‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 10 sur 116 · LIVRE QUATHIÈMIi · texte numérisé non relu

LIVRE QUATHIÈMIi

dans l'ouest, dans le nord, ses généraux avaient remporté de notables avantages, et il aimait bien mieux attendre son triomphe des cavaliers et de la guerre, que d'un secret accommodement avec des bourgeois naguère opposés à tousses conseils. Le 19 juin, un incident inattendu parut ramener sa pensée vers Londres et le parlement. Le bruit «e répandit que la veille , à quelques lieues d'Oxford , dans la plaine de Ghalgraire , au milieu d'une ren* contre de cavalerie où le prince Robert avait surpris et battu les parlementaires, Hampden avait été blessé : «Je l'ai vu, dit un prisonnier, s'éloigner, » contre son usage, du champ de bataille avant ta fin » de l'action; sa tête était penchée , ses mains s'ap- » puyaient sur le cou de son cheval ; à coup sûr » il est blessé. » La nouvelle excita dans Oxford une vive émotion, de curiosité encore plus que de joie; on avait peine à croire qu'un tel homme fût si près de succomber à un coup si imprévu ; on hésitait presque à s'en réjouir. Le roi lui-même, au premier moment, ne pensa qu'à saisir cette occasion pour tenter de se concilier, s'il était possible, dans l'espoir d'une transaction pacifique, ce puissant adversaire, qui lui avait feit tant de mal, mais qu'on croyait capable de tout réparer. Le docteur Gîles, voisin de campagne de Hampden,

et qui avait coAseryé aVec lui des relations j^mi- Hères i se trouvait à Oxford : « Envoyez savoir^ lui » dit le roi ^ des nouvelles du blessé comme de » vous-même; s'il manquait de chirurgiens ^ le » mien serait à sa disposition. -*^Sire, dit le n docteur ) je suis peu propre à cette entremise; » toutes les fois que j'ai demandé quelque chose à »M. Hampden> j'ai paru pour lui un oiseau de » malheur* Je le priai un jour de foire poursuivre » des brigands qui m'avaient volé^ et comme mon « messager entrait chez lui^ il apprit la mort de »8on flls atnéi une autre fois je sollicitai égale* x> ment son intervention , et au même instant on » vint lui dire que sa fille chérie ^ mistriss Knight- H ley^ venait de mourir. Nos relations n'ont jamais «bien tourné pour lui. » Le docteur s'acquitta pourtant de la commission du roi, Mais le S4 juin, son messager^ en arrivant, trouva Hampden presque sans vie : il avait eu T épaule fracassée de deux balles^ et souffrait depuis six jours les douleurs les plus aigués. On lui dit cependant qui disait demander de ses nouvelles^ et sans lui laisser ignorer à quelle intention. Une vive agitation se manifesta dans toute sa personne; on crut voir qu'il voqlait parler, mais il ne put^ et mourut peu d'instants après» Dès qu'il en liit certain > Charles

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se réjouit de sa mort bien plus qu'il n'eût foil de le savoir enclin à quelque rapprochement ; et il ne fut plus question de Hampden à la cour d'Oxford que pour rappeler ses offenses y ou pour remarquer d'un air de triomphe qu'il avait été tué dans le même comlé, près du môme lieu où, le premier^ il avait mis à exécution l'ordonnance du parlement sur la milice et levé des hommes contre le roi (*).

A Londres, en revanche^ et dans presque tout le royaume, éclata une douleur profonde. Jamais homme n'avait inspiré à un peuple tant de confiance : quiconque tenait au parti national, n'importe à quel degré ou par quels motifs, comptai l sur Hampden pour le succès de ses vœux ; les plus modérés croyaient à sa sagesse, les plus emportés à son dévouement patriotique, les plus honnêtes à sa droiture, les plus intrigants à son habileté. Prudent et réservé en même temps que prêt à braver tous les périls, il n'avait encore donné lieu à aucun mécompte, possédait encore toutes les affections, et manqua brusquement à toutes les espérances. Merveilleuse fortune qui fixa pour jamais son nom à la hauteur où l'avait porté l'attente de

(<j MénMires de Warwick, p. 198-200, dans ma Collection, --• Clarendon, Hist. of Ihe rebell.^ t. VI, p. 85-91.

66 «ÉVOLUTION IVAxNGLETKttllE. •

ses contemporains 9 et sauva peut-être sa vertu comme sa gloire des écueils où les révolutions poussent et brisent leurs plus nobles fevoris.

Sa mort fut comme le signal des désastres du parlement; ils se succédèrent sans interruption pendant plus de deux mois^ aggravant de jour en jour le mal encore caché dont ils étaient le fruit. Les ennemis d'Essex, en laissant manquer de tout son armée , avaient compté , mais à tort , sur les succès de ses rivaux. Pendant que le général en chef et le conseil de guerre placé près de lui envoyaient en vain courrier sur courrier pour demander de l'argent 9 des habits, des munitions , des armes (*), on apprit qu'à Alherton-Moor, dans le Nord , Fairfax venait d'être battu (*) ; que sir John Hotham était sur le point de livrer à la reine la place de HuU ; que lord Willoughby ne pouvait plus défendre contre lord Newcastle le comté de Lincoln , et qu'ainsi la confédération des comtés de l'est, ce boulevard du parlement, allait être ouverte à l'ennemi. C'était bien pis encore au sudouest : en une semaine, sir William Waller y per-

(•) Pari. Hist., t. m, col. 144, 155.

(*) Le 30 juin 1613. Mémoires , de Fairran, p. 367 et suiv., dans ma Collection.

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dit deux batailles (*) ; les paysans de Cornouailles, ces descendants des anciens Bretons , dispersaient en toute rencontre les recrues du parlement; on les vit à Lansdown assaillir en courant^ après en avoir modestement demandé la permission ^ une batterie jugée inaccessible; et quinze jours après, sous les murs de Bristol ^ ils montèrent à l'assaut avec la même audace (*). Dans ce comté, les terres n'avaient point changé de main ; les mêmes hmilles de gentilshommes y vivaient entourées^ depuis plusieurs siècles, des mêmes ^milles de fermiers ; et le peuple de mœurs pieuses et simples, étranger aux idées nouvelles , docile sans crainte ni servilité à Tinfluencc de la noblesse, ressentait pour ses patrons^ et ses habitudes le même enthousiasme que les plus zélés parlementaires pour leurs opinions et leurs droits (^). Le roi d'ailleurs avait là, et dans les comtés voisins , quelques-uns de ses plus sages serviteurs : le marquis de Hertford, leau-firère d'Essex , et qui avait longtemps vécu retiré dans ses terres par dégoût de la cour ; sir Bevil Greenville, le plus populaire de ces gen-

(*) Celles de Lansdown , dans le comté de Somerset, le 5 juillet i643,etdeRoundway-down, dans le Wiltshire, le i3 juillet suivant. ;2) Clarendon, Hist. ofthe rebell., t. Vî, p. 119, 139. f'. Sir Edward Walker's DiscoiirseSy p. 50.

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tilshommes do Cornouailles qui rétatent tous; sir Ralph Hopton surtout^ homme de bien autant que brave officier, qui ne demandait à Oxford nulle foveur, réprimait sévèrement le pillage, protégeait partout la population, et croyant remplir le devoir d'un sujet fidèle, y portait le cœur d'un bon citoyen. Le mérite de ces généraux, la bravoure de leurs soldats, frappèrent Waller et son armée de discrédit et d épouvante ; il ne maintenait dans ses troupes aucune discipline; elles désertaient par bandes. Les hommes mêmes que le parlement envoyait pour exciter le zèle du peuple se laissaient gagner du même efFi:oi, et le répandaient autour d'eux : les magistrats de Dorchester montrant un jour à M. Slrode les fortifications de leur ville, et lui demandant ce qu'il en pensait : « Tout cela, >» dit-il, n'arrêtera pas les cavaliers une demi- >» heure; c'est un jeu pour cesgens^à d'escalader »deB remparts de vingt pieds de haut(*). » Dorchester se rendit à la première sommation f); WeymQuth, Portland, Barnstaple, Bediford, suivirent son exemple (^) ; Tauoton, Bridgewater, Bath> en avaient déjà fait autant (^); Bristol, la seconde

(1) Gtarendoo, HiH, ofth$rébeU,y t. VI, p. SOT.

(2) En i«ùi 1643.

(3) Vers la fia d'août 1648.

{*) Vers la fin de juillet 1648.

ville du royaume^ céda au premier assaut (*), par la lâcheté de son gouverneur^ Nathaniel Fienneg^ pourtant l'un des chefs du plus violent parti. Cha-* que jour apportait à Londres la nouvelle de quelque revers ; à Oxford^ au contraire, la force croissait avec la confiance. La reine avait enfin rejoint le roi, amenant trois mille hommes et du canon ('): leur première entrevue eut lieu dans la plaine de Keynton, sur le même terrain où ^ l'année précé^ dente^ les deux partis en étaient venus aux mains pour la première fois; et le même jour (^)y à la même heure y Wilmot et Hopton remportaient à Roundway-Down (*)i sur les parlementaires i une brillante victoire (^). Charles et sa fomme rentré-* rent à Oxford en triomphe ; et Waller^ qui, en partant pour l'armée, avait enjoint sur sa route à tous les constables de se tenir prêts à recevoir ses prisonniers, revint à Londres sans soldats (^)* Ëssex, loiyours immobile, et imputant son inac*

(1) Le 25 juillet 1643. Rushiyorlh , part. 3, 1. 11, p. 284. — Clareodon, Hist, oftherébell., t. VI, p. 136-148. — Slate-TriaXSy t. IV, p. 1 $6^293.

P) Rushworth, part. 3, t. U, p. 274.

P) Le 13 juillet 1643.

(<) Dans le Wiltshire.

(«j ClarendoD, Uiit, ofthireb9U.y t% VI» p. 130-135. ^ Rualiworih, part. 3, t. II, p. 285.

(«) Ciareadon, Hist, oflhe rebtil.t t. VI, p. 134.

60 RÉVOLUTlOiN irANGLETERRE.

tion à ceux qui la lui reprochaient , assistait à tant de défettes sans les partager ni les prévenir. Il écrivit eniîn à la chambre haute (*) : « Je pense » que vos seigneuries , si elles le jugent conve- » nable , feraient bien d'envoyer au roi pour avoir » la paix , en garantissant la religion , les lois j les » libertés des sujets ^ et aussi la juste punition des » principaux délinquants qui ont attiré sur le » royaume tant de maux . Si cette démarche n'a- » mène pas un traité , il faudra j je crois, supplier » sa Majesté de s'éloigner de cette scène de car- » nage , et alors , en un jour, les deux armées vi- »deront le débat (*). » Quelques jours plus tôt, cette lettre eût été peut-être bien accueillie : au bruit des premiers revers , les lords avaient solennellement protesté de leur fidélité au roi et préparé de nouvelles propositions de paix f^}; les communes, au contraire, plus irritées qu'abattues, avaient sommé la chambre haute d'adopter enfin leur résolution au sujet du grand sceau , et sur son refus, de leur seule autorité, elles en avaient fait graver un, portant d'un côté les armes d'An-

(^) Le 9 juillet 4643.

(2) J&wmals ofthe houseof lords , 11 juillet 1643. -> Rushworth , part. 3, t. II, p. 290. — Whitelocke, p. 67.

(3) Le 16 juin 1643. Pari. Hist., t. III, col. 132.

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gleterre et d'Irlande , de 1 autre la représentation de la chambre des communes en séance à Westminster, sans aucun signe qui rappelât les lords (*). Dans un tel accès de discorde , ceux-ci se seraient prêtés ^ans doute aux vues pacifiques du général. Mais vers la même époque (^) ^ le roi , enflé de ses premiers succès, déclara officiellement que les individus réunis à Westminster ne formaient plus deux chambres véritables ; que la retraite de tant de membres et le dé&ut de liberté des délibérations leur avaient fait perdre toute existence légale ; que désormais il ne leur donnerait plus le nom de parlement; enfin qu'il défendait à tous ses sujets d'obéir à ce ramas de traîtres et de séditieux (^). Une réprobation si générale et si violente rétablit soudain l'union entre les deux chambres: le 5 juillet elles décrétèrent de concert que des commis^ saires iraient de leur part demander à leurs frères^ les Écossais y l'envoi d'une armée au secours des protestants d'Angleterre menacés de tomber sous le joug des papistes (^); et quand la lettre d'Essex parvint aux lords , ils votèrent qu'ils n'adresse-

(1) Dans les premiers Jours de Juillet. ^Parl. Bist., t. in, col. 143. — Whitelocke, p. 67.

(2) Le 20 Juin 1643.

(5) Rushworth, part. 3, t. H, p. 331.

(^) Pari. Hisl. , t. UI, col. i 44.

68 RÉVOLUTION D'ANOUSTKRRB.

raient au roi ni pétition ni propositions pacifiques, tant qu'il n'aurait pas révoqué sa proclamation portant que les deux chambres ne fermaient plus un parlement libre et légal (^).

Essex n'insista point: honnête et sincère , en conseillant la paix il avait cru remplir un devoir ; du reste il respectait les chambres , et son avis donné , loin de prétendre leur feire la loi j il se tenait prêt à leur obéir. Quelques jours un parfait accord parut régner à Londres entre les partis i tous se réunirent pour combler Essex de marques d'estime ; il reçut promptement des munitions et des renforts {*) ; en même temps, Waller, malgré ses désastres, fat remercié de son courage et traité honorablement, comme 4in homme qui pou^ vait encore bien servir (^). On ordonna, dans les comtés de Test , la formation d'une nouvelle ar^ mée, sous le commandement de lord Manchester, avec Cromwell pour lieutenant général {*). Ho* tham , que les communes prévenues à temps (^)

(«) JaumaU of m hime of tords. Il juilUt 1643.

(2) Pari. Hist.yi. 111, col. 144.

(3) CUrmIop, Mift.ûftherélM,, t. VI, |^. ISd.

{*) Le 22 juillet 1643. Pari. Hist.y t. IH, col. 156. ^QlWWêmf Hist. of the rehell., t. VI, p. 186. Cette arméf é9V^ii #trf fort» <le dix mille hommes.

(S) Au commencement de juin 1643.

L1VRB QUATRiÈMB. (16Û9-16A3.) 03

avaient feit arrêter dans Hull (*) avant qu'il eût pu livrer la place au roi, attendait à la Tour son châtiment ; lord Fairfax lui succéda (^). Les commis^ saires qui devaient se rendre en Ecosse furent nommés , deux par les lords , quatre par les com^ munes 0 , et on les invita à presser leur départ, La plupart des membres de l'assemblée des thé<K logions quittèrent aussi Londres pour aller^ chacun dans sa paroisse, calmer les inquiétudes du peuple et l'exciter à de nouveaux efforts (*), Tous les jours , dans une des églises de la cité ^ en pré* sence d'une multitude de mères , d'enfonts ^ de sœurs, un service spécial était célébré pour invo» quer la protection de Dieu sur tous ceux qui se dévouaient à la défense de la patrie et de sa loi (^) ; et chaque matin , au son du tambour , une foule de citoyens, hommes et femmesi riches et pauvres, sortaient en troupes pour travailler aux forlifica*-

(!) U S9 mn 1643. Rnalivonh , imrt. s, t. Il, p. 275-877.—

Whitelocke, p. 67.

(^ Le S Juillet 164S. Bnshworth, part. S, t. U, p. 280. — JournalSj etc., il juillet.

(3) Uê lonU Orty dt Wark et RutUDd , fir William Armyn , sir Heori Vane , M. iUtch«r et M. Oarley. (Ruthworth, part. 9, t. Il, p. 466.)

(*) Pari, Hist., t. III, col. 148. — • Clarendon , Hist. of thêr^ML, t. VI, p. i%9.

(^} N«ai, ma. oftke PuHt., i; n, p. 506.

lions (^)* Jamais , dans les chambres et parmi le peuple , tant d'énergie ne s'était déployée avec tant de prudence et de concert.

Mais le péril croissait toujours; les succès du roi continuaient partout. Malgré l'élan public , quelques hommes refusèrent de se compromettre davantage pour le parlement ; lord Grey de Wark, l'un des commissaires désignés par la chambre haute pour se rendre en Ecosse, éluda la mission (*) ; les lords l'envoyèrent à la Tour : le comte de Rutland , qui devait l'accompagner , s'excusa également, alléguant sa santé (^). Les commissaires des communes furent contraints de partir seuls (*) , et ne purent aller que par mer, tes routes du nord n'étant pas sûres , ni Fairfax assez fort pour les faire escorter; Leur traversée dui^a vingt jours (*). Dans cet intervalle , le roi , mieux conseillé, publia une proclamation plus douce. Avec Tespoir reparut le désir de la paix. Le 4 août, sur la motion du comte de Northumberland, les lords adoptèrent des propositions au roi,

(1) May, Hi^, du Lmg-Parl,^ t. II, p. 247, dans ma CoUeciion.

(2) Le 17 juillet 1643. Pari, Hist.y t. III, col. 148.

(3) Ihid,, coL 150.

{*) Ibid.

(5) Ils partirent de Londres le 20 juillet , et n^arrivèreot à Edimbourg que le 9 août suivant. (Rui^worth^ pari. 3, t. U, p. 46&.)

les plus modérées dont on eut encore parlé ; elles ordonnaient le prompt licenciement des armées , rappelaient dans les chambres les membres éliminés pour avoir rejoint le roi , et laissaient du reste les questions de la milice et de TÊglise à décider , dans l'avenir , l'une par un synode, l'autre par le parlement. Dès le lendemain ils les transmirent aux communes en leur déclarant d'un ton assez haut qu'il était temps de mettre un terme aux calamités du pays (^). Surpris de cette brusque attaque , le parti de la guerre insista vainement sur le danger de perdre ainsi, pour obtenir quelques mois de relâche , le fruit de tant d'efforts et de maux déjà soufferts ; en vain il demanda qu'on attendit au moins la réponse de TËcosse : « On » s'est mal trouvé, lui répondit-on, d'avoir rompu » les négociations d'Oxford ; le petit peuple de » Londres, il est vrai, parait disposé à pousser la » guerre ; mais il est clair que les citoyens riches

(1) Dans la conférence qui eut lieu à ce sujet eutrc les deux chambres (5 août 1643), Torateur de la chambre haute commença en ces termes : « Messieurs , les lords pensent qu*il n^est que trop évident , » pour rintelligence de qui que ce soit, que ce royaume, avec tous les » biens que lui avait valus une longue et heureuse paix , e^t près de » tomber dans la désolation et la détresse qui accompagnent la guerre » civile, et que les hommes qui devraient vouer à sa prospérité leurs » cœurs et leurs bras le mettent en péril par leurs dissensions contre «nature, etc. » {Pari. Hist., t. III, col. 156.)

66 nÉVOLrXION nWNGLKTERRE.

» et notables n'en veulent plus, car ils se refusent » à de nouveaux emprunts pour la soutenir. Quel D mal y a*t-il d'ailleurs à adresser au roi des pro-^ » positions raisonnables ? s'il les accepte , nous » aurons la paix ; s'il les repousse , son refus nous » Taudra plus d'hommes et d'argent que n'en lè- » Toraient jamais toutes vos ordonnances. » Il fut décidé y par quatre-vingt-quatorze voix contre soixante-cinq , que les propositions des lords seraient prises en considération (*).

Un trouble violent s'empara du parti; la paix ainsi recherchée , au milieu des revers , n'était pas une transaction, mais une défaite; elle laissait tous les intérêts publics et privés en proie aux plus vives craintes , et déjouait dans leurs espérances les patriotes qui souhaitaient une plus large réforme, les ambitieux qui voulaient une révolu • tion. On résolut de tout faire pour la repousser. Le 6 août au soir, quoique ce fût un dimanche , le lord maire Pennington , que les proclamations du roi avaient exclu de toute amnistie , convoqua le conseil commun de la cité ; et le lendemain une pétition menaçante somma les communes de reje-

(«) Pari, flirt., t. m, col. iSe-«B8. — Clarendon, Uist. of the rebell.j t. VI, p. 178-182.

LlVIiE QUATRIÈME. (!6û2-16/i3.) 67

ter les propositions des lords et d^adopler à la place une ordonnance dont l'alderman AtkinS; porteur de la pétition , présentait en même temps le modèle (*). Un peuple immense , averti par de petits pam{4ilets ^ répandus la veille dans tous iei^ quartiers^ appuyait ce vœu de ses cris. Arrivés à Westminster à travers cette émeute ^ les lords s'eii plaignirent sur-le-champ aux communes j déclarant qu ils s'ajournaient au lendemain et s'ajourneraient encore si justice n'était faite de tels attentats. Mais les communes avaient déjà remis les propositions de paix on délibération; après un long débat ^ quatre- vingt et une voix se prononcèrent encOTO pour les accueillir, soixante-dix- neuf seulement pour les repousser. Le tumulte fut au comble : au dehors le peuple criait qu'il ne s'en irait pas sans une bonne réponse ; au dedans les adversaires de la paix réclamaient avec violence une nouvelle épreuve, soutenant qu'on s'était trompé et qu'ils ne se laisseraient pas ainsi jouer. On céda. La chambre se divisa de nouveau : quatre-vingt et une voix persistèrent à vouloir la paix; mais les scrutateurs qui comptaient les voix pour la négative en

(«) Rushworth, part. 3, t. tl , p. 336. Voyez les Écîaircissenmls

I et Pièces historiques, n" II.

68 RÉVOLUTION DANGLETERRE.

déclarèrent quatre-vingt-huit; Torateur proclama aussitôt ce résultat , et les partisans de la paix sortirent stupéfeits et consternés (^).

Le surlendemain , 9 août , ils voulurent prendre leur revanche. Un rassemblement de deux ou trois mille femmes se forma ^ dès le matin y autour de Westminster^ portant sur leur tête des rubans blancs, symbole de la paix, et la demandant en effet par une pétition lamentable (*). Sir Jcifan Hippisley vint leur dire « que la chambre désirait » aussi la paix , qu'elle espérait la leur procurer » bientôt, qu'en attendant elle les invitait à re- » tourner dans leurs maisons. » Les femmes restèrent : à midi , leur nombre s'élevait déjà à plus de cinq mille ; quelques hommes en habits de femme se mêlèrent dans leurs rangs, et, sur leur instigation, une bande pénétra jusqu'à la porte de la chambre des communes, criant : «La paix! la paix! » La garde, simple poste de milice, les engagea à se retirer ; mais les cris redoublaient de violence : « Qu'on nous livre les traîtres qui sont n contre la paix! que nous les mettions en pièces! » qu'on nous livre ce gueux de Pyro ! » On les re-

{^) Pari. IHst., t, m, col. 158-160. — Clarendon , Ilist, of the rebell.f t. VI, p. 182-184.

(2j Voyez les Éclaircissements et Pièces historiques ^ n* III,

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