LIVRE QUATRIÈME. (16A2-ittA
prince Robert; mais daiis sa bouillante imprévoyance^ et emporté aussi par la soif du pillage, il la poursuivit plus de deux milles, sans s'inquiéh ter de ce qui se passait derrière lui. Arrêté enfin par le régiment de Hampden, qui arrivait avee rartiUerie, le prince rebroussa chemin vers le champ de bataille ; mais à son retour il trouva rinfenterie royale rompue et dispersée y le ccMntô de Lindsey, général en ch^, blessé à mort et pri* sonnier, Tétendard du roi tombé aux mains des parlementaires; le roi lui-même s'était vu un m^ ment presque seul et en danger d'être pris« La réser\ e d'Ëssex demeurait seule et en bon ordre SUT le terrain. Charles et son neveu essayèrent en vain de déterminer leurs escadrons à une nou* velle charge ; ils étaient rerv^ios péle-mèle i les soldats cherchaient leurs officiers, les ofilders leurs soldats ; les chevaux tombaient de fetigu6( on n'en put rien obtenir. Les deux armées passé* rent la nuit sur le champ de bataille, Tune et l'autre inquiètes du lendemain , quoique s'attrt^ huant toutes deux la victoire. Le parlement avait perdu plus de soldats, le roi plus d'hommes de marque et d'officiers. Le jour venu, Charles par^ courut son camp ; un tiers de l'infanterie et beaucoup de cavaliers manquaient ; non que tous
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eussent péri , maïs le froid, le défeut de vivres ^ Tâpreté de ce premier choc , avaient dégoûté un grand nombre de volontaires ; ils s'étaient dispersés (^). Pour continuer librement sa marche sur Londres, le roi eût voulu engager une nouvelle action; mais il vit bientôt qu'il n'y pouvait songer. Dans le camp parlementaire , la même question était agitée ; Hampden, HoUis, Stapleton, la plupart des officiers chefs des milices* et membres des communes , conjuraient Essex de reprendre sur-le-champ l'attaque : « Le roi, disaient-ils, est » hors d'état de la soutenir ; trois régiments frais » nous sont arrivés ; il tombera dans nos mains » ou sera forcé d'accepter nos conditions : la ra- » pide conclusion de la guerre peut seule épargner » au pays des maux , au parlement des chances 9 impossibles à prévoir* >i Mais les militaires de profession , les officiers formés sur le continent, le colonel Dalbier et d'autres, repoussèrent ce conseil : selon eux, c'était déjà beaucoup d'avoir livré, avec des recrues, un si glorieux combat; Londres était sauvé ; ce succès avait coûté cher ; les soldats, encore bien novices , étaient étonnés et tristes; ils ne recommenceraient pas sitôt de
(•) Rushworth , p. 3, t. II, p. 33-38. — May, Hist. du Long-ParL, t. II, p: 73-82. — Clarendon, Hist. ofthe rébeU.j t. V, p. 76-87.
UVRE QCATRibME. (1662-1663.) 13
bon cœur ; le parlement n'avait qu'une armée, il fallait Faccoutumer à la guerre, et ne pas tout risquer en un jour. Us parlaient avec autorité; Essex adopta leur avis (^), et porta son quartier général à Warwick, en arrière de l'armée royale, mais en mesure de suivre ses mouvements. Quelques jours après, le roi s'avançant vers Londres, quoique sans dessein de pousser sa marche, établit le sien à Oxford, des grandes villes du royaume la plus dévouée à sa cause.
A Londres comme à Oxford, on rendit à Dieu des actions de grâces ; car le parlement, se di^ saient entre eux ses amis, avait obtenu une grande délivrance, bien qu'une petite victoire. Il s'aper* çut bientôt que la délivrance même n'était point consommée (^). Plus voisine que celle d'Essex, l'armée du roi se répandait dans le pays; la plupart de ses déserteurs rejoignaient leurs corps, guéris, par l'espoir du butin, de leur premier effiroi. Des places qu'on croyait sûres , Banbury , Âbingdon , Henley, lui ouvraient leurs portes sans coup férir ; la garnison de Reading , commandée par Henri Martyn, ami de Gromwell et cynique démagogue, s'enfuit honteusement à l'approche de quelques
(1) Whîleloeke, p. 61 . ?) /Wd.
ik RÉVOLtTIÙN D'ANGLEtEItllE.
escadro&s {^)i Le roi y porta soû quartier général. Le prince Robert poussait jusqu'aux campagnes de Londres ses courses et ses pillages (*). La cité s'alarmait; la chambre haute accueillait des mo^ tions pacifiques {% Kssex eut ordre de se rappro-^ ^her avec iws trrapes^ et en attendant on se dé^ cida à demander au roi un sauf^onduit pour six d^|kiiéé chargés d'ourrir quelque négociation. Il refusa d'y comprendre l'un d'eu*^ sir John Eve-^ lyn, que la veille même {*) il avait proclamé trat* tre f ). La chambre des communes voulut tout rompre ; Essex était arrivé (®). Le lord maire con^ voqua à Guidhall une assemblée générale des €itoyen& Ç)* Deux mem))res du parlement, lord Brook et sir Henri Vane, s'y rendirent pour relever leur courage et le» exhorter à sortir des murs, à s'aUer ranger sou9 les drapeaux du général t ft II a remporté; leur dit lord Brooh, la plus grande » victoire qui «e soit jamais vue; il leur a tué ;> deux mille faoms^s, et nous n'avons pas perdu
(«) Clarendon, Hist. of therehell., t. V, p. 121. (3) Whrtel«ck«, p. 61.
(3) Lq 29 octobre 1642. Pari. Hist., t. m, col. 1. (*) Le 2 novembre 1642.
(*î iPflrI. HiH.y l. m, eôi. 3-5. — ClarcDdon, Hist, ofther^>e^l, t. V, p. 122.
(6) Le 7 novembre 1642.
C) Le 8 novembre 1642.
» ceat des nAtres ; non^ pds cent, à moins qne^vons » ne vouliez compter les femmes, les enfents, les » charretiers et les chiens, car les geiw do roi » ont tité les chiens et tout; alm*s cela ferait deux » cmits. Eh bien, messieurs, le général veut 8or«* » ti^deinain^ il veut faire phis qu'il n'a encore feit; » et c'est peut* vous qfu'il va mardier, car pour ^lui rien ne le ^ne; il peut être un homme « libre , un gentilhomme, un grand seigneur : il » peut aller où il lui platt. C'est pour vous seuls -» qti'il marchera demain. Quand donc vous en^ j» tendrez battre le tainbour, car décidément de- P main le tambour battra y ne dites pas^ je vous ?y en conjure ; -^ Je ne suis pas de la niilice , — ^ et » ceci, et cela, et 1-autre : marchez plutôt et com- 2> battez vaillamment^ et ce sera le jour àù votre » délivrance {% » La salle retentit d'acclaniatt<^t; mais la terreur n'était pcunt dissipée: le rd, que jies partisans infermaient de tout, avait pressé sa marche; il était à iColebrooke, à quinze milles de Londres. Le parlement se résigna à faire partir cinq de ses députés, sans insister sur l'admission d'Ëvelyn. Charles les reçut bien {% et dit qu'en tout lieu, même aux portes de la ville, il serait
(1) Pari. Hkt., t. m, eol. 6-9.
(^ Le 11 novembre 1642.
16 IlÉVOLUTION DAN6LGTERRË.
prêt à traiter (^). Â la lecture de sa réponse dans la chambre haute {% Essex se leva y demandant ee qu'il avait à foire, et. s'il devait poursuivre ou suspendre les hostilités. On lui ordonna de tes suspendre ; sir Peler Rilligrew parth pour aller traiter d'un (Trmistice. En arrivant à Brentfor J, à sept milles de Londres y il trouva la guerre rengagée. Malgré la négociaticm, le roi, avançant tou- }ourS| était tombé à Timproviste sur le régiment de Hollis y en quartier à Brentford ^ dans Fespoir de l'écraser sans peine et d'entrer tout à coup dans la cité. Mais la bravoure de ce petit corps donna aux régiments de Hampden et do lord Brook, cantonnés près de là ^ le temps d'arriver y et ils soutinrent seuls pendant plusieurs heures le choc de l'armée royale. On entendait de Londres la ca* nonnade sans en comprendre la cause. Au premier n^port, Essex, qui siégeait dans la chambre, monta à cheval et sortit, avec ce qu'il put rassem* bler de^ forces, pour aller dégager ses régiments. A son arrivée l'action avait cessé ; les soldats de Hampden et de Hollis , après un rude carnage , s'étaient retirés en grand désordre; le roi occupait
(<} Rushworlh, part. 3, t. il, p. ^8*-- ParL Hisi., 1. 111, col. 9, 1 1 . ('} Le 12 novembre au matin.
Brentfbrd^ mais il s'y était arrêté, et ne semblait pas disposé à pousser plus loin (^).
La colère s'empara de Londres j d'autant plus vive qu'elle s'alliait à un redoublement d'épouvante ; il n'était bruit que de la perfidijB du roi , et aussi de sa barbarie; car^ disait-on , il avait voulu prendre la cité d'assaut, durant la nuit, et livrer ses habitants , leurs femilles , leurs richesses à ses avides et licencieux cavaliers (*). Les plus chauds partisans de la guerre se plaignaient avec amertume qu'il vint la porter ainsi jusque sous leurs murs, et exposer à de tels périls tant de milliers de ses paisibles sujets. Le parlement mit soudain à profit cette disposition. Il invita les apprentis à s'enrôler, déclarant que le temps de leur service compterait pour leur apprentissage (^); la cité offrit quatre mille hommes pris dans sa milice, et nomma Skippon pour les commander. « Allons, mes enfiants, mes braves enfents, leur
{}) May, Eist. du Long-Pari., t. II, p. 102, note 1, dans ma Collection. En déterminant exactement et rapprochant soigneusement les dates, je crois a^oir éclairci , dans la note à laquelle je renvoie , cette affaire de Brentford qui a été , entre les écrivains parlementaires et royalistes, le sujet d'un grand débat, et que tout récemment encore M. Lingard [Hist.ofEngl., t X, p. 201-202) me paraît avoir mal comprise.
{}) Whitelocke , p. 62.
p) Rushworth, part. 3, t. U, p. 53.