LIVRE SEPTIÈME
II était midi. Joyce prit possesion du château^ posa partout des sentinelles, et, pour donner un peu de repos à sa troupe , se retira jusqu'au soir.
II revint à dix heures, demandant qu'on le nienàt enfin vers le roi. « Le roi est couché , lui dit-on. » — Peu m'importe , c'est assez attendre ; il faut » que je le voie; » et, un pistolet à la main, il se fit conduire à l'appartement que Charles occupait. « Je suis fâché, dit-il aux gentilshommes de ser- » vice , de déranger le sommeil de sa Majesté ; mais » je ne sais qu'y faire; j'ai besoin de lui parler , » et cela sur-le-champ. » On lui demanda s'il avait l'autorisation des commissaires. « Non, j'ai mis » des gardes à leurs portes, et mes ordres vien- » nent de gens qui ne les craignent pas. » On l'engagea à déposer ses armes , il s'y refusa absolument. On hésitait à lui ouvrir, il s'emporta. Au bruit de la querelle, Charles réveillé sonna surle-champ et donna l'ordre qu'il fût introduit. Joyce entra, chapeau bas, son pistolet à la main, d un air décidé, mais sans inconvenance. Le roi eut avec lui, en présence des commissaires qu'il fît appeler, une assez longue conférence, et le congédia en disant : « A demain matin, monsieur Joyce; je » partirai volontiers avec vous , si vos soldats con- » firment tout ce que vous m'avez promis. »
318 lÉVOLUTION D'ANGLETERRE.
Le lendemain^ à six heures du matin ^ la troupe de Joyce était à cheval et en bataille dans la cour du château. Le roi parut au haut du perron , suivi des commissaires et de ses serviteurs ; Joyce s'avança jusqu'au pied de l'escalier. «Monsieur Joyce^ kx dit le Toiy j'ai à vous denuinder en vertu de quelle » autorité vous prétendez vous emparer de moi et « m'emmener d'ici. — Sire, je suis envoyé par l'an- » torité de l'armée, pour prévenir les desseins de » ses ennemis qui veulent une seconde fois pion- » ger le royaume dans le sang. — Ce n'est pas là \une autorité légale ; je n'en connais point d'autre » en Angleterre que la mienne, et après la mienne, » celle du parlement : avez-vous une commission » écrite de sir Thomas Fairfax? — J'ai les ordres » de l'armée , et le général est compris dans l'ar- » mée. — Ce n'est pas là une réponse ; l6 général » est à la tôte de l'armée» Avez-vous une commission » écrite? — Sire, je vous prie de ne plus me faire » de questions ; j'y ai déjà assez répondu. — Allons, » monsieur Joyce , soyez franc avec moi ; dit^-^moi » queUe est votre commission. — La voilà , sire. » — Où ? — Là. — Où donc? -^ Là., derrière moi ; ^> et il montrait ses soldats. « Jamais , dit le roi y> on souriant , ja n'avais encore vu une telle com- » mission; eUe est écrite , j'en conviens^ en beaux
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» caractères et fort lisibles : ces messieurs $ont » tous équipés à merveille et de très boçae mine» »Mais sachez que^ pour m'emmeneT, il faudra » qua vous eipployiez la violence si vous ne me » promettez que je serai traite avec respect , et «qu'on n'cixigera de moi rien qui blesse ma cm^ » science ou mon honneur, — Rien, rien I s'écrie- » rçntavec acclamation les soldats^ — Ce n'es:t » point notre maxime, dit Joyce^ de contraindre » la conscience de personne, encore moins celle » de notre roi. — Maintenant, messieurs, où »me conduirez -vous ? •— A Oxford, sir^, s'il »vous plaît. — Non, Tair n'est pas bon. — A » Cambridge donc? — Non, j'aime mieux New- »market; c'est un air qui m'a toujours plu. »— Comme vous voudrez, sire. » Le roi se relirait : les commissaires firent quelques pas vers la troupe ; « Messieurs, dit lord Montague, nous » sommes ici en vertu de la confiance des cham- >> bres , et nous voudrions savoir si vous approuvez »ce qu'a dit M. Joyce. -- Tous! tous! — Que Dceux, dit le major général Brown, qui veulent » que le roi reste ici avec nous, commissaires du » parlement, le disent tout haut, — Personnel » personne ! » Leur impuissance ainsi constatée , les commissaires ^ soumirent; trois d'entre eux
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montèrent en voiture avec le roi^ les autres à cheval, et Joyce donna Tordre du départ (^).
Un messager partit au mémo instant pour Londres, porteur d'une lettre ou Joyce annonçait à Cromwell que tout avait réussi. S'il ne trouvait pas Cromwell à Londres , la lettre devait être remise à sir Arthur Haslerig , et ^ à son défont , au colonel Fleetwood. Ce fut Fleetwood qui la reçut (*) ; Cronvwell était au quartier général, auprès de Fairfax, que la nouvelle de ce qui se passait jeta dans un trouble extrême. « Je n'aime pas cela, dît-il à Ire- » ton. Qui a donné de teh ordres? — J*ai ordonné, » répondit ïreton , qu'on s'assurât du roi à Hoimby, » mais non pas qu'on Ten fit partir. — Il Fa bien » fallu , dit Cromwell qui arrivait de Londres , » sinon le roi eût été enlevé et ramené au parle- » ment (^). » Cependant Fairfax envoya au-devant du roi le colonel Whalley avec deux régiments de cavalerie et l'ordre de le reconduire à Holmby. Charles s'y refusa, protestant toujours contre la violence qu*il avait subie, mais au fond bien aise
(1) Bushworth, part 4, 1. 1, p. 502, W-UI. — ParL Hi$t,, l. m, col. 688-601. — Mémoires de Herbert, p. 17-24, — - Mémoires de Ludlûw, 1. 1, p, 217. — Clarendon, Hist.oftherebell., l. VHI, p. 301.
(2) Mémoires de HoHis, p. 132. — ^yhltelocke, it, 2:^^,:^ Mémoires de Huntington, p. 3L2.
(') A/émoires de HuntingloB, p. 312-313.