ESSEX
4 décembre 1644.
Cette lettre et ses expressions ayant été pleinement examinées et discutées ,-10 conseil entier décide unanimement que la demande d'un sauf- conduit faite par sa Majesté, dans les termes mentionnés en la lettre qui vient d'être lue, n^emporterait nullement ni reconnaissance ni aveu que les membres des deux chambres siégeant à Westminster forment un véritable parlement, et ne porterait en aucune manière préjudice à ïa cause de sa Majesté.
Sur quoi sa Majesté déclare hautement au conseil que, puisque telle est l'opiAion de leurs seigneuries , elle consent, par suite de cet avis (et eoanimo^ dans le même esprit), que la chose se fasse ainsi. En conséquence, sa Majesté manifeste le désir que son Altesse le prince Robert, comme général de sa Majesté , fasse la réponse suivante :
552 KCLAmCISSEftfËNTS
MlLORD,
J*ai reçu de sa Majesté Tordre de demander à votre seigneurie , pour le duc de Richmond et le comte de Southamptoii, leurs domestiques» voitures, chevaux et autres commodités nécessaires à leur voyage, pour aller à Londi^, la durée de leur séjour dans cette ville et leur retour, lors* qu'ils jugeront h propos de prendre congé des lords et des communes assemblés à Westminster en parlement d^ Angleterre, un sauf-conduit, à TefTet par eux de porter aux lords et aux communes assemblés en parlement d'Angleterre , ainsi qu'aux commissaires du parlement d'Ecosse , actuellement à Londres , la réponse aux propositions soumises à sa Majesté pour l'établissement d'une paix solide et sûre.
Je suis de votre seigneurie le serviteur,
Robert.
Oxford, ridocpiubre 1644.
Ladite lettre a été en conséquence envoyée à Londres par un trompette.
Edw. Nicholas.
Ce qui suit était écrit de la main de sir EdouardNîcholas.
Mémorandum, De tout le conseil , le roi et moi nous fûnies les seuls qui ne partageâmes pas l'opinion qu'il fût convenable de donner à ceux qni siégeaient à Westminster le nom de parlement. Le prince Robert , quoique présent , ne vota pas, comme devant exécuter ce qui sexiait arrêté par le conseil. Mais conformément au règlement et à la pratique habituelle du conseil , lorsque la majorité adq)te une me-
sure ou prend une décision , tous les membres présents à la discussion sont, quoique ayant manifesté un avis différent, regardés comme engagés par la majorité, et doivent être nommés comme consentants.
Edw. N.
(Menwirs ofsir John Evelyn^ t. Il, Appendice, p. 90.)
(Servant d^écUiccistement à la pa^ 9&3.) Mareli of Davtd Lesley.
(Teite anglais.)
Harch, march, pinks of élection !
Why the devil don't you march onward in order?
March, march, dogs of rédemption !
Ere the blue bonnets corne over the border.
You shall preach, you shall pray,
You shall taach night and day ; You shall prevail o'er the kirk gone a whoring ;
Dance in blood to the knees,
Blood of God's enemies !
The daughters of Scotland shall sing you to snoring.
March, march, dregs of ail wickedness ! Glory that lower you can't be debased.
March, march, dunghills of blessedness!
March and rejoice for you shall be raised
Not to board, not to rope,
But to faith and to hope ; Scotland*s athirst for the truth to be taughtlier;
Her cbosen virgin race,
How they will grow in grâce, Round as a neep, like calves for the slatighter!
KT FlfeCES HISTORIQUES. 566
(Servant d'édtircisaecBeat I b page 263.)
CluuMMMi des cavaliers contre Dawld liCsley et les tronpeé écassalses rappelées d' Angleterre aa seeanrs de l'Éeesse presbytérienne vaincne parJHontrose.
(Traduction firançi^.)
En avant, en avant, cruches d*él6Clionl Pourquoi diable ne marcbds-Tous pas en avant et en ordre? Eu avant , en avant, chiens de rédemption ! Arrivez avant que les bonnets bleus (<) passent la frontière. Vous prêcherez, vous prierez, vous endoctrinerez nuit et jour; vous triompherez de TÉglise, qui n'est plus qu'une coureuse; dansez dans le sang jusqu'aux genoux , dans le sang des ennemis de Dieu; les filles de rÉcosse vous chanteront jusqu'à vous endormir.
En avant , en avant , lie de perversité ! Rien ne saurait souiller la gloire qui vous attend ; en avant , en avant , .fumier de sainteté ! Marchez et réjouissez- vous, car vous serez élevés , non pas à l'échafaud , non pas à la potence, mais à la foi et à l'espérance. L'Ecosse a soif qu'on lui enseigne la vérité : combien^vont croître en grâce ses jeunes filles, race élue, rondes comme un navet, grasses comme des veaux prêts pour la boucherie !
• (^) Les montagnards de Moalrose qui étaient sur le point d'entrer en Angleterre.
55G KCLAIRCfSSRMENTS
Mardi, mardi, scourges of heresey !
Down with the kUrk and its whiUid)aldery 1 Harch, luarch ! down with supremacy And Uie kist fuV whistles, that loaks $ic a cleary ;
Fife nïen and pipers braw,
Merry deils, tak thein a* Gown, lace and livery, lickpot and ladle;
Jockey shall wear the hood,
Jesny the sark of God, For codpidce and petticoat, dishcloat and daidie.. ^
March, march, blest ragamuffins !
Sing, as ye go, the hymns of rejoicing!
March, march, justified ruffians!
Chosen of heaven ! to glory you' re rising. Ragged and treacherous, Lousy and lécherons, Objects of misery, scorning and laughter; Never, o happy race !
Magnified so was grâce ; Hostof the righteous! rush to the slaughter!
(Hogg, Jacobite Relies ofScotlmd, 1. 1, p. 5, 163.)
ET PIÈCES HISTORIQCES. 557
En avant, en avant, fouets de Thérésie ! à bas TÉglise et sa vorace hypocrisie! En avant, en avant ! à bas la suprématie et le coffre aux tuyaux (^) qui rend des son« si brillants! Fifres, braves joueurs de cornemuse, gaîs démons, à bas le surplis, les dentelles, la livrée, la lèche-frite et là cuiller à pot (^) ! Jockey portera la capu<îe pour bonnet, et Jenny la soutane pour jupon, pour torchon et pour bàveron.
En avant, en avant , chenapans bénis ! chantez en mafchant les hymnes de réjouissance; en avant, en avant, bandits sanctifiés ! éhis du ciel , vous marchez à la gloire; traîtres en haillons^ pouilleux et paillards, proie de la misère, objets de rire et de niépris ; jamais, ô race bienheureuse! jamais la grâce n'a brillé avec tant d'éclat; armée des justes, en avant! au^^rnage!
(«) L*orgue.
(') Manière insultante et pofmlalre de désigner tes pauvres cnrës et Yîcftires de rÉgltse anglierae. .
(Senrant d'éclaircissement ï U page 520.)
Je donne ici les pièces et dépêches inédites relatives à rintervention des États Généraux des Provinces-Unies en faveur de Charles V\ La première de ces pièces est en français ; les autres sont en hollandais : je les ai fait traduire c(Hnplétement et littéralement, d'après des coptes certifiées des originaux que H. de Jouge, archiviste du royaume des Pays-Bas , a fait faire pour moi , et m*a envoyées de La Haye.
1" Sommaire de ce que son Altesse royale le prince de Galles a fait représenter de sa part et en sa présence^ au» lumts et puissa$Us seigneurs les Étais Généraux derPromnces^ Unies des Pays-Bas^ par le résident du roi de la Grande-' Bre^tagne , etc. , le IZ"" jour de janvier 16/i9.
« Son Altesse royale le prince de Galles a de longtemps eu riiHentton de demander audieince enaa parsouneipropre pour reconnaître les honneurs et grandes civilités qu'il a reçues de leurs seigneuries depuis son arrivée en ces pays: à présent, il la désire bien instamment, sur une occasion de la plus grande importance du monde à son Altesse , dont il présume que leurs seigneuries en auront un très grand ressentiment. Leurs seigneuries ne sauraient qu'avoir connaissance du grand danger présent de la vie du roi , son père, comme après un traité personnel avec ses deux
chambras du parlement, il y avait tel progrès à la paix parl^ concessions de sa Majesté, que lesdiies chambres se sont déclarées résolues de procéder là dessus h rétablissement de la paix du royaume ; ce qui aussi eût indubitablement succédé , si Farmée n'eût pmnt saisi la personne de sa Majesté , et mis en prison plusieurs membres du par* lement ^ qui se sont montrés les plus adonnés audit traité de paix.
Tel donc est Tétat de ce royaume bien misérable; le roi si étroit^neut emprisonné , qu'un gentilhomme envoyé exprès de la part de son Altesse , seulement pour voir sa Majesté, n'a pas été permis d'entrer en sa préseuce; le parlement tellement rompu et dissipé, qu'il n'y reste qu'envi^ ron cinquante, de plus de cinq cents personnes dans la chambre des communes; et la maison des seigneurs , qui ont unanimement refusé leur concurrence à ces procédures violentes, en effet anéantie, par une déclaration de ce peu de communes que tout pouvoir souverain , dans ce royaume-là, leur appartient, sans roi, sans seigneurs. J)e aorie que les membres du parlement ne s'assemblent point, sinon ceux qui s'accordent et soumettent aux résolutions d'un conseil de guerre, constitué pour gouverner le royaume; ayant à cette fin publié une remontrance qui contiait le modèle d'un nouveau gouvernement que l'on veut établir , à la ruine du parlement aussi bien que du roi, renversant la fabrique et la constitution du royaume et de toutes les lois d'icelui , et exposant la religion protestante à l'invasion de plus d'hérésies et de schisme que jamais en aucun siècle ont infesté l'Église chrétienne.
On ne se contente point de cette confusion , mais da-
560 ÉCLAfROIS^MKNTS
Vantage on a déclaré iiae résolntioii , et m>donné des commissaires, pour faire procès contra là persoiino de sa Majesté, en apparence pour la déposer et lui ôter la vie ; ce que son Altesse ne saurait mentionner sans horreur ; aussi il s*assure que leurs Seigneuries ne l'entendent point sans semblable détestation.
Quelle mfluence ces procédures non pareilles peuvent avoir sur Tintérét et le repos de tous rois, princes et Étals, et combien ce pouvoir extravagant, que ces gens-là ont usurpé , puisse toucher la tranquillité des pays voisins, et jusqu*où la religion réformée puisse souffrir par ces actions scandaleuses de ceux-là qui en font profession , il n'est pas besoin que son Altesse presse leurs Seigneuries à considérer; mais il: se contente d'avoir fait ce triste récit de la condition et misère dans laquelle le roi et la couronne d'An« gleterre sont à présent , s'assurant que leurs Seigneuries se veuillent comporter là-dessus selon l'estime et respect qu'elles ont toujours montré à Tégard d'un si bon ami et allié. Ainsi son Altesse se promet au plus t6t de l'amitié et prudence de leurs Seigneuries telle assistance de leur oon* seil, et autrement, que l'extrême nécessité à présent du roi son père et de son Altesse requiert, qui par icelle seront réellement à jamais obligés de tout contribuer en leur pouvoir au maintien et à l'avancement de l'intérêt , grandeur et félicité de leurs Seigneuries.
A la suite de ces représentations du prince de Galles, les États Généraux résolurent d'envoyer à Londres , comme ambassadeurs extraordinaires , MM. Albert Joachim et
Adrien de Paow , en leur donnant 1^ instructions suivantes:
Y Instrueiions pour MU. les ambassadeurs de leurs Hautes Puhêances eiwayés à Londres dam Vannée 16/!i9.
MM. les ambassadeurs reprësenteront au parlement d'Angleterreqiie les conséquences de remprisonncméntda roi tourneront à Tavantage ou au désavantage du royaume d'Angleterre , selon la modération ou la dureté cpie Ton d^Ioiera dorénavant à Tégnrd de sa personne ; car tou6 les neutres sont d*avts que l'infortune dans laquelle il se trouve actuellement lui est survende parce qu'il a été d^un avis contraire à celui qui a prévalu quant aux moyens à employer pour remédier aux maux qui régnent dans l'empire de la Grande-Bretagne. Gomme il est encore temps de trouver des ramèdes à ces maux , le parlement est prié de ne point tûlérer qu'on saisisse toutes sortes de prétextes pour aggraver les griefs dont on charge déjà le prisonnier, et le rendre par là plus malheureux qu'il n'est dans ce moment. En supposant que le parti qui maintenant est dans le malheur eût eu le dessus, il se peut qu'il eût voulu juger avec rigueur les actk>ns de ses adversaires, et qu'il leur eût refusé toute espèce de moyens de défense; mais MM. les États Généraux sont persuadés que la bonne foi de tous ceux qui entendront la proposition de MM. les ambassadeurs leur fera intérieurement répondre que cela n'aurait pas été équitable, et qu'ils approuveront l'axiome : Politicum in civilibus dissensionibus , quamvis sœpe per eas
status kedaiury non tcmen in oxitium sfafifs contenditur , H. o^
5)2 iiClAWi .IS3l^VIKNTS
proinde gui in al (eintras partes descendunt iiostium vice tton habondi,
MM. les États Généraux savent que vos Excellences ont nommé des conamissaire^ extraordinaires pour exami«> ner la situation du roi^ ils s'en rap(H>rtent liant aux choix de vos Excellences qu'à la sincérité et à la bonne foi avec laquelle lesdils oommissaires rendront » 4aiis bt cause en questio^i » un jugement qui puisse être souibîs à Texaioei» du monde entier et approuvé, un jour par le juge suprême, envers lequel iU serout responsable. Tous les gws da bien s'attendent que, dans une afiEaire d'une telle kiiportanee^ on procédera d'une manière sage et chrétij^uie.
Li'expérieoce de tous les teoips a démontré que la méfiance s'introduit facilefnent dans.le^ gouvemenoientâ; que dans ceux qui sont composés d^ plusieurs corps , elle est
ordinairement un puissant aiguillon ; qu'enfla il uvy a à craindre ni honte ni déshonneur quand il s'agit de sauver l'État, ce qui rend toutes les inquiétudes légiti^pes et loua* blés. Cependant il n'y a rien de plus fâcheux que de s'aban^ donner à des soupçons saus l^omesi , qui font tout inter . prêter en o^aL
Si vos Excellences ont pensé <jue quelque. malheur me. naçaitle royaume d'Angleterre, en l'empêclikant elles ont atteint leur but. Chaçmnsait bien qu'il arrive aux plus sages de ceux qui gouvernent la républkjjie de mêler mi^, affaiites quelque chose de leurs affectioiis parUculi^es, et que ne jamais faillir dans le manieijaent des^^an^^a^^ffair^s est une perfection au-^^essus .de la naturq hun^aine et dont le défaut doit être facilement excusé. , .
Voilà ce que messieurs les Ettits Généraux ^priqnt vos
KV PïtXX^ HISTOItIQUES. 563
ExceUencçs de vouloir bien prendre en çonsldcralion, per+ suadcs fju'ils le feront avec la plus grande sagesse. Malgré la méfiance que vos Excellences pat conçue à l'ég^ id'uo si grand personnage , elles doivent tenir compta d'un si long empriionneinent (qui en lui-même , d'après les lois ordinaires^ est déjà une grande punition), et des grands et notables services rendus au royaume d'Angleterre par lui et ses prédécesseurs y rois et reines. Vos Excellences en Wr ront compassion et prendront garde lU eximatur periculo qui est inter vos qelebrifama^ ne ipsis opprabrio mulii fmgis . ac mugis alienentur.
\\ ipoporte beaucoup au bien-être du royaume d'Angleterre que vos Excellences procèdent çn conséquence et suivent le conseil de çeRpmain qui donnait. l'avis, pour mieux assurer les mesures du consulat de Pompée, de pe rien annuler de ce qui ay^it été fait sous les gouvernement» précéden^^ , mais seulement d'être prudeAt pour l'avenir. On peut appliquer avec raison aux circonstances actuelles Texcellente précaution qu'un autre employait pour garan* tir sa propre statue, CBt empêchant de renverser cell^deson ennemi qu'il avait cependant entièrement vaincu. C'est ainsi que vos Excellences sont priées d'agir dans une affaire d'une si haute importance, qui peut être la source. de tant d'inconvénients, et de faire paraître leur bonté envers ce grand personnage , en le préservant de honte et d'ignominie; car ce n'est point ménager les hommes que permettre qu'ils soient flétris du déshonneur. Le parlement est donc prié de rendre au roi la liberté.
MM. les ambassadeurs doivent aussi , suivant les circonstances, mulatis wutavdis^ oxposor les susdites con-
bêk ÉGLÂ1KCI8$EMENTS
sidératPûTis à M. le général FairTax et au conseil de rarniée, en y ajoutant que leur mérite distingué leur a donné une grande antotrité dans le royaume d* Angleterre, et qu'e toutes ces clioses dépendent principalement d'eux, et tourneront d'après leurs intentions. A cause de quoi MM. les États Généraux recommandent eette affaire à leur grande sagesse, afln que non seulement ils soient à l'Angleterre (qui met actuellement en eux sbn plus grand espoir) un bouclier et un glaive en temps de guerre, mais aussi un secours au roi dans sa malheureuse situation, en dirigeant les discussions publiques vers une fin bonne et modérée, dont te royaume profitera et dont ils retireront eux-mêmes une gloire immortelle. Par leur magnanimité, ils feront verser des larmes de joie au plus grand nombre de leurs concitoyens qui, dans ce moment, sont près de pleurer de douleur. Dans l'antiquité, on a dit que les Syracusains n'étaient que le corps et les membres , et qu'Archimède était l'âme qui faisait tout mouvoir; la même chose peut se dire maintenant avec beaucoup plus de raison du royaume d^Angleterre et de son Excellence, ainsi que du conseil de l'armée : ce corps et ces membres n'agiront donc , dans la présente affaire , d'après aucune autre direction que celle que son Excellence et le conseil de l'armée leur inspireront suivant leurs sages réflexions. Tout en faisant briller ainsi leurs propres et éminen tes qualités d'une nouvelle gloire et grandeur, le bien en rejaillira sur tous les habitants du royaume. MM. les ambassadeurs ajouteront encore qu'il y a eu aussi un grand capitsiine, sage homme d'État, qui se faisait gloire de ce que jamais il n'avait fait verser de larmes à qui que ce fût dans son pays, regardant comme le fruit le plus
ET PIÈCES HISTOlUQUIiS. 565
doux de ses victoires d*oser et de pouvoir saluer chaque jour tous ses cencitoyens, suivant te proverbe : « Que la » clémenoe fait aimer et révérer tous ceux qui en usent , » et que la sévérité, bien loin d*ôter les obstacles et difticul- » tés , d'ordinaire les accroît et fait multiplier. »
Les médectos prudents craignent aussi d'employer des remèdes trop forts , parce que ceux-ci chassent souvent du corps la maladie.^ la vie en même temps , et ils préfèrent se servir, pour plus de sùi^eté , de moyens léniilfs.
Si son Exceli^[)ce et le conseil de Tarmée agissent ainsi, les cœurs des sujets bien pensants en Angleterre s'uniront entre eux d'une amitié réciproque , meilleure et plus puissaule pour consolider un Etat que toutes les cliatnes de fer les plus pesantes»
MM. les États Généraux crment que le royaume d'An* gleterre sera invincible si son Excellence , ainsi que le conseil de Tarmée, veulent bfttir sur des bases si équitables envers le monde et si agréables à Dieu , lesquelles en outre sont si conformes au caractère de la nation anglaise et à la situation de ses affaires. MM. les États 4^énéraux prient enân son Excellence et le conseil de Tarmée de vouloir bien embrasser et employer lesdits moyens, afin que le roi soit élargi de sa prison et mis en liberté.
566 KCiamcISSICMENTS
3* Pi^eniière déjjéche de MAL les wnùeasadeurs extraordinaires
en Angleterre à MM* les Etalts Généraux,
Hauts et puissants seigneurs ,
Arrivés ici le 5 du courant, vers le soir, ik>us avons été reçus par le maitre des cérémonies du parlement avec beaucoup d'excuses , et nous avons tout de suite demandé et insisté sur une audience pour le lendemain ; après quoi nous vous avons adressé le soâr très tard nos premières dépêches ('). Dès le 6, de bon matin, nous avons fait demander par nos secrétaires et par le maître des cérémonies notre présentation aux deux chambres du parlement. En réponse, Torateur de la chambre haute nous â fait informer que ladite <^amlure était.ajournée jusqu'à lundi , et celui de la chany^redes communes nous a lait dire que, malgré quelques empêchements particuliers, il soumettrait notre demande , et qu'il tâcherait de la faire réussir. Nos secrétaires. étant restés à attendie^ la réponse, ledit orateur l)ous fit savoir, dans Taprès^nidi , que la chambre n^avait pu tenir séance dans la matinée, vu que tourtes juges qui en font partie avaient dû assister à la haute cour de justice, et que par ce motif la chambre basse avait été obligée de s'ajourner également jusqu'à lundi prochain. Apprenant ensuite que , dans le même jour, ladite cour de justice avait prononcé l'arrêt de mort du roi en sa présence même , nous sommes parvenus dimanche, le 7 du courant, quoique ici ce jour ex^clue toute occupation qui n'a pas rappoi*t au
(1) Dépôcfaes sans iutérôt historique.
ET PIKCKS IJISTÔUIQUES. 567
culte, à force de démarches, à obtenir dans la matinée même, d'abord une audience particulière de Torateur de la chambré liàsfé, {»uis une de cèïui de la chambre haute, et enfin» dans Taprès-midi (mais non sans beaucoup de peine), nous avons été admis auprès du général Fairfax , du lieutenant général Croraweil et des principaux officiers de Tarméè qui se trouvaient au même moment réunis dairs rhôtéldu général. Nous avons fait tontes les représentations possibles auxdits orateurs , au général et au lieutenant général, tant en particuKer qu'à eux réunis; nous avons appuyé nos sollicitations des motifs les plus puissants pour obtenir un sursis à Texécution du roi (que Ton supposait être fixée pour lundi), jusqu'à ce que nous eussions été entendus dans le parlement; mais noiis n'avons reçu que différentes réponses dictées soit par la disposition , soit par Thumeur de chacun d'eux.
Le lundi 8, de bon matin, nous avons envoyé de nouveau chez les orateurs des deux chambres, pour les presser de nous faire obtenir une audience : et après qu'on eut fait attendre à Westminster nos secrétaire^, ainsi que lé maître des cérémonies jusqu'après midi , on est venu nous annoncer subitement , et sans qu'il nous restât un demi-quart d'heure, que les deux chambres, avant d'aller dîner, nous recevraient , et que nous devions nous rendre à deux heures dans la chanîbre haute , et à trois heures dans la chambre basses Nous nôtis sommes conformés à cet avis,' et nous sommes-rendus dans la chambré haute , où il y avait très peu de pairs, ainsi que dans la chambre des communes, où siégeaient environ quatre-vingts membres. Après avoir verbalt^nent exposé et remis par écrit la substance de nos
5(>S KCLAiaClS^EMEJNTS
iu8ii*uctions , tendant principalement à ce que l'exécution du roi fût suspendue jusqu'à ce que nous eussicms pu, dans une seconde audience ou dans des conférences^ exposer plus de motifs puissants pour lui laisser la vie, ou du moins ne point procéder précipitamment à Texécution de son arrêt de mort, il nous a été répondu par les deux orateurs i|ue notre proposition serait mise en délibération.
Les membres de la chambre haute ont voté que des conférences à ce sujet entre les deux chambres auraient immédiatement lieu ; mais comme la journée était déjà avancée* et comme les membres de la chambre des communes, aussitôt après notre audience , se levaient pour se retirer, avant même que nous eussions pu .quitter la pièce où nous avions été conduits pour nous rendre en bas y nous avons en toute hâte fait traduire en anglais notre proposition , et Tavons fait remettre entre les mains de l'orateur de la chambre basse, et ensuite entre celles de l'orateur de la chambre haute.
Cependant ayant vu hier, en passant devant Whiteball , qu'on faisait des préparatifs que l'on disait être pour l'exécution , et ayant conféré ce malin longtemps avec HM. les commissaire? de la couronne d'Ecosse, pour conserver, s'il était possible , la vie au roi; enfin ^ continuant toujours à demander au parlement , par nos secrétaire^ , ou quelque réponse ou une nouvelle audience, nous avons tâché, par l'entremise de MM., les commissaires écossais, de parler encore une fois au général , et l'avons rencontré vers midi, dans la maison de son secrétaire, à Whitehall. Le général, sur nos vives et pressantes instances, s'est enfin laissé émpuyair, et a déclaré qu'il irait tout de suite à Westminster,
KT PiÉCES HISTORIQUES. $69
pour recooîmander au parlement la réponse et le sursis que iiouç demandions, et qa*i1 s'adjoindrait à cet effet quelques officiers notables.
Mais nous avon§ trouvé, devant U maison où nous venions de parier au généra^ enviroujieux cents cayalieis» et nous avons appris , tant en chemin qu'en rentrant chez nous, que toutes les rues» avenues et places de Londres étaient occupées par des troupes , sans que Ton pût passer^ et que les environs de Ifi cité étaient cou-verts de cavalerie, de manière à ne pouvoir entrer ni $ortir. Nous ne pouvions et ne savions par conséquent plus rien faire. Déjà, deux jours auparavant, tant avant qu'après notre audience, des personnes dignes de foi nous avaient oonstamipent assuré et déclaré que nulle démarche ou intercession dans le monde 1^ réussirait, et que Dieu seul pouvait empêcher l'exécution résolue ; ce que MM^ les commissaires écossais, à leur grand regret, nous avaient également dit. Ainsi l'ont prouvé les événements; car ceméme jour, entre deux et trois heures, le roi a été conduit sur un écbafaud couvert de drap noir, et dressé devant WhitehalK Sa Majesté (assistée de l'évêque de Londres, qui, à ce que l'on assure, lui a administré le matin, à six heures, le saint sacrement et des consolations), après avoir dit quelques paroles, a rendu sa jarretière, le cordon bleu et son manteau, a ôté lui-même son pourpoint, et a montré beaucoup de fernoieté dans toute sa conduite. Le roi s'étant couché lui-même, la tête lui a été tranchée » et on l'a élevée en l'air, pour la montrer à tout le monde réuni.
Voilà ce qu^à notre grand regret et chagrin nous sommes obligés d'annoncer à VV. HH. et PP. SS., et nous décla-
57e ÊCLAlHCfôSEMKNT8
rons que nous avons mis toute ladiKgence possible, sans relâche et de toutes nos forces , pour nous acquitter de la conunission de VV. HH. et PP. SS. , en cherchant à empêcher Vexéctttion d'un arrêt si fatal. Cependant, comme dans ce pays toutes sortes de nouvelles sont débitées pour et contre , suivant la fantaisie de chacun , qu'on les interprète souvent de travers , et qu'on brode ou exagère , surtout dans oe moment où lés esprits sont si échauffés, nous prions VV. HH. et PP. ÎSS., dans le cas où ils recevraient des rapports contraires ou plus alarmants que le présent , de ne pas y ajouter foi, et de nous croire, nous qui nous sommes rendus ici au péril de notre vîé et n'avons négligé aucun des devoirs dont nous étions chargés.
Nous n'osons mander à W. HH. et PP. SS. d'autres particularités que nous apprenons sur cet événemetit de toutes parts , tant confidentiellement que par le public , vu que le passage est très difficile, tous les ports de mer étant fermés. Seulement nous ajouterons que l'on dit que le roi, étant sur l'échafaud^ a recommandé d'affermir la religion, en prenant l'avis des théologiens tsatholîques romains, et de respecter les droits du prince, son fils; ajoutant qu'il ^ croyait en conscience innocent dû saiig répandu , excepté celui du comte de Strafford. Immédiatement après la mort du roi , elle a été annoncée et proclamée dans toute la ville à son de trompe.
Par la présente, nous prions le Tout-Puissant d'accorder
une longue prospérité à VV. HH. et PP. SS. et à V. H. et
P. gouvernement.
Signé Au. JoACttiM.
Londres, le 9 février 1649.
ET PIÈCES HISTOnrQU lis. 5^1
4" Seconde dépêche*
Hauts et puissants seigneurs ,
P^ suite de notre première d^éche, du 9 de ce mois, nous avons /uiftmné eii détail W. HH. et PP. SS. <ie toutes les démarches, que nous avions faites auprès des principaux lonctioiinatFes et personnages de ce pays, ainsi que des soUicitations que nous leur avions adressées, et des propositions que nous avions ^ansmises publiquement et par écrit. aux deux chambres du parliHuent (dont nous insérons copie dans'les présentes,, le temps ne nous ayant pas permis de la joindre à notre dépêche précédente ^ qui fut expédiée par une occasion inopinée), propositicms qui restèrent sans réponse, aûtsi que notre demande d'étte admis à; une seconde audience, et furent suivies de Vexécutipn knmédiate de la personne du roi et de la défense^à qui que ce fût, sous peine de haute trahison, de s'arroger aucune autorité au nom du pouvoir monarchique , ou de reconnaître et favoriser le gouvernement du prince de Galles ou de tout autre prétendant à la succession royale.
Déjà avantcet événement nous appréhendions, et depuis nos craintes se sont réalisées, qu'il n'eût été résolu, parmi les autorités d'ici , d'abolir entièrement le gouvernement monarchique , «et d'en établir un d'une nature toute différente; car on dit ici publiquement que les descendants du défunt roi seront, sans aucune exeeption, exclus à jamais de toute souveraineté quelconque dans ce pays, sai)s toutefois qu'on puisse découvrir quelle espèce de gouvernement remplacera oelui qu'cm vient d'abolir.
572 KCI^ÂlUaSSEMENTS
Nous venons d'apprendre aussi que déjcà des commissaires viennent d*ôtr6 nommés par le parlement pour se rendre en toute diligence en Ecosse, où Ton présume et annonce pouvoir diriger les affaii^es d'après le système adopté en Angleterre. On dit aussi, iïtnt publiquônient qu'eu secret , que les seigneurs de la chambre haute se montrent mécontents de l'exécution du rot , et ne sont nullement d'acc<n*d a^ec la chambre des communes sur les changements à introduire dans le gonvmfêment ; d'un autre c6ié , l'on croit que TËcosse veut rester fidèle au gouvernement monarchique et à ses anciennes institutions. Il est difficile de prévoir quelle sera IMssue de toutes ces combinaisons et de ces changements dans les deux pays, et quoique la tranquillité publique ne soit nullement Iroublée dans cette capitale, au moyen de la surveillance redoublée qu'y exercent les nombreux postes militaires , nous ignorons quelle est à cet égard la situation des pix)' vinces.
Hier, nous avons reçu la visite de M. le lieutenant général Oomwell , lequel nous ft parié avec infiniment dé respect du gouvernement de VV. HH. PP. ; il a entre autres entamé le sujet de la religion, nous donnant à entendre qu'avec le concours de VV. HH. PP., il serait possible et nécessaire de la rétablir ici d'après un meilleur système, et de lui donner une nieilieure organisation.
M. le comte de Benbigh , qui nous est vetm voir également hier, a parlé fort au long sur diverses questions tottdiant le gouvernement pcissé et à venir ; d'où nous avons conclu qu'il reste encore bien des affaires à arranger , et que les mesures qu'on se propose de pr^idre ne
ET PIÈCES flîSTORfQtJES. 573
donnent lieu à aueune conjecture probable sur leur issue ci leur succès. Comme le malheureuiL événement de l'exécution du roi met un terme à la négociation dont notre ambassade extraordinaire était chargée, nous ferons conjointement tous nos efforts pour que les affaires de notre mission en souffrent le moins possible , et continuent de se traiter selon les intérêts et à Tentièfe satisfaction àe VV. HHPP.
La haute cour de justice ayant terminé ses fonctions, on vi^it d'instituer d'autries tribunaux extraordinaires pour juger lès pairs et autres illustres prisonniers d'État , tels que le duc de Hamiiton , le comté de Holland , milord Goring, etc. Ceux d'un moindre rang seront jugés par les tribunaux ordinaires; les prisonniers de guerre le seront par la cour martiale.
Parmi d'autres affaires qui se traitent actuellement au parlement , il est question de faire jouir ici nos nationaux de tous les droits de navigation , commerce , fabrication , métt^*s et débit , à l'égal et en commun avec la nation an* glaise. Gomnie nous n'étions pas ignorants de ces dispositions, on nous a fait entendre qu'oh serait disposé à nous faire à cet égard des propositions plus au long et en détail. Nous croyons donner par là à W. HH. PP, une pt^uve assez évidente que l'on 3*occupe ici de toutes les questions qui sortent de l'ordre commun des affaires.
Ce faisant f nous supplions le Tout-Puissant de conserver en une longue prospérité le gouvernement de W. HH. PP.
Signé Alb. Joachim et A. Paow.
Londres, le 12 février 1649.
^76 ÉGLAIiK3S8EM£NT8
Hauts et poissants sbignIsurs/
Après la catastrophe sanglante qui a mis ftp aux. Jours du roi y événemeut dont nos dépêches des 9 et i2 de ce mois ont informé YV. HH. PP., nous nous somniûg décidés à nous tenir renferiQés ch^ nous , selon l'exemple d*autres ambassadeurs et de MM. les cçmmissaires écossais. Cependant Tambassadeur de France çt MH. les comr missaires écossais nous jayant fait .une yisite avant cei événement , et M, l'ambassadeur d'Espagne nous ayant rendu, itérativemept cet honneur avant et après ^ nous n'avons pu refuser de rendre aux premiei*s cet acte de politesse et de recevoir la visite du dernier ; nou» nous sommes donc acquittés réciproquement de ce devoir le 13^ et nous avons remarqué que leurs Excellences susditei^ étaient profonde* ment affectées dç ce gr^nd événement, quQiqu^ BL l'am* bassadeur de France nous eût déj^ assurés d'avance de sa parfaite connaissance des évéuenieiUs qui auraient lieu.
L'ambassadeur d'Espagne , dou Alfonse deCardenas,. nous a déclaré. avoir reçu, le lendemain de l'événement fatal , les ordres du roi son maître d'intervenir dans les affaires de ce pays; mais actuellement jil est d'ayis , ainsi que l'ambassadeur de France , que , par la naort in,opinée du roi d'Angleterre , leur caractère et leurs fonctions di-, plomatiques venant de cesser, ils ne pourront plus agir en leur haute qualité, ni se mêler de quoi que ce soit avant d'avoir reçu de nouveaux ordres de leur cour. MM. les
coTqmv^aûres écossais mi siiçcessivçmQot envoyé deux dépêches à leqr§ commettants , c'est-à-dire ap parlement
d'Ecosse actuellement assemblé } ils attendent r^nse à leur première dépêche dans le courant de la semaine, et n'agiront qu'après avoir été dûment autorisés.
L'opinion générale est que le gouvernement subira un changement complet, qu)B la maison royale sera mise de côté , et une autre forme de gouvernement introduite ; que peut-être on suivra celle de la république de Venise, des Provinces Unies ou de tout autre gouvernement républicain. JNous sommes informés qu'en effet neuf membres de la chambre des pairs et dix-huit de celle des communes vont se réunir en eommisslon pour rédiger conjointement les bases d'une nouvelle constitution. Le 13 de ce mois était le jour fixé pour la réunion en cour de justice des juges royaux à Westminster-Hall ; mais on vient de nous informer que la séance n'a point eu lieu, MM. les juges ayant allégué n'être pas suffisamment qualifiés à cet effet, vu que leurs fonctions précédentes ont expiré à la mort du roi , et qu'ils ne peuvent se déterminer à accepter aussi promptement leurs nouA^eHes nominations faites par le parlement, ni changer l'intitulé de leurs actes de procédure et autres formalités nécessaires , telles que celles qu'a adoptées le parlement le 29 janvier 16^8 (style anglais), et que nous avons transpaises à VV. HH. PP. par notre dépêche du 9 du courant. Nous continuons de rester jusqu'ici dans l'incertitude la plus complète sur l'issue des événements qui , par la divergence des opinions et autres cas fortuits , peuvent encore éprouver des vicissitudes qu'il est impossible de soumettre à un calcul probable ; nous
576 ËCLAIRCKSEMENTS
nous coDienIcrons donc de remarqner que jasqu'tci la tranquillité publique n'a été troublée d'aucune manière , et nous prions TV. HH. PP. de vouloir bien ne donner à nos informaUons d'autre prix que celui que méritent nos efforls pour découvrir la vérité à travers un dédale de renseignements vrais ou faux que nous recevons de tous côtés, et qui ne nous laissent que la satisfaction d'iufbrmer confidentiellement VV. HH. PP. de ce que nous pouvons recueillir par zèle pour leur sexvice. Sur quoi nous prions la toute-puissante Providence de vouloir bien maintenir dans une perpétuelle prospérité le gouvernement de VV. HH PP.
.$1^ AoaiSN Pauw, Alb. Joachim.
Londres, le 15 février 1649.
6» Quairième dépêche»
Hauts et poissants sbignburs,
Les informations contenues dans notre dernière dépêche du 15 de ce mois nous ayant paru assez importantes, nous avions pris soin de l'expédier à VV. HH. PP. par une occasion sûre et prompte ; cependant le vent ayant été depuis ce temps fort contraire , nous craignons qu'elle ne soit pas parvenue à sa destination aussi promplement que nous l'avions espéré. Depuis ce moment , nous avons été témoins d'événements bien plus impotents encore. Le 16 de ce mois, la chambre des communes, malgré Taf-
teiilc et le désir de la commission d^ deux chambres , siégeaut en comité, et qui demandait à être consultée sur toutes les mesures à pmidre, a décrété qiie la chambre des pairs cesserait dès ee moment ses fonctions , et ne serait plus C(»isoHée ni regardée comme corps délibérant et formant autorité en rien de ce qui concernejes nfi'aires du royaume; de sorte que nonobstant que les lords et princes oonserveiit leurs titres et quafités , et soient aptes tt occuper toutes les dignités quelconques , il n'y aura plus ii l'avenir qu'une seule et unique chambre des communes dans le parlement d'Angleteire, et les pairs n'y seront plus ' admis qu'à titre de simples députés nommés par les provinces. Le lendemain 17, la chambre des communes , par son décret de ce jour, a aboli pour toujours la dignité royale en Angleterre. Nous sommes informés, en outre, que le parlement, ainsi réduit à une seule chambre des communes, s'assemblera une fois tous les deux ans pour un temps limité, et que le pouvoir exécutif permanent sera remis aux mains d'un conseil de trente ou quarante membi*es, parmi lesquels les pairs pourrcmt siéger au nombre de douze environ. Ce conseil , ainsi organisé, représentera , durant le recès du parlement , le pouvoir souverain du royaume. Cependant cette dernière mesure n'est point aussi définitivement arrêtée que les deux autres susmentionnées. Du reste, la chambre des communes se complète successivement par la rentrée de plusieurs membres, qui reprennent leurs sièges en signant un acte expurgatoire par lequel ils déclarent renoncer aux opinions qui les ont précédemment constitués en opposition contre leurs collègues. On dit aussi qu'au premier jour on procédera "• 37
578 ËCLAmOlSSEVIiâNrS
à réieclion des nouveaux juges de la haute cour et des juges de paix ou juges inférieurs.
M. le comte de Denbigk, orateur de la chambre des pairs » n*ayaut pu parvenir à nous transmettre un m<^ssage le 17, est veau nous rendre visite le 18, pour nous informer de quelle manière s'étaient opérés la dissolution et l'anéantissement de cette assemblée, et s'acquitter des derniers ordres qu'il en avait reçus , en noua transmettantla répons^ de la chambre à nos propositions. Après en avoir fait lecture , il nous eu a remis la copie, que nous renfermons dans leis présentes , et a gardé entre ses mains la pièoe originale poqr sa décharge personnelle , ajoutant qu'elle était en môme temps l'acte de clôture des délibéra^ tions de la chambre haute , laquelle n avait point voulu se dissoudre, avant d'avoir donné ce témoignage de son res^» peclàyV.Hfl.PP.
iia chambre des communes nous a fait demander aussi, par le maître des cérémonies , quand il nous conviendrait de nous présenter devant elle pour recevoir sa réponse à nos propositions. A quoi nous avons répondu qu'aussitôt que la chambre nous ferait connaître ie moment fixé pour c^tte audience , nous nous y reiidrioRS. *
Depuis le malheureux événement de la mort du roi , nous n'avions pas insisté sur une réponse; et quoique nous, n'en eussions plus entendu parler, nous apprenons au moment même qu'une formule de cette réponse viaiït d'être publiée dans la gazette de cette ville, san^ qu'il, nous en ait été transmis aucune communication officielle. Déjà préalablement on avait répandu le bruit et imprimé même que nous avions demandé que nos propositions ne fussent point
ET PfÈïJES HISTOBIQUES. 579
rendues publiques. Rien n*est nioîns vrai que cette assertion ; sans nous être mêlés en aucune manière de cette publication, ni en avoir même touché un seul mot, nous Tavons laissée entièrement à la discrétion des deux chambres, à chacune desquelles nos propositions ont été séparément adressées par écrit, sous l'intitulé nécessaire. Nous avons remarqué, en outre , que la réplique par nous faite à la réponse de l'orateur de la chambre des communes , lors de la transmission de nos propositions , n'a point été insérée dans la gazette en sa véritable teneur, et ii nous a été jusqu^ci impossible de découvrir si de pareilles publications se font avec ou sans la participation des autorités supérieures. %
Le 16 de ce rtiols, quelques compagniqis d'infanterie et de cavalerie se sont mises en marche d'ici pour Bristol , et le bruit court que, dans cette dernière ville, ainsi qu'à Glocester, il aurait édaté quelques mécontentements contre les actes du parlement. Cependant, ici et dans les environs, tout respire la tranquillité.
Aujourd'hui, jour assigné poui" là comparution devant la haute cour nouvellement créée à WeslmrnsteriHall des lords accusés , tels que Hamilton , HoUand , Goring , Capel et sir John Owen , ces seigneurs, à l'exception du comte dé Hotland, qui est malade, ont c^miparu devant cette cour , et après y avoir entendu l'une après l'autre les charges portées contre chacun d'eux , e^t y avoir répondu par îeursi moyens de défense, ils ont été reconduits eh prison jusqu'à nouvelle comparution pour la suite de leur procès.
Nous terminons celle-ci en priant la divine Providence
580 ËCLÀlRaSSEMEMTS
(le veiller de plus en plus sur la pros})érité du gouverne* ment de VV. HH. PP.
Signé ADRIEN Pxrw, Alb. Joachim.
1*^ Cinquihne dé/jêc/te.
Hauts et puissants seigneurs,
MM. les comnUssaires du royaume d*Écosse « ayant reçu la dépôche de leur parlement , nous en ont donné connaissance le soir à une heure assez indue , et nous ont fait parvenir la proclamation , le décret et la lettre dont les copies accompagnent la présente dépêche. YV. HH. PP. apprendront par leur contenu que le prince de Galles vient d'être proclamé par le parlement d'Ecosse roi de la Grande- Bretagne , de France et dlrlande. MM. les commissaires nous ont informés en outre qu'on avait de suite expédié d'Ecosse à l'étranger un gentiUiomme porteur de ces actes, que la proclamation en avait été faite partout, et qu'on se disposait à expédier incessamment un envoyé muni des instructions les plus étendues à cet effet v^rs le monarque. Le bruit se répand ici que le parlement est fort mécontent de cette mesure, et surtout de ce qu'on ne s'est pas contenté de le proclamer sous le titre de roi d'Ecosse seulement, mais qu'on y a joint ceux de roi de la Gmnde- Bretagne et d'Irlande. Les levées de troupes se poursuivent ici en secret , et leur marche vers l'Ecosse et ailleurs est continuelle , ce qui fait présumer que dans les dernières actions on a perdu beaucoup de monde. La capitale con-
Kl PIÈCES mSTOKlQliES. 581
tinue cependant de jouir d'une tranquUlilé parfaite , et iï ne s*y manifeste aucune apparence de sédition ; les équipages des bâtiments de guerre sont successivement {)ortés au complet , et je ne serais point étonné que dans fort peu de temps il y eût près de trente vaisseaux parfaitement montés et prêts à mettre à la voile : ce nombre , assure* t-on, doit être porté successivement à soixante-dix, et Von ajoute que trois commissaires du parlement prendront le commandement ou la surintendance de cette flotte ; dans cette mesure, on ne parait plus faire mention du commandement de M. le comte de Warwick. Lundi dernier, 22 de ce mois, le maître des cérémonies est venu nous informer que le mercredi ou jeudi suivant nous serions invités à nous rendre au parlement pour y recevoir en pleine assemblée la réponse à nos propositions. Le merci*edi, il nous a fait part que Taudience aurait lieu le jeudi soir; et, en conséquence, ce jour-là on est venu en cérémonie nous conduire, dans le^ voitures d'usage, à Westminster-Hall. Avant été de suite introduits dans la salle de la chambre des communes , nous avons occupé les sièges qu'on nous a assignés , et l'orateur nous ayant fait lecture de la réponse de la chambre , il nous en a été délivré un& copie. Sur quoi nous avons répondu , en peu de mots , qu'après l'avoir relue , nous la transmettrions nous-mêmes à notre gouvernement , auprès duquel notre intention était de retourner sous le plus bref délai , et que nous profitions de la présente occasion pour prendre congé du parlement en notre qualité d'ambassadeurs extraordinaires. La chambre , ce jour-là , était réunie en plus grand nombre qu'à notre première audience , à cause du retour
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(le plusieurs députés absents et de la ràatégratioii de beaucoup de membres dissidents, qui successivement se ppt^ntent pour reprendre leurs sièges , sous le bénéfice do Tacte expurgatoire. La nomination d'un plus grand nombre de députés a été un des premiers travaux de la nouvelle chambre , après quoi elle a procédé à l'élection de trente*huit membres dont se composera le conseil d'Etat du royaume, et dont VY. HH. PP. liront les n<»QS et qualités dans la gazette ci'^incluse. Les juges du royaume ont siégé aussi la semaine deniière, et tenu les assises accoutumées, ou, comme on dit ici, le terme.
La veille de notre dernière audience j et par conséquent après la notification qui nous en fut faite, nous avons reçu les lettres de VV. HH. PP. du 22 de ce mois; et nous étant déjà occupés d'avance des préparatifs de notre départ, nous l'effectuerons aussitôt qu'il sera possible, désirant être ren* dus dans le plus bref délai auprès de VV. HH. PP. pour leur communiquer la réponse que nous avons obtenue , et rendre un compte verbal et détaillé de notre mission , qui a été accompagnée et suivie d'une foule d'incidents et de circonstances que, dans l'étal précaire des affaires actuelles, nous jugeons ne pouvoir convenablementconder au papier. Les vents constaniment contraires et les gelées assez fortes entravant la navigation de la Tamise, nous ne pouvons fl.\er le jour de notre départ; mais nous saisirons la première bonne occasion qui se présentera d'effectuer notre retour, soit en droiture, soit par la voie de Douvres et Calais, malgré le peu de commodités qu'offre, nous dit-on , ce dernier passage.
Les prisouniei^ d'Ëlat, nommément le duc de Hamiltou,
ET IMfcCES mSroUlQUES. 583
lordGoring, lord Capel et sir John Oweii ont comparu déjà plusieurs fois devant la haute cour de justice. Le premier a allégué un moyen déclinatoire, mais il a été rejeté, et on lui a ordonné de préparer sa défense, en lui assignant des défenseurs d'office; les trois autres se sont renfermés dans les termes de leur défense, surtout lord Capel, contre lequel, pour le fait de la capitulation et du quartier qu'elle accordait, ont été entendus comme témoins H. le général Fairfax et le commissaire général Ireton, lesquels ont comparu à cet effet en personne devant la cour. Toutes c€s circonstances font craindre pour le sort de ces nobles personnages , et on les considère comme étant dans un péril imminent. Nous croyons devoir informer VV. HH. PP. que la présente dépêche est la sixième que nous leur avons expédiée, les deux précédentes étant des 15 et 19 de ce mois ; les retards qu'éprouvent les expéditions d'ici, à cause des vents contraires et de la gelée, nous fout appréhender, ajuste titre, que toutes ne soient pas encore parvenues aux mains de VV. HH. PP.
Nous terminons en invoquant la protection de la divine Providence pour la prospérité du gouvernement de VV. HH. PP.
Signé Adrien Pâuw, Alb. Joachim.
Londres, le 26 février 1649.