LIVRE HUITIÈIAe: (lW7-16Hf.) Ô
l'autre deifiande loi lut accordée. Lcr lendemain 28^ l'évèque se rendit à Saint- James , cmi le roi venait d'être transféré ; il se livrait, en l'abordant , à l'explosion de sa douleur : « Laissons cela , mik^d, » lui dit Charles ; nous n'avons pas le temps de » tkoxxs enoceuper; pensons à notre grande afl^re: » il fout me préparer à paraître devant Dieu , à » qui, sôus peu> j'aurai à rendre compte de moi- » même. J'espère m'en acquitter avec calme > et » que vous voudrez bien m'assister. Ne parlons pas » de ces misérables entre les mains desquels je »suis: ils ont soif de mon sang , ils l'auront ; et A que la volonté de Dieu soit faite ! je lui rends » grâce .Je leur pardonne à tous sincèrement. . . Mais » n'en parlmis jpl^s. » Il passa le reste de la journée en conférence pieuse avec l'évèque : on avait eu grand'peine à obtenir qu'il fût laissé seul dans sa chambre ^ où le colonel Hacker avait établi d abcnrd deux soldats ; et pendant la visite de Juxon , la sentinelle de garde à la porte l'ouvrait de moment en moment pour s'assurer que le roi était là. Comme il l'avait présumé > son neveu le prince électeur, le duc de Richmond, le iparquis de Hertford , les comtes de Southampton, de Lindsey, et quelques autres de ses plus anciens serviteurs se présentèrent pour le voir, mais il ne les reçut
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point, M. Seymour, genUlhomioe au service du prince de Galles ^ arriva ce joar même de la Haye ('), porteur d'une lettre du prince; le roi donna ordre qu'on le fit entrer, lui la lettré, la jeta au feu, chargea le messager de sa réponse, et le congédia sur-le-champ* Le lendemain 29 , presque au point du jour, Tévéque revint à Saint- James, Les prières du 01a tin terminas, le roi se fit apporter un coffret contenant des croix de Saint- George et de la Jarretière brisées : « Vous voyez là, » dit-il à Juxon et Herbert, les seules richesses » qu'il soit maintenant en mon pouvoir de laisser » à mes cnfents. » On les lui amena. A la vue de son père, la princesse Elisabeth, âgée de douze ans , fondit en larmes ; le duc de Glocester, qui n'en avait que huit, pleurait en regardant sa sœur. Charles les prit sur ses genoux , leur partagea ses joyaux, consola sa fille, lui donna des conseils sur les lectures qu'elle devait faire pour s'af&rmir contre le papisme , la changea de dire à ses frères qu'il avait pardonné à ses ennemis ^ à sa mère que jamais ses pensées ne s'étaient éloignées d'elle, et que^ jusqu'au dernier moment, il l'ai-
(«) Selon la déposition de Tomlinson {Stat^-Trials, t. V, col. 1179), ce fut le jour même de sa mort , et à Whitcbalï , que le roi reçut M. Seymour ;T»i suivi fa ri'UUon de Herbert {M^^miresy p. 126).
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merait comme au premier jour. Puis^ se tournant
vers le petit duc : « Mon cher cœur^ lui dit-il ^ ils
» vont couper la tète à ton père. » L'enfont^e
regardait fixement d'un air très sérieux : « Fais
» attention, mon enfont , à ce que je te dis. . . il$ vont
» me couper la tête et peut-être te faire roi ; mais
» fois bien attention à ce que je te dis i tu ne dois
» pas être roi tant que tes frères Charles et Jacques
» seront en vie, car ils couperont la tête à tes
» frères s'ils peuvent les attraper , et ils finiront
» par te couper aussi la llête. Je t'ordonne donc de
» ne jamais te laisser faire roi par eux. — Je me
» laisserais plutôt hacher en morceaux , » répondit
Fenfieint tout ému. Le roi l'embrassa avec transport,
le posa à terre , embrassa sa fille , les bénit tous
deux , pria Dieu de les bénir ; puis se levant tout
k coup : « Faites-les emmener, » dit-il à Juxon.
Les enfants sanglotaient ; le roi , debout , le front
appuyé contre la fenêtre, étouffait ses pleurs; la
porte s'ouvrit, les enfants allaient sortir : Charles
quitta précipitamment la fenêtre y les reprit dans
ses bras, les bénit de nouveau, et s'arrachant enfin
à leurs caresses, tomba à genoux et se remît à
prier avec l'évêque et Herbert, seuls témoins de
ces déplorables adieux (*).
(>} Mémoires ûe Herbert, p. 123-130; — de Warwick, p. 292.—
518 RÉVOLUTION D*AM6LETBRB£.
Le matin même y la haute cour s'était réunie , et avait fixé au tendeniain mardi 30 janvier^ e^tre dix et cioq heures, le mom^ent de F exécution. Quand il fellut signer l'ordre fetal, on eut grand'peine à rassembler les eemmi^saires ; en vain deux ou tr<HS des plus passionnés se tenai€»it à la porte de la salle , arrêtant ceux de leurs collègues qui passaient auprès pour sa rendre à la chambre des communes , et les sommant de ve^iir s^poser leur nom (^) ; plusieurs ^ ceut même qui avaient voté la condamnation prirent soin de se cacher ou refusèrent expressément. CromweU, presque seul gai , bruyant , hardi , se livrait aux plus grossiers accès de sa bouffitmnerie accoutumée ; après avoir signé le troisième, il barbouilla d'encre le visage de Henri Martyn, assis près de lui 9 et qui le lui rendit à l'instant. Le colonel Ingoldsby, son cousin , inscrit au nombre des juges, qiais qui n'avait point siégé à la cour, ^itra par
hasard dans; la salle : « Pour cette fois , s'écria » Cromwell, il ne nous échappera pas ; v et fii'e% parant aussit<^t d'Ingoldsby, avec de grands éclats de rire, aidé de quelques membres qui se trou-
Rush worth, part. 4, t. II, p. 1398. — Joumals of the houseof Communs, 20 Janvier. — Procès du roi, dans ma Collection, p. 93-96. (0 Stale-Trials, t Y, col. 1219. Procès de Thomas Waylç.
VRieMlà, illui mit la plumer entre les doigts , et, lui cqndui^nt la main , le cûi]^trajgnit4e signçf (*). On recaeillit e^n cinquante^-nei^if signatures. , plusieurs noms tellement griffonnés, $Qit par troublej soit à dessein , qu'il était presque impossible ^^ les distinguer* L'ordre fut adressé au colpno) Hacker^ au colonel HuncI^^ et au lieuteoant-colonel Phayre , chargés de pourvoir à son exécution. Ju^que4à les ambassadeurs extraordinaires éû$ Ëtats généraux, Albert Joachim et Adrien de Ps^uw, arrivés à Lfiudres depuis ^inq jours , avaient vali^meut solicité une audience des chambres; pi leur demande officielle , ni leur 9 visites à Fairfaxi Cromwell Qt quelques autres e^ficiers , n'avaient pu la leur fair^ obtenir. On \e^ avertit tout à coup^ vers une heure, qu'ils seraient reçus à deux heures par les lords, à trois parles communes. Ils se pré*sentèrenten toute hâte, et s'acquittèrent de leur mes^agp; on leur promit une réponse, et en retournant à leur logement ils virent commencer devant Whiteball les apprêts de l'exécution. Ils
avaient reçu la visite des ministres de France et
d'Espagne, mais ni l'un ni l'autre n'avaient voulu se
(•) H«rris, Vie âe Cromwell , p. 201. — Mark Notae, Memoirs of Ihe ProtectonU house^ 1. 1, p. 118.
530 RÉVOLUTION D*A19GLETERRE.
joindre à leurs démarches : le premier se contenta de prolester que depuis longtemps il avait prévu ce déplorable coup et tout feit pour le détourner; le second n'avait encore, dit-il, reçu de sa cour aucun ordre d'intervenir, quoiqu'il Tattendlt de moment en moment. Le lendemain 30, vers midi, une seconde entrevue avec Fairfex, dans la maison mémo de son secrétaire, avait donné aux deux Hollandais quelque lueur d'espérance; il s'était ému à leurs représentations, et paraissant se décider enfin à sortir de son inertie, avait promis de se rendre sur-le-cbàmp au parlement pour solliciter au moins un sursis. Mais en le quittant, devant la maison même où ils venaient de Tentretenir, les deux ambassadeurs rencontrèrent un corps de cava)erie qui foisait éyacuer la place; toutes les avenues de Wbiteball, toutes les rues adjacentes- en étaient également encombrées ; de tous c6tés ils entendaient dire que tout était prêt, que le roi ne se ferait pas attendre longtemps (*).
(*) Ces détails sont tirés de la correspondaDce des ambassadeurs em-Rifaies avec les États géDéraux {dépêchés ^s 9 et IS-fétrier, nouveau style ) , dont sa Majesté le roi des Pays-Bas a daigné permettre quMl me fût fourni une eopie. On trouvera toutes les pièces de cette importante correspondance textuellement traduites dans les Édaircissememts et Pièces historiques à ia fin de ce volume , n"" IX. Celles-ci prouvent combien est suspecte , malgré le témoignage de Herbert