‹ Histoire de la révolution d'Angleterre (volume 4)Chapitre 2 sur 116 · DU TO)JK DEUXIÈME · texte numérisé non relu

DU TO)JK DEUXIÈME

La publication de ce volume a essuyé quelque retard ; j'ose croire que la cause en paraîtra légitime. Sa Majesté le roi des Pays- Bas a daigné ordonner que les archives de ses États et de sa maison , déposées à La Haye, me fussent ouvertes, et que j'y pusse recueillir tous les documents dont j'aurais

Il AVERTlSSEMEiNT.

besoin. J'envie aux amis de la vérité et de la science le plaisir de rendre à cette royale libéralité tons les hommages qui lui sont dus ; pour moi, l'expression de la reconnaissance m'est seule pern^iàe; toute autre passerait pour flatterie. Quoique bien éloigné encore de l'époque de la révolution anglaise (le règne de Jacques II), dont les archives de La Haye contiennent, à coup sûr, la véritable histoire, je me suis hâté de les consulter, et j'en ai déjà tiré, comme on le verra à la fin de ce volume, des renseignements et des pièces du plus haut intérêt. Son Exe. M. Van Gobbelscroy, ministre de l'intérieur du royaume des Pays-Bas, etM. de Jouga, garde des archives, ont bien voulu me donner, pour cette recherche, toutes les facilités, tous les secours que j'ai pu désirer. Qu'il me soit permis de leur en adresser mes remerciments vifs et sincèresi mais non

AVERTISSE MENT. m

pas désintéressés, car, dans la suite de cet ouvrage, j'aurai souvent recours à leur bonté, et j*ai besoin qu'elle soit pour moi aussi inépuisable que le riche dépôt confié à leur administration.

DE LA

Début de la guerre civile. — Le roi plante son étendard à Not« tingbam. — Bataille d'Edgehill. — Terreurs de Londres.

— Combat de Brentford. — Tentatives de négociation. — Caractère de la guerre civile. — La reine revient du continent. — Négociations d'Oxford. — On commence à se défier du comte d'Essex. — Dissensions intérieures du parlement.

— Complot royaliste dans la cité. — Mort de Hampden. — Défaites successives du parlement. — Son énergie. — Efforts des partisans de la paix dans les chambres. — Projets du roi pour marcher sur Londres. — Us échouent. — Siège de GIocester. — Essex fait lever le siège. — Bataille de Newbury.

— Mort de lord Falkland. — Alliance du parlement avec tes Écossais. — Retour triomphal d'Essex à Londres.

A la nouvelle de ces dispositions j libre aussi

de toute incertitude, le roi à son tour déploya plus

de vigueur. Un petit convoi lui était arrivé de 11. i

Hollande^ et la reine en promettait de nouveaux (*) . Les commissaires qu'il avait chargés de recruter en son nom^ le marquis dé Hertford^ le comte de Norliïampti^n^ lord Stflangt, »ir^alph IlDpt<m, sir Henri Hastings ^ obleûaîeât dans les coiûtès de l'ouest et du nord quelques succès (*). Goring, gouverneur de Portsmoulh) s'était déclaré en sa faveur (*). Les cavaliers se levaient de toutes parts; ils se répandaient dans les campagnes ^ entraient de force dans les maisons des amis du parlement , enlevaient l'argent , les chevaux , les armes 9 et arrivaient à York déjà fiers, de leurs victoires et de ce facile butin. Charles comprit que de tels désordres feraient grand tort à sa cause ^ et pour les réprimer^ tout en excitant le zèle des royalistes, il parcourut en personne les comtés d'York, de Leicester, de Derby, de Nottingham, de Lincdn, convoquant partout la noblesse , la remerciant de sa fidélité , l'exhortant au bon ordre, à la prudence; plus actif, plus affable qu'il n'avait coutume de paraître , soigneux même de parler au peuple, et protestant partout

(1) ClarendoD, Bist. of the fV&aU., t. IV, p. 173.

(2) May, Hist. du Long-Pari. , t. II, p. 16-23.

(3> Glarendon , //isf . ofthe rébeU. t. lY, p. 243 et suiv. — Pari. Ilist., t. II, col. 1440.

de SOU feraie attabhemenf à la religion et aux lois do pays (*)• Ces rassemblements ^ ces discours ^ les gentilshpmmes quittant ou fortiflant leurs ^ftteaux ^ les bourgeois relevant les murs de leurs Villes^ les i^outes couvertes de voyageurs armés ^ les milices s'ekerçant chaque jour^ tout offrait l'aspect de la guerre déclarée^ tout en faisait Battre ^ à chaque instant et sur tous les points du toyaunie^ Fenvie et l'occasion* Déjà même le sang avait cotilé en plusieurs rencontres^ plutôt des rixes que des combats (^). Déjà le roi, par deux tentatives^ qui échouèrent, sur les places de HuU et de Coventry, avait donné sujet au parlement de lui imputer la première agression (^). L'un et l'autre parti redoutaient également ce reproche, prêts l'un ei l'autre à tout risquer pour soutenir leurs droits, mais tous deux tremblants d'avoir à ré- ^ pondre de l'avenir. Le 23 août enfin > Charles résolut d'appeler officiellement ses sujets aux armes, en plantant à Nottingham l'étendard royal. Â six heures dû soir, sur le sommet de la colline qui domine la ville , escorté de huit cents chevaux et

(<) May, Hist. du Long-Pari. , t. Il , p. 40-41 , 55, dans ma CoUec- Hon, — Clarendon, Hist. oftherehell.y t. lY, p. 216 et suiy.

(2) May, Hist. du Long-Pari.^ t. U, p. 16. — Whitelocke, p. 59,

(3) Clarcndon, Hist. ofthe refteW., t. IV, p. 257. — Pari. Hist,, f. n, col. 1456.

à RÉvournoN d^àngletëiiue.

d'iin foible corps de milice, il fit d'abord lire sa proclamation* Déjà le héraut avait commencé ; un scrupule s'éleva dans l'esprit du roi ; il reprit le papier 9 et, sur son genou, corrigea lentement plusieurs passages , puis le rendit au héraut , qui lut avec peine les corrections. Les trompettes sonnèrent , l'étendard approcha , portant pour devise : « Rendez à César ce qui a[^arlient à » César. » Mais on ne savait où l'attacher, ni comment se passait jadis cette antique forme de la convocation des vassaux par le suzerain. Le temps était sombre ; le vent soufflait avec violence. On dressa enfin l'étendard dans l'intérieur des murs du château , au haut d'une tour , à l'exemple du roi Richard III , le dernier dont on se souvint. Le lendemain le vent l'avait abattu. « Aussi, » pourquoi le placer là? dit le roi ; il feUait le » mettre dans un lieu ouvert, où chacun put en » approcher, non dans une prison. » Et il le fit transporter hors du château, près du parc. Quand les hérauts voulurent l'enfoncer en terre , ils s'aperçurent que le sol n'était qu'un roc très dur. Avec leurs poignards ils creusèrent un petit trou pour y fixer le bâton, mais il ne tint pas, et pendant quelques heures on fut obligé de le soutenir à bras. Los assistants se retirèrent, l'esprit trou-

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blé de ministres présages (*) . Le roi passa quelques jours à Nottingham, attendant^ mais en vain^ que le pays répondit à son appel. L'armée du parlement se formait à quelques lieues de là, à Northampton, déjà forte de plusieurs régiments, a S'ils veulent tenter un coup de main , dit sir » Jacob Âstley, major général des troupes royales , » je ne réponds pas que le roi ne soit enlevé dans » son lit (^). is^Quelques membres du conseil le pressèrent de tenter encore une négociation. « Quoi, » déjà y dit-il , au début de la guerre , avant même » qu'elle ait commencé ! » On insista , au nom de sa faiblesse. Quatre députés {*) partirent pour Londres (*), et revinrent sans succès; l'un d'eux, lord Soutbampton, n'avait pas môme pu obtenir de remettre en personne son message à la chambre (^). Le roi quitta Nottingham (^), et, malgré son regret de s'éloigner de Londres, instruit que les comtés de l'ouest montraient plus de zèle pour

(1) Rushworth , part. 3, t. I, p. 783. — Clarendon, Hist. of the rehéU., t. IV, p. 258. — William Lilly, OhservaHons on the life and deaih ofldng Charles, dans les Select Tracts de M. Mazères, 1. 1, p. 176.

(2) Clarendon, Hist. of therebeU.y t. V, p. 2.

(3) Les comtes de Southampton et Dorset, sir John Colepepperet sir William U vénale.

{*) Le 23 jloût 1642.

P) Pari. Hist., t. Il, col. 1458-1460.

(^) Vers le milieu de septembre.

« RÉVOLUTION DANGLETERRE.

sa cause , il porta à Shrewsbury son quartier général.

Depuis plus de huit jours , le oomte d'Essex était à la tête de son arniée : à sa sortie de Lon* dres (*) une foule immense Favait accompagné , criant vivat! et agitant en Tair des banderoles orange , couleur de sa maison ; quiconque en por^ tait une autre était suspect et insulté (*). Il trouva à Northampton près de vingt mille hommes réunis. Un. comité des deux chambres lui était adjoint et devait résider près de lui , mais sous sa présidence et sans pouvoirs supérieurs au sien (^). Il avait pour instruction de transmettre au roi une pétition qui le conjurait de revenir à Londres y et^ sur son refus y de le suivre partout , « et par bataille ou » autre voie , d'enlever sa Majesté , le prinoe de » Galles et le duc d'York y ses deux fils y à leurs 1» perfides conseillers ^ pour les ramener au par- Di lement (^). »

La pétition ne fut pas même présentée ; le roi déclara qu'il ne la recevrait point transmise par des hommes qu'il avait déjà proclamés traîtres (^).

(1) Le 9 septembre 1642.

(*) May, Hist. du Long-Pari.^ t. II, p. 57. — Whitelocke, p. 59. (3) Pari. Hist.y t. II, col. 1473. Le comité était composé de douze lords et de viagt-quatre membres des communes. (*) Pari, Hist., t. II, coi. 1471.

(^) Le 16 octobre 1642. Pari. Hist., t. Il, col. 1484.

UVRE QUATRIÈME. (166M6iil8.) 7

A Shrewsbury, il avait repris force et confiance. De l'ouest et du nord, de nombreuses recrues lui arrivaient enfin ; pour leur donner des armes y il avait enlevé y non sans résistance y celles des mi* Kces de plusieurs comtés ; des convois destinés à l'Irlande traversaient Touest pour s^embarquer à Ghester, il les avait saisis. Les catholiques des comtés de Shrop et de Staflford lui avaient avancé 5^000 livres sterling ^ pour le titre de baron un gentilhomme en avait payé 6^060 ; de Londres même son parti lui avait , sous main y fait passer de Targènt. Douze mille hommes environ marchaient sous ses drapeaux {*). A la lête de la cavalerie , le prince Robert son neveu (*) , naguère arrivé d'Allemagne (^) , parcourait le pays d'alentour, déjà odieux par ses pillages et sa brutalité y mais déjà redouté pour son audace. Essex n'avan-çait qu'avec lenteur et comme pour suivre plutôt que pour atteindre son ennemi. Arrivé le 23 sep^ tembreàWorcester, à quelques lieues du roi, il y passa trois semaines sans agir. Enhardi par cette

(^) May, Hist. du Long-PurL, t. II , p. 37-39, 56, 66-69. — Gla» rendoD, Hist. oftherebell,, t V, p. 24, 29, 41, 60, 62^ 68. - Mémoires de mîstriss Hutcbioson , 1. 1, p. 199-212, dans ma CoUection.

(^) Second fils de Frédéric V, électeur palatii», roi de Bohème, et d'Elisabeth , sœur de Charles I*^.

(^ Au comraeocement du mois de septembre.

« RÉVOLUTION D*ANGLETERa£.

inaction y par le succès de quelques escarmouches^ par le nouvel aspect de sa fortune, Charles résolut de marcher sur Londres, pour finir la guerre d'un seul coup; et il était déjà en mouvemeiU depuis trois jours , lorsqu'Essex rebroussa chemin à sa suite pour aller défendre le parlement.

Le trouble fut grand à Londres; on ne s'attendait pas à ce brusque péril : les parlementaires s'étonnaient, les royalistes commençaient. à s'agiter, le peuple avait peur. Mais la peur du peuple se tourne aisément en colère ; le parlemeat sut l'y pousser. Ferjme et passionné dans ses actes comme dans sou langage, il prit soudain des mesures de défense contre le roi, de rigueur contre les malveillants. Quiconque était resté étranger aux contributions volontaires fut taxé et contraint ; on emprisonna les récalcitrants, on désarma les suspects : des réquisitions de toute sorte eurent lieu ; toutes les écuries de la ville et des faubourgs furent visitées ; on prit tous les chevaux propres à servir. Des fortifications s'élevèrent en hâte ; une foule d'hommes, de femmes, d'enfants, y travaillaient avec ardeur ; on tendait des chaînes ; on dressait des barricades dans les rues; la milice, toujours sur pied, se tenait prête à marcher (*).

(>) May, Hist, du Long-ParL, l. II, p. 70. — • Pari. Hist., t. 11^

Tout à coup, le 24 octobre au matin, le bruit se répandit qu'une grande bataille avait été livrée, Tannée du parlement totalement défaite, beaucoup d'officiers tués et faits prisonniers : ces nouvelles venaient d'Uxbridge , à quelques lieues de Londres ; sir James Bamsey, Écossais et colonel d'un régiment de cavalerie, les avait données, disaitHHi, en traversant cette ville dans sa fuite. Presque au même moment ^ arrivèrent d'autres nouvelles, bien différentes, mais non plus certaines; la victoire du comte d'Essex était complète, l'armée du roi en pleine déroute ; on le tenait de gens qu'on avait rencontrés, aussi sur la route d'Uxbridge, galopant en toute hâte pour annoncer à L(mdres ce merveilleux succès (*).

Aussi peu instruit que le peuple, le parlement fit fermer les boutiques, ordonna aux milices d'être à leurs postes , aux citoyens d'attendre ses ordres, et exigea de chacun de ses membres une déclaration personnelle de ferme adhésion au comte d'Essex et à sa cause, quoi qu'il fût arrivé et qu'il pût arriver (*). Le lendemain seulement (^),

col. 1478-1485. •-» Whitefocke , p. 60. — Clarendon, Tfist. ofthe r«6eM., t. V, p. M*

(<) Whitetocke, p. 61. — ClarendoD , Hist. of the rebetl., t. V, p. 101-103.

(*) ParL Hist,, t. Il, col. 1494.

{^) Le 26 octobre 1642.

10 HÉVOLUnON D'ANGLETERRE.

lord Whartpn et M. Strode apportèrent de Farmée Tavis officiel de la bataille et de ses résultats.

Elle avait eu lieu le 23 octobre, près de Keynton, dans le comté de Warwick, au pied de la coltine dite Edgehill ; là seulenient, après une mar* che de dm jours, pendant laquelle les d^ix armées, à quelques lieues l'une de l'autre, avaient omn-^ plétement ignoré leurs mouvements réciproques, £s9ex avait enfin rejoint les troupes du roi* Quoiqu'il eût laissé en arrière une portion de son artillerie et plusieurs régimaats, entre autres celui de Hampden, il se décida à attaquer sans retard, et au même instant le roi prenait le même parti. L'un et l'autre souhaitaient la bataille, Essex pour sauver Londres, Charles pour mettre un terme aux obstacles qu'il rencontrait dans un comté tellement ennemi de sa cause, que les ma* réebaux s^enfuyaient des villages , pour ne pas ferrer les chevaux du roi (*). Engagée vers deux heures de l'après-midi , l'action fut vive et dura jusqu'au soir : la cavalerie du parlement, affeifalie par la désertion du régiment de sir Faithful Fortescue, qui, au moment de charger, passa tout entier à l'ennemi, fut mise en déroute par le

(<] ClareadoD, Hist. oftherébélX., t. T, p. 7S.

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