernement , qu'à cette seule condition le royaume retrouverait la paix et ses libertés. Pendaïit qu'il parlait , quelqu'un toucha à la hache; il se retourna précipitamment, disant : « Ne gâtez pas la hache, elle me ferait plus de mal. » Et son discours terminé^ quelqu'un s'en approchant encore : « Prenez garde à I9 hache 1 prenez garde à la* hache! » répéta- Ui d'un ton d'effroi. Le plus profond silence rqg^nait : il mit sur sa tête un bonnet de soie, et s'adressant à rexécuteur : « Mes cheveux vous gênent-41s ? — Je prie votre V Majesté de ies ranger sous son bonnet, » répondit r homme en s'inclinant. Le roi les rangea avec l'aide de l'évêqxïe : « J'ai pour !iioi> lui dit -il eh » prenant ce soin , une bonne cause et un Dieu ^ clément. — JuxoN. Oui, sire, il n'y a plus qu'un » pas à franchir ; il est plein de trouble et d'an- » goisse, mais de peu de durée ; et songez qu'il vous

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» feit feirë tin grand Irajet; il vous trânspwté de » la lerrè au feieU — LlÈ nôi. Je paèse d^une coti* » roiiné corruptible à une couronne ittcorruptîiyhley où je n'aurai à craindre aubuii troublé, » aucune espèce de trouble ; » et se tournant vers rtexêcuteur : « Mes cheveux sont -ils Wen? » Il ôta son manteau et son Saint-George, donna k Saint-George à T'évêque eh lui disant : « Sotivenei* » Yous {*); » Ôta son habit, remit son manteati^ et regardant le billot : « Plaoéz-le de manière <ju'îl ))Soit bien ferme, dit-ii à TexécuÇeur. -^ li » est ferme, sire. — Le aok Je ferai une courte » prière, et quand j'étendrai les mains, alors... i^ Il se recueillit, se dit à lui-même quelques m^s à Voix basse , leva les yeux au ciel , s'agenouilla > posa sa tête sur le billot : rexécûteur toueha ses cheveux pour les ranger encore sous son bonnet; lé roi crut qu'il allait frapper:» Attendez lé signe, » lui dit41. — Je rattendraî, sire, avec le bon » plaisir de votre Majesté. » Au bout d'un instant, le roi étendit les mains; l'exécuteur frappa, la tête tomba au premier coup : « Voilà la tête d'un » traître! » dit-il en. la montrant au peuple : un long et sourd gémissement s'éleva autour de White-

(>) On n'a janian su àqnelle recommandation se rapportait ce mot.

538 RÉVOLUTION D'ANOLETERBE.

hall ; beaucoup de geas se précipitaient m pied de réchafeiul pour tremper leur mouchoir dans le sang du roi. Deux corps de caYalerie^ s'avançant dans deux directions différentes^ dispersèrent lentement la foule* L'éoliafeud demeuré solitaire , on enleva le corps : il était déjà enfermé dans le cercueil ; CromTell voulut le voir y le considéra attentivement , et soulevant de ses mains la tête comme pour s'assurer qu'elle était bien séparée du tronc : «C'était là un corps bien constitué, dit- » il y et qui promettait une longue vie f ). »

Le cercueil demeura exposé sept jours à Whitehall ; un ciMicours immense se pressait à la porte, mais peu de gens obtenaient la permission d'entrer. Le 6 février, par ordre des communes, il fut remis à Herbert et Mildmay, avec, autorisation de le foire ensevelir au château de Windsor, dans la chapelle de Saint-George, où était déposé celui de Henri YIII. La translation se fit sans pompe, mais avec décence : six chevaux drapés de noir traînaient le cercueil; quatre voitures suivaient, dont deux également drapées , portant les derniers serviteurs du roi, ceux qui l'avaient accompagné à

(*) Mémoires de Warwick, p. 294-296; — de Herbert, p. 140- 142. — Procès de Charles /*', p. 96-10», dans ma Collection. - Mark Nobte, Memoirs ofihe Protectaral house, 1. 1; p. 118.

UVBE HUITIEME. (i647-i6ik9.) 5»

Tile de Wi|^t. Le lendeaiain 8, de Taveu des coinmaneSy le doc de Ridunood, le marquis de Heriford, les comtes de Soalhamplon et deLindsey, et révdqae Jiiicon arrivèrent à Windsor pour assister aux funérailles; ils firent graver sur le cercueil ces mots seulement :

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