LIVRE HUITIÈME. (1647-16/i
le-champ en campagne contre les bandes qui infestaient les environs de Londres ; Lambert de se rendre dans les comtés dn nord pour y contenir du moins Tinsurrection qu'avaient £ait éclater Langdale et Musgrave en attendant les Écossais ; et par une violence jusque-tà inouïe , sans doute pour prouver la sincérité de leurs rigueurs, les communes votèrent (*) que , la présence du roi ne servant plus d*excuse aux rebelles, aucun quartier ne serait accordé.
Trois jours après son départ de Windsor (*), Fairfex avait atteint et battu à Maidstone le principal corps des insurgés : en vain ils s'étaient efforcés d'éviter une si brusque rencontre; en vain, contraints d'en venir aux mains, ils soutinrent dans
les rues de la ville un long et sanglant combat (^)f toujours possédés du plus ardent fanatisme et déjà vieillis dans les camps , détestant les cavaliers et méprisant des recrues, les soldats de Fairfax poussaient avec colère une guerre dont le péril leur semblait presque un affront. Ils parcoururent à marches forcées le comté de Kent, dispersant
(^) Le 11 mai. Jottmals ofthehowè ofCommoM. n Le 1" juin.
(*) Rushworib, part. 4, t. Il, p. 1137.— PaH. Hist., t. lïï, col. 902. — Mémoires de Ludiow, 1. 1, p. 293.
^28 UKVOLUTIOK U'ANGLKTKKHK.
chaque jour quelque rassemblement ou reprenant quelque place , rudes envers le pays , mais exacts dans leur discipline y ne laissant aux royalistes ni refuge ni repos. Goring parvint cependant à réunir encore trois ou quatre mille hommes , et parut à leur tête à Blackheath (*) , presque aux portes de Londres y bercé de l'espoir qu'un soulèvement y éclaterait à son approche ^ que du moins il en recevrait sous main quelque secours. Il écrivit même au conseil commun ^ demandant la permis* sion de traverser la ville pour se rendre sans trouble; avec les siens, dans le comté d'Essex« Mais le conseil; loin de lui répondre, envoya , sans l'ouvrir, sa lettre aux communes, prêt, disait-il, à régler en toutes choses sa conduite sur leur volonté (*). Acette nouvelle, le désordre et le découragement s'emparèrent des cavaliers ; ils désertèrent par bandes, et Goring eut grand'peine à réunir assez de bateaux pour passer la Tamise à Greenwich avec sept ou huit cents hommes qui le suivirent dans le comté d'Essex. Là il trouva, sous les ordres de sir Charles Lucas, Tiasurrection encore forte et confiante. Lord Capel vint les join-
(>) Le 3 juin.
(2) Rushworth, part. 4, t. II, p. 1130. - Whitelocke, p. 305, — Mémoires dcLudlow, 1. 1, p. 29 t.
LIVUË HUnitîME. (1667-16^9.) /|29
dre av<5c une troupe de cavaliers^ du comté de Hertford; ils se rendirent ensemble à Cotchester (*), un peu relevés de leur tristesse, et projetant de s*y reposer un Ou deux Jours, de parcourir ensuite les comtés de Suffolk et de Norfolk en soulevant les royalisteë sur leur passage , et de revenir sur Londres par le comté de Cambridge, à la tête d'une nombreuse armée. Mais à peine ils étaient entrés dans la place, que Fairfax parut sous les murs f ) et l'investit étroitement. Quinze jours de campagne avaient suffi pour renfermer ainsi, dans une ville presque sans défense, les débris de cette insurrection qui naguère cernait Londres de toutes parts. Elle essaya de se ranimer sur quelques points, dans les comtés de Rutland, Northampton, Lincoln, Sussex (^). Au sein môme de la cité, sous les yeux du parlement, les lords Holland, Peterborough et Buckingbam prirent les armes, et suivis d'environ mille cavaliers, sortirent de la ville (*), proclamant qu'ils n'avaient nul dessein de sacrifier au roi les libertés publiques, et ne voulaient que hii rendre ses droits légaux. Mais
(^} Le 12 juin.
{*) Le 43 juin.
^3) Rushworth, part. 4, t. Il, p. 11^5, 1^45, llt!>, H 50, H69. — Mémoires de Ludion, t. 1, p. 300.
(4) Le 5 juillet.
A3Q RÉVCM^UTION D'AVOLBTfiRBE.
ciHnme ils rôdaient encore autour de Londres, sir Michel Livesdey , détaché contre eux du quartier général, les attaqua brusquement (*)^ leur tua plusieurs officiers j entre siutres le jeune sir Francis Villiers^ frère du duc de Buckingfaam , et renforcé le lendemain par le régiment du colonel Scroop, il les poursuivit sans relâche jusque dans le comté de Huntingdon, où, lassés même de fuir, Hs se dispersèrent en tous sens, laissant lord HoUand blessé aux mains de lennemi (^). Dapis l'est et le sud , aucune autre tentative n'eut une meilleure issue. On reçut des lettres de Cromwell (^) y qui promettait que, dans quinze jours , le cb&teau de Pembroke, boulevard des insurgés de Touest, serait en son pouvoir (^)« Dans le nord, Lambert, quoique avec des forces inférieures, soutenait vaillamment, contre les cavaliers de Laagdale,, l'hoqneur et Tautorité du parlement (^). Colcbester enfin, mal^ gré rindompta^le résistance des assiégés qu« n'ébranlait aucune offifa ni aucun sissaut^ était
(>) Le 7 juillet.
(3) Le 10 Juillet Ru8kwi)rtb, fnnn. 4, t. H p. 117S, ilSQ, ilS2, 1187. — Pari. Hist., t. lU, col. 925-927. — Mémoires de Ludlow, t. I, p. 301. — Clarendon, Hist. ofthe rebell., t. IX, p. 166-169.
(S) Du 16 juin.
{*) Rushworth^ part. 4, t. U, p. 1159.
(<) Rushworth, part. 4, t. H, p, 1157. ^CUrendoo, Hist. ofthe rebdl., t. IX, p. 426.
déjà tourmenté par la famine , et ne pouvait tenir longtemps contre Fairfax, libre de tout autre soin (*).
Revenus de leur premier trouble, si^rs de ne pas tomber en proie aux cavaliers , les presbytériens recommencèrent à s'inquiéter des républi-cains j de Varmée , et à méditer la paix. Les pétir tions qui la sollicitaient, toujours nombreuses quoique moins altières, furent mieux accueils lies (*). [^proscription des onze membres fut réT voquée^ et on les invita à venir reprendre leurs sièges (^). Qn parla de nouvelles propositions à présenter au roi , moins dures que les précédentes; pn se montra disposé à rentrer en négociation avec lui s'il consentait d'abord : 1^ à révoquer toutes ses proclamations contre les chambres ; â"" à leur abandonner pour dix ans la disposition des forces de terre et de mer ; 3* à établir pour trois ans dans TËglise le régime presbytérien (*). Un comité spécial fut chargé f ) d'examiner ce qu'il y avait à faire pour atteindre à ce but, et dans quel temps, quel
0) RushworUi, part. 4, t. 11, p. 1204. — WhiteU»cke^ p. 312, 313, 314, 316, 317.
(*) Pari, Bist,, t. lU, col. 921.
(') Le 8 juin. Ibid.,eo\, 907.
(*) Le 6 juin. Ibid., t. HT, col. 904. (^) Le 26 Juin. Roshworth, part. 4, t. II, p. 164.
à3*i KHVOLCriON D'ANGLKTKURK.
lieu, sous quelles formes il conviendrait de traiter. Quelqu'un demanda même s'il ne serait pas utile que le roi revint immédiatement à Windsor (*); et sur une pétition de la cité (*), les lords votèrent que c'était à Londres que les conférences devaient se rou\Tir (*). Le 30 juin enfin , le vote qui avait interdit toute adresse au roi fut officiellement rapporté (*), et, trois jours après, une motion positive eut lieu dans la chambre des communes pour que sans délai un nouveau traité lui fût offert.
Mais les indépendants aussi avaient repris confiance ; fiers du succès de leurs soldats , ils repoussèrent violemment la motion. « Aucun temps, aucun » lieu, dit Scott, ne convient pour traiter avec un » prince si perfide et si implacable ; il sera toujours » trop tôt ou trop tard. Quiconque tire l'épée contre » le roi doit jeler au feu le fourreau : toute paix » avec lui serait la ruine des gens de bien. » Les presbytériens ne prirent point la défense du roi; mais ils s'élevèrent contre ces prétendus gens de biep que la paix devait ruiner, en effet, car la guerre faisait leur fortune : «Le peuple, dirent-ils,
(*) Bushworth, p*rt. 4, t. If, p. 1162.
(2) Le 27 juin.
(3) Jotirnals of ttw house of Lorâa, (<) Pari. Hîsf.,l. tl!, roi. 921.