‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 11 sur 116 · LIVRE QUATRIËMb;. (i662-16/i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIËMb;. (i662-16/i

poussa jusqu'au bas de Tescalier; quelques coups de fusil furent tirés en lair pour les effrayer : « Ce n'est que de la poudre , » dirent-elles^ en assaillant à coups de pierres les miliciens. Ceux-ci jBrent alors une décharge véritable; un escadron de cavalerie arriva en même temps et chargea sur la foule, le sabre en main : un moment les femmes s'obstinèrent encore; elles se pressaient en tous sens pour faire place aux cavaliers qu'elles accablaient, à leur passage, d'imprécations et de coups.. Il fallut fuir enfin; et après quelques minutes d'un tumulte effroyable, il ne resta plus autour de Westminster que sept ou huit femmes blessées qui pleuraient et deux tuées. L'une de celles-ci, bien connue du peuple , chantait dans les rues de Londres, depuis son enfance, les vieilles ballades du pays (*) .

La victoire était complète, mais achetée bien cher ; il y avait fallu la fraude et la violence, moyens qui décrient leurs propres succès, surtout quand la réforme se fait au nom des lois et prétend les remettre en vigueur. C'était déjà un propos vulgaire qu'on n'avait rien reproché au roi que le par-

0) Rnshworth, p. 3, t. H, p. 357, — Clareùdon. y Wésl. ofthe rebell,, t. VI, p. 184.

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leincnt ne le fit à son tour. La chambre haute était irritée; le sang du peuple avait coulé; les haines intestines commençaient à surmonter tout autre sentiment. Les meneurs des communes furent informés qu'un certain nombre de membres , sous la conduite des principaux lords j seproposaient cte s(H*tir de Londres , de se réfugier dans le camp d'Essex^ de proclamer là qu'ils s'éloignaient d'un parlement asservi par la multitude, et d'ouvrir avec Oxford des négociations. Ce dessein échoua par la probité d'Essex qui refusa de s'y prêter, et ce fut pour le parti un grand soulagement d'apprendre que son général ne songeait pas à le trahir (*). Mais les lords Porlland, Lovelace, Coaway, Glare, Bedford, Hollande n'en quittèrent pas moins Londres pour se rendre auprès du roi ; le comte de Northumberland se retira dans son château de Petworth {^) : noms illustres qui^ san& faire la force du parlement , lui avaient servi d'égide et prêté leur éclat. Étonnés de se trouver seuls, qu^qucs uns des chefs bourgeois semblaient près de s^intimider; Pym lui même fut accusé de correspondance avec l'ennemi (^). D'autre part, les plus

(•) Clarendon, Uist. oftherehell., t. VI, p. 188, 200-203.

P) Ibid., t. l»,p. 189.

(3) Le 9 septembre 1643. Pari. Uist., t, 111, «)1. 165.

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violents démagogues, les sectaires les plus fou* gueux, commençai^it à laisser éclater leurs secrets sentiments : John Saltmarsh, qui fut depuis chapelain dans l'armée de Fairfex, soutint«qu'il Allait » à tout prix empêcher le rapprochement du nn et »> du peuple , et que si le roi ne voulait pas se prè^ » ter à tout, on devait l'extirper, lui et sa race, » et conférer à quelque autre la couronne. » Le pamphlet fut dénoncé à la chambre des communes , mais Henri Martyn en prit la défense : « Je » ne vois, dit*il, aucune raison pour condamner » M. Saltmarsh ; à coup sur, la ruine d'une seule » famille vaut mieux que celle de beaucoup. — » Je demande , s écria sir Nevil Poole , que » M. Martyn soit sommé de dire de quelle famille » il mitend parler. — Du roi et de ses enfants , » reprit Martyn sans hésiter (^); violence jusque-là inouïe, et que le parti qui s'y-livrait était bien loin de pouvoir soutenir. Aucune nouvelle enfin n'arrivait d'Ecosse ; on ignorait même si les commissaires avaient débarqué; et chaque jour on craignait d'apprendre que le roi marchait sur Londres , ou qu'il avait mis le siège devant Glocestcr, la dernière place qui restât au parlement dans Touesl du

(1) Whilelockc , p. 6S.

royaume, la seule qui, gênant encore, du sud-ouest au nord-est, les communications des armées royales, les empêchât d'agir partout de concert (^).

Les passions cédèrent aux périls; les partis jugèrent sainement de leur situation. Ni l'unnirautre n'était assez fort pour écraser promptement son adversaire , et demeurer en état de £aire ensuite avec avantage la guerre ou la paix. Au lieu de chercher leur salut , les modérés dans la foiblesse , les fonatiques dans la frénésie , les premiers comprirent qu'avant de traiter il fallait vaincre , les seconds que pour remporter la victoire , c'était à eux de servir, à leurs rivaux de commander. Toute méfiance fut suspendue , toute ambition ajournée* Un comité où siégeaient quelques uns des plus chaux partisans de la guerre (^) se rendit auprès d'Essex (^) , l'informa des mesures qu'on venait de prendre pour recruter et pourvoir de tout son armée, lui demanda ce qu'il souhaitait encore, remit enfin eh ses mains le sort de la patrie, avec les plus éclatants témoignages de la confiance du parlement. De leur côté, le comte et ses amis se por-

(>) Whitelocke, p. 69.

(2) MM. Saint-JohD , Strode etCrew, auxquels fut adjoint M. Pym, après quelque opposition.

(3) Le 4 août 1643. Joumàls ofthe house of CommonSf t. III, p. 15. — Clarendon, Hist, ofthe rébell., i. VI, p. 187.

tèrent à la guerre aussi vivement que s'ils n'eussent jamais formé un autre désir (*) : Hollis, qui avait demandé un passe*port pour se retirer sur le con* tinent avec sa fomille, le fit révoquer et resta : partout les hommes naguère accusés de lâcheté ou de trahison étaient à la tête des préparatifs , des efforts y des sacrifices; et leurs fougueux adversaires, réservés maintenant et dociles, les secon* daient avec ardeur, mais sans bruit. Ils laissèrent même ordonner presque sans résistance l'exclusion de Henri Martyn et son emprisonnement à la Tour après sa dernière incartade (^) ; tant leur résolu* tion était ferme de tout sacrifier à ce bon accord momentané, seul moyen de salut. Une si sage conduite porla bientôt ses fruits; tandis queWaller et Manchester formaient , chacun de son côté, une armée de réserve , les levées d'hommes , d'argent, les approvisionnements de toute sorte destinés à celle d'Essex , la seule qui pût rentrer promptement en campagne, s'opérèrent avec une rapidité inouïe; quatre régiments de la milice de Londres voulurent y servir; et le 24 août, après une revue solennelle passée à Hounslow-Heath , en présence

(1) Rushworth, part. 3, t. II, p. 291.

(^ Le 16 août 1643. Pari, Hist., t. III, col. 161.

74 ntVOLUTlON D*4NGLËTERRE.

de la plupart des membres des deux cbambres, le eomte partit à la tète de quatorze mille hommes , pour aller à marches forcées au secours de Glocesler^ que le roi , comme on FaTait craint , bloquait étroitement depuis quinze jours (*).

C'était bien à regret que Charles, après sa vic^ tdre, n'avait pas tenté , sur Londres même , une entreprise plus décisive ; la résolution en avait été formée, et d'après im plan dont le succès semblait assuré : tandis que le roi se serait avancé de l'ouest à Test , lord Newcastle , vainqueur aussi dans le comté d'York , aurait marché du nord au sud, et les deux grandes armées royalistes se seraient réunies sous les murs de la cité. Après la prise de Bristol, Charles se hâta d'envoyer à lord Newcastle un de ses plus fidèles serviteurs, sir Philippe Warwidc, pour lui faire part de ce dessein et l'engager à se mettre en mouvement. Mais les grands seigneurs attachés au parti du roi n'étaient pas des généraux qu'il pût faire agir à son gré : ils avaient reçu de lui leur commission, non leur pouvoir; et contents de soutenir sa cause dans les lieux où s'exerçait leur influence, ils se souciaient

(1) May, Hist. du Long -Pari, ^ t. II, p. 24l . — Mémoires de Hoilis, p. 16, dans ma CplkQiion.

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pou de perdre 9 en se déplaçant^ leur indépendance avec leurs moyens de succès. Newcaslle, fier y magnifique^ aimant la pompe et le loisir ^ craigoant la fatigue et l'ennui de la contradiction, en* touré lui-même d'une petite cour où l'élégance de son esprit et de ses mœurs attirait des hommes d'un commerce agréable> ne voulut ni s'aller per* dre à Oxford, au milieu des courtisans, ni se trouver, dans l'armée du roi, au-dessous d'un grossier étranger comme le prince Robert. Après avoir écouté froidement la proposition que lui portait Warwick :'< Je me rappelle, lui dit-il, l'histoire du » rebelle irlandais Tyrone, fait prisonnier par le » vice-roi Mountjoy et amené à la reine Elisabeth ; » lorsqu'il vit, dans les appartements de Whilehall, » le vice-roi à peine remarqué, et attendant, comme ^ les autres, que la reine parût, il se tourna vers y> l'un de ses compatriotes et lui dit : — Que je » suis humilié d'avoir été fait prisonnier par un » homme qui me semblait puissant, et qui mainte- :» nant, confondu dans la foule, se fait assez petit »pour attendre sur le passage d'une feminel — » Pour moi, tant que HuU ne sera pas pris, je ne » puis quitter le comté d'York (*). »Warvick transes) Mémoires de Warwick, p. 200-202, dans ma Collection. — ClarendoD, Hi$t,oftherébdl., t. VI, p. i91.

mit cette réponse au roi, qui nosa s'en plaindre. Quelques personnes lui conseillaient encore de marcher sur Londres; c'était même Tavis de la reine; mais il avait peu do goût pour les tentatives hasardeuses y moins par crainte du péril que de peur de compromettre sa dignité : déjà l'année précédente y après les batailles d'Edgehill et de Brentford, presque aux portes de sa capitale, son orgueil avait souffert de se voir contraint de rétro* grader. Beaucoup de bons officiers étaient d'avis du siège de Glocester, les uns dans des vues désintéressées, les autres dans l'espoir d'un riche butin ; le colonel William Legg se vantait même d'avoir avec le gouverneur, Edouard Massey, des intelligences assurées (^). Le roi se décida enfin, et le 10 août, son armée , qu'il commandait en per^ sonne , vint occuper les collines qui dominaient la place, défendue seulement par quinze cents hommes de garnison et ses habitants.

A peine arrivé, il les fit sommer de se rendre, leur donnant deux heures pour répondre. Avant ce terme, deux députés de Glocester, le sergentmajor Pudsey et un bourgeois , se présentèrent au

[^) Clarendon, Wst, ofther^ll, t. VI, p. 169-173.

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camp, tous deux maigres, pâles, les cheveux rasés, vêtus de noir : « Nous apporlous à sa Majesté, di- » rent-ils, une réponse de la pieuse ville de GIo- » cesler. » Et aussitôt introduits ils lurent, en pré^ sence du roi, une lettre ainsi conçue : « Nous >' habitants, magistrats, ofticiers et soldats de » Glocester, faisons au gracieux message de sa Ma- »jesté cette humble réponse que, sur la foi de » notre serment, nous tenons ladite place pour le » service de sa Majesté et de sa royale postérité, » que nous nous croyons obligés d'obéir aux ordres » de sa Majesté tels qu'ils nous sont transmis par » les deux chambres du parlement^ et qu^en con- » séquence , avec Taide de Dieu , nous garderons » ladite place de tout notre pouvoir. » A ce message si bref, lu d'un ton ferme, sec et clair, à l'étrange aspect , au froid maintien des deux députés immobiles devant le roi en attendant sa réponse , un mouvement de surprise , de moquerie et de colère fut près d'éclater parmi les assistants ; mais Charles, aussi grave que ses ennemis, le réprima d'un geste et congédia les députés avec ces seules paroles : « Si vous espérez du secours, «vous avez tort; Waller est détruit, etEssex ne » peut venir, » A peine étaient-ils rentrés dans la place qu'un incendie général des faubourgs, al-

78 RÉVOLUTION DAKOLirrKIiRE.

lumé par les habitanU eux-mêmes ^ ne leot hktai rien à garder qu*aa dedans des mur» (*).

Pendant vingt-six jours (*), ils déjouèrent, par leur infatigable bravoure, fous tes efforts des assiégeante : sauf cent cinquante hommes tenus en réserve, la garnison tout entière était toujours sur pied ; pour tous les travaux , dans tous les périls , les citoyens se joignaient aux soldats, les femmes à leurs maris , les enfants à leurs mères. Massey fit faire même de fréquentes sorties, et trois hommes seulement en profitèrent pour déserter f ). Ekiûuyée d'une si longue attente sans gloire et sans repos, Tarmée royale, pour s'en venger , dé* vastait licencieusement le pays d'alentour; les officiers mêmes employaient souvent leurs soldats à enlever dans la campagne quelque riche fermier, quelque franc-tenancier paisible , mais mal pen-r sant, qui ne recouvrait sa liberté qu'en payant rançon {*). L^iudiscipline dans l'intérieur du camp, la haine du peuple au dehors^ croissaient chaque jour. Un eût pu tenter un assaut; mais celui de

(1) Clarendon, Hist.ottherebell., t. VI, J)., 1*73-176. — May, HisL dM Umg^PQ^ti,^ t. il, 9* 2dO-2Si, dta$ ma Cailfictêw. — Rashvortb, p. 3, t. II, j).. 286 et suiv.

(2) Du It) août au 5 septembre 1643.

(S) May, Bist, 4c« [Ang-Pati., t. H, p. 234-240. -- Rnsbwartii, part. 3,t.ll,p..287-290.— Clarendon, //Mf.o/'«/ier^6e«.,t.VI, p. 219. (*) Ctarendon , Hist. ofthe i'eheU., t. Vr, p. 219. *

Brislol 9 encore si récent, avait coûté si cher, que nul ne Tosait proposer. Le roi, enfin, n'attendait pins son succès que de Tépuisement auquel le blocus devait tôt ou tard réduire la place , lorsque, à son extrême surprise , il apprit qu'Ëssex approchait. Le prince Robert^ se détachant de Tarmée avec un corps de cavalerie, fit de vains efforts pour l'arrêter ; le comte avançait sans sé laisser détourner de sa route, poussant devant lui son ennemi. Déjà il n'était plus qu'à quelques milles du camp ; déjà les cavaliers du roi s'étaient repliés sur les avant-postes de son infanterie ; dans l'espoir de retarder encore le comte, ne fùt*ce que d'un jour, Charles lui envoya un messager porteur de paroles de paix : « Le parlement, répondit Es* » sex, ne m'a point chargé de traiter, mais de dé^ » livrer Glocester; je le ferai ou je laisserai ma »vie sous les murs. — Point de propositions! 3» point de propositions ! » s'écriaient ses soldats informés qu'un trompette ennemi venait d'arriver* Essex continua sa marche^ et le lendemain 5 septembre, comme il déployait son armée sur les collines de Presbury, à deux lieues de Glocester, la vue des quartiers du roi en feu lui apprit que le siège était levé (*).

(^) May, Hist. du Long-Pari., l. II, p. 24S*2i6. — Clarendon,

Il se hâta d'entrer dans la place (*), d'y introduire des approvisionnements de tout genre, combla de louanges le gouverneur et ses soldats , félicita les citoyens de leur courage qui avait sauvé le parlement en lui donnant le temps de les sauver eux-mêmes, reçut à son tour dans l'église, sous ses fenêtres, en passant dans les rues, les témoignages d'une reconnaissance passionnée, et au bout de deux jours (^), se remit en marche pour Londres, car sa mission était accomplie, et il n'était guère moins pressant de ramener aux chambres la seule armée en état de les protéger.

Tout semblait lui promettre une retraite aussi heureuse que son expédition : il avait , durant plusieurs jours, donné le change sur sa route; Cirencester, avec de riches magasins de vivres, était tombé en son pouvoir ; sa cavalerie enfin avait glorieusement soutenu dans quelques escarmouches le choc si redouté des cavaliers du priace Robert, lorsqu'on approchant de Newbury, le 19 septembre, il reconnut que les ennemis l'avaient devancé 7 qu'ils occupaient la ville, les hauteurs

ïHsi, of the refcelL, t. VI, p. 223 et soiv. — Whitelocke , p. 69. — Rushworth , part. 3, t. II, p. 292.

(») Les septembre 1643. May, Hist. du Long-Pari. y t. lï, p. 247.

(^ Le 40 septembre.

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environnantes^ que le chemin de Londres lui élait fermé et qu'une bataille pouvait seule le lui rou* vrir. Le roi était en personne à la tête de son armée, dans une position avantageuse ^ à portée de recevoir des garnisons d'Oxford et de Wallingford les secours dont il aurait besoin. Le pays^ peu favorable aux parlementaires, cachait avec soin toutes ses denrées. Quelles que fussent les chances d'une grande action, il fallait s'y résoudre, et pour pas* ser et pour ne pas mourir de faim.

Essex n'hésita point : dès le lendemain (^), à la pointetlu jour, se portant lui-môme à Tavant-garde, il attaqua la principale colline et en débusqua les régiments qui l'occupaient. Successivement engagée par tous les corps et contre toutes les positions, la bataille dura jusqu'au soir, si vaillamment disputée que les deux partis , dans leurs relations , mirent leur gloire à louer leurs ennemis. Les royalistes y portaient l'espoir de réparer un revers qui avait suspendu le cours de leurs triomphes; les parlementaires le désir de ne pas perdre , si près du but, le fruit d'un triomphe qui avait mis un terme à tant de revers. Les milices de Londres surtout firent des prodiges. Deux fois, après avoir

(<) Le 20 septembre 1613.

ir.

82 BÉVOLUIION IVAWGLEIERRE.

rompu la cavalerie ennemie ^ le prince Robert vint les charger sans que^ dans leurs rangs héris-* ses de piques, parût le moindre ébranlement. Les officiers généraux , Essex , Skippoti . Stapleton ^ Merrick, se hasardaient en simples soldats ; et en môme temps les domestiques, les ouvriers à la suite, les valets d'armée, accourus sur le champ de bataille, y combattaient comme les plus braves officiers. La nuit venue, chacun demeura dans ses positions. Essex avait gagné du terrain ; cependant les troupes royales lui fermaient encore le passage, et il s'attendait àlivrer le lendemain un nouveau combat lorsque , à son extrême surprise, les premiers rayons du jour lui montrèrent l'ennemi en retraite et la route libre. Il se hâta d'en proiiter, poursuivit sa marche sans autre obstacle que de vaines charges de la cavalerie du prince Robert , et , le surlendemain de la bataille , coucha dans Reading avec son armée à l'abri de tout danger (*).

L'âpreté du choc avait rebuté les royalistes, non moins braves, mais bien moins opiniâtres que leurs

{}\ Busbworth ,- part. 3, t. U, p. 293-294. — Maj, Bist, àuLong- ParLy t. Il , p. 250-261. — Clarendon , Jlist. of the rebell., t. VI, p. 227-231. — Whitelocke, p.-7i. — Mémoires de Ludiow, t. T, p. 72, dans ma CoUection.

IJVRE QUATRIKMK. (1642-iGA3 ) 83

adversaires^ et prompts à désespérer comme à se flatter du succès. Leurs pertes d'ailleurs avaient été graiHieSy et de celles qui, autour d'un roi^ frappent plus vivement l'imagination. Plus de vingt

officiers de marque avaient succombé , et parmi

eux des hommes illustres par leur mérite comme par leur rang : lord Sunderland, à peine âgé de vingt4rois ans , marié naguère, et déjà clier, par ses opinions hautement professées , à tous les hommes sages , à tous les bons protestants de son parti (*); lord Caernarvon, excellent officier , précieux au roi par sa rigidité en fait de discipline, aimé des soldats pour sa justice, et observateur si scrupuleux de sa parole que rien n'avait pu le retenir dans l'armée de l'ouest lorsque le prince Maurice, qui la commandait, eut violé les capitulations conclues avec les villes de Wcymouth et de Dorchester (^); lord Falkland enfin, l'honneur du parti royaliste, toujours patriote quoique proscrit à Londres, toujours respecté du peuple quoique ministre à Oxford (^). Rien ne l'appelait sur le champ de bataille, et déjà ses amis lui avaient re-

(1) Clareiwioo, Hist, ofthe rebelU, t.VI^ p. 233.

(2) Ibid., p. 233-235.

(3) Né en 1610, à Burford , dans le comte d'Oxford ; H était âgé de trente^troisans.

84 RÉVOLUTION DAKGLETEBRE.

proche plus d'une fois son inutile témérité : « Mon » emploi, répondait-il en riant ^ ne peut me foire » perdre les privilèges de mon âge, et un secrétaire » d'État de la guerre doit être dans le secret des » plus grands dangers. » Depuis quelques mois il les recherchait avec passion; le spectacle des souffrances du peuple, les maux plus grands qu'il prévoyait, l'anxiété de ses vœu\« la ruine de ses espérances, le malaise constant de son âme dans un parti dont il redoutait presque également les succès et les revers, tout l'avait ploiigédans la plus amère tristesse; son humeur s'était aigrie; son imagination , naturellement brillante et vive, était devenue fixe et sombre; enclin par goût et par habitude à une élégance peu commune , il ne prenait plus aucun soin de ses vêtements ni de sa personne; aucune conversation, aucun travail ne lui plaisait plus ; souvent assis , la tête dans ses mains, au milieu de ses amis, il ne sortait d'un long silence que pour s'écrier douloureusement : « La paix ! la paix ! » et l'espoir de quelque négociation parvenait seul à le ranimer. Le matin de la bataille, ceux qui l'entouraient s'étonnèrent de le trouver plus gai : il parut apporter à sa toilette une attention depuis longtemps inaccoutumée : « Si je suis tué aujourd'hui , dit-il , je ne veux pas

» qu'on trouve mon corps dans du linge sale. >i On le conjura de rester : la tristesse rentra dans tous ses traits : » Non ^ dit-il , depuis trop longtemps » tout ceci me brise le cœur ;j ^espère que j en serai » hors avant qu^il sdt nuit;» et il alla se joindre en volontaire au régiment de lord Byron. L'action à peine engagée y une balle le frappa dans le basventre; il tomba de cheval et mourut sans que personne eût remarqué sa chute, victime d'un temps trop rude pour sa pure et tendre vertu. On ne retrouva son corps que le lendemain; ses amis, Hyde surtout, gardèrent de lui un souvenir inconsolable; les gens de cour apprirent sans grande émotion la mort d'un homme qui leur était étranger; Charles témoigna des regrets décents et se sentit plus à Taise dans le conseil (^).

A peine Essex était arrivé à Reading qu'une députation des deux chambres vint lui porter l'expression de leur reconnaissance , pourvoir aux besoins de son armée, s'enquérir de tous ses vœux ('). Non seulement le parlement était sauvé, mais il pouvait se croire désormais à Tabri de tels périls;

{}) aareodoD , ÏHsl. oflherebell., t. VI , p. 23o-250. — Whilclocke, p. 70.

O Le 24 septembre 1613. Journah of Ihe housc of Commons,

23 septembre. — Whitelocke, p. 70.

86 UÉVOIATIO.N U ANGLETtaUE.

le même succès avait couronné ses négociations et SCS armes : pendant qu'Essex feisait lever le siège de Glocester, Yane, rendu enfin à Edimbourg, concluait avec les Écossais une étroite alliance. Sous le nom de ligue et covenant solennel, un traité politique et religieux , qui vouait à la défense de la même cause les forces unies des deux royaumes, fut voté en un jour par la convention des États et l'assemblée générale de l'Église d'Ecosse (^) : dès le lendemain des commissaires écossais partirent pour Londres, où les deux chambres, après avoir consulté l'assemblée des théologiens, le sanctionnèrent également (*); et huit jours après (^), dans Téglise de Sainte-Marguerite de Westminster, tous les membres duparletnent, debout, découverts, la main levée vers le ciel, y donnèrent avec serment leur adhésion , d'abord de vive voix, puis par écrit {*). Le covenant fut accueilli dans la cité avec le plus fervent enthousiasme; il promettait la réforme de l'Église elle

(') Le 17 août 1643. Burnet, Memoirs oftke Hamiltons, p. 239. — Neal , Hist, ofthe Puritans, t. 111, p. 56-62. — Bamîe, Letters, t.C, p. 381.

(2) Le 18 septembre 1643. Pari. Hist., t, III, col. 169.

(») Le 25 septembre 4643.

(<) Pari. Uist., t. lïl , col. 173. — Neal, HisL of Ihe Puritans, t. III, p. 62. — Rtishworth , part. 3, t. II, p. 474-181. Le covenant fut signé par deux cent vingt-huit membres des communes.

UVRE QUATUlfcME. (1642-16^3.) 87

prompt secours de vingt et un mille Écossais ; le peuple presbytérien voyait ainsi à la fois ses craintes dissipées et ses vœux exaucés. Le lendemain de la cérémonie {% Ëssex fit son entrée dans Londres ; la chambre des communes , marchant à la suite de son orateur, se rendit en corps à Essex-House pour le complimenter; le lord maire et tes aldermen, en robe écarlate , vinrent rendre grâces « au sau- » veur et protecteur de leur vie et de leur fortune , » de leurs femmes et de leurs enfentsf). » Les dl*apeaux pris sur 'armée royale à Newbury étaient exposés en ptiblic; on en remarquait un surtout qui représentait la façade extérieure de la chambre des communes , avec deux têtes de cri* minels plantées au sommet et cette inscription : Ut extra y sic vUrà (^). Le peuple se pressait en foule autour de ces trophées; les miliciens qui avaient fait partie de Texpéditieh en racontaient tous les détails ; partout , dans les conversations domestiques, au sermon, au milieu des groupes formés dans les rues, le nom d'Ëssex était bruyamment proclamé ou pieusement béni. Le comte et

(1) Le 26 septembre 1643.

(2) Whiteiocke , p. 70. ~ Clarendon , Hist. of therebell.^ t. VI , p. 250.

(3) Whiteiocke, p. 7t.

88 RÉVOLUTION DANGÏ.ETERRE.

ses amis résolurent de mettre à profit ce triomphe. Il se rendit à la chambre haute, offrit sa démis* sion, et demanda qu'il lui fût permis de se retirer sur le continent (^) : Aucun danger public , dit-il, ne lui faisait plus un devoir de rester; il avait essuyé dans son commandement de trop amers dégoûts ; il en prévoyait le prochain retour, car sir William Waller conservait toujours une commission indépendante de la sienne , et tandis que le titre de général en chef lui laissait , à lui seul , toute la responsabilité , un autre était en droit de ne lui point obéir ; depuis trop longtemps il connaissait le tourment d'une telle situation et ne pouvait plus s'y laisser condamner. Sur cette déclaration, les lords surpris, ou feignant la surprise, votèrent qu'ils demanderaient une conférence aux communes; mais, à l'instant même, arriva de la part des communes un message qui rendait la conférence inutile : informées de tout, elles se hâtaient d'annoncer aux lords que Waller offrait de renoncer à sa commission , de recevoir désormais ses instructions du général en chef, non du parlement lui-môme, et sollicitait la formation d'un comité qui terminât sur-le- champ , à la satisfaction

{<) Le 7 octobre 1643. Journah ofthehouseof Lords.

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